Le véganisme n’est pas un végétarisme “élargi”

Ainsi donc, l’objectif de toute une partie du mouvement en faveur des animaux est de faire passer le véganisme pour un appendice du végétarisme, une sorte de forme plus approfondie, plus complète peut-être, mais une forme seulement.

Le véganisme serait, au mieux !, un lointain objectif, réalisable individuellement par étapes ou pas du tout.

C’est ce que disent Aymeric Caron, L214, Alternatives végétariennes, Jeanne Mas dans son nouvel ouvrage et par exemple il y a quelques jours dans C à vous (où elle assume de ne pas prôner le véganisme, ce lointain objectif).

C’est que le végétarisme « passe mieux », il permet de rester dans le monde bourgeois, dans le monde conventionnel, alors que le véganisme possède une charge subversive très désagréable, de par sa radicalité, son anti « conformisme » dans la vie quotidienne…

Quand on est vegan, on ne peut tout simplement pas partager un repas avec des gens qui mangent de manière non végétalienne. C’est une rectitude morale bien trop grande pour des gens désireux de s’intégrer parfaitement dans notre société capitaliste, qui évite le conflit à tout prix…

Il y a donc un grand lessivage. Voici ce que publiait par exemple la semaine dernière le journal Le Midi Libre. C’est un excellent exemple de présentation du véganisme comme végétarisme « élargi » ou « agrandi ». Une différence quantitative somme toute.

En réalité, la différence entre le végétarisme et le véganisme est qualitative. Le véganisme ne doit pas être le but, mais le fondement d’une démarche entièrement nouvelle, donnant naissance à un parcours nouveau, un rapport à la Nature constructif, harmonieux.

Le végétarisme n’est en rien cela ; il est un aménagement individuel par rapport aux valeurs du monde qu’on trouve désagréables ou mauvaises. Le végétarisme ne rompt pas avec le système, il en est juste une petite partie de « dégât collatéral » sociologique.

Car quel est le coeur du problème, la substance de la question ? C’est le rapport à la Nature. Or, les végétariens, tout comme les « antispécistes », réduisent tout à leur individu refusant, « dans la mesure du possible », les abattoirs et les horreurs commises par les humains.

Or, c’est là de l’anthropocentrisme, voire même carrément de l’individualisme, de l’existentialisme. La question est le rapport à la Nature dans son ensemble. Les faits sont là, pourtant : les végétariens (et les antispécistes) ne s’intéressent pas à l’écologie (comme le montre la COP21 il y a peu), ils n’aiment pas les animaux, qu’ils veulent juste « laisser tranquille ».

L’idéal du végétarien est du même type que celui du zadiste : vivre dans son coin, ne pas être ennuyé par quelqu’un et n’ennuyer personne, que tout soit pacifié, tranquille, sans contradictions. C’est totalement petit-bourgeois.

La Nature subit chaque jour des assauts terribles, mais on devrait chercher simplement à vivre à l’écart, chercher à mener une vie tranquille, en refusant le « mal », en protestant contre la corrida, en dénonçant un monde « mauvais »…

Comment ces gens seront-ils vus depuis l’horizon 2100 ? Comme des lâches, comme des gens s’égarant dans leur individualité par refus de voir le monde dans son ensemble, par des individus désireux de s’arracher une bonne conscience et de neutraliser les conflits pour vivre dans un conformisme petit-bourgeois, avec comme rêve un petit café-épicerie végétalien qui serait à Manhattan et s’appellerait Bisounours…