Alcool, tabac et cannabis en 2014, durant les “années collège”

L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies a publié un nouveau rapport, sur l’usage d’alcool, de tabac et de cannabis parmi les collégiens.

On peut lire un bilan de six pages en pdf ici. Voici une synthèse de ce document par l’observatoire lui-même.

Les données de l’enquête HBSC 2014 permettent d’étudier les expérimentations et usages des trois produits psychoactifs les plus diffusés parmi les collégiens. L’enquête internationale HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée dans une quarantaine de pays occidentaux sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), concerne les collégiens de 11, 13 et 15 ans. Elle permet de décrire l’ensemble de leurs comportements de santé.

En France, l’enquête HBSC est coordonnée par le service médical du rectorat de Toulouse, en lien avec l’Inserm 1027 et reçoit notamment le soutien de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES). L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) est pour sa part en charge de la thématique des drogues et de l’analyse des données de consommations de produits psychoactifs.

Le numéro de la publication Tendances 1 présenté aujourd’hui, concerne les résultats de l’enquête qui s’est déroulée entre avril et juin 2014 auprès de 10 434 élèves scolarisés sur le territoire métropolitain. L’enquête a été réalisée à la fois dans des établissements publics et privés. Ces résultats portent sur les expérimentations et les usages récents (c’est-à-dire ayant eu lieu au cours du mois) d’alcool et de cannabis, ainsi que sur les usages quotidiens de tabac durant les « années collège ». Les usages de chicha et de e-cigarette au cours de la vie ont également été mesurés.

Les évolutions par rapport à l’enquête précédente de 2010 et les différences selon le sexe sont en outre étudiées. Les grands enseignements de l’enquête sont détaillés ci-après. L’enquête HBSC confirme que les « années collège » constituent souvent un temps d’initiation des usages d’alcool, de tabac et de cannabis.

– Mise à part l’expérimentation de l’alcool, qui concerne un élève sur deux en classe de 6e (49 %), les autres comportements et usages au cours de la vie sont très rares au début du collège. Ainsi, un jeune sur 10 (10 %) a déjà fumé une cigarette et un sur vingt (5 %) déclare avoir été ivre en classe de 6e.

Pour le cannabis, ils ne sont que 1,5 % à indiquer en avoir déjà consommé lors de cette première classe du collège.

– En classe de 3e ces niveaux s’avèrent bien supérieurs : l’expérimentation de l’alcool est le fait de 8 collégiens sur 10 (80 %), celle du tabac de un sur deux (49 %), alors que près de 3 sur dix (28 %) ont déjà été ivres et que presque un quart (24 %) de ces élèves ont déjà fumé du cannabis. On notera que ces deux derniers niveaux d’expérimentation sont multipliés par 5 entre le début et la fin du collège.

L’enquête permet également de mesurer l’expérimentation de la chicha et celle de la cigarette électronique en classe de 3e qui concernent, respectivement, un peu moins et un peu plus de quatre élèves sur 10 (36 % et 45 %).

La répétition des usages de ces substances progresse fortement à la fin du collège.

– Concernant les usages plus fréquents (au moins une fois au cours des 30 derniers jours), les niveaux ont été mesurés en 4 e puis en 3e. Ils augmentent nettement entre les deux classes. La consommation d’alcool au moins une fois au cours des 30 derniers jours évolue de un élève sur cinq (23 %) en classe de 4e à plus d’un sur trois (37 %) en classe de 3e. Les ivresses au cours du dernier mois sont déclarées par 4 % des élèves de 4 e et plus du double (9 %) en 3e. Les consommations de cannabis au cours du mois écoulé doublent de 5 % à 11 %.

Concernant le tabac, pour lequel on mesure les usages quotidiens, ceux-ci sont multipliés par deux entre ces deux classes, passant de 6 % à 12%. Mais les niveaux mesurés par l’enquête de 2014 sont globalement inférieurs ou stables par rapport à ceux de 2010.

– Même si la prédominance de l’expérimentation d’alcool chez les élèves ne se dément pas, les consommations de boissons alcoolisées et les ivresses alcooliques sont en recul. Le niveau de l’expérimentation d’alcool est ainsi passé de 71 % à 64 % entre les deux enquêtes. La consommation au cours du mois d’alcool diminue pour sa part de 46 % à 30 % et l’ivresse récente de 11 % à 6 %.

Pour le tabac, l’expérimentation n’évolue pas significativement entre 2010 et 2014 (elle passe de 30 % à 28 %) tandis que l’usage quotidien de la cigarette recule de 12 % à 10 %. À propos du cannabis, les indicateurs sont stables. Son expérimentation par l’ensemble des collégiens se maintient à 10 % entre 2010 et 2014 et l’usage récent à 8 % entre les deux enquêtes.

– Ces changements semblent surtout à imputer aux comportements des jeunes filles. Leur niveau d’expérimentation de boissons alcoolisées est inférieur à celle des garçons en 6e et l’enquête HBSC 2014 montre que ce décalage se maintient tout au long du collège. Concernant le tabac, alors que les usages au cours de la vie des collégiennes étaient très proches de ceux des garçons en 2010, les filles sont désormais moins souvent expérimentatrices, même en classe de 3e. Il en va de même pour les expérimentations de cannabis en diminution pour les filles en 2014 par rapport à 2010, alors qu’elles progressent chez les garçons (d’où la stabilité de l’indicateur pour l’ensemble des collégiens).

Au total, les comportements décrits par l’enquête HBSC 2014 montrent qu’il n’y a pas une plus grande précocité des usages par rapport à 2010 bien que ceux-ci s’intensifient toujours fortement à la fin du collège.

La stabilité, voire le recul, de différents indicateurs pour l’alcool et le tabac s’inscrit dans un contexte de renforcement des mesures de protection des plus jeunes depuis dix ans (en particulier l’interdiction de ventes aux mineurs issue de la loi HPST). Il est cependant trop tôt pour déterminer si ce recul des expérimentations parmi cette nouvelle génération d’adolescents sera durable et aura une incidence sur les comportements d’usage à la fin de l’adolescence, qui demeure une période d’initiation encore importante.

Les résultats de l’enquête ESPAD auprès des lycéens qui seront présentés en 2016 fourniront de premiers éléments. Rappelons en effet que les données de l’étude ESCAPAD 2014 de l’OFDT 2 menée à 17 ans avaient pour leur part mis en lumière des hausses des usages d’alcool, de tabac et de cannabis.

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