Le “véganisme” bobo bientôt passé de mode

Il faut bien boire le calice jusqu’à lie : il y a eu la vague du « véganisme » bobo, aux contours lâches et fuyants, caractérisé comme étant un esprit identitaire à la fois de mode et de fuite individuelle.

Et donc, il y a de plus en plus « l’après », c’est-à-dire ce moment où ce qui a été à la mode devient has been, dépassé, intégré au vaste panorama des panoplies qu’on peut assumer au gré de son envie.

Cela ne changera rien au fait qu’il continuera à exister un business « vegan ». Mais les prétentions de la conquête de la société s’avéreront définitivement vaines d’un côté, alors que de l’autre on considérera les vegans comme des bobos qui à un moment faisaient office de hipster.

Quand est-ce qu’a commencé cet « après », quand atteindra-t-il son apogée ? C’est difficile de dire, mais gageons que ces images tirées du magazine gratuit A nous Paris, distribué dans le métro parisien, en dit long sur la « révolution » – ou la « contre-révolution » si l’on voudra – qui est au moins en cours, si ce n’est achevé.

Pourquoi cela ? Parce que le véganisme demande trop de discipline pour des gens voulant soit être branché, soit simplement fuir des choses qu’ils trouvent affreuses, mais sans refuser pour autant les valeurs dominantes.

Ne peuvent surnager dans une telle situation que des gens faisant partie d’une communauté – économique avec le business, ou associatif avec un militantisme très symbolique – ou bien des gens s’étant forgé une identité antagonique (ce qui est bien entendu notre choix).

Autant dire : cela ne fait pas grand monde. Certains ont, pour cette raison, décider d’aller vendre le véganisme à la France Insoumise, dans le prolongement de la « convergence des luttes » de la Nuit debout, qui disposait elle aussi d’une « commission antispéciste ».

Sauf qu’en fait de convergence, il y a juste de la récupération du véganisme comme ustensile de plus dans le caddie de la protestation. Le véganisme ne peut pas exister comme « ajout », comme « valeur ajoutée » : soit il est dans la matrice d’un mouvement, dans son identité à la base même, soit il n’existe pas, ou alors comme une sorte de succédané fictif.

D’ailleurs, tous ces gens qui se disent vegans, le sont-ils seulement réellement ? Quand on voit comment pour Aymeric Caron, il y a eu sans cesse des ambiguïtés (comme quoi il l’est, est en passe de l’être, l’est « presque », etc.), on peut en douter.

Qu’il y ait un élan chez certains, c’est certain. Que l’effort soit prolongé et surtout bien ancré, on peut en douter. S’il y avait vraiment une massification, il y aurait des tendances, des débats, des engagements dans les refuges, des groupes se montant ici et là, bref une effervescence.

Ce n’est pas le cas, tout est atomisé. C’est donc bien qu’il y a un problème à la base même. Et ce problème, il touche à la nature même du véganisme qui s’est développé ces dernières années, comme forme individuelle, symbolique, libérale dans ses principes, réduisant les animaux à des symboles d’opprimés, niant leur réalité naturelle.

Où sont les vegans passionnés par les animaux et la Nature ? Voilà finalement la vraie question. Et c’est précisément en raison de cet absence qu’A nous Paris peut réduire le véganisme à une caricature, à un phénomène de mode, à un caprice.

Ce serait terrible si, en 2030, en regardant derrière soi, on dirait : le véganisme des années 2010 en France n’a été qu’un caprice de petit-bourgeois sans esprit de suite, seulement préoccupés par combiner business individuel et fuite sociale.

Cela le serait moins si on constaterait également que le véganisme des années 2020 était celui de la confrontation sans compromis en défense de la Nature… Il n’y aura pas de compromis, plus de négociations

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