Les mafias et la mondialisation des drogues

Puisque nous parlons des trafics de drogues,  essayons de faire un bref aperçu de ce qu’il en est, car les choses sont souvent connues indirectement, sans avoir pour autant un panorama de la situation.

Voici d’abord quels sont les principaux réseaux historiques, tels que présentés dans un article sur l’émergence de la très violente mafia russe, dans les années 1990.

Jusqu’en 1995, cinq principaux groupes dominaient le marché mondial de l’économie criminelle:

— les groupes italiens (qui comprennent la Cosa nostra sicilienne, la Camorra napolitaine et la ‘Ndrangbeta calabraise);

— la Cosa nostra américaine (émanation de la mafia sicilienne);

— les cartels de la drogue colombiens (notamment ceux de Medellin et de Cali qui approvisionnent en cocaïne la totalité du marché américain);

— les triades chinoises (qui opèrent à partir de Hong-Kong et Taiwan en suivant les mouvements migratoires des communautés chinoises);

— les yakuzas japonais (qui opèrent indifféremment dans les domaines légaux et illégaux).

Désormais, on peut en ajouter un sixième : les mafias ex-soviétiques qui profitent du chaos existant pour saisir toutes les opportunités et qui, selon un officiel du FBI, sont sur le point de supplanter la Cosa nostra « comme principal groupe criminel organisé aux Etats-Unis ».

En réalité, le marché de l’économie criminelle évolue de manière permanente.

Des groupes s’efforcent de le pénétrer (et y parviennent, comme les Russes), alors que des sous-groupes évoluent à la périphérie (gangs nigériens qui servent de « mules », Turcs et Kurdes qui sous-traitent le marché de la drogue, [à quoi il faut ajouter aussi désormais la mafia albanaise, en lien avec l’Italie], etc.). Des alliances se font et se défont ; mais les mafias opèrent désormais comme des sociétés multinationales

Voici à quoi ressemble cette question de la mondialisation des trafics de drogues, telle que présentée sur un forum d’étudiants de Sciences-Po.

Décentralisation des grandes organisations pour faire face à la répression : en 2001, il y avait en moyenne 40 à 80 organisations en Colombie, alors qu’il y en avait seulement trois ou quatre cartels à fin des années 80. De même, la Cosa Nostra sicilienne après les vagues d’arrestation des années 1990, s’est implantée au Canada, au Brésil, en Europe de l’Est et en Afrique du Sud.

Commerce mondial de la drogue reflète la Division Internationale du Travail : les matières premières (coca, opium, cannabis) sont produites par le Tiers-monde ; les produits transformés sont vendus sur les grands marchés de consommation des pays industrialisés.

Coopération entre organisations criminelles ; fin février 2001, police du Nicaragua appuyée par la DEA américaine intercepte un bateau (battant pavillon brésilien) transportant 8 tonnes de cocaïne vendues par un cartel colombien à la mafia russe !

La réduction des contrôles douaniers et la libéralisation des marchés financiers permettent de faire entrer de la drogue beaucoup plus facilement. La constitution d’un méga-marché financier mondial brassant environ 1000 milliards de dollars chaque jour permet de faciliter et de diluer les blanchiments.

Le blanchiment d’argent et la criminalisation touchent, par la mondialisation, l’ensemble du globe. Cet aspect est renforcé par les conflits locaux (qui ont explosé après la guerre froide). L’OGD en a dénombré une trentaine dans le monde, (dont la moitié en Afrique) ayant tous une rapport quelconque avec la drogue : Birmanie, Angola, Colombie.

Les routes de la drogue : la nature des produits transportés imposent des chemins détournés, des zones peu fréquentées et mal contrôlées. Il existe 4 grandes routes, avec toutes les conséquences géopolitiques qu’ont les trafics de drogue sur les pays traversés :

-les Balkans : depuis la Turquie; 70 à 80% des prises d’héroïne européennes ont lieu en Turquie.

-Mexique : 3500 kilomètres de frontières ; 50 à 70% de la drogue introduite aux Etats-Unis transitent par le Mexique.

-Afrique : voie aérienne et maritime de plus en plus utilisée par trafiquants d’héroïne de l’Asie du Sud-Est.

-L’effondrement de l’Union Soviétique: état central affaibli économie de marché pas contrôlée. La drogue est produite dans le Caucase ou en Asie Centrale et expédiée par les « têtes sombre » (Tchétchènes, Géorgiens, Arméniens) et par la mafia russe.

La progression des trafics dans le monde a transformé l’Europe en « véritable échangeur d’autoroute » à trois entrées : à l’Est (les Balkans pour héroïne de l’Asie du Sud-Est et Asie Centrale), à l’Ouest (cocaïne de Colombie par Espagne atlantique, le Portugal et les Pays-Bas) et au Sud (cannabis du Maroc).

Comme on le voit, l’humanité pourrait être unie pour la paix, assumant un rapport positif à la Nature, formant une société unie où l’on cherche à progresser… Au lieu de cela, on a une mondialisation, tant aux dépens de l’environnement, puisque les trafics croissent de manière horrible, qu’avec les drogues…

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