Le processus en cours de dépénalisation du cannabis

Quand on veut connaître une tendance sociale décidée par l’État, il suffit de regarder la loi et son application. C’est cela qui révèle tout, puisqu’on y voit la tendance de fond de l’administration, de la police, de la justice, etc.

Le quotidien Le Monde a l’habitude de bombarder d’articles sur la dépénalisation du cannabis (ainsi que d’ailleurs ces derniers temps sur le végétalisme bobo, comme récemment avec L214 en couverture, là encore hier avec « Être végétalien et grand sportif, c’est possible ? »).

Naturellement, l’article du Monde en mode « décodeurs » – discussion sms explique les dangers du cannabis, mais surtout que la dépénalisation rapporterait plein d’argent, que cela permettrait que moins de gens en fument, etc.

Mais surtout, il y a l’argument juridique, car Le Monde est tout de même le quotidien de Sciences Po et des fonctionnaires de l’administration. Et effectivement, comme dit en quelque sorte par Le Monde la tendance est déjà présente :

Bon ok, mais ça veut dire que les « fumeurs de pétard » sont envoyés en prison?

En théorie oui, en pratique c’est très rare. A partir de 1978, le ministère de la justice fait en sorte de traiter différemment les consommateurs de marijuana et les autres :

– mai 1978 : la « circulaire Peyrefitte » préconise d’opérer une distinction entre le cannabis et les autres drogues,

– mai 1987 : la « circulaire Chalandon » introduit une différence entre usagers occasionnels et « d’habitude »,

– juin 1999 : la « circulaire Guigou » recommande des mesures alternatives plutôt que des poursuites pour « simple usage »,

– avril 2005 : la « circulaire Perben » prône une réponse pénale systématique mais adaptée. En cas de possession simple, c’est un rappel à la loi,

– février 2012 : une nouvelle circulaire dans le même esprit recommande des stages pour les usagers non dépendants, et des injonctions thérapeuthiques pour les autres,

– octobre 2015 : le décret d’application de la « transaction pénale » autorise les officiers de police judiciaire à proposer une amende pour les petits délits, payée immédiatement.

Comme on le voit très bien, le processus de dépénalisation est déjà là. Il suffira juste de travailler l’opinion publique pendant quelques temps et l’appareil d’État ira au basculement.

Refuser cela ne sera pas facile !

Et notons d’ailleurs, que de manière fort étrange, les associations welfaristes ont la même stratégie pour les droits des animaux que les partisans de la dépénalisation du cannabis. Ils pensent qu’il y aura un même processus graduel, jusqu’à la réforme générale.

Sauf que c’est absurde, car les enjeux financiers sont énormes et le conservatisme ici certainement pas renversable depuis l’intérieur du système lui-même !

Le seul résultat serait de réduire la cause animale à la dimension d’une cause “sociétale”. C’est d’ailleurs là un risque énorme : la main-mise par les couches sociales bobos d’une cause aussi sacrée pour l’ajouter à son catalogue de causes diverses et variées qui ne servent qu’à renforcer sa place.

Il ne faudra pas s’étonner si le véganisme va passer, pour un temps, et c’est déjà en partie le cas, comme un existentialisme bobo de centre-ville. Alors que cela devrait être une démarche partant de la morale populaire!

Dire non au cannabis, c’est donc aussi préserver le véganisme, en rejetant la “gauche sociétale” et sa dénaturation de ce qui est juste…

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