Jean-Pierre Coffe, truculent barde du terroir

Il est toujours désagréable de critiquer quelqu’un qui vient de mourir, mais Jean-Pierre Coffe était un personnage public, largement reconnu institutionnellement, notamment par une institution que nous combattons : l’agriculture actuelle.

Jean-Pierre Coffe avait ainsi été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 2014, pour ses activités de « journaliste gastronomique ». Cette nomination avait été faite à la demande du ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Stéphane Le Foll. Jean-Pierre Coffe est d’ailleurs également commandeur de l’ordre du Mérite agricole !

Les médias l’appréciaient particulièrement ; il a fait partie de cette institution beauf que sont les “Grosses têtes” de RTL. Jean-Pierre Coffe a été un partisan acharné du « terroir », et en tant que cuisinier du président Giscard d’Estaing, il a refusé de faire un hamburger pour le président américain Carter : « Je n’ai jamais fait de hamburger, je n’en ferai jamais. »

Voilà bien une action pleine de « panache » de la part d’un personnage « truculent » qui plaît bien à ce que la société française a de pire, dans la superficialité, l’étroitesse et la petitesse.

L’ont par conséquent salué le président de la république, le ministre de l’agriculture, la ministre de la culture…

 

 

 

 

Les médias l’ont également porté aux nues, bien entendu, lui-même ayant tenu un restaurant avant de suivre un long parcours médiatique (Canal +, France 2, France 3, TF1). Michel Denisot, qui avait fait commencer sa carrière chez « Canal », a très bien résumé l’esprit de Jean-Pierre Coffe :

« Il a été le fervent défenseur des charcutiers. Chaque fois qu’on mettra un bon produit dans notre assiette et qu’on défendra ceux qui produisent des bons aliments, on se rappellera de Jean-Pierre Coffe. »

En apparence, Jean-Pierre Coffe luttait contre la « malbouffe », publiant une soixantaine d’ouvrages.

Le ministère de l’agriculture a tenté de synthétiser ses conseils :

« Préférez les produits de proximité pour des raisons écologiques et aussi économiques

Privilégiez les produits de saison

Prenez le temps d’apprendre ou de réapprendre à reconnaitre la qualité et la fraicheur des produits, faites en une priorité

Lisez soigneusement les étiquettes

Renouez avec le plaisir de cuisiner le plus souvent possible

Faites preuve d’ima-gi-na-tion !

Consommez de vrais repas et réfléchissez à votre équilibre nutritionnel

Réduisez le gâchis, autant que possible, en brossant les légumes et en réutilisant le pain et les eaux de cuisson »

En réalité, ce discours de sobriété volontaire, cet argumentaire de zadiste, cette propagande du terroir, n’est rien d’autre que l’éloge de la « convivialité” du « pinard », du « saucisson » et du « frometon ».

C’est la tentative de mettre en avant le terroir contre une réflexion générale sur le rapport à la Nature. Dans un passage télé, Jean-Pierre Coffe se moquait des jeunes, qui à ses yeux pensaient que le chocolat venait d’une tablette. Mais lui-même n’a été mis en exergue que pour masquer la sinistre réalité de l’exploitation animale, depuis le terroir jusqu’à l’agro-business.

Preuve de cette convergence, Jean-Pierre Coffe a réalisé des publicités pour Weight Watchers et Leader Price, contribuant de manière très active avec ce distributeur à créer des produits « sains », comme par exemple un « rôti de dinde » pour Noël, à contribuer à l’assortiment des vins, etc.

Jean-Pierre Coffe a été un truculent barde du terroir, un activiste de la France passéiste et statique, célébrant la nostalgie et enfermé dans des valeurs qu’il s’agit de dépasser!

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