Le bilan de la COP23

La COP23 s’est terminée et il y a lieu de tirer un bilan. La grande question est bien sûr de vérifier nos propres conclusions au moment de la COP21 et de voir si nous sommes « catastrophistes » ou simplement « réalistes ».

La COP23 ne donne pas de réponse à ce sujet, car elle n’a pas présenté de questions ; en fait, tous les observateurs se demandent même pourquoi elle s’est tenue, à part pour des raisons formelles.

On a affaire ici à quelque chose de très grave. Après la COP21, le réchauffement climatique aurait dû devenir une cause d’une importance fondamentale pour tout le monde. Cela devrait être une actualité intellectuelle, théorique, culturelle, allant des scientifiques aux discussions entre amis.

Il n’y a pourtant rien de cela. Le réchauffement climatique est perçu comme une sorte de bruit de fond. Il faudra vivre avec, rien ne peut réellement se passer, de toutes manières les Etats prendront les mesures nécessaires et surtout, nous ne sommes pas les plus mal lotis dans notre pays.

Si l’on ajoute à cet esprit égoïste, un très fort “climato-scepticisme”, on a un panorama régressif au plus haut point. La COP23 n’a rien changé à la donne, d’autant plus que les grandes échéances sont officiellement repoussées.

La grande date décisive, c’est la fin de l’année 2018, pour quatre raisons :

– le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publiera en septembre 2018 le document «  Réchauffement planétaire de 1,5°C: rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la riposte mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté »,

– le même mois se tiendra à San Francisco un « sommet de l’action climatique mondiale » avec des villes, des entreprises, des ONG, etc.,

– le 12 décembre 2018 se tiendra le sommet de Paris pour tirer le bilan de la COP21,

– le même mois, on ne sait pas encore quand, se tiendra la COP24 à Katowice, ville industrielle historique de la Pologne.

Cela formera « le moment de vérité » pour reprendre l’expression de Nicolas Hulot, qui montre ici pourquoi il n’a pas démissionné de son poste : il veut être aux premières loges. Il espère encore se placer comme “grande figure” combinant institutionnalisation et souci de la planète.

Un positionnement qui est absurde de bout en bout, et de toutes manières il ne faut pas se leurrer, tout le monde a compris que les objectifs de la COP21 sont impossibles à atteindre en l’absence d’un gouvernement mondial donnant des ordres précis et efficaces.

Dans un monde de concurrence économique acharnée, de bataille pour la puissance, il n’y a pas de place pour des comportements raisonnés et raisonnables. L’objectif est simplement de ne pas perdre la face et d’attendre que quelqu’un fasse un faux pas, pour apparaître comme le moins coupable, exactement comme en 1914.

Il suffit de voir que 70 % des investissements du secteur énergétique mondiale vont au charbon, au pétrole, au gaz et que cette proportion passera à 60 %… en 2040. Personne ne veut changer son style de vie, personne ne veut perdre ses avantages dans la bataille économique.

Tout est donc poudre aux yeux. Des pays ont annoncé juste avant la COP23 une « Alliance pour la sortie du charbon », mais il ne faut pas être dupe : la France a signé pour promouvoir le nucléaire. Il s’agit juste de se placer de manière adéquate : Emmanuel Macron a parlé de taxer le C02, mais c’est bien aussi dans le sens de pratiquer le protectionnisme.

Il y a une véritable prise d’otage de la question ici et on a même vu le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel arriver en grande pompe pour la fin de la COP23, avec une déclaration commune franco-allemande.

Emmanuel Macron lui-même a tenu un discours, disant que « le seuil de l’irréversible a été franchi », comme quoi « en France, nous devons accélérer la transition énergétique avec l’obsession de réduire nos émissions de gaz à effet de serre », d’ailleurs « nous n’avons qu’un horizon : c’est maintenant ».

Ce show franco-allemand était possible par un habile tour de passe-passe, puisque, officiellement, ce sont les îles Fidji qui organisaient la COP23, l’Allemagne ayant proposé de l’assumer techniquement chez elle.

On a pu voir Timoci Naulusala, un Fidjien de 12 ans, s’exprimant à la tribune pour parler de la catastrophe provoquée par le cyclone Winston de 2016 :

« Ma maison, mon école, ma source de nourriture, d’eau, d’argent, ont été détruites. Ma vie était un chaos. Je me suis demandé : Que se passe-t-il ? Que vais-je faire ? »

Ce jeu sur l’émotion s’est également accompagné de la mise en place d’un « dialogue de Talanoa ». Le mot est fidjien et signifie « parler avec le cœur » !

On en arrive à un point où pour y croire encore, il faut faire plus que semblant : il faut pratiquement passer dans le mysticisme.

La COP23 a été un accompagnement de plus à la catastrophe en cours, un faire-valoir pour les gouvernants, un gage de bonne conscience pour les gouvernés…

A un moment, il faudra bien faire semblant de prendre des décisions, bien sûr. Mais il s’agit de repousser cela le plus possible, comme pour éviter toute responsabilité.

C’est l’ultra-individualisme des gens, mais à l’échelle des Etats. C’est la raison pour laquelle il a été décidé de voir… l’année prochaine où en est la situation des cent milliards de dollars promis chaque année, à partir de 2020, aux pays subissant des « pertes et dommages » en raison du réchauffement climatique.

Repousser toujours davantage les décisions, prétendre que la prochaine sera la bonne : voilà le sens des COP et la COP23 ne déroge pas à la règle.