Abandon et euthanasie des animaux de compagnie, une barbarie de masse

Voici un document présentant une réflexion très approfondie sur le meurtre des animaux abandonnés dans les refuges. Il est écrit par Michel Fize, un sociologue et chercheur au CNRS, également membre de la direction du Mouvement des progressistes (issu d’une scission du PCF).

Il a été initialement publié sur le Huffington post et est lié à une pétition demandant de modifier la loi autorisant la mise à mort d’un animal “de compagnie” dont le “propriétaire” n’a pas été trouvé dans les huit jours ouvrés de son arrivée à la fourrière ou au refuge, ou si une association de protection animale ne le prend pas en charge.

Sans vouloir préjuger de la valeur du document, notons que la pétition n’a que peu de sens : ce sont les refuges qui décident s’ils pratiquent une politique “no kill” ou pas,et non pas la loi.

Quant aux fourrières, leur capacité dépend de choix absolument politiques, notamment des maires. Travailler l’aspect juridique reste abstrait par rapport à la question des moyens et des rapports de force.

Pour qu’il y ait vraiment des refuges de ce nom, pour que l’abandon devienne un crime réellement puni et en même tempe rarissime, il faut un mouvement fort pour l’imposer!

Abandon et euthanasie des animaux de compagnie, une barbarie de masse

Commençons par l’abandon. Il y en a de plusieurs sortes. Il y a naturellement l’abandon le plus spectaculaire qui est aussi le plus lâche: l’abandon anonyme de l’animal en pleine forêt (attaché ou non à un arbre) ou sur quelque aire d’autoroute (l’animal est débarqué de la voiture qui repart aussitôt sous l’œil ahuri ou terrifié de la bête, laquelle hurle souvent de douleur devant cette épouvantable situation).

Autre forme d’abandon anonyme, l’animal accroché de nuit, à l’abri des regards, à quelque porte de refuge, geste malgré tout comportant un petit zeste de morale puisqu’il sauve de la mort, au moins pour un temps, l’animal en question: l’on pourrait parler ici, si l’acte en soi n’était pas aussi honteux, d’abandon “sécurisé”. C’est ainsi que mon chien labrador Will a été retrouvé un beau matin par les employés d’un refuge de l’Essonne.

A côté de l’abandon anonyme, existe ce qu’il faut bien appeler le “pseudo” ou “quasi” abandon, car vécu comme tel par l’animal. C’est l’abandon qui fleurit sur internet sur les sites de petites annonces.

Voici les raisons les plus fréquemment avancées par les “abandonneurs”: départ à l’étranger; maladie grave ou invalidante; arrivée d’un bébé au foyer; allergie d’un enfant ou d’un autre membre de la famille aux poils de chien ou de chat; mésentente avec un autre animal; agressivité (au moins supposée) envers des enfants en bas âge; déménagement du propriétaire de l’animal dans un logement plus petit (et/ou sans jardin); insuffisance (supposée) de temps, par suite par d’une soudaine sur-occupation professionnelle qui empêcherait de s’occuper aussi bien de l’animal qu’auparavant; séparation conjugale…

Bien entendu, au sens propre du terme, les propriétaires, en donnant ou en vendant parfois leur animal, ne commettent pas un abandon. Ce qui est plus grave, c’est qu’ils n’ont pas du tout conscience du mal (qui peut être irréparable) dont ils se rendent coupable envers leur animal, ou, ce qui est plus dramatique, n’en ont vraiment cure.

Il faut à cet instant, sans détour, poser la question: celui qui a apporté, parfois depuis de très nombreuses années, un confort de vie à la bête, lui a donné l’amour et l’amitié ainsi que la sécurité a-t-il le droit de s’en séparer pour les raisons invoquées plus haut, même si certaines de prime abord peuvent apparaître “compréhensibles” -et elles le sont quelquefois (maître devenu invalide)?

Cette question vaut également pour tous ces maîtres qui, à visage découvert cette fois, viennent abandonner leur animal dans un refuge, sous le regard stupéfait et affolé de celui-ci qui voit son compagnon s’éloigner de son regard et de sa vie.

Pour Konrad Lorenz, le célèbre éthologue autrichien, les raisons invoquées de séparation d’avec un animal sont – sans distinction des raisons – tout simplement pitoyables. “Cela me stupéfie, écrit-il, que tant de gens, qui semblent par ailleurs avoir du sens moral, n’éprouvent aucune honte à tenir ces discours. Les droits de l’animal sont ainsi niés, non seulement par la loi, mais par l’insensibilité de beaucoup de gens… La fidélité d’un chien, conclue l’éthologue, est un don précieux, qui entraîne une responsabilité morale non moins contraignante que l’amitié d’un être humain.”

Le problème, me semble-t-il, vient de la méconnaissance chez beaucoup de “propriétaires” d’animaux des véritables besoins des chiens en particulier. Il faut savoir par exemple qu’un animal souffrira moins d’une réduction d’espace que d’une privation soudaine d’amour, qu’il souffrira moins d’une réduction du nombre de ses balades quotidiennes, ou de leur durée, que de la disparition physique de son “maître”.

Deuxième grande forme de maltraitance, une maltraitance irréversible, définitive: l’euthanasie. La mise à mort est une décision de “particuliers” ou, répétons-le, d’institutions en charge, paradoxalement, de la protection animale.

Si naturellement chacun s’accorde à reconnaître le droit pour un médecin-vétérinaire, sollicité par un particulier ou un refuge animalier, d’abréger les souffrances d’un animal atteint d’une maladie incurable ou frappé d’une vieillesse invalidante, peut-on admettre l’exécution, souvent arbitraire, d’animaux jeunes et/ou en bonne santé ?

Or de tels actes, appelés parfois “euthanasies de confort”, se commettent quotidiennement dans le secret d’officines vétérinaires ou le “non-dit” de refuges et fourrières, souvent bondés il est vrai (mais saurait-on voir là une excuse?).

Selon les sources, 100.000 euthanasies de chiens et de chats seraient chaque année, pratiquées en France, soit 10. 000 par mois et donc plus de 300 par jour. Disons le clairement: la mort donnée sans raison légitime, c’est-à-dire médicalement constatée, à un animal, qu’il soit de compagnie ou d’élevage, n’est qu’une infamie qui engage notre responsabilité morale et notre dignité d’homme. De quel droit en effet faisons-nous preuve d’une telle violence envers les animaux? En les tuant (de façon horrible souvent), nous devenons tout simplement des meurtriers, en les faisant souffrir les pires bourreaux qui soient.

Dernière forme de maltraitance: la maltraitance institutionnelle. Celle des refuges et des fourrières pourtant censés protéger les animaux. Cette maltraitance peut être le résultat de contraintes matérielles (ce qui, encore une fois, n’excuse rien). Ainsi, hélas, certains animaux sont-ils encore trop souvent enfermés dans d’étroites cages métalliques, n’en sortant qu’exceptionnellement pour de courtes promenades, ce qui autorise ici à parler de véritable incarcération.

Il faut savoir que de surcroît cette détention peut être de longue durée. Quelque 300 chiens et chats seraient enfermés depuis au moins 5 ans, parfois depuis 12 ou 13 ans dans ces conditions éprouvantes.

D’autres, parce qu’ils sont trop vieux ou n’ont pas la bonne couleur (la couleur noire reste rejetée par les adoptants), ou n’appartiennent pas à la bonne race, peuvent passer leur vie entière en refuge. Mais, et le fait est ici plus grave encore, il arrive que la maltraitance institutionnelle soit choisie, que des animaux soient par exemple sciemment “punis” parce qu’ils ont fait des “bêtises” (ils ont souillés leur cage par exemple), que d’autres soient “mis à mort” parce qu’ils ne plaisent pas à tel ou tel responsable de refuge.

Ainsi, dans une région et un refuge de France que nous ne nommerons pas, parce qu’une enquête est en cours, les molosses sont-ils systématiquement promis à la mort et des chatons délibérément affamés.

Résumons. La cruauté envers les animaux d’élevage ou de compagnie, tous animaux domestiques, est une ignominie, une barbarie. Comment les hommes peuvent-ils encore se targuer d’humanisme et de sensibilité quand, sans scrupules, ils torturent et tuent quotidiennement d’autres êtres vivants? Alors ne faut-il pas faire cesser au plus vite ces “crimes contre l’animalité”?