Le Figaro Magazine contre les végans

Après l’exemple hier avec l’ex-Front National de la parole déchaînée de la France profonde, voici un autre exemple, encore une fois de taille, avec l’éditorial du Figaro Magazine de ce week-end.

Ecrit par son directeur de rédaction, Guillaume Roquette, il vise évidemment à éduquer. Si Le Figaro tape relativement large, son magazine vise plus directement les familles de la bourgeoisie conservatrice, le coeur de la droite.

En ce sens, ce petit texte est un cas d’école :

  • il contient un appel à une idéologie identitaire, préfigurant l’alliance droite – extrême-droite sur ce thème ;
  • il y a une petite allusion catholique, discrète mais efficace ;
  • il généralise la question aux chasseurs, avec en arrière-plan bien entendu la question de la chasse à cour, contre laquelle un mouvement de très grande pertinence s’est levé en Picardie et se généralise ;
  • il souligne l’arrière-plan « totalitaire » du véganisme, qui sous-tend forcément l’universalisme et donc la négation du libéralisme ;
  • il tacle habilement les libéraux-libertaires et la théorie du genre, alors que les conservateurs n’en sont que le miroir.

Ce texte a ainsi un très haut niveau idéologique, chaque phrase est parfaitement soupesée, il est techniquement d’une très grande valeur. Toute personne désireuse de saisir les enjeux du moment doit se confronter sérieusement à ce document historique, confirmant qu’il y a bien une remise en place de la question animale à l’échelle de la société toute entière, dans le sens du reflux et de l’isolement.

ÉDITORIAL

pour l’amour de l’entrecôte

Ne laissons pas les végans imposer leur façon de vivre

GUILLAME ROQUETTE

Le malheureux boucher dormait au-dessus de sa boutique, à Jouy-en-Josas. Quand l’alarme s’est déclenchée, dans la nuit de ­dimanche à lundi dernier, il était trop tard. Sa vitrine était en miettes et ­maculée d’un tag bombé à la hâte : « Stop spécisme ».

Depuis quelques mois, des dizaines de boucheries-charcuteries et autres commerces de bouche sont ­victimes des mêmes dégradations, commises par des ­militants qui se revendiquent, selon leur degré d’extrémisme, ­végans, animalistes ou antispécistes.

En partant d’une idée estimable, le respect dû aux animaux, ces écolo­gistes d’un nouveau genre ont élaboré une idéologie ­inquiétante en allant jusqu’à prétendre (c’est la définition de l’antispécisme) qu’un agneau de lait a la même valeur qu’un être humain.

Avant d’aller plus loin, précisons que chacun a naturellement le droit d’être végétarien, même si la vie doit être bien triste quand elle s’interdit à tout jamais le bonheur d’un gigot de sept heures ou d’une truite aux amandes.

De même, il est parfaitement légitime de souhaiter que la filière de l’élevage traite convenablement les bêtes promises à la consommation.

Mais les forcenés de la cause animale ne se contentent pas de cette juste ambition, ils veulent interdire à quiconque non seulement de manger de la viande ou du poisson, mais aussi de chasser, voire de monter à cheval ou simplement de porter des chaussures en cuir !

Au nom du respect des droits de la bête.

C’est un trait de notre époque : quiconque est animé d’une conviction se fait désormais un devoir de l’ériger en norme pour essayer de l’imposer à la société tout ­entière.

Grâce à une force de frappe inédite, celle des ­réseaux ­sociaux, et le recours plus ou moins avoué à la violence, une minorité d’activistes végans entend donc dicter sa loi à tous les braves gens qui voudraient juste continuer à ­vivre comme ils l’entendent.

Les bouchers (sauf ceux qui sont halal, curieusement épargnés malgré la brutalité des règles de l’abattage rituel), ­auxquels on pourrait ajouter les chasseurs, sont aujourd’hui leurs cibles prioritaires. Mais, si la force ­publique ne ramène pas ces agités à la ­raison, ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin.

D’autant que leur militantisme n’est pas la manifestation d’un mouvement isolé. A y regarder d’un peu près, l’antispécisme n’est qu’une des innombrables déclinaisons du politiquement correct contemporain.

C’est en effet la même idéologie qui veut nous contraindre d’adopter une nouvelle façon de manger, de boire, d’écrire ou d’aimer. L’objectif est toujours le même : abolir nos ­modes de vie pour créer un nouveau monde, sans ­mémoire, sans traditions et sans culture.

Bref, sans ­identité.

Ce n’est évidemment pas très réjouissant mais, grâce au Ciel, rien ne nous force à baisser la tête pour nous ­soumettre à tous ces diktats.

De même qu’il est ­permis de s’opposer sans complexe à l’écriture inclusive et à la théorie du genre, on a encore la liberté de se faire griller une belle entrecôte. Résister à l’oppression est parfois un plaisir.

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