Un salon de l’agriculture 2016 sous un horizon pétainiste

Avec le salon de l’agriculture, on ne parle en ce moment que des éleveurs, qui ont d’ailleurs insulté François Hollande lors de son passage là-bas et ont utilisé un extincteur et de la farine pour abîmer le stand de Charal, marque du groupe Bigard numéro un de l’abattage en France.

C’est que les pétainistes sont de retour : « nous voulons nos terroirs », « nous voulons nos traditions », « nous voulons notre capitalisme local », voilà en somme ce qu’ils disent et, d’ailleurs, ce que tout le monde dit.

Libération, le quotidien des bobos, publie un article intitulé « Crise de l’élevage : les six commandements » ; on y lit :

« L’agrobusiness va mal. La «course au toujours plus» asphyxie nombre d’éleveurs dans un contexte de production à tous crins. (…) 3- Se recentrer sur le marché national et les circuits courts (…) 4- Opter pour la qualité, les labels, le bio »

Le Point, l’hebdomadaire de droite, dit la même chose dans l’article « Crise de l’élevage : miser sur la qualité pour sortir la tête de l’eau ? » :

« Il faut se réapproprier les secteurs qu’on a abandonnés en relançant le porc bio et la segmentation haut de gamme de la salaisonnerie et la charcuterie, où on a perdu des parts de marché », explique Laurent Pinatel, de la Confédération paysanne. La coopérative porcine Cooperl comme les industriels Herta et Fleury Michon ont pris ce chemin en développant des gammes de produits sans antibiotiques (après quarante-deux jours d’élevage) et sans OGM.

« Ma première priorité, c’est de développer des filières qualité en France. Nous avons des problèmes d’approvisionnement, car il y a des problèmes de qualité de la viande », souligne ainsi Arnaud de Belloy, PDG de Herta, qui développe depuis trois ans une filière de qualité appelée « Préférences ».

« On a mis dans la tête des gens que manger sera toujours moins cher demain. Je crois qu’il faut sortir de ce paradigme. Ça favorise des productions de basse qualité. Ça crée la misère, que ce soit dans les systèmes de production ou chez les éleveurs », assure le directeur général de Fleury Michon, Régis Lebrun. »

Comme on le voit, c’est la course au terroir. Dans Libération est parue également une tribune, intitulée « Crise agricole : “Traduire la FNSEA en justice ?” et écrite par « Gilles Fumey, Géographe, université Paris-Sorbonne et Olivier Assouly, philosophe, spécialiste de l’alimentation ».

On y lit un éloge de l’autarcie du terroir :

« Les Français doivent avoir honte de traiter ainsi leurs paysans. Que n’entend-on pas ceux qui luttent pour une agriculture réellement paysanne, de qualité, peu encline à s’exposer aux marchés extérieurs ?

De plus en plus d’agriculteurs voulant croire en leur avenir se risquent, souvent avec succès, dans des voies dissidentes, alternatives, moins anonymes, – à l’instar de filières plus courtes ou locales – capables en plus de valoriser économiquement leur travail, de promouvoir un savoir-faire unique et à eux, trouvant dans l’opinion de leurs concitoyens des marques de reconnaissance et de solidarité.

Que ne voit-on pas les agriculteurs défendant des filières intégrées – à l’instar de Jeune Montagne dans l’Aveyron qui avait, dans les années 1960, à l’initiative d’André Valadier su prôner la singularité d’un terroir contre les sirènes de la croissance et ses impasses – la cogestion avec des coopératives réellement pluralistes se débattre face à des industriels dont les besoins et les désirs ne sont pas ceux d’une alimentation saine, durable, respectueuse de l’environnement ? »

Il y a quelques jours, voici ce que disait, tout pareillement… la Confédération Française de la Boucherie (boucherie-france.org) :

“Ce matin, les Français se réveillent une fois de plus en découvrant des images abominables de tortures infligées aux animaux.

Ces images cauchemardesques, ce sont celles de l’abattoir du Vigan, révélées par l’association L214.

On pensait, en octobre dernier, avoir atteint le sommet dans le registre de la cruauté avec l’abattoir d’Alès. Il faut malheureusement croire que non.

La coupe est pleine pour nous autres, les 20 000 artisans Bouchers-Charcutiers du pays et c’est pourquoi à travers la voix de notre Confédération Nationale, nous exigeons, à l’instar de L214, une commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs. Une transparence totale doit être établie sur ce qui s’y passe afin que cessent ces actes ignobles.

Nous, Bouchers-Charcutiers, répétons inlassablement, isolément, bien trop souvent à contre-courant qu’il est plus qu’urgent de revenir à un modèle de consommation raisonnée car c’est l’industrialisation de la viande qui entraine de fait ces dérives.

Le consommateur est le seul à pouvoir changer véritablement cette situation ; c’est lui, et lui seul qui détient le pouvoir de faire cesser la souffrance animale.

Il est grand temps qu’il prenne conscience que le modèle productiviste est dépassé et que la viande n’est pas un produit comme un autre.”

Tous disent la même chose : le consommateur décide, il faut retourner en arrière aux “bonnes vieilles méthodes”, car comme le disent les “bouchers-charcutiers” : “c’est l’industrialisation de la viande qui entraîne de fait ces dérives” soit disant…

Notons d’ailleurs au passage que l’abattoir en question était bio, de proximité, pratiquant l’étourdissement, bref l’idéal de ces gens en théorie, mais ils ne sont pas à une contradiction près.

Ce ce qui compte pour eux, c’est le terroir, le terroir, encore le terroir, une “révolte contre le monde moderne” exactement comme les fachos ; c’est la tendance du moment et il faut être aveugle pour ne pas le voir. Sur le site Vegemag, on lit par exemple que :

« Un sondage YouGov réalisé pour CIWF France à l’occasion du salon de l’agriculture 2016 montre que 87% des Français sont contre l’élevage intensif. »

C’est très hypocrite de présenter les choses ainsi, car l’envers de la médaille est que la très grande majorité veut bien des élevages, simplement non intensifs. Cela n’a rien de positif, c’est la culture pétainiste à la française, qui suinte absolument de partout en ce moment.

Mais il est vrai qu’il y a une sorte de grande convergence réactionnaire du type pétainiste en ce moment, où éleveurs subissant la crise avec la concurrence disent au fond la même chose que les zadistes voulant vivre en « autonomie », sans oublier ceux qui veulent des réformes à la L214.

La France rêve de vivre dans les années 1960… Elle est prête à tomber dans les bras d’un sauveur instaurant une dictature pour « remettre les choses en ordre ».

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