“Sur l’alcool le combat est en train d’être perdu”

Nous avons à de nombreuses reprises parlé de la Loi Evin, qui a été remise en cause récemment. Voici justement l’avis à ce sujet de Claude Evin, qui a été ministre de la Santé, lors d’une interview au Journal du Dimanche.

La loi Santé détruit-elle la vôtre, qui encadre la publicité pour l’alcool?

Sur l’alcool, responsable de 135 morts par jour en France, le combat est en train d’être perdu.

Durant vingt-cinq ans, ce texte, qui réglemente la publicité pour l’alcool, a été sans cesse attaqué.

Sous la pression des publicitaires et celle des viticulteurs qui dans cette affaire sont instrumentalisés, la publicité sur des affiches dans la rue a été rétablie trois ans après, celle sur Internet a été autorisée en 2009.

Dire aujourd’hui qu’on ne peut diffuser la photographie d’un vignoble ou faire un article sur la Bourgogne est absurde.

Ce qu’on ne peut accepter, c’est de présenter l’alcool, quel que soit le produit, de manière à inciter à la consommation, que ce soit sous la forme de visuels ou d’articles.

La consommation excessive d’alcool tue, brise des familles (violence conjugale) et des vies (accidents de voiture), on ne peut donc pas en faire la promotion comme on le ferait par exemple d’un parfum.

Ce nouveau texte marque-t-il un recul dangereux?

La loi Santé est un échec total sur l’alcool : elle légitime le contournement de la loi Évin.

Sous couvert d’œnotourisme, on pourra promouvoir n’importe quel produit.

On a introduit dans la loi une fausse distinction, entre publicité et information, qui permettra de présenter le vin ou d’autres ­alcools comme un produit attractif.

On verra, à l’heure où les jeunes sont devant la télé ou le samedi soir au cinéma, des pubs estampillées terroir pour des vodkas polonaises ou du whisky écossais.

Les grands vainqueurs de ce recul sanitaire seront les publicitaires qui lorgnent ce marché gigantesque et les vendeurs de bières et d’alcools forts, qui vont s’engouffrer dans la brèche.

(…)

De nombreux professionnels de santé critiquent l’inaction du gouvernement en matière de prévention…

La politique de santé publique ne se résume pas à une loi. Pourquoi aucune action contre le “binge drinking”, en augmentation constante chez les jeunes, n’a-t-elle pas été menée? Ces sujets n’ont pas été portés politiquement par la ministre de la Santé. Il n’y a ni pédagogie ni éducation sanitaire.

L’alcool est un tabou en France, sans doute du fait que nous sommes un grand pays de production… et de consommation.

(…)

Sur le tabac, votre loi a-t-elle également été contournée?

Le texte n’a pas changé mais il est insuffisamment appliqué, par exemple dans les bars et les restaurants qui, en hiver, installent des terrasses fermées et couvertes.

Il n’y a pas, là encore, de volonté politique pour que des contrôles fassent respecter la réglementation.

Voilà ce qui consiste en de simples vérités. Et ces simples vérités portent en elles quelque chose de révolutionnaire vue la société où nous vivons. Entre le profit et la santé, ce qui l’emporte c’est très clairement le profit, avec un cynisme complet tant des entreprises que de l’Etat qui capitule à ce sujet, quand il ne soutient pas directement les mêmes entreprises.

Être straight edge a toujours plus deux aspects : être responsable de soi-même, contribuer à ce que les autres le soient aussi, en montrant qu’on peut et doit refuser l’alcool.

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