Lettre ouverte aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs

François Ferdier est un éleveur de l’Hérault, membre de la Coordination Rurale 34. Il a rendu public une lettre ouverte « aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs ».

Comme toutes les lettres ouvertes, elle feint le dialogue pour, comme de bien entendu, attaquer un concurrent sur le plan des idées. La Coordination Rurale, c’est en effet le slogan “Pour sauver un paysan, mangez un végan“, la pendaison d’une vache morte depuis trois semaines à la permanence d’un député des Républicains en Normandie

Voici la lettre.

Madame, Monsieur, vous défendez la cause animale dites-vous, et je la défends aussi. Or, je défends aussi mes collègues agriculteurs, ceux dont la profession est de nourrir les Hommes.

Car sans nourriture point n’est besoin de médecin, de psy et des autres professions.

Aujourd’hui, un agriculteur se suicide tous les deux jours, soit près de 200 paysans par an… Juste pour que les Français puissent manger à leur faim !

N’oubliez pas que sans l’élevage, ce sont les estives ou paissent des vaches, des moutons et des chèvres qui disparaîtront. Il faudra dire adieu aux joies de la glisse en hiver et faire face à un risque accru d’avalanches.

De même, les garrigues privées des chèvres et des brebis Lacaune ou Mérinos,s’embroussailleront et feront la part belle aux flambées estivales, lesquelles n’épargneront pas nos maisons…

Il vous restera, mesdames et messieurs les « végans », à aller brouter l’herbe du mont Lozère et du plateau du Cantal, car sans les Aubracs qui y paissent, ces espaces, où seule l’herbe peut pousser, deviendront une jungle.

Et je ne parle pas de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre !

Lorsque vous défendez les animaux des brutalités de certains individus, lorsque vous vous battez contre la surpopulation « carcérales » de certains élevages, vous avez là toute ma considération. Le bien-être de mes animaux est ma préoccupation quotidienne.

Mais que vous vouliez imposer par des méthodes extrémistes illégales vos points de vue sur la consommation de viande, et sur la vie sans animaux domestiques, cela dépasse les bornes.

Alors oui, je partage sans honte le slogan de mon syndicat : POUR SAUVER UN PAYSAN, MANGEZ UN VÉGAN !

François FERDIER, Coordination Rurale de l’Hérault

Répondons ici brièvement en quelques points :

a) Dire qu’on est dans une situation où il faut se battre pour que la France puisse manger à sa faim est faux. Le gâchis alimentaire est entre entre 95 et 115 kilo par personne dans notre pays.

Il n’y a pas besoin d’une bataille « pour la production ». S’il dit cela, c’est justement en raison du point suivant.

b) François Ferdier se trompe quand il dit que les agriculteurs ont comme « profession de nourrir les Hommes ». Les agriculteurs ont comme profession d’avoir une entreprise. Leur activité concrète est secondaire par rapport à cette fonction.

Et si justement il y autant de suicides, c’est parce que cela ne marche pas pour les petits agriculteurs, qui se font littéralement broyés par les grands groupes. C’est la simple application du principe de la concurrence, de la compétition économique.

L’idée de dire qu’il faudrait « sauver les agriculteurs », c’est simplement un moyen de se protéger dans le cadre de la concurrence économique. D’où le chantage avec le point suivant.

c) Le chantage à la défense du paysage, avec avalanches et incendies sans éleveurs, apparition de jungles, etc. ne tient pas une seule seconde. Rien n’empêche en effet de laisser paître vaches, moutons et chèvres, sans pratiquer l’élevage, en contrôlant la natalité dans un premier temps…

Sans compter que l’élevage est industriel désormais et ne correspond à cette image d’Epinal qui nous est donné. D’où le point suivant.

d) Parler « de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre » n’a aucun sens dans la mesure où ce cycle est naturel alors que l’utilisation des animaux se moque de ce cycle, occassionant pollution et contribution au réchauffement climatique.

L’élevage industriel a explosé depuis cinquante ans et va continuer sa croissance exponentielle dans les trente prochaines années. En quoi cela a-t-il un rapport avec le cycle de la vie terrestre ? Rien, mais tout avec le chaos de la manière humaine de produire. D’où le point suivant.

e) François Ferdier a tort de s’imaginer qu’il est possible de faire sans « la surpopulation « carcérales » de certains élevages. » Qui dit concurrence dit compétition, qui dit compétition dit bataille sur les prix.

Son activité est en décalage avec les grands groupes, peut-être ; il n’en reste pas moins que ce sont toutes les petites activités qui, par leur jeu économique, ont produit les grands groupes. On ne va donc pas retourner en arrière pour que toute recommence, et ce n’est de toute façon pas possible.

Ni souhaitable d’ailleurs, car si l’on peut vivre sans tuer d’être vivant, autant le faire. C’est une manière de voir la vie qui est différente.

Et il est vrai ici que cette bataille positive ne ressort en rien des initiatives récentes des associations L214 et 269life, qui maintenant parfois même s’allient.

François Ferdier réagit en effet avec cette lettre ouverte sur le site de la Coordination rurale 34 aux initiatives de « nuit debout » devant des abattoirs. Des éleveurs étaient souvent venus apporter une « opposition », avec la police servant de tampon. En voici quelques photos.

Les éleveurs ont très bien saisi le problème, comme en témoigne le communiqué de la coordination rurale 34, justement, appelant à se mobiliser.

« Aussi bien les agriculteurs, toutes spécialités réunies, que les consommateurs doivent se préserver contre l’application de l’idéologie végane – dont on ignore les ressources financières mais dont on constate le prosélytisme exacerbé – afin que ne soient pas définitivement anéantis les équilibres économiques et sociaux de notre pays.

Agriculteurs et consommateurs devront être très nombreux le 26 septembre prochain pour engager pacifiquement le dialogue avec les végans et, en respectant leurs pratiques pour eux-mêmes, les convaincre d’abandonner leur volonté de les appliquer à tous. »

S’appuyer sur les traditions, fomenter les suspicions sur les vegans en tablant sur leur manque de projet, jouer sur la dimension économique des bénéfices pour le capitalisme, appuyer la question du libéralisme (chacun fait ce qu’il veut) : tel est le panorama de la contre-offensive de l’exploitation animale.

C’est intelligent, réfléchi, et il y a les moyens derrière. Et les pseudos-actions renforcent cet ennemi.

Car on peut comprendre qu’on ait envie de s’engager. Mais s’imaginer que cela changerait quelque chose de s’habiller en noir et de se rassembler devant des abattoirs, c’est totalement catholique. C’est glauque et cela ne sert à rien ; c’est du témoignage contemplatif.

Et c’est très symptomatique du véganisme français, qui depuis son émergence, ne dépasse pas cet horizon du témoignage, de la mise en avant individuelle, de la logique du boutiquier-commerçant.

Il n’y a aucune réflexion, aucune organisation ; le premier groupe qui lance une activité, quelle qu’elle soit, rassemble un peu de monde, et cela s’arrête là.

Il n’y aucune structure fixe, les gens passent d’une association à une autre, quand ils n’ont pas double ou triple casquette.

Le niveau reste naïf, infantile, limité à une vague dénonciation de l’oppression, sans aucune analyse de la société, aucune remise en cause des institutions, comme si on ne vivait pas dans une société capitaliste, comme s’il n’y avait pas des riches et des pauvres, un style de vie dominant, des mœurs traditionnelles, etc.

Pire encore, on peut même dire que cette approche vise de manière explicite à nier que pour que la libération animale réussisse, il faudra une révolution. Au fond, tous ces gens ne peuvent ne pas le savoir. Ils font donc semblant, ils témoignent.

Ils ne veulent pas mettre leur vie au service de la cause, ils ne veulent pas risquer leur situation personnelle. C’est leur individualité qui prime, leur confort personnel.

Et à l’arrière-plan, rien ne change, car il n’y a pas de militantisme dans la population, seulement du témoignage. Il y a une dénonciation à prétention moraliste, mais personne d’accusé de manière précise à part le “spécisme”, ce mot fourre-tout qui permet surtout aux riches et aux puissants de pouvoir continuer à dormir tranquille.

Tout cela est catholique au possible, une manifestation de bonne conscience, dans un monde pourtant en perdition.

Or, il faut être athée, avec comme perspective une tempête de masse, fracassant un système dans son ensemble, révolutionnant la vie quotidienne.

Ce sont vers les gens qu’il faut aller, c’est dans la population qu’il faut aller, dans toute la France. C’est là qu’il faut dispenser son énergie, en trouvant des voies positives pour la défense des animaux, mais de la Nature, car là est le véritable enjeu de fond, le sens réel de la bataille.

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