“Les végans n’ont pas le droit de faire régner la peur !”

Le titre de la tribune publiée par Le Figaro dit déjà tout, et la liste des signataires est à cette image : des sénateurs et des députés, alliés à des représentants agro-industriels.

Et leur grand argument philosophique est la liberté de choix de l’individu, reflet inversé de l’antispécisme qui existe également au nom des “individus”, mais cette fois animaux.

Les deux ont tort : la question n’est pas celle des individus, mais de la place de l’humanité dans le grand tout qu’est la Nature.

On estime à plus d’une centaine les actions violentes et illégales subies par les professionnels de la filière de l’industrie de la viande entre 2017 et 2018 en France. Ces actions «coup de poing», violentes (marquage au fer rouge, abattoirs envahis et représentés en feu, faux sang déversé par litres, vandalisme de boucheries, d’abattoirs, dessins suggestifs, menaces aux personnes), dont les auteurs revendiquent une confrontation ouverte et violente notamment avec l’industrie de la viande et les forces de police, doivent être punis sévèrement par l’Etat.

Nous, représentants des professions et filières agricoles, de l’artisanat et des territoires tenons à dénoncer avec la plus grande fermeté les actions et les modes de pensées de ces extrémistes.

Leur idéologie radicale est basée sur «l’antispécisme». Elle refuse toute hiérarchie entre les espèces et prône les mêmes droits pour les animaux et pour les hommes. Comme si dans le règne animal, aucune hiérarchie n’existait entre les espèces, entre les herbivores et les carnivores ou les omnivores!

Ces idéologues apparentent l’industrie de la viande à un «holocauste». Ils comparent la fin de l’exploitation animale à l’abolition de l’esclavage et prônent purement et simplement la disparition de l’industrie de la viande au mépris des conséquences sur les emplois, les filières, l’agriculture et nos territoires.

Les modes opératoires violents et radicaux qui prônent l’action directe et la désobéissance civile pour faire adopter ces idées sont inacceptables et intolérables. Ces méthodes se rapprochent d’un intégrisme sectaire et d’un communautarisme qui trouvent une audience grandissante et interpellent les pouvoirs publics (rapport d’activité Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, 2016).

Est-ce cela que nous allons offrir à nos enfants et à nous? Un droit de faire régner la peur, un droit à l’anarchie parce que nous mangeons une blanquette de veau, un cassoulet ou un hamburger?

C’est un enrôlement dangereux qui tente de convertir nos jeunes à des croyances alimentaires fausses au détriment de notre alimentation diversifiée. Allons-nous laisser faire ces dérives spectacles au nom de croyances dangereuses pour notre société? Une très faible minorité de la population française n’a pas le droit de faire régner la terreur au moyen de croisades alimentaires.

Nous refuserons toujours de nous laisser dicter nos choix alimentaires et nos choix de consommateurs.

Faut-il imaginer des suhisbars sans poisson, des steakhouses sans bœuf? Que seront nos repas familiaux dominicaux si nous nous sommes fait imposer ce que nous devons manger? Que deviendront nos traditions et celles de notre diversité, Noël sans la dinde, l’Aïd sans les moutons, Shabbat sans le bœuf, le mouton, le poisson ou la volaille?

Nous serons collectivement les garants de ces traditions culturelles et alimentaires.

Nous défendons notre liberté à consommer de la viande, des fruits, des légumes, du fromage, des produits laitiers.

Nous demandons solennellement que l’État républicain remettre de l’ordre et fasse respecter le libre arbitre alimentaire de chacun. Il doit protéger nos traditions, notre alimentation, nos emplois, nos filières.

La France est le pays de la gastronomie, des plats de terroir à base des productions agricoles de qualité, des grands chefs, des grands vins, des traditions et des restaurants étoilés. Elle irradie depuis des siècles à travers le monde son savoir-faire, son savoir-vivre à la française, son savoir-être, son agriculture, sa culture alimentaire et culinaire. Le repas gastronomique «à la française» est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco. La France est le seul pays à avoir obtenu cette reconnaissance.

Cette histoire, ce patrimoine, nous le devons notamment à des produits agricoles d’une grande qualité, élaborés par des paysans, des éleveurs qui vivent et façonnent nos territoires ; nous le devons à des artisans boulangers, bouchers, fromagers, charcutiers, traiteurs, restaurateurs, aux commerces de proximité… et aux cuisiniers avec de grands savoir-faire qui travaillent ces produits et élaborent nos recettes.

Nous, élus, représentants des professions et filières agricoles, de l’artisanat, des territoires, des administrés, n’avons de cesse de promouvoir les produits locaux, la qualité sanitaire, la diversité des productions, la richesse de nos terroirs. Quelle que soit la filière alimentaire concernée, ce sont des activités économiques, génératrices d’emplois où les concitoyens sont fiers de leurs métiers et cela fait vivre nos territoires, tant ruraux qu’urbains.

Nous nous soucions de l’impact environnemental, du bien-être animal mais aussi de la santé. Que ce soient les productions végétales ou animales, les agriculteurs produisent les matières premières nécessaires à notre alimentation. Les filières agro-alimentaires permettent de donner accès à la meilleure alimentation disponible en quantité et qualité. Certes, les modèles de consommation évoluent et nos modes de production également avec la recherche permanente de la qualité et de la sécurité alimentaire, là où par rapport à d’autres pays, nous avons une avance considérable.

C’est une chance pour nos territoires, nos filières, notre équilibre économique, nos emplois d’avoir ce niveau d’exigence pour notre alimentation.

À l’heure des Etats généraux de l’alimentation, ce choix de la société d’avoir des produits tracés locaux de qualité d’une grande diversité sont légitimes. Il en va de la qualité de vie et de la santé de nos citoyens, de leur famille, de nos enfants.

Mangeons librement! Consommons librement! Laissons à chacun ses choix et ne laissons personne nous dire ce que nous devons avoir dans nos assiettes!

Liste des cosignataires de la tribune:

COCHONNEAU Claude, Président de l’assemblée permanente des Chambre d’agriculture (APCA)

DE BELLAIGUE Charles-Hubert, Vice-Président, Fédération interdépartementale des chasseurs d’Ile-de-France

VARLET Daniel, Président de la Fédération des charcutiers traiteurs de l’Île de France

PINTEAUX Olivier, Secrétaire général, Fédération de la boucherie

THEMAUDIN Max, Vice-Président, Fédération de la boucherie

BUGUET Alain, Trésorier, Fédération de la boucherie

MONTINI Marie, Fromagère Saint Arnoult

ILLAND Jean-Charles, Fédération de la boucherie 95

BUGUET Alain, Trésorier, Fédération de la boucherie

RADET Damien, Secrétaire général, FDSEAIF

PETIT Bertrand, Président, FDSEA Eure-et-Loir

REY Dominique, Président SCIC Valor Viande Île-de-France (atelier de découpe Ile-de-France)

DEHAUDT Christophe, Eleveur

DRUMARE Sophie, Eleveur

DEGORGES Florian, Maraîcher

MESNIL Fabrice, Boucher

PECRESSE Valérie, Présidente de la Région Ile-De-France

GOUSSEAU Adeline, Ancien Sénatrice des Yvelines

ARNOULT Frédéric, Président JA Région IdF

DUBLANCHE Alexandra, Vice-Présidente Région Ile-de-France Développement économique, agriculture et ruralité

CABRIT Anne, Déléguée spéciale Agriculture & Ruralité Région Ile-de-France

CAFFIN Michel, Elu Region IDF

TETART Jean-Marie, Maire de HOUDAN

MANSAT Jean-Jacques, Président Communauté de Communes du Pays Houdanais et Maire de Tacoignières

PETIT Bertrand, Président, FDSEA d’Eure-et-Loir

GREFFIN Damien, Président FDSEA Ile-de-France

MILARD Cyril, Président FDSEA Seine-et-Marne

PRIMAS Sophie, Sénatrice des Yvelines, Présidente Commission Affaires Économiques

Jean-Noël CARDOUX, Sénateur du Loiret

Anne CHAIN-LARCHE, Sénatrice de Seine-et-Marne

Anne-Marie BERTARND, Sénateur des Bouches-du-Rhône

Marie-Christine CHAUVIN, Sénatrice du Jura

Jean-Marc BOYER, Sénateur du Puy-de-Dôme

Laurent DUPLOMB, Sénateur de la Haute-Loire

Alain SCHMITZ, Sénateur des Yvelines

Pierre CUYPERS, Sénateur de Seine-et-Marne

François CALVET, Sénateur des Pyrénées-Orientales

Jean Paul EMORINE, Sénateur de Saône-et-Loire

Anne-Catherine LOISIER, Sénatrice de la Côte-d’Or

Jackie PIERRE, Sénateur des Vosges

Aurore BERGE, Député des Yvelines

Bruno MILIENNE, Député des Yvelines

Jean-Baptiste MOREAU, Député de la Creuse – Rapporteur loi EGALim

Michel DANTIN, Député européen

Pierre BEDIER, Président Conseil Départemental des Yvelines

Pauline WINOCOUR-LEFEVRE, Vice-Présidente déléguée aux ruralités

Fabrice MOULARD, Président FDSEA de l’Eure

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