Synthèse des États généraux de la bioéthique

Les États généraux de la bioéthique ont rendu public hier leur « synthèse », qui fait un peu moins de 200 pages. Et là on s’aperçoit que la logique ultra-libérale fait face à un tel problème que la synthèse ne prend finalement pas partie, se cantonnant aux constats de différents points de vue, réservant son point de vue pour septembre 2018.

Malheureusement, ce problème n’est pas une opposition de gens athées, défendant la Nature, refusant l’individualisme, s’opposant à la PMA-GPA comme droit universel à l’enfant, avec celui-ci réduit au statut de bien de consommation.

Ce problème, c’est la mobilisation générale des religieux, notamment des catholiques ultras.

Soyons ici très clairs : un tel mouvement de fond préfigure l’alliance future entre la droite et l’extrême-droite. Face au suicide d’une gauche adepte de l’ultra-libéralisme « sociétal », il y a un boulevard pour les fachos !

Dans quelques années, on comprendra aisément comment il y a eu ici un tournant permettant à la droite et l’extrême-droite d’apparaître comme un obstacle au libéralisme, au capitalisme, comme défendant la civilisation face au marché…

Il est incroyable que ce soit la Fédération Protestante de France qui soit en mesure de dire une chose que les gens athées, de gauche, pleins de bons sens, etc. devraient dire :

« la liberté ne se confond ni avec l’individualisme sans limites, ni avec la loi de l’offre et de la demande qui aboutit à la loi du plus fort »

C’est fort quand même : les protestants rejettent davantage l’offre et la demande que la gauche elle-même, passée dans le camp du turbo-capitalisme maquillé comme conquête des droits individuels.

Il est tout aussi incroyable que la Fédération Nationale de la Libre Pensée, la plus ancienne association pour la laïcité, s’exprime inversement pour l’individualisme le plus total, juste pour le plaisir de dire en apparence le contraire des religieux :

« Notre association considère que la loi de bioéthique doit être modifiée sur trois points : l’extension du champ de recours à la procréation médicalement assistée (PMA) et de l’utilisation des ovocytes congelés ; la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) ; l’extension de l’utilisation des ovocytes congelés ; la réduction des contraintes pesant sur la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires. »

C’est cela la laïcité : donner le champ libre aux entreprises au nom d’un rejet des religions?

De la même manière, il est honteux qu’une association comme SOS homophobie abuse de son refus de l’homophobie pour promouvoir l’ultra-libéralisme, l’ultra-individualisme, le turbo-capitalisme :

« SOS homophobie revendique l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes sur la base d’une stricte égalité. Toutes les personnes en âge de procréer doivent pouvoir avoir accès à la PMA , sans distinction de leur situation conjugale, de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. (…) Établir une frontière liée au statut marital, à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre relève de la discrimination. »

Ce serait donc une discrimination que de ne pas fournir techniquement, au-delà de la Nature, un enfant aux personnes homosexuelles, tout comme il serait discriminatoire de ne pas permettre, au-delà de la Nature encore, à une personne seule d’avoir un enfant.

C’est le règne du « si je veux je dois avoir, car la réalité doit se plier à mes désirs ». C’est le triomphe du consommateur.

Et qui a pris les commandes du refus de cela ? Malheureusement les religieux.

C’est une catastrophe dont on n’a pas fini de voir les conséquences.

Voici, comme illustration, ce que constate Le Figaro des résultats des « consultations » faites par les États généraux de la bioéthique. Ceux-ci ont organisé 271 débats avec 21 000 personnes au total, 183 500 personnes allant sur son site internet, pour 65 000 contributions et 830 000 votes. Il y a eu également 154 auditions d’associations, de personnalités et d’intellectuels, de cercles scientifiques, sociétés savantes, etc.

Une partie significative de cela a été consacrée à la question de la procréation. Or, comme on le voit, l’opposition à l’ultra-libéralisme est frontale. Et elle est catholique, n’en doutons pas : il y a eu une grande mobilisation pour conquérir l’hégémonie dans les débats.

Le journal La Croix – la voix du Vatican – considère la synthèse des Etats généraux de la bioéthique comme un triomphe pour les religieux, parlant d’un « débat à poursuivre », un débat clairement défini comme sans fin, car bloqué par le clivage des points de vue.

Voici ce qui est dit, par l’intermédiaire de son directeur.

Ce rapport ne permet pas de conclure à une opinion majoritaire pour ou contre telle ou telle évolution des règles bioéthiques en vigueur dans notre pays. Là n’était pas le but des états généraux, qui avaient d’abord pour vocation de permettre à toutes les opinions de s’exprimer et d’être actées.

Cet exercice permet néanmoins de conclure que le consensus est loin d’être atteint – et ne pourra pas l’être – sur les sujets les plus débattus que sont la fin de vie ou l’accès à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes.

Le rapport fait ainsi état de « différences profondes (qui) s’expriment dans la société civile ».

Ce seul constat n’est pas sans importance pour la suite. En ­effet, Emmanuel Macron a déclaré à La Croix le 13 mars 2017 qu’avant toute décision sur de tels sujets, il regarderait « l’état de la société et des débats qui s’y jouent pour agir de manière apaisée ».

Quelles seront donc les conclusions du président de la République sur « l’état de la société » ? Le moment de trancher n’est pas encore venu.

Le CCNE doit rendre un nouvel avis en septembre, qui devrait formuler des préconisations. C’est ensuite que la décision politique interviendra, celle du chef de l’État puis celle du Parlement. D’ici là, le débat ne va pas – et ne doit pas – s’interrompre.

Les religieux savent qu’ils vont avoir un prestige immense s’ils arrivent à se présenter comme ceux qui ont bloqué la PMA et la GPA, c’est-à-dire comme ceux qui ont réussi à freiner l’extension du marché capitaliste.

Et par la suiteMarion Maréchal-Le Pen et l’alliance droite – extrême-droite capitaliseront là-dessus!

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