Quand les protestants tentent de se rapprocher du végétarisme…

Le journal Réforme, un « hebdomadaire protestant d’actualité », a consacré son numéro d’hier au végétarisme.

Il s’agit surtout d’une petite enquête prenant comme prétexte un atelier parisien de l’Association végétarienne de France, comme on peut le lire dans l’article en ligne intitulé de manière très libérale « Végétarien, vegan ou flexi, à chacun son menu« .

Cette approche est étonnante de par son libéralisme, d’ailleurs.

Si les catholiques et leur libéralisme ne tolèrent pas le véganisme, on sait bien en pratique que les personnes liées au protestantisme, au judaïsme et à l’Islam ne sont aucunement choquées, voyant tout de suite le pourquoi du comment, même sans être d’accord.

Alors pourquoi le journal « Réforme » adopte-t-il ce ton si mesuré? C’est bien entendu par esprit de récupération.

On a ainsi un article intitulé « Berlin, paradis végétarien » histoire de tenter de dresser un pont un peu « hipster ». On a aussi un petit encart dans le journal qui pointe discrètement vers un lien sur un article au sujet du prétendu rapport entre les protestants et les animaux…

Et au cas où vraiment les lecteurs et lectrices n’auraient pas compris la mise en avant d’un certain « entrisme » religieux, il y a même un encart théologique donnant le ton…

Petit regard théologique sur l’alimentation

Dans l’Ancien Testament, le programme alimentaire au début de la Genèse est plutôt végétarien, fondé notamment sur les graines et les fruits, explique Jean-Pierre Poulain qui aborde le sujet dans son ouvrage Sociologies de l’alimentation. Ensuite, « Ève croque la pomme », et après le Déluge, l’homme déchu se voit proposer un nouveau programme alimentaire qui dès lors inclut la viande. Mais tous les animaux ne sont pas consommables, le sang est exclu et les modalités de la mise à mort sont explicitement définies.

Cette seconde partie de la Genèse sert de base à l’alimentation casher et halal. Ces approches constituent un patrimoine historique et culturel commun des religions du Livre. Mais la chrétienté va prendre des distances avec les interdits alimentaires. « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui provient de la bouche, voilà ce qui souille l’homme. » (Mathieu 15,11).

Et l’attention sera portée sur la relation gras-maigre dans la période du carême et sur l’alimentation du vendredi. Cependant, certains ordres religieux ont affiché des pratiques quasi végétariennes avec des justifications où se mêlent frugalité et retour au programme initial d’avant la chute.

Ce petit regard théologique est d’une nullité sans pareil et relève de la pure publicité mensongère.

C’est tout à fait calculé, et d’ailleurs le journal « Réforme » parle dans l’article cité plus haut des « contraintes alimentaires imposées par l’Église catholique »,  il tente d’expliquer que les protestants seraient différents, de par la décentralisation de leurs temples…

C’est totalement faux, car la base chrétienne est la même et l’obligation de manger des animaux est une base anthropocentriste incontournable. Cela est souligné de manière formelle par Jean Calvin, et c’est tout de même le fondateur du protestantisme…

Ce que Calvin dénonçait de cette manière, c’était alors les courants religieux millénaristes populaires pratiquement communistes, voulant établir tout de suite le paradis sur Terre, en coupant les têtes des aristocrates et du clergé…

Toute religion monothéiste est, historiquement, anthropocentriste et considère les animaux comme étant une création au service de « l’Homme ».

Après, certaines religions comme le protestantisme et son exigence de responsabilité morale individuelle peuvent être plus proches que d’autres du véganisme, comme de la morale straight edge d’ailleurs.

Cela explique aussi pourquoi le véganisme est arrivé bien avant et s’ancre bien davantage dans des pays comme les États-Unis, l’Allemagne, la Suède, bien qu’il faille relativiser quand on voit l’ampleur du véganisme en Autriche et en Italie.

En tout cas, il est frappant de voir le journal « Réforme » saborder sa propre culture exigeante pour tenir un discours libéral-libertaire afin de suivre la mode « végétarienne »…

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