La droite française se positionne sur la dépénalisation du cannabis

Prenant comme prétexte le rapport récent de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice sur l’argent de la drogue (nous en parlions ici), Le Figaro s’est lancé dans la question du cannabis.

Son choix est très clair et reflète la stratégie présidentielle de la droite.

Face à la gauche sociétale à l’américaine, le choix est celui d’apparaître comme le garant de l’ordre face au chaos.

C’est très exactement la ligne qui a amené le succès de Donald Trump, de l’extrême-droite en Europe, etc. La droite française voit une brèche, il s’y engouffre… Et on peut être certain que cela va marcher en bonne partie.

Pour les gens, même pour des gens tolérant la “fumette”, légaliser le cannabis serait vraiment la démission complète de la culture…

Quand on voit d’ailleurs qu’Arte va diffuser une série en décembre intitulée Cannabis, sur le trafic entre la France et l’Espagne, on voit la décadence entretenue par les libéraux-libertaires…

Voilà comment la droite parvient, malheureusement, à être populaire et avoir à une bonne image.

Voici ce que cela donne sur la page internet du Figaro. Rappelons qu’elle est extrêmement lue, Le Figaro étant d’ailleurs pratiquement le quotidien le plus vendu.

Voici le début du premier article, qui présente un panorama affligeant :

Le trafic de drogue ne cesse de progresser en France, gangrenant de plus en plus de villes et empoisonnant la vie de leurs habitants.

En 2015, les saisies de cannabis ont augmenté de 65% (60,8 tonnes de résine et 16,8 tonnes d’herbe) mais le «marché» criminel reste immense, entretenu par une demande en hausse constante. «Deal» au vu et au su de tout le monde, vandalisme pour détruire les caméras de vidéosurveillance, règlements de compte en pleine agglomération…

Les maires sont aujourd’hui désarmés face à cette explosion de violence. D’autant plus désarmés que la riposte policière n’est pas toujours efficace et que la réponse judiciaire est jugée insuffisante par nombre d’édiles.

Désemparés, les élus sont aujourd’hui partagés. Certains, à gauche surtout mais aussi à droite, prônent la dépénalisation (réduction ou assouplissement des peines prévues par la loi), préférant une amende à une longue procédure. D’autres, plus rares, sont partisans de la fin de la prohibition en «légalisant» le cannabis.

Les derniers, une opinion majoritaire à droite, veulent une répression accrue et surtout une riposte judiciaire plus dure. Dans l’intervalle, le fléau continue ses ravages.

Le message est clair : le cannabis va être un thème de campagne. Puisque la gauche se la joue sociétale et se coupe des gens, et qu’il lui faut concurrencer l’extrême-droite sur le terrain de l’ordre, la droite va se la jouer “dure”.

En expliquant que les partisans d’une telle ligne sont majoritaires à droite, la tendance est officialisée.

Un petit billet de Yves Thréard vient en appui à cette ligne, le voici.

Cycle infernal

La récente attaque au cocktail Molotov de quatre policiers dans l’Essonne a une nouvelle fois braqué les projecteurs de l’actualité sur le trafic de cannabis.

Partout en France, de plus en plus de quartiers vivent au rythme de cette juteuse économie parallèle. Ils sont aux mains de mafias organisées qui imposent leur loi. Régulièrement, des maires, excédés et dépassés, tirent la sonnette d’alarme.

Ainsi, depuis des années, revient le débat sur la légalisation du cannabis ou la dépénalisation de son usage, présentées l’une et l’autre comme de possibles solutions. Et nul doute qu’il se trouvera des candidats à la présidentielle pour le relancer.

La prohibition, disent ses détracteurs, favorise la délinquance sans empêcher la hausse de la consommation. À les écouter, l’État aurait intérêt à mettre la main sur ce commerce. Le trafic diminuerait et la santé des clients serait mieux contrôlée.

Même les finances publiques y gagneraient. Les promoteurs de cette politique tentent d’étayer leur démonstration sur quelques exemples étrangers. Aucun de leurs arguments ne tient la route.

Pas plus que les expérimentations menées ici ou là ne sont convaincantes. Le marché noir du cannabis existera toujours et il serait intolérable que l’État devienne le partenaire commercial des caïds qui le développent…

Les choix sont faits : la gauche libérale-libertaire de François Hollande pense triompher aux présidentielles, au moins en partie, en se positionnant en faveur de la dépénalisation. La droite va se poser en tendance contraire.

Dans tous les cas, les partisans de l’utopie seront perdants, bloqués entre Charybde et Scylla, entre les conservateurs réactionnaires et les libéraux-libertaires.

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