Véganisme, droits des animaux, abolitionnisme et antispécisme

Puisque nous avons parlé de droit hier, montrons ici par quelques raisonnements très simples pourquoi le but des gens aimant les animaux doit être le véganisme, et non pas les « droits des animaux », « l’abolition », « l’antispécisme ».

Prenons des exemples concrets et voyons comment évoluent les situations tant le véganisme comme système de valeurs, que de l’autre côté le droit favorable aux animaux.

Comme premier cas, imaginons qu’on ait une personne qui achète d’occasion un blouson de cuir. C’est une situation qui n’a aucune originalité, on voit facilement de quoi il en retourne.

Si l’on prend le véganisme, comme système de valeurs, alors cette personne fait quelque chose d’incorrect. En effet, le véganisme présuppose la non-utilisation de tout produit d’origine animale.

Or, il est aisé de voir que le droit des animaux ne peut rien lui reprocher en tant que tel, de manière directe. En effet, au sens strict, la personne n’a pas porté elle-même atteinte aux animaux. Elle n’a pas participé directement à l’exploitation animale.

Que le blouson de cuir soit jeté à la poubelle ou revendu, de manière directe cela ne concerne plus l’exploitation animale, du moins en apparence, et en tout cas juridiquement par rapport à cette personne.

Le véganisme peut lui reprocher quelque chose, en tant que philosophie. Mais ni le droit des animaux, ni l’abolitionnisme, ni l’antispécisme n’a de fondements pour le critiquer, puisque le droit concerne les actes de l’individu et qu’au sens strict, son action n’a pas relevé d’un soutien direct à une atteinte aux animaux.

Prenons un second exemple, avec une personne qui considère qu’elle peut acheter un produit contenant, dans une proportion faible, très faible, ou infime, des produits d’origine animale. Elle justifierait cela, par exemple, en disant que ce n’est rien du tout par rapport à l’ampleur du problème.

Ici, le véganisme aurait une critique très simple, mais qu’en est-il juridiquement ? Faut-il considérer que la personne se comporte plutôt bien, ou plutôt mal ? C’est le paradoxe du verre à moitié plein, à moitié vide.

Prenons un troisième exemple, avec une personne qui considère qu’elle va devenir vegan, lorsqu’une partie significative de la société le sera.

Le véganisme peut, en tant que philosophie, encore une fois critiquer une position qui n’est qu’une posture. Inversement, sur le plan juridique, l’intention est bonne et justement, l’intention est d’une grande importance juridiquement.

Prenons justement un quatrième exemple : une personne consomme, par inadvertance, quelque chose contenant des produits d’origine animale.

Le véganisme considère que c’est une faute. Bien sûr on peut y mettre de la compréhension, mais le blâme reste : c’est une question d’attention nécessaire.

Mais pour le « droit », s’il n’y avait pas intention, alors on ne peut pas blâmer cette personne. Elle n’a pas voulu le faire, et comme le droit se fonde sur les faits mais aussi les choix individuels, alors on a ici uniquement une erreur, nullement une faute.

Le débat sur ce point n’a d’ailleurs rien d’original ; il est une distinction essentielle entre le jaïnisme et le bouddhisme, le second excusant s’il n’y avait pas intention.

Quand on voit tout cela, on comprend tout à fait pourquoi le terme de véganisme est à la fois de plus en plus connu dans la société française, et en même temps abandonné en termes « militants », au profit des concepts de droits des animaux, d’abolitionnisme, d’antispécisme.

Le véganisme présuppose, par définition, une révolution individuelle sur le plan des comportements, ainsi qu’en termes de rapport sociaux, si l’on est conséquent. Cependant, les vegans ne sont nullement révolutionnaires en soi et, forts de vouloir une intégration sociale – surtout s’ils viennent de milieux aisés, favorisés – ils ont besoin d’inventer une forme adéquate pour leur propre compromission.

Le véganisme disparaît alors à l’arrière-plan, au profit d’un discours sur le droit. Mais tout discours sur le droit comporte, par définition, au-delà de l’implication institutionnelle (que nous refusons), des nuances, des différenciations, des évaluations.

Le véganisme, par contre, voit le monde en noir et blanc, il y a ce qui est bien et ce qui est mal. Le paradoxe du discours sur le droit, c’est qu’il nie cette notion de bien et de mal, au profit d’attitudes individuelles justes ou injustes, ces attitudes pouvant elles-mêmes, forcément, être nuancées à l’infini.

Ceci explique le glissement de plus en plus « réformiste » de ceux et celles qui parlent de droit : au lieu d’assumer une moralité stricte, il y a le glissement vers des « évaluations », à l’infini, des situations.

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