Pierre Rabhi dit aux végans : « Bouffez un bifteck et soyez heureux! »

Pierre Rabhi est une figure de plus en plus médiatique ces derniers temps ; avec son air affable et ses origines algériennes, il permet de faire passer plus aisément une écologie tout à fait dans l’esprit des années 1930.

Extrêmement médiatisé, voici ses propos dans une interview accordée au Figaro, où il attaque de manière frontale le véganisme, de manière particulièrement agressive :

N’y a-t-il pas une nette évolution dans notre manière de nous nourrir?

Le bio est une manifestation du besoin des consommateurs de revenir aux produits sains. Le bio, c’est mieux que des plantes qui ont poussé sur des sols dénaturés, certes, mais est-ce un changement suffisant?

De l’alimentation, nous avons pris la substance mais pas la sémantique. Nous faisons le plein de nos estomacs comme celui de nos voitures, en oubliant le caractère sacré qui, historiquement, a toujours été associé à la nourriture.

L’écologie politique a aussi fait cette erreur.

Elle a oublié de nous dire que nous avons besoin d’une nature belle, mystérieuse et porteuse d’esprit. La nourriture doit aussi nous parler par le cœur, nous faire vibrer, car c’est grâce à elle et à la terre nourricière qui la produit que nous sommes vivants.

Il y a de plus en plus de produits sans gluten, sans protéines, sans lactose… Quel est votre regard sur cette tendance?

Parce que l’alimentation est devenue suspecte, elle entraîne des raidissements mentaux excessifs.

J’ai pu entrer dans des restaurants où la radicalité alimentaire était de mise et j’ai vu des gens tristes.

Je ne porte pas de jugement, mais j’ai parfois envie de dire: «Bouffez un bifteck et soyez heureux!»

La joie de dîner entre amis ou en famille est essentielle.Beaucoup de gens pensent que je suis végétarien, mais ça n’est pas le cas.

Ceux qui font ce choix ne doivent pas le vivre comme une contrainte, mais comme un élément nécessaire à leur bonheur. J’insiste sur un point: garder un état relaxé par rapport à la vie. Et c’est évidemment vrai pour la nourriture.

L’exploitation animale ? L’écocide planétaire ? Ce n’est pas grave, restons « relax », ce qui compte, c’est la convivialité par le retour à la terre.

Tout le reste est « radicalité », c’est-à-dire « révolution » et par conséquent, pour Pierre Rabhi et les bobos et grands bourgeois qu’il fréquente, le mal absolu !

L’argument de Pierre Rabhi – les végans sont tristes – n’a aucune originalité, c’est une vieille accusation, qui s’appuie sur la pression sociale terrible contre les individus aimant les animaux.

Et il est vrai que certaines personnes se complaisent dans une posture misanthrope, glauque. Cependant on peut avoir une option totalement différente positive…

Ce n’est pas le point de vue de Pierre Rabhi, qui préfère lui appuyer les pires valeurs conservatrices françaises, celles des années 1930 et du début des années 1940.

Et, fort logiquement, ça marche. Cet esprit réactionnaire de « retour à la terre », dans la logique bien française du pétainisme, a un grand succès.

Du côté de Pierre Rabhi, cela donne toute une mouvance et un phénomène d’édition. Son ouvrage de 2010 « Vers la sobriété heureuse » a par exemple été vendu à 315 000 exemplaires.

Le documentaire « Demain » sorti en 2015 et reflétant sa perspective a également fait un million d’entrées, remportant même un « césar » cette année.

Le co-réalisateur du documentaire est d’ailleurs Cyril Dion, porte-parole du mouvement de Pierre Rabhi, les « colibris ».

Participent à ce mouvement une collection de livres chez Actes sud (« domaine du possible »), un éco-village, une école, un centre de recherche et de formation, un magazine (« Kaizen »), etc.

Tout cela forme un immense groupe de pression travaillant l’opinion publique contre le véganisme et son universalité.

Cela, la ZAD, le discours sur le « bien-être animal », sans parler de l’extrême-droite… est en train de geler toute progression du véganisme en France, le terme étant déjà comme on le sait galvaudé de-ci de-là par les hipsters et les bobos.

C’est dire l’importance qu’il y a de rester à des valeurs morales strictes…

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