Du refus (straight edge) au désengagement (vegan straight)

Une personne straight edge nous a demandé (sur le livre d’or) de donner notre point de vue sur le lien entre straight edge et veganisme… Nous allons tenter de l’expliquer, mais en nous fondant sur l’histoire du mouvement straight edge lui-même. Bien entendu il n’y a ici que les grandes lignes; des améliorations et corrections sont certainement possibles.

Mais c’est suffisant pour s’orienter, et pour comprendre les deux principales attitudes que l’on peut retrouver chez les personnes straight edge. Ce document est également en ligne ici.

Lorsque les premiers groupes de musique d’esprit straight edge sont apparus, ils étaient directement issus (voire carrément liés) à la scène punk. La différence étant qu’ils ont modifié les codes du punk: le punk célébrait le refus de la société et l’autodestruction, la culture straight edge par contre mettait en avant le refus de la société et le respect de soi-même.

Etaient refusés les aspects destructeurs de la société: l’alcool, les drogues, mais aussi les relations superficielles (notamment sexuelles), mais aussi dans certains cas le nucléaire, la répression policière, etc.

Le principal représentant de cet esprit straight edge est le groupe Minor Threat. Mais ce groupe n’a pas vraiment assumé la mise en avant de l’attitude straight edge. Il lui a donné naissance, a donné ses principes généraux, mais est parti dans une direction différente, avec le groupe “Fugazi”, pratiquant un hardcore plus intimiste, plus cérébral.

On doit ainsi plutôt considérer que le principal fondateur d’une scène straight edge en tant que tel est le groupe “Youth of today”. Ce groupe du milieu des années 1980 a mis en avant les points suivants (bien que bien entendu d’autres groupes ont participé à ce processus):

-le fait d’assumer de manière revendicative l’attitude straight edge, par exemple avec le X dessiné systématiquement sur la main lors des concerts

-le fait de faire partie d’un mouvement, le principe étant résumé dans la chanson “Youth Crew” (de Youth of Today donc) :

“Moi toi l’équipe de la jeunesse
si la terre était plate j’aiguiserai les bords
je dédie mon coeur à la jeunesse positive
le X sur la main maintenant fais le serment
à la jeunesse positive à la croissance positive
aux esprits positifs, aux esprits purs et cleans
ce sont tous mes objectifs
marche avec moi et mon crew”


-le fait de considérer que tout cela fait partie d’un désengagement global de la société, comme expliqué dans la chanson “Disengage” de Youth Of Today :

“Eh bien il est tellement de triste de voir que toutes nos bonnes qualités
fondent et disparaissent graduellement
et nous devrions agir vite car je deviens malade
de comment tout se dégrade
en cet âge quand tout s’effondre
désengage (toi) ne pense pas que je sois fou
pour ne pas vouloir prendre part
là où la moralité est défaite
la compassion est effacée
tout cela au nom de nos désirs
et nous sommes aveugles
ou en train de perdre l’esprit
si nous ne pouvons voir que ce monde est en feu
nous devons nous désengager
ne peux-tu voir cet âge
nous entraîner vers le bas
jusqu’au fond
nous devons nous désengager
et je pense qu’il est triste que notre société est devenue folle
possédée par le fait de prendre plus qu’on a besoin
et notre motivation est une triste situation
parce qu’elle a comme causes la rage l’envie l’avarice”


-enfin, le fait de considérer que pour se désengager complètement, il faut se désengager de la culture “hamburger”. C’est la chanson “No more” qui donne ce point de vue, et est l’une des plus connues de Youth of today. Le clip (qu’on peut voir ici) est explicite quant à la démarche.

“Plus jamais
je ne participerais plus
nous avons le pouvoir nous avons la puissance
de prendre quoi que ce soit de visible
sans même se soucier, c’est un combat injuste
eh bien nous avons un coeur pour nous dire ce qui est juste”

Comme on le voit, le végétarisme a été considéré par Youth of Today comme le prolongement logique du “désengagement.”

En fait on peut voir les choses ainsi: si l’on considère l’esprit straight edge comme un refus, on est lié à la culture straight edge du départ (et inversement). Dans cette optique, être straight edge relève d’un choix individuel.

Si par contre on considère que l’esprit straight edge relève du désengagement, on est davantage lié à la culture mise en avant par Youth of today (et inversement). Plus que d’un choix individuel, il s’agit d’une tentative d’apporter quelque chose de positif à la société, d’amener une évolution, de faire que les choses aillent dans le bon sens, etc.

Dans la culture straight edge du “refus”, être végétarien ou bien vegan relève d’un choix personnel; tout comme le choix de refuser la viande ou bien les produits d’origine animale est compris comme tout aussi personnel.

Dans la culture straight edge du “désengagement”, à l’opposé, il existe une sorte de “pression de groupe”. Soit on fait partie de la tendance, soit on en fait pas. Il y a ainsi une grande pression pour être au moins végétarien, et il est considéré dans l’ordre des choses d’être vegan.

On retrouve ici un esprit de “groupe”, qui dépasse les simples choix individuels considérés comme “secondaires” par rapport à la morale, qui est celui des utopistes du début du 19ème siècle, qui souvent refusaient l’alcool, la viande, etc.

De fait, la culture straight edge du “désengagement” a passé un cap dans la radicalité, en assumant une posture sociale-révolutionnaire. On y retrouve associé de manière quasi systématique les thèmes de la libération animale et de la libération de la Terre, tant dans les groupes de musique (Earth Crisis, Refused…) que dans les initiatives sociales et politiques prises par les vegan straight edge.

Les gens qui à l’opposé sont dans la culture straight edge du “refus” sympathisent souvent avec cette nouvelle culture “vegan straight edge”, mais la démarche ne relève pas de leur sensibilité, beaucoup plus individuelle, voire individualiste. Ce qui donne deux types d’attitude: soit l’attitude “éducative” (bien que vegan, le groupe “Good Clean Fun” rentre tout à fait dans ce schéma), soit l’attitude “straight edge in your face” (représentée par des groupes comme “Ten Yard Fight”, “Slapshot”).