Le renégat Tim Shieff

C’est une information normalement anecdotique, cependant dans le climat actuel, il est toujours bon de s’y attarder, pour remettre quelques points sur les i. Le véganisme en France connaît en effet une puissante contre-offensive, aussi rappeler les fondamentaux a du sens.

En l’occurrence, cela concerne un athlète de haut niveau, qui a abandonné le véganisme, pour des raisons de santé prétend-il. Cela a provoqué de nombreux échos dans les médias et cela contribue à la désorientation. Ce n’est jamais bon et ça l’est encore moins en ce moment.

La personne concernée est Tim Shieff ; c’est un Anglais, adepte des parcours où l’on court en faisant face à des obstacles. La télévision raffole de plus en plus de ce genre de choses et il s’y est fait connaître lors d’un parcours de MTV, lui apportant une certaine reconnaissance.

En plus, il a gagné la même année, en 2009, un championnat de parcours. Il a même pu par la suite avoir un petit rôle dans Harry Potter (celui d’un “détraqueur). Il est ensuite devenu vegan en 2012, tout en partageant son quotidien dans des petites vidéos, avec autour de lui une communauté de suiveurs. Il mettait directement en avant le véganisme, et avait même fondé un marque d’habits.

Voici une vidéo montrant ses capacités techniques alors.

C’est indéniablement impressionnant, cependant on l’aura compris, cela fait partie de toute cette vague de végans pour qui le véganisme ce ne sont pas les animaux, mais soi-même, son identité, son vécu, etc. Voici une autre vidéo assez typique du genre m’as-tu-vu.

C’est donc simplement un de ces nombreux free-runners et autres adeptes du cross-fit qui adorent se mettre en scène dans des vidéos autocentrées, dans un esprit ultra-individualiste, ce qui n’a rien à voir avec le sport dans sa dimension populaire, ni avec le véganisme en tant que tel.

Sauf donc que Tim Shieff a fait un petit buzz tout récemment en annonçant publiquement, dans une vidéo, qu’il abandonnait le végétalisme, pour des raisons de santé. Il a alors dépassé largement le cadre de sa renommée initiale. Car s’il a pu franchir le million de vue à ses débuts, ses dernières vidéos ne réunissent que quelques dizaines de milliers de vue, c’est-à-dire vraiment pas grand-chose dans ce domaine pour un anglophone.

Son annonce d’abandonner le végétalisme a quant à elle plu à de nombreuses personnes qui se sont empressées de relayer l’information, comme nouvel argument contre les personnes vegans. Tim Shieff étant un renégat, il est utilisé par les ennemis du véganisme. Rien de plus logique.

C’est qu’il s’agit d’une bataille culturelle, d’une bataille de valeurs. Les fondements du véganisme sont tellement solides, la réalité de la bonne santé des personnes végétaliennes ayant une alimentation équilibrée est tellement évidente, que les arguments rationnels n’opèrent pas. Il ne reste plus que le mensonge, et ce genre d’anecdote, pour tenter de discréditer les vegans.

Soyons très clairs : en 2019, prétendre que le végétalisme n’est pas possible – pour une personne “normale”, pour un sportif de haut niveau, pour un enfant – ne tient pas. A moins que, dans sa tête, on capitule culturellement.

Voyons justement les arguments de Tim Shieff. À aucun moment il n’expose d’arguments concrets, matériels, pour justifier son choix. On apprend simplement que ses muscles devenaient fragiles et qu’il n’arrivait plus à faire de pompes sans être blessé ensuite. Il dit avoir été fatigué, déprimé, avoir du mal à digérer, etc.

Plutôt que de penser au surentraînement, ce qui est typique pour ce genre d’activités consistant en une éternelle fuite en avant dans le dépassement individuel, de manière toujours plus extrême, il s’imagine qu’il lui manquait « quelque chose », sans vraiment l’expliquer. On retrouve là tout son fond mystique, avec toutes les thématiques quasi magiques du type yoga, équilibre de ying et de yang, etc.

D’où l’incohérence jusqu’au pittoresque. Ainsi après plusieurs tentatives délirantes de se « purifier », en buvant son urine (« l’urine est de toi et c’est pour toi »), ou encore en suivant un jeûne très strict de 35 jours en buvant seulement de l’eau distillée, Tim Shieff a mangé des œufs et de la chaire de poisson et raconte que cela lui a fait énormément de bien. La belle affaire ! Il n’y a rien de plus absurde pour un athlète que de ne pas s’alimenter, alors forcément que quand on mange à nouveau, l’organisme « apprécie ».

Mais étant une sorte de délirant, d’équilibre, Tim Shieff tient un discours lyrique et dérangé, dérangeant :

“La première nuit après avoir mangé du saumon, j’ai eu un rêve mouillé alors que cela faisait des mois que je n’avais pas éjaculé.”

C’est tout à fait grotesque. Nous sommes en 2019 et ce genre de discours ne tient pasu ne seconde alors que les exemples sur le long terme de sportifs de haut niveau vegan sont multiples, et cela dans tous les domaines, que cela soit la force, l’endurance, l’explosivité, la coordination neuro-musculaire, etc.

Pour fonctionner, les muscles ont besoin d’un certains nombres de micro-nutriments, que l’on retrouve sans problèmes dans les végétaux. Et cela que ce soit le fer, le zinc ou les vitamines. Il y a bien sûr la vitamine B12 qui est un cas particulier, mais cela n’est pas un problème puisque les végétaliens en consomment facilement autrement que dans les produits d’origine animale.

On a besoin bien sûr de beaucoup de glucides, mais dans tous les cas ceux-ci proviennent uniquement (ou presque) des végétaux.

Il faut également consommer des protéines, pour régénérer ses tissus musculaires après l’effort. Là encore, ce n’est pas un problème : ce dont à besoin l’organisme, ce n’est pas de protéines agglomérées par un autre animal (dans un œuf ou de la chaire de poissons par exemple), c’est d’acides aminés afin de constituer ses propres protéines.

Chaque sportif vegan sait très bien où trouver les acides aminés essentiels pour s’alimenter après l’effort. Les pois chiches, les lentilles, les haricots rouges, le riz complet, l’avoine… en regorgent, et les exemples sont par ailleurs multiples. Ceux qui veulent faire les choses encore mieux, de manière plus poussée, peuvent se tourner vers des aliments encore plus “fonctionnels”, comme le quinoa ou les graines de chanvre décortiquées, dans lesquels ont retrouve tous les acides aminés essentiels en bonnes proportions, ainsi que beaucoup d’autres micro-nutriments.


Marta Gusztab, championne polonaise de Muay Thai

Qui a t-il donc, pour un sportif, qu’on ne pourrait trouver que dans les œufs, ou la chaire de saumon ? On trouve dans un œuf beaucoup d’eau (presque la moitié de la matière), des protéines, un tout petit peu de glucides, des acides gras, et tout un tas de micro-nutriments habituels. Rien de cela n’est spécifique, introuvables ailleurs pour un vegan.

Il en est de même pour le saumon : il n’y a rien qui serait spécifique et introuvable ailleurs. On peut noter que celui-ci a un organisme, comme tous les poissons gras, particulièrement riche en acides gras oméga-3. Sauf que tout sportif vegan sérieux, connaissant l’importance de ces acides afin d’éviter les risques d’inflammation notamment, sait très bien où trouver des acides gras oméga-3 en grandes quantités et mange en général beaucoup de graines de lin, de chia ou de chanvre, précisément pour cette raison.

En fait, l’enjeu en termes d’alimentation pour les sportifs est surtout qualitatif. Le quantitatif est très facile à couvrir, que l’on soit vegan ou non. Sur le plan qualitatif par contre, les aliments d’origine végétale permettent une bien meilleure synergie des micro-nutriment, pour une assimilation optimale, plus « fine » en quelque sorte. Il en est de même pour l’équilibre acido-basique, qui agit directement sur les performances.

Une alimentation classique, à base de protéines animales et de laitages, acidifie largement l’organisme, au contraire d’une alimentation végétale bien menée (sans excès de céréales et avec beaucoup de fruits et de légumes) qui permet de mieux réguler le pH plasmatique.

Beaucoup d’athlètes très sérieux ont, au contraire de Tim Shieff, fait des recherches, réfléchi de manière intelligente et concrète à leur alimentation. On a même des individus tels que les célèbres athlètes Brendan Brazier ou Scott Jurek, qui sont venus au végétalisme pour des raisons de santé et de performance sportive. Brendan Brazier est auteur de la méthode Thrive, qui prône une alimentation essentiellement « raw » (non cuite) et « whole » (avec des produits complets).

Scott Jurek a pour sa part écrit un livre, Eat & Run, qui est traduit en français, dans lequel il fait largement part de son expérience positive avec le végétalisme.

Il y a aussi d’autres athlètes pour qui le végétalisme est d’abord un engagement pour les animaux, comme le sympathique Matt Frazzier du blog nomeatathlete.com, appréciant comme nous le groupe Earth Crisis ! Il a écrit un ouvrage très didactique, traduit en français sous le nom de Se nourrir, marcher, courir vegan.

Conclusion, Tim Shieff n’est qu’un narcissique renégat au véganisme, comme il y en a tant, comme il y en a eu et comme il y en aura. Il faut bien avoir conscience de cela. D’où la nécessité de centrer son discours sur la compassion et les animaux, la nature et le respect de la vie.

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