Un témoignage sur l’alcool, ce geôlier

Les alcooliques anonymes tiennent leur congrès annuel à Nancy les 19 et 20 novembre 2016. A cette occasion, l’Est républicain publie un témoignage, comme souvent la presse locale (et seulement la presse locale) le fait.

L’authenticité des propos frappera quiconque ne vit pas dans une société idéalisée. Et rappelle la nécessité de l’engagement straight edge, pour soi, mais aussi pour les autres.

Boire “un verre”, même un seul, dans une soirée, participe à toute une idéologie qui détruit des vies, en banalisant des actes précipitant certains dans un précipice.

Encourageons et saluons les personnes combattant leur dépendance, montrons leur qu’elles ne sont pas seules !

Beaucoup de personnes ayant fait le choix d’assumer l’identité “straight edge” sont d’ailleurs elles-mêmes des gens ayant fait la triste expérience de cette dépendance, en ayant tiré une leçon et désireuses de la faire partager de manière positive !

L’alcool : “un amour et une prison”, témoigne une alcoolique anonyme de Nancy

Charlotte, 48 ans, a réussi à se sortir de l’enfer de la boisson avec les Alcooliques Anonymes qui vont tenir leur congrès national à Nancy. Chronique choc d’un retour « à la liberté ».

J’avais une relation d’amour avec l’alcool. C’était mon amant car je buvais en cachette. C’était mon conjoint car il m’accompagnait dans la vie de tous les jours. »

Mais l’alcool, c’était aussi sa « prison », son « enfermement »…

Six ans que Charlotte (1) a « posé le verre », qu’elle est sortie de l’enfer.

« Je dissimulais les bouteilles sous mes pelotes de laine (j’étais même fière de ma cachette !), un tire-bouchon derrière mes pull-overs dans le dressing.

Je buvais au goulot dans la cuisine quand mon mari était dans le salon. J’allais me coucher plus tôt que mes filles (âgées de moins de dix ans) en disant que j’étais fatiguée.

C’était pour cacher que je ne tenais plus debout. Mon obsession, c’était de savoir où en acheter, comment passer à la caisse sans avoir l’air d’une pochetronne, comment rentrer les bouteilles, quand boire… Aujourd’hui je suis libre ! »

À 48 ans, Charlotte, une Nancéienne qui participera au congrès des Alcooliques Anonymes (AA), explique avoir deux dates d’anniversaire. Celle de sa naissance.

Et celle de sa renaissance : le jour où elle a arrêté de boire. « Une deuxième vie ».

Se libérer d’un « geôlier »

Cet autre anniversaire, elle vient de le célébrer avec ses trois filles, ses parents, son médecin, une quinzaine de malades d’AA.

« C’est crucial de se rappeler que ce n’est pas rien de s’être libérée du geôlier qu’était l’alcool.

C’est même dangereux d’oublier. Sans l’association, je n’aurais jamais pu faire ce chemin vers une abstinence durable. »

Abstinence, un mot qu’elle trouve inadapté. « Il évoque une privation de plaisir. C’est tout le contraire. Sortir de l’alcool, c’est du plaisir en boîte ! »

Charlotte avait basculé dans la dépendance en 2001. Elle a réussi à le cacher à son entourage par mille stratégies.

« Mon mari était inquiet de ma consommation excessive. Il n’imaginait pas à quel stade j’étais ! Il avait peur que je sombre. »

« Du bon, du pas bon, de tout »

« Résultat : c’était un motif de dispute et je me cachais encore plus pour boire : du rosé, du rouge, du bon, du pas bon, de la mirabelle. Tout ! Je vivais dans la terreur que ça se sache.

Dans ma vie, je donnais l’image de la fille pour qui tout va bien : mère, femme, salariée. Alors que tout allait mal, que je n’arrivais pas à gérer mon hyperémotivité.

L’alcool m’a un temps aidé à vivre sans résoudre les problèmes. »

Et elle a poussé la porte des AA « par curiosité ». « C’est l’excuse qu’on donne. C’est un acte de foi en la vie. C’est énorme. »

Le premier pas vers la libération. « On sort du déni. » Quatre ans après son début d’abstinence, elle s’est séparée de son compagnon. Un paradoxe ?

« Non. Un couple sur deux n’y résiste pas. Car avec l’alcool, c’est un couple à trois.

Quand on arrête, on devient une autre personne. »

Ses trois filles la soutiennent et la comprennent.

Mais elle le répète : « La société française a une responsabilité. On nous apprend à travers tous les événements de la vie_mariage, diplôme, fête, à consommer de l’alcool »…

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