Honnêteté – trop d’entre nous sont emplis d’avidité

Ce qui saute aux yeux dans la société, c’est l’indifférence, le cynisme, l’individualisme, le fait de ne croire qu’en l’argent, comme seul horizon, seule certitude. Il y a un manque d’honnêteté généralisé, car comment pourrait-il y avoir de la franchise, alors que la seule chose qui compte, c’est soi-même ?

Ce raisonnement est d’ailleurs absurde, car si l’on veut réellement défendre ses intérêts, alors on doit se considérer non pas simplement soi-même, mais tout ce qui va avec : ses valeurs, ses amis, sa famille, sa culture, son passé, son présent, son futur.

Ainsi, le manque d’honnêteté va surtout de pair avec un ego hypertrophié, avec un culte de la toute-puissance de sa volonté, de ses propres choix. Il n’y a alors plus aucune honnêteté, ni avec les autres, ni avec soi-même, car on est obligé de se mentir à soi-même, pour avoir une mentalité de conquérant.

Les réseaux sociaux sont ici un puissant vecteur de cet égocentrisme, avec les rapports sociaux orchestrés de manière mensongère, dans une pure apparence où ce qui compte, ce sont les fausses images qu’on donne de soi-même.

Aussi, ce qui compte c’est d’être une franchise complète, de toujours dire la vérité, de ne jamais cautionner de masquer ou de cacher des choses, en prétextant que ce serait mieux ainsi. Quand on fait cela d’ailleurs, on se voile soi-même la face, car on adhère à une démarche unilatérale et on perd le fil avec la réalité.

Il faut toujours donner, et pas seulement prendre, pour ne pas perdre la connexion avec la réalité, avec ce qu’elle véhicule comme richesse.

Le groupe Youth of today a fait une intéressante chanson à ce sujet, en 1986, alors qu’il portait la culture straight edge, revendiquant le désengagement avec des valeurs dominantes corrompues.

1 2 3 4
You steal
and take from everyone else
do you feel good about yourself ?
1 2 3 4
tu voles
et prends de tout le monde
te sens-tu bien par rapport à toi-même ?

instead of taking,
try to give
and then you’ll feel
good about the way you live
au lieu de prendre
essaie de donner
et alors tu te sentiras
bien par rapport à la manière dont tu vis

honesty
too many of us filled with greed
overlooking those who need
honnêteté
trop d’entre nous emplis d’avidité
négligeant ceux qui sont dans le besoin

open your eyes and changes your ways
open your heart
and break away !
Ouvre tes yeux et change tes manières
ouvre ton coeur
et fais romps avec ça !

Il est évident que la perte de la capacité à être honnête conduit à la perte de sa propre intégrité. Ne pas être honnête, c’est perdre le respect de soi-même. Mentir, c’est forcément rompre avec ce qui est vrai, ce qui est authentique, nier la différence entre le vrai et le faux également en soi-même.

Est-ce qu’il faut pourtant être impitoyable dans l’affirmation de la vérité ? Est-ce qu’il ne faut pas relativiser, savoir mesurer les choses parfois à leur « juste valeur » ?

Ce n’est justement pas possible. Le mensonge est un engrenage. Une fois qu’on a commencé à mentir, on est coincé, on peut que continuer, en allant toujours plus loin… Sans même peut-être le remarquer, parce que justement on ne sait plus où on en est, où se situe la vérité.

Pour être dans le vrai, il faut toujours rester dans le vrai. Ce que dit la culture straight edge, justement, avec son mot d’ordre « stay true », « rester vrai », c’est qu’il ne faut pas rentrer dans le jeu dominant où le mensonge est acceptable.

La culture straight edge désavoue les valeurs dominantes de facilité : la consommation d’alcool, le fait de coucher avec n’importe qui au lieu de construire une relation, les drogues dont la cigarette, de par la dépendance qu’elles produisent, ce qui empêche forcément l’authenticité.

Le refus de la consommation de « viande » était une conséquence logique, dans la mesure où là aussi c’est une facilité mensongère qui est proposée par la société, dans la mesure où est masquée la terrible souffrance des animaux.

Le démontage ne pouvait qu’être prolongé par la culture straight edge, avec donc le passage au véganisme, car le lait n’est-il pas lui aussi le produit de la souffrance ?

Il s’agit bien d’un démontage et non pas d’une « déconstruction ». Il ne s’agit pas d’une déconstruction, parce qu’il ne s’agit pas de changer son état d’esprit seulement, en faisant une liste sous la forme de catalogue.

Il s’agit d’être actif, dans une rupture continue avec les valeurs dominantes. Car être authentique aujourd’hui ne veut pas dire qu’on le sera demain. Il faut toujours lutter contre les fausses facilités et le pseudo confort fourni par la société.

Il serait donc absurde de dire qu’on sera toujours honnête avec les animaux, qu’on restera toujours vegan : il faut dire qu’on va se battre pour rester toujours honnête avec les animaux, qu’on va se battre pour rester toujour vegan.

Toute sous-estimation de cette bataille intérieure ne peut qu’aboutir à une mystification sur notre rapport à la réalité. Ce serait une lecture égocentrique, où on s’imagine plus fort que tout.

Voilà pourquoi la culture straight edge a toujours mis en avant l’adolescence, le principe de rester « mineur » dans son style de vie, car cela correspond à la capacité de la jeunesse d’oser rompre avec les valeur dominantes.

Il est évidemment plus facile de rompre avec le style de vie dominant quand on est jeune, car on n’a pas de responsabilités sociales réelles. Mais cet état d’esprit doit savoir être maintenu, ce que ne comprennent justement pas les gens qui s’imaginent par exemple qu’ils vont rester vegans alors qu’ils ont un style de vie hipster, avec des moyens financiers importants, la capacité à être propriétaire, de dépenser beaucoup, etc.

Ces gens ne voient pas qu’être honnête, ce n’est pas simplement un état d’esprit, mais une attitude qui va de paire avec une rupture affirmée avec des valeurs dominantes ignobles, s’appuyant sur l’hypocrisie, le refus de voir la vérité en face.

Comment penser que rester honnête est facile dans une société où ce qui est valorisé, ce sont les écoles de commerce où l’on apprend à mentir pour vendre, où la publicité flatte l’ego pour que soit acheté des marchandises valorisant une image mensongère ?

On comprend pourquoi les gens les plus sincères dans le mouvement vegan du début des années 1990 aient pu chercher une inspiration dans les religions, comme le culte de Krishna ou bien l’Islam. Ils y voyaient une source d’inspiration morale et exotique, impliquant un style de vue en rupture avec ce qu’ils interprétaient comme une « société de consommation ».

D’autres ont cherché, bien entendu, un autre folklore : celui des squats, avec une culture anarcho-punk revendiquant un isolement général.

Tout cela a bien entendu échoué, parce que, qu’on le veuille ou non, il n’y a pas d’échappatoire. Pour rester honnête, il faut combattre une société qui valorise la tromperie, le mensonge, et la modifier de fond en comble.

Comment s’imaginer que des gens resteront honnêtes dans leur véganisme, dans une société où il peut y avoir des publicités pour des réseaux sociaux où tromper son ou sa partenaire ? Ce n’est qu’un exemple, car le fait de mentir, de s’arranger avec la vérité comme cela est communément dit, est général.

Voilà pourquoi il faut valoriser la culture vegan straight edge, qui célèbre le respect, l’intégrité… l’honnêteté !

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