Le torero dans Carmen de Bizet

Carmen est un opéra très connu ; datant de 1875, c’est en fait un opéra-comique, de Georges Bizet, sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la nouvelle Carmen, de Prosper Mérimée.

C’est l’un des opéras les plus joués au monde et, outre sa vision résolument kitsch de l’Espagne, on y trouve la promotion éhontée de la corrida.

L’histoire est la suivante : Carmen charme le soldat Don José, afin de pouvoir s’enfuir de prison.

Celui-ci devient alors l’amant de Carmen, mais voit un concurrent arriver : le torero Escamillo.  Alors, Don José finit par tuer Carmen pour l’empêcher de partir avec le torero.

Voici les paroles traitant du torero, avec en vidéo (avec les paroles) le fameux passage sur “l’oeil noir qui te regarde”.

La scène est interrompue par un chœur chanté dans la coulisse.
CHŒUR
Vivat ! vivat le torero !
Vivat ! vivat Escamillo ! Jamais homme intrépide
N’a, par un coup plus beau,
D’une main plus rapide,
Terrassé le taureau !
Vivat ! vivat le torero !
Vivat ! vivat Escamillo !…

LE LIEUTENANT.
Qu’est-ce que c’est que ça ?

MERCÉDÈS.
Une promenade aux flambeaux…

MORALÈS.
Et qui promène-t-on ?

FRASQUITA.
Je le reconnais… C’est Escamillo… un torero qui s’est fait remarquer aux dernières courses de Grenade et qui promet d’égaler la gloire de Montès et de Pepe Illo…

MORALÈS.
Pardieu, il faut le faire venir… nous boirons en son honneur !

LE LIEUTENANT.
C’est cela !… je vais l’inviter… (Il va à la fenêtre.) Monsieur le torero… voulez-vous nous faire l’amitié de monter ici ? vous y trouverez des gens qui aiment fort tous ceux qui, comme vous, ont de l’adresse et du courage…(Quittant la fenêtre.) Il vient…

PASTIA, suppliant.
Messieurs les officiers, je vous avait dit…

LE LIEUTENANT.
Ayez la bonté de nous laisser tranquille, maître Lillas Pastia, et faites-nous apporter de quoi boire…

REPRISE DU CHŒUR
Vivat ! vivat le torero !
Vivat ! vivat Escamillo !
Paraît Escamillo.

Scène II
Les Mêmes, ESCAMILLO.

LE LIEUTENANT.
Ces dames et nous, vous remercions d’avoir accepté notre invitation… Nous n’avons pas voulu vous laisser passer sans boire avec vous au grand art de la tauromachie.

ESCAMILLO.
Messieurs les officiers, je vous remercie.

I
Votre toast… je peux vous le rendre,
Señors, car avec les soldats
Les toreros peuvent s’entendre :
Pour plaisir ils ont les combats !…
Le cirque est plein, c’est jour de fête,
Le cirque est plein du haut en bas.
Les spectateurs perdant la tête
S’interpellent à grands fracas :
Apostrophes, cris et tapage
Poussés jusques à la fureur,
Car c’est la fête du courage.
C’est la fête des gens de cœur…Toréador, en garde !
Et songe en combattant
Qu’un œil noir te regarde
Et que l’amour t’attend.
TOUT LE MONDE.
Toréador, en garde !Etc.
Entre les deux couplets, Carmen remplit le verre d’Escamillo.

Tout d’un coup l’on fait silence ;
Plus de cris ! que se passe-t-il ?
C’est l’instant, le taureau s’élance
En bondissant hors du toril…
Il entre, il frappe, un cheval roule
En entraînant un picador :
« Bravo, toro !… » hurle la foule,
Le taureau va, vient, frappe encor…
En secouant ses banderilles,
Il court : le cirque est plein de sang ;
On se sauve, on franchit les grilles…
Allons ! c’est ton tour maintenant.Toréador, en garde !
Et songe en combattant
Qu’un œil noir te regarde
Et que l’amour t’attend.

TOUT LE MONDE.
Toréador, en garde !Etc.
On boit, on échange des poignées de main avec le toréador.

Voici un passage musicalement très connu : celui de “la quadrille des toreros”.

On entend de grands cris au dehors, des fanfares, etc., etc. C’est l’arrivée de la cuadrilla.

CHŒUR
Les voici ! voici la quadrille,
La quadrille des toreros !
Sur les lances, le soleil brille ;
En l’air, toques et sombreros !
Les voici ! voici la quadrille,
La quadrille des toreros !
Défilé de la cuadrilla. ­— Pendant ce défilé, le chœur chante le morceau suivant :
Entrée des alguazils.
Voici, débouchant sur la place,
Voici d’abord, marchant au pas,
L’alguazil à vilaine face…
À bas ! à bas ! à bas ! à bas !
Entrée des chulos et des banderillos.
Et puis saluons au passage,
Saluons les hardis chulos !
Bravo ! vivat ! gloire au courage !…
Voici les banderilleros !
Voyez quel air de crânerie,
Quels regards et de quel éclat
Étincelle la broderie
De leur costume de combat !
Entrée des picadors.
Une autre quadrille s’avance :
Les picadors… comme ils sont beaux !
Comme ils vont du fer de leur lance
Harceler le flanc des taureaux !
Paraît enfin Escamillo, ayant près de lui Carmen radieuse et dans un costume éclatant.
Puis l’espada, la fine lame,
Celui qui vient terminer tout,
Qui paraît à la fin du drame
Et qui frappe le dernier coup…
Bravo ! bravo ! Escamillo !
Escamillo, bravo !

Voici le passage final concernant le torero, annonçant sa “victoire” sur le taureau. Dans la vidéo (qui est sous-titrée), le passage est à 6:20, juste après que Carmen se refuse à Don José, juste avant que celui-ci ne tue celle-là.

CHŒUR ET FANFARES, dans le cirque.
Vivat ! la course est belle ;
Sur le sable sanglant
Le taureau qu’on harcèle
S’élance en bondissant…
Vivat ! bravo ! victoire !
Frappé juste en plein cœur,
Le taureau tombe ! gloire
Au torero vainqueur !
Victoire ! victoire !

Pendant ce chœur, silence de Carmen et de José : tous deux écoutent… En entendant les cris de : « Victoire, victoire ! » Carmen a laissé échapper un : « Ah ! » d’orgueil et de joie… José ne la perd pas de vue… Le chœur terminé, Carmen fait un pas vers le cirque.

Carmen est un bon exemple d’exotisme de pacotille et de divertissement s’appuyant sur une image d’Épinal. Dire que cela dure encore…