La FNSEA face à Lactalis

L’actualité, c’est bien entendu l’initiative du syndicat agricole FNSEA et de son bras « musclé » des « Jeunes agriculteurs » consistant à bloquer le siège de l’usine Lactalis de Laval.

Ce blocage est censé durer encore une semaine et ne concerne pas Lactalis : c’est le rond-point qui est bloqué. Car la FNSEA ne veut pas combattre Lactalis, mais lui arracher une plus grande part du gâteau de l’exploitation animale.

Nous avons déjà parlé de cette question, en expliquant la déréglementation européenne du secteur du lait de vache. La bataille économique fait rage et Lactalis a acquis une position de force.

Il s’agit du numéro un mondial dans la production de lait de vache et de fromage, devant Danone. Selon Capital, ses profits se divisent de la manière suivante :

Les fromages génèrent 34% du chiffre d’affaires, le lait de consommation 25%, les yaourts et desserts lactés 12%, les ingrédients laitiers et poudres 12% également, et les beurres et crèmes 6%.

C’est, dans la tradition des grandes entreprises françaises, une entreprise familiale et son patron, qui évite absolument d’être connu du grand public et de la presse, est le 15ème français le plus riche, avec 4,43 milliards d’euros à son patrimoine.

Cette richesse, les éleveurs aimeraient en profiter, d’autant plus qu’en bons capitalistes, ils n’ont vu que l’appât du gain avec l’exploitation animale et n’ont rien anticipé du tout à la déréglementation européenne.

Ils pensaient faire de bons profits aux dépens des animaux, de manière tranquille, et la course au profit est si forte qu’elle les balaie ! Voici comment se plaint à Ouest-France un éleveur de Mayenne…

« Quand on téléphone, on ne nous demande pas notre nom ni celui de la ferme, mais notre numéro de producteur. »

Quelle ironie aliénée reflètent ces propos, de la part d’un éleveur c’est-à-dire de quelqu’un qui considère les êtres vivants comme des marchandises…

Ce qui était prévu, donc, avec la déréglementation, arriva fort logiquement et il y a ce que le PDG de Lactalis appelle, utilisant d’ailleurs un concept marxiste, une « crise de surproduction ».

Lactalis en profite et paie autour de 270 euros les 1000 litres de lait de vache, contre 363 euros il y a deux ans. La déréglementation européenne a eu un effet dévastateur, dans la mesure où les éleveurs français ne tiennent pas face à la concurrence.

Le prix de production des 1000 litres leur revient à 350 euros, alors que les éleveurs allemands produisent pour entre 15 et 20 % moins cher.

Regardons d’ailleurs le tableau des rémunérations des éleveurs. Il est vrai que Lactalis paie moins que les autres, mais tous sont extrêmement loin de 350 euros, sans compter que les éleveurs exigent 380 euros…

Notons d’ailleurs que les prix chutent et que ce qui est indiqué dans le tableau concerne la moyenne des 12 derniers mois. Or, chaque mois la chute continue de manière significative… Si l’on ne prend que la première partie de 2016, on obtient par exemple pour Lactalis 266 euros et non 283.

Autant dire que, dans tous les cas, les éleveurs français vont connaître un effondrement… aux dépens des animaux, toujours plus exploités, toujours plus nombreux à être exploités.

On assiste en effet à une concentration massive, propre à la croissance exponentielle de l’exploitation animale.

Il faut bien voir qu’au-delà des plaintes honteuses des éleveurs, ces capitalistes qui aimeraient faire du profit de manière garantie, il y a une croissance significative de la production mondiale de lait de vache : elle a été de 3% en 2014 et de 2% en 2015 (soit environ 800 milliards de litres).

L’Union Européenne a annoncé il y a quelques semaines lancer deux nouveaux programmes d’aides : 150 millions d’euros pour inciter à réduire la production de lait, 350 millions d’euros distribués entre les Etats membres (dont 50 pour la France) afin d’aider les éleveurs…

C’est là un capitalisme plus qu’aidé ! Surtout que c’est sans fin, car les éleveurs français ont investi afin de pouvoir faire des profits et ne peuvent donc plus reculer et limiter leur production…

D’autant plus que leurs concurrents ne comptent pas le faire non plus ! C’est la course au profit de manière toujours plus folle, dans une véritable guerre contre les animaux qui sont ici au coeur de la pressurisation réelle qui existe.

L’exploitation animale idéalisée par la ZAD et les éleveurs n’est qu’une tentative de maintenir la petite production face à des monstres agro-industriels qui pratiquent l’exploitation animale à très grande échelle.

Lactalis représente d’ailleurs un exemple typique de cela. L’entreprise fait 17 milliards de chiffre d’affaires, avec 229 sites industriels dans 43 pays, ce qui est énorme. Elle ne publie pas ses bénéfices, préférant payer une amende…

Le père de l’actuel PDG, qui était surnommé « l’émir blanc » pour ses profits au moyen du lait de vache et du fromage, n’avait pas hésité à envoyer 200 casseurs, dont des anciens paras munis de pistolets, pour casser une grève en 1982…

Mentionnons au passage la condamnation de Lactalis, en 2015, à 56,1 millions d’euros d’amende pour sa participation au « Cartel du yaourt » ayant organisé une entente sur les prix, ou bien encore l’affaire du mouillage du lait de vache en 2000 aboutissant à une condamnation pour « fraude sur le lait et publicité mensongère », ou encore l’affirmation en 2012 par le Canard enchaîné que le groupe vendrait du lait de vache stérilisé UHT pour du lait frais pasteurisé, n’aboutissant à rien toutefois ici en raison d’un vide réglementaire…

Peut-on vouloir le bien des animaux, sans parler de changer le monde, sans mettre un terme à de telles choses ?

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