Le véganisme pour les animaux ou avec les animaux ?

Devenir vegan pour les animaux revient malheureusement le plus souvent à dire vegan sans les animaux. En effet, il s’agit d’un refus de participer à l’exploitation animale, mais cela s’arrête là.

Il n’y a pas de considération sur la destruction du vivant à l’échelle planétaire, la compassion ne va pas jusqu’à l’amour.

Quiconque s’est occupé d’animaux de manière un tant soit peu prolongée connaît la problématique de l’animal vieux ou malade, demandant énormément d’attention et de soins.

Cela exige une très grande discipline, une abnégation complète, comme par exemple lorsqu’il faut se lever toutes les deux heures pour nourrir quelqu’un.

Pourtant, si l’on regarde de ce côté là, on voit que des gens non végans le font parfois, et même que les gens dans les refuges qui sont parmi les plus actifs ne sont pas du tout végans.

Alors, qui faut-il considérer comme le plus avancé ? Les vegans qui rejettent les animaux avec l’exploitation animale, ou bien les gens acceptant l’exploitation animale mais se tournant vers les animaux ?

On aurait tort de ne pas voir la portée gigantesque du choix qui doit être fait ici. Car il y a parfois bien plus de véganisme, comme objectif universel, dans une personne aidant les oiseaux en hiver que chez une personne cherchant une attitude existentialiste de refus de la « dureté » du monde.

Le véganisme qui est à la mode chez les bobos, dont il est parlé dans tous les journaux et les revues, avec une certaine bienveillance, ce n’est ainsi pas dans l’ordre des choses. C’est qu’il y a un problème de fond, qu’il s’agit d’un véganisme acceptable, ne posant pas problème.

Car le problème que pose le véganisme « pour les animaux » mais sans eux, c’est un problème intellectuel à prétention moralisante, qui amène une discussion marginale, un commerce nouveau qui tourne, mais sans dimension réellement universelle, subversive.

Le véganisme avec les animaux pose lui par contre un véritable problème, parce qu’il pose le problème non pas de l’attitude des êtres humains par rapport aux animaux dans un cadre uniquement anthropocentriste, mais du rapport de l’humanité à la Nature dans sa totalité.

Cette question de la totalité est honteusement « oubliée » par des gens pour qui le véganisme relève d’un simple choix individuel, un peu comme une sorte de conversion morale dans un sens religieux personnel.

Mais les individus ne sont pas le fond du problème, la base de la question. C’est la protection de la planète et de tous les êtres vivants qui est en jeu. La planète connaît de terribles destructions, chaque jour les animaux sauvages sont des victimes de la destruction de leur milieu, d’offensives industrielles ou artisanales à leur encontre.

Vu ainsi, on pourrait dire que même si le véganisme réussissait (ce que nous ne croyons pas) à s’imposer de manière institutionnelle, réformiste dans la société humaine, le temps que cela arrive il n’y aurait plus de Nature, plus d’animaux sauvages.

A cela s’ajoute le réchauffement climatique. C’est une question universelle, d’une importance capitale. Pourquoi cette donnée n’existe-t-elle pas dans le véganisme « pour les animaux » mais sans eux ? Justement en raison du refus de l’universel.

Force est de constater d’ailleurs que la question de fond, c’est celle-là : soit le véganisme est une démarche individuelle, relevant d’une dimension personnelle, d’un choix à portée morale. C’est alors un aboutissement intime, du domaine du privé.

Soit le véganisme est un point de départ, une démarche qui a une portée universelle, une dimension collective touchant tous les aspects de la vie. C’est alors une volonté de compassion universelle qui exigerait de réaliser, d’une certaine manière, l’utopie qu’espérait l’hindouisme et le bouddhisme dans leur aspect moral, tout comme d’ailleurs finalement la plupart des religions.

C’est réaliser le paradis, considérer l’Éden comme devant nous et non pas derrière nous. C’est possible : un rapport universel entièrement différent de l’humanité à la Nature est possible, tout le monde le sait.

Et soit cette révolution complète arrive, soit l’humanité ne peut voir que sa civilisation s’autodétruire, provoquant des dégâts profonds et terribles dans la Nature.

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