Des millions de poissons morts au Vietnam

C’est une histoire très dure, une fois de plus, qui est difficile à cerner de par le manque d’informations démocratiques à ce sujet, comme on peut s’en douter.

Ce n’est pas un cas isolé. Depuis mars – les informations sont malheureusement comptées par tonnes de poissons ce qui est indigne – 65 tonnes de poissons morts ont été retrouvées au Cambodge dans les eaux de Kampong Thom, 40 tonnes en Inde dans le district du lac Nalgonda, 70 tonnes en Colombie dans le département de Magdalena, 4000 tonnes au Chili en Araucania.

Les causes n’ont pas été officiellement données et il en va de même pour l’affaire qui secoue le Vietnam depuis un mois.

Depuis la mi-avril, 34,5 tonnes de poissons morts ont été trouvées dans la seule province de Quang Tri, alors que trois autres provinces sont touchées (Hà Tinh, Quang Binh, Thua Thiên-Huê) et qu’on considère que des millions de poissons sont morts alors que leurs corps échouent sur 200 kilomètres de côtes (le Vietnam compte au total 3 000 kilomètres de côtes).

Soyons ici très clairs : ce n’est pas la ferveur écologiste qui a provoqué le scandale, loin de là. Voici, pour comprendre l’arrière-plan, une information du Courrier du Vietnam d’il y a deux jours :

Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MADR), le Vietnam a exporté pour 1,97 milliard de dollars de produits aquatiques ces 4 premiers mois, soit une croissance de 6,2% sur un an.

C’est parce que la très importante industrie de l’aquaculture est touchée, ainsi que la pêche, qu’il y a scandale. Le nationalisme prime d’ailleurs dans la démarche, en raison des propos du responsable d’une aciérie.

Le responsable à Hanoï de la Formosa Hà Tinh Steel Company (FHS) a ainsi déclaré :

« Vous ne pouvez pas tout avoir. (Vous) devez choisir entre les poissons, les crevettes ou une aciérie. Si vous en voulez deux à la fois, je vais vous dire que vous ne pouvez pas, même si vous êtes le Premier ministre »

Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres, avec un slogan nationaliste mis en valeur :

« Je suis Vietnamien et je choisis les poissons »

C’est un excellent exemple de comment le nationalisme représente une logique étroite, incapable d’avoir une vue d’ensemble. La démagogie nationale est là pour masquer les faits : le Vietnam s’industrialise de manière anarchique et la vie aquatique devient esclave de ce développement.

Le nationalisme sert ici de défense à une logique économique destructrice, sous prétexte de « développement ». C’est assez exemplaire…

Le gouvernement vietnamien a, de son côté, au bout de trois semaines d’attente, envoyé plein d’appels à l’aide aux experts internationaux, afin de trouver les causes.

Cependant, dans la province du Quang Binh, dans le district de Bo Trach, il  y a eu des témoins d’un phénomène connu : la « marée rouge ».

C’est le résultat d’une pullulation de microalgues… qui bien entendu doit elle-même résulter de quelque chose de précis.

Espérons qu’on en saura davantage, mais doutons en. Les industriels feront tout pour cacher les causes réelles et les gouvernements, de la même manière, tenteront de ne pas présenter les faits tels qu’ils sont réellement.

La raison est simple : l’écocide continue, pour des motifs d’intérêts économiques. Partant de là, pour que ce processus continue, il ne faut pas que les choses apparaissent pour ce qu’elles sont, de peur d’une opposition complète et intransigeante à l’écocide…

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