Communiqué d’Exarcheia (4)

Voici la quatrième et dernière partie du communiqué d’Exarcheia. La thématique est ici sans doute plus secondaire, puisque consistant directement en des réflexions sur la contradiction de l’anarchisme qui d’un côté refuse toute autorité, mais de l’autre voit bien qu’il faudrait imposer une autorité sur les mafieux…

Il est donné que quand quelque chose n’est pas limité à un certain niveau, il va tellement s’étendre qu’il va nous anéantir à la fin. Cela va se répandre comme un cancer. C’est le cas à Exárcheia, quand le caractère romantique sinon du quartier, qui a toujours accueilli les proscrits, les sans compromis et les déshérités, tourne dans le mauvais sens.

Non pas parce que ces gens ne doivent pas être accueillis, mais parce qu’ils devraient être incarnés dans des règles fondamentales de solidarité sociale. Ils devraient accepter l’offre mais également agir de manière réciproque, prouvant en pratique que la solidarité n’est pas la porte dérobée pour le chaos et le cannibalisme, mais bien le modèle de la maturité sociale, par la capacité à s’auto-institutionnaliser et d’agir en harmonie.

La solidarité sociale est pour cette raison une question de responsabilité et pas seulement de tolérance. Plus particulièrement, quand nous avons affaire à des éléments criminels anti-sociaux, la gestion de ceux-ci n’est pas ajustée par une main invisible [allusion à la main invisible qui selon le libéral Adam Smith régule l’offre et la demande], mais par notre capacité à maintenir au moins un équilibre des forces.

Nous devrions avoir un œil sur eux, nous imposer et leur rappeler qu’ils sont dans un environnement hostile. Sinon, les mafiosos et les hooligans se sentiront en sécurité et forts, imposeront leur hégémonie et nous élimineront.

C’est pourquoi, en réponse aux théories incompréhensibles comme quoi « Exárcheia a toujours été ainsi », nous disons que ceux qui prétendent cela appartiennent aux forces conservatrices, à ceux qui avec leur attitude perpétuent la situation décadente du quartier.

Ainsi, à partir de maintenant, ils seront également considérés comme une partie du problème. Exárcheia est une des zones les plus chargées politiquement d’Europe. Là-bas, de rudes luttes ont été menées, des camarades ont été assassinés par la police, des insurrections ont commencé, des mouvement et des idées y sont nés.

L’image du quartier a désormais capitulé devant la décadence des drogues, du pseudo divertissement et du hooliganisme, c’est une image triste.

Cependant, nous devons admettre que cela reflète les problèmes structurelles, organisationnelles et idéologiques de notre mouvement.

Au nom d’un « anti-autoritarisme » latent, qui identifie les termes de la formation d’un front prolétarien, au niveau des rapports moraux et des rapports internes, avec ceux avec lesquels nous combattons contre le monde civil, nous oublions que nous ne répondons pas à la brutalité avec des caresses.

Ainsi, quand nos idées sur les rapports sociaux se transforment en idéologie, et non pas en conflit constant afin de les préserver, alors il y a des décalages qui sont créés et les pouvoirs de l’ennemi trouvent de l’espace pour s’asseoir sur notre « anti-autoritarisme ».

Tout se juge par les corrélations matérielles réelles et non pas par nos visions abstraites.

« L’anti-autoritarisme », par conséquent, afin de survivre dans l’environnement urbain où il évolue, et pour convaincre que c’est une proposition réaliste d’organisation sociale, devrait exercer l’autorité sur ses ennemis.

Sinon, il est condamné à s’effondrer.

De l’autre côté, la signification élargie de la tolérance, qui permet à des éléments anti-sociaux d’agir sans être dérangée dans le quartier d’Exárcheia, amène plusieurs questions essentielles.

Pourquoi sommes-nous (devrions-nous) être tolérants avec quiconque utilisant comme alibi son identité nationale ou soi-disant politique (celle d’immigré ou d’« anarchiste ») et exerçant une violence anti-sociale, et pourquoi ne sommes-nous pas tolérants avec la société locale qui, de manière justifiée, proteste contre eux ?

Pourquoi les premiers sont-ils considérés comme des forces amies et les seconds comme des petit-bourgeois et des fascistes ? A qui nous adressons-nous et qui sont nos alliés ?

C’est ici que nous rentrons dans les profondeurs du caractère historique de notre mouvement, ses distortions concernant la lutte des classes et son rôle en son sein. La tolérance, par conséquent, n’est pas un coupon de contributions libres à prix libre. Le prix est lourd. Le prix de la responsabilité.

Et face au danger de devenir des proscrits dans notre propre quartier, d’être assailli moralement et politiquement et incapable de défendre notre espace vital, de perdre la crédibilité d’une proposition politique responsable pour la société, nous disons que cette responsabilité est la nôtre. Quel qu’en soit le prix.

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