Les binuchards, un exemple de “rock festif” du terroir

Avec le groupe de musique Les binuchards, qui s’arrête dans quelques mois après quarante années de carrière, on a une synthèse très parlante de cette France profonde, d’esprit beauf et vaguement rebelle, hostile à l’ordre établi pour en fait ne proposer qu’une manière de vivre faussement hédoniste chantée à travers du “rock festif”.

Voici la chanson “La route à trois grammes”, avec une vidéo absolument terrible, qui a déjà eu 6,5 millions de vues.

Quelques paroles de cette chanson :

J’ai pris la route à 3 grammes, pour éviter les gendarmes,
Les chemins et les palisses pour éviter la police.

J’ai bu deux ou trois Pastis, c’est sûr je suis positif,
J’ai beau expliquer aux flics que je suis pas un alcoolique,
J’ai essayé le pétard, la Tourtel et un peu tout,
Mais je préfère le pinard et la bière de Bercloux.

J’ai branché mon G.P.S sur la route de l’ivresse,
Je passe à travers les vignes et les chemins de traverses,
Qu’elle est la route la plus sûre, quand t’as soupé au vin pur,
T’as déjà un gramme ou deux, tu peux bouffer des Croix-Bleues [association de lutte contre la dépendance].

Voici des paroles d’une autre chanson, glorifiant le braconnier comme “homme libre” :

Il n’a pas de montre au poignet, mais il sait toujours l’heure qu’il est,
Du vent, il fait de la lumière, et il boit l’eau de sa rivière,
Il a fait un grand bras d’honneur à tous les voleurs de bonheur,
Je suis dans la maison d’un homme qui n’a plus besoin de personne. (…)

C’est un trappeur, c’est un indien, un homme qui n’a plus peur de rien. (…)

Si je dois revenir un jour, je veux que ce soit pour toujours,
Car je veux vivre comme cet homme, qui ne compte jamais ce qu’il donne

Voici la chanson “Entre Bretagne et Pyrénées”, éloge de l’alcool version identitaire…

Quelques paroles :

Entre Bretagne et Pyrénées, y’a le pays où je suis né, Entre la Loire et la Gironde, là où je suis venu au monde.
Entre les vignes et l’océan, Bercé aux chants des goélands, Cà sent le Cognac à plein nez
Dans le pays où je suis né. J’ai essayé de vivre ailleurs, Sur d’autres terres, des jours meilleurs,
Oui, j’ai enragé de ne pas être né, En Bretagne ou en Pyrénées.
Mais mes racines m’ont rappelé, Que je suis né dans un carrelet,
Cà sent le Pineau à plein nez Dans le pays où je suis né.

Voici quelques paroles de “Le goret à Titi”, où est racontée la mise à mort d’un cochon :

Quand on a voulu tuer, le goret à Titi, ynous échappé, le goret à Titi,
Trois jours et puis trois nuits, j’avons mis les cheuns après lui,
Enfant d’garce de chéti…….le goret à Titi. (…)

Qu’est ô qu’ j’avons mangé, sur le goret à Titi, les oreilles et la queue, ô vous mets pas en appétit,
Les jambons, les saucisses, sentait tout le fraîchin,
Les côtelettes et la tête……j’l’avons donné au chien.

J’avons mis l’sanglier, à la place du goret, la fumelle était pleine, çà j’peux vous l’assurer,
L’an prochain c’est promis, que nous a dit Titi, je fermerais mon portail,
Pour pas qu’le goret s’en aille, si je suis pas abrami,
On fera de bias rotis, et puis à la Toussaint……..j’mangerons d’au marcassin………

Quelques paroles de “Ce petit verre de blanc” sont très utiles dans leur culte de “l’amitié” du terroir par l’alcool :

Si c’est pas du bonheur ce petit verre de blanc à l’heure de l’apéro, quand les copains sont là.
Si c’est pas du bonheur ça lui ressemble tant que je lève mon verre, aux amis que voilà.

Oui je lève mon verre, et je veux me griser aux parfums délicieux du vin de l’amitié
Grâce à lui tout à l’heure, monteront les refrains dans la douce chaleur, et puis nous aurons faim.

Nous aurons faim de vivre, l’ivresse qui délivre nos yeux s’allumeront.
Nous casserons les œufs, taillerons le jambon, les amis resteront.

Et pour finir, pour bien comprendre la démagogie de tout ce style “terroir”, on trouve une critique démagogique du “monde moderne” :

On aimerait manger des produits naturels,
C le joyeux bordel,
On veut pas d’OGM, on nous en donne quand même,
On refait un lifting à la viande avariée,
C le joyeux bordel,
Produit de marketing, bénéfices assurés.

La mer qui était belle est devenue une poubelle,
C le joyeux bordel,
C’est le lave-vaisselle des pétroliers rebelles,
Il arrive sur les plages de quoi se shooter,
C le joyeux bordel,
Des nappes de pétrole, des oiseaux mazoutés.

La critique des puissants en mode beauf, la critique du “monde moderne” en version terroir, voilà bien un ennemi du progrès!

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