Le Times britannique et l’Etat dealer

The Times est une institution en Grande-Bretagne : c’est un journal considéré comme étant de haut niveau, avec une tradition remontant pas moins qu’à 1788. On peut d’autant plus comprendre la signification de son éditorial « Breaking good » d’il y a quelques jours.

Il faut y voir une allusion à la série « Breaking bad », présentant de manière romancée un trafic de méthamphétamine.

Le Times met en avant un document de la Royal Society for Public Health (RSPH), l’administration britannique pour la santé, qui a appelé dans un nouveau document à… légaliser toutes les drogues.

Personne ne devrait être considéré comme criminel pour posséder des drogues, car cela ne servirait à rien en pratique sur le plan de la justice, alors que de plus cela nuirait dans la mise en place de politiques de santé.

C’est le relativisme « classique » de ces derniers temps au nom de l’impossibilité qu’il y aurait à écraser les drogues et les mafias, et de la nécessité de promouvoir la santé au moins un minimum.

Soyons ici très clairs : la RSPH parle tant du cannabis que de l’héroïne ou la cocaïne.

Le Times adopte ce point de vue de manière résolue et appelle l’État à gérer le marché des drogues :

« Le gouvernement devrait être encouragé à penser la décriminalisation non comme une fin en soi mais comme un premier pas vers la légalisation et la régularisation des drogues, tout comme il régule déjà l’alcool et le tabac. »

Le Times prend en exemple le Portugal, qui depuis 15 ans a décriminalisé la possession de drogues. Le quotidien britannique ajoute toutefois qu’il ne s’agit pas de permettre pour autant aux mafias de continuer leur commerce, aussi l’État doit-il, logiquement, s’approprier ce commerce.

Il s’agit, selon le Times, de « passer de manière graduelle à l’approvisionnement légalisé, comme celui autorisé pour le cannabis en Uruguay et une minorité des Etats nord-américains ».

Il est d’ailleurs à noter que Windows vient de s’allier à l’entreprise Kind Financial, afin de développer des outils de suivi pour les graines de cannabis commercialisées légalement, dans le but d’éviter l’émergence du marché noir.

Le commerce du cannabis serait ainsi absolument supervisé par un Etat devenu dealer. La mafia continuerait d’exister, mais de manière moderne sous la forme d’entreprises liées à l’État.

C’est finalement en quelque sorte un condensé de l’histoire du capitalisme…

Et cela montre à quel point la question de la légalisation du cannabis est toujours plus prégnante. Le refus de cette légalisation devient, chaque jour, une bataille prenant davantage d’importance.

Car elle porte le refus de l’individualisme et des paradis artificiels, elle porte inévitablement en soi la conception d’une vie naturelle sans besoin de fuite.

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