Le véganisme relève de la compassion et non pas de l’anthropocentrisme

C’est l’un des arguments les plus classiques, effectué par les personnes religieuses et les antispécistes : Dame Nature serait mauvaise.

Ne voit-on pas dans la Nature les animaux s’entre-tuer ? Des animaux ne sont-ils pas mangés, dans des conditions éminemment cruelles ?

Nous en avons parlé quelques fois, et nous le referons encore beaucoup, car il y a ici la clef d’une problématique essentielle : le véganisme est-il le point culminant d’un processus se terminant déjà, ou bien le début d’un processus qui commence seulement ?

Est-ce que le véganisme est un choix moral propre aux êtres humains « civilisés » et sortis de la Nature ? Ou bien le véganisme est-il pratiqué par l’humanité dans le cadre d’une tendance générale à la compassion qui s’exprime dans la Nature ?

La critique que l’on peut faire à la première interprétation est qu’elle est ridiculement anthropocentriste ; la critique qui est faite au second point de vue, pourtant correct, est que cela serait du mysticisme.

Nous, nous disons : c’est simplement de l’athéisme. Et l’athéisme considère que les humains sont bons, par nature, que la Nature est bonne aussi, puisqu’elle est la vie elle-même.

Pourquoi la vie a-t-elle donné naissance à des êtres qui se mangent ? La réponse est simple : s’il n’y a pas de Dieu, la vie est un processus en cours, qui s’appelle l’évolution.

Et si l’on considère que la compassion est ce qui traverse le plus la vie, ce qui se voit le plus dans la Nature, si l’on a pas les préjugés propres à notre société de compétition, alors on ne peut que se douter que la Nature tend à la compassion.

Le véganisme n’apparaît alors pas comme un choix moral individuel, mais bien comme une tendance collective inéluctable. La société humaine du futur devenue végan ne consistera pas en un assemblage d’individus qui sont végans pris séparément : il y a quelque chose en plus.

Ce quelque chose en plus, c’est aider la vie à s’épanouir. Il y a ici un espace de réflexion sans limites, et on peut se douter que l’humanité connaîtra aussi des erreurs dans cette aide. Mais c’est une tendance obligée, inhérente à la vie elle-même.

La vie n’a pas donné naissance à l’humanité pour qu’elle détruise tout : ce serait s’auto-détruire… De ce fait, si l’humanité comprend qu’elle a été le produit de la Nature, sa place est toute trouvée.

Ici, on raisonne donc de manière universelle et certainement pas individuelle. Qui est végan pour sa bonne conscience, sa santé morale n’a pas saisi l’arrière-plan : la bataille pour le triomphe de la compassion à l’échelle planétaire, dont l’humanité n’est qu’un simple aspect.

Le véganisme est l’amour des animaux ou il n’est rien, car la joie de vivre est le coeur de la vie : chaque être veut s’épanouir et la reconnaissance générale de ce principe doit être notre morale.

Jetons un œil sur un paragraphe d’un article disant le contraire (« Je suis vegan : c’est un défi moral. N’importe qui peut y arriver »). Tiré du Nouvel Observateur, habitué des articles vegans en mode bobo, on y lit les propos suivants d’une « citoyenne militante » qui est végane :

« Je mangerais un humain mort pour ma survie

Alors oui, certains animaux en mangent d’autres, c’est la chaîne alimentaire, c’est dame nature, c’est la vie. Mais ils sont dans une situation de survie. Pas toi. Leurs corps le réclament, pas le tien.

Si tu m’autorises à faire un second point Godwin (et après c’est fini je te le jure), dans une situation de survie, moi je mangerais un autre être humain si il était mort. C’est d’ailleurs une question morale, qui s’est posée parfois à des survivants de crash d’avions et autre. Est-il moral de manger un autre être humain mort si moi je veux pouvoir continuer à vivre ? Oui, double oui.

Parce que tu n’ôtes rien à personne. Mais il est je crois, immoral de consommer la chair d’un autre être vivant alors que ton corps ne le réclame pas et que tu pourrais en faire autrement. Ne blâme donc pas les lionnes qui chassent pour nourrir leurs petits. Avant de les brandir comme argument – parce que c’est l’un des seuls arguments qu’il te reste – regarde toi d’abord, et remets toi en question. Même si ça te dérange. »

Lignes étonnantes, guère appréciables, principalement parce que la pratique végane fait que le rapport aux animaux entraîne la connaissance de l’importance du respect du corps mort, de l’enterrement, de l’incinération.

Bien loin de ceux récupérant les morts pour en faire des coproduits, les jetant dans une poubelle, les exhibant dans un rassemblement…

Tout cela est vraiment glauque comme raisonnement. Mais pour ce qui compte ici vraiment : Dame Nature est mauvaise, la vie est mauvaise : c’est la « chaîne alimentaire ». Mais si nous sommes nous-mêmes naturels et que la Nature est mauvaise, pourquoi alors être bon ?

La seule réponse logique serait alors qu’on soit sorti de la Nature, et c’est bien le point de vue totalement commun aux religieux et aux « antispés ».

Le véganisme est ici, dans l’esprit de ce paragraphe, un existentialisme, une possibilité où l’on peut, comme l’avait formulé Jean-Paul Sartre, être un salaud, ou pas. La personne végane est alors la personne qui a choisi de ne pas être un salaud.

C’est là un point individuel et anthropocentriste : l’humanité serait sortie de la Nature, l’individu serait séparé de l’humanité.

Eh bien, non : le véganisme ne puise pas sa source en nous. Le véganisme n’est pas d’origine humaine. Le véganisme relève de la compassion, il est le produit de la Nature, et même le produit le plus naturel, puisque c’est la chose la plus logique possible que la vie aime la vie, et la soutienne.

Le véganisme n’est pas un choix et encore moins un choix individuel : c’est une tendance tout à fait logique de la vie, qui tend autant qu’elle peut à aller vers la compassion, le respect de la vie se réalisant.

La compassion comme tendance universelle s’oppose donc au « choix » moral individuel fondé sur la sensibilité ou plus précisément la « sentience », concept totalement abstrait inventé par des universitaires bobos pour justifier leur véganisme individualiste.

Dans les commentaires de l’article cité, on a d’ailleurs une critique tout à fait cohérente (et très classique) de cette posture, à défaut d’être juste :

« Le veganisme, c’est une faiblesse morale, d’hypersensibles incapable d’accepter la dureté de la vie.

Qu’ils soient hypersensibles, ça les regarde, chacun ses défauts, ça ne serait un un problème s’ils ne se sentaient pas obligés de le crier au monde et d’emmerder tout un chacun avec leurs convictions. »

Sauf que la vie n’est pas « dure » : la preuve, elle a produit, produit et produira une infinité d’être vivants, dans une évolution ininterrompue caractérisée par toujours plus de développement, de complexité, de perfectionnement…

Le véganisme respecte cela et sa source ne peut être que la vie elle-même.

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