La clinique Hasan Ferit Gedik d’Istanbul

Puisque nous parlions hier de la Grèce par rapport au refus des drogues, déplaçons nous un peu plus à l’est, en Turquie. Il existe en effet depuis deux ans à Istanbul, dans le quartier de Gazi Mahallesi, une « clinique » pour drogués, montée par le mouvement révolutionnaire là-bas.

Aucun médicament n’est délivré, il s’agit de soutien matériel et psychologique. La clinique a comme nom « Hasan Ferit Gedik », du nom d’un manifestant tué de six balles en septembre 2013 lors de l’attaque par la mafia d’un rassemblement anti-drogues.

L’objectif de cette clinique est de « resocialiser » les consommateurs de drogues, ce qui est considéré comme la base pour que la personne puisse « décrocher ». Naturellement, ces personnes dépendantes, parfois depuis plusieurs années, ont perdu au fur et à mesure leurs amis, leurs connaissances, leur famille, etc.

L’une des méthodes de la clinique est de tenter une reprise de contact. Dans tous les cas, même si cela ne marche pas, la clinique est un lieu de collectivité, de valorisation de chaque personne.

Dans la clinique, il y a une vie réglée : les personnes mangent ensemble le matin, le midi et le soir, menant différentes activités le reste du temps. Il y a toujours quelqu’un pour aider les autres et pour la valoriser, ce qui permet de renverser la situation individuelle où la personne dépendante est comme prise au piège.

C’est par ces activités qu’il y a une revalorisation de la personne et une avancée pour décrocher psychiquement et physiquement. Concernant ce dernier aspect, chaque mardi et vendredi, des médecins sympathisant avec la cause révolutionnaire viennent à la clinique, afin de discuter de thérapies avec les personnes cherchant à stopper la dépendance.

Il y a ici un mélange de pression sociale (par le contact repris avec la famille), d’environnement militant, de vie collective bien réglée, qui permet d’aider à « relancer » la personne dépendante.

La clinique considère que son taux de succès est entre 40 et 50 %, ce qui bien entendu est déjà très bien dans la mesure où cette initiative est portée par la base, sans aides de l’État, sans moyens financiers massifs, etc.

Ce qu’il faut bien comprendre ici, cela semblera un paradoxe pour beaucoup, est que ce même mouvement qui organise la clinique organise également des séances de tabassage en règle de mafieux et de dealers, devant les gens dans la rue, en criant des slogans et en filmant pour mettre les vidéos en ligne.

Voici les photos de l’enterrement de Hasan Ferit Gedik, dont la dimension militante, qu’on peut qualifier d’« agressive », est frappante, puisque comme à Athènes pour le cortège anti-drogues dont nous avons parlé, il y a la présence de personnes munies d’armes.

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