Pachamama, Kali, la Vierge Marie: les figures des fausses déesses-mères

L’article La victoire sur le taureau, symbole patriarcal de la défaite de la déesse-mère a attiré une certaine attention, aussi voici une présentation de Pachamama et d’autres déesses, dont la représentation symbolique est culturellement très intéressante à connaître quand on est vegan.

Tant que le matriarcat prédominait, le rapport à Gaïa n’était pas conflictuel, et le culte de la déesse-mère représentait ce rapport.

Mais le culte de la déesse-mère ne suffit pas en lui-même (et encore moins aujourd’hui, où il ne s’agit pas d’être religieux, mais d’avoir un rapport réaliste et correct avec Gaïa).

Ainsi, lorsque le matriarcat a été renversé, les hommes n’ont pas forcément immédiatement installé un Dieu masculin symbole de vérité. Ils ont pu conserver une déesse-mère, mais en effaçant le fait que ce culte de la déesse-mère était le culte des femmes en général. Les pratiques patriarcales de guerre et de soumission de la nature se faisaient ainsi pour ainsi dire au nom de la déesse-mère.

La déesse-mère est alors toujours toute puissante, mais elle est désormais une déesse cruelle, qui représente la mort et à laquelle il vaut mieux obéir.

Une figure très connue est la déesse Kali, qui en Inde est le symbole concret de « Devi » la véritable déesse-mère. Kali est la déesse de la destruction comme d’ailleurs de nombreuses déesses du même type en Inde.

Selon l’hindouisme, aujourd’hui nous sommes dans le cycle du Kali Yuga – âge de destruction et de mort qui doit durer des milliers d’années. Le culte à Kali a abandonné toute référence matriarcale et consiste notamment en de nombreux sacrifices d’animaux, surtout au Bengale et au Népal.

On est donc très loin d’un rapport correct avec les animaux, sans même parler d’une vision du monde accordant de la valeur à la planète. Toutefois, il faut noter que ce culte de Kali reste culturellement très important pour les femmes; le film du bengali Satyajit Ray, Devi, traite justement de cette question.

On retrouve bien évidemment la déesse-mère dans le christianisme et dans l’Islam, religions pourtant patriarcales. Dans les deux cas, cette forme particulière de déesse-mère symbolise la compassion, un rapport non conflictuel avec l’ensemble de la planète, le respect de la vie en général.

Pour les églises catholique et orthodoxe, la Vierge Marie a ainsi une importance centrale et un culte spécifique lui est accordé (le culte d’« hyperdulie » c’est-à-dire d’hyper-servitude, Marie étant entre Dieu et les Saints).

Le culte à Marie est d’une importance extrême dans le catholicisme, de par son aspect mobilisateur. Rien que la « Légion de Marie » rassemble dans le monde 10 millions de laïcs au service de l’Eglise catholique, principalement en Corée (du Sud), aux Philippines, au Brésil et en République du Congo.

Dans l’Islam il s’agit de Fatimah, fille du prophète. Elle a une importance énorme, tout particulièrement dans l’Islam chiite. Elle représente la pureté, la lumière, la vie; on considère que lorsqu’il est parlé d’Allah en tant que « le Clément, le Miséricordieux » c’est en quelque sorte de l’aspect représenté par Fatimah dont on parle. Une citation de Mahomet est également très connue: « Le paradis se trouve sous les pieds de la mère. »

Personne ne le sait, mais le drapeau européen symbolise également… la couronne de la Vierge Marie, le bleu étant bien sûr une couleur chrétienne. Ce drapeau est directement issu du drapeau de l’Union Paneuropéenne internationale, un mouvement paneuropéen ultra-conservateur et chrétien.

Parmi les autres fausses déesses-mères, l’une des plus connues est également Pachamama. Le nom de Pachamama signifie Terre-Mère en langue quechua et son culte existe encore localement, notamment en Bolivie, même si en fait c’est plutôt… la Vierge Marie qui a pris sa place.

En fait, les deux cultes cohabitent: pour les affaires privées c’est la Vierge Marie, pour l’ordre cosmique c’est par contre Pachamama.

Le culte actuel de Pachamama est donc on ne peut plus éloigné du culte de la déesse-mère; il s’agit en fait d’une sorte de remerciement à la terre nourricière, à l’ordre du monde en tant que tel. L’acte principal du culte consiste principalement à creuser un trou pour y verser des céréales, des feuilles de coca et de nombreux alcools dont la chicha (bière de maïs).

Pachamama n’a plus de réel contenu et est surtout un prétexte pour la remise en avant des cultures indigènes d’avant la colonisation particulièrement barbare. Ainsi, dans les mouvement indigénistes d’Amérique latine, la couleur rouge sur le Wiphala (les différents drapeaux rectangulaires aux sept couleurs) représente justement Pachamama.

La référence à Pachamama est donc surtout de type socio-culturel. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le discours du président Bolivien Evo Morales à la conférence de Copenhague de 2009 sur le réchauffement climatique.

D’origine amérindienne, il est très proche des mouvements indigènes, notamment des Ayamaras. Il s’oppose ainsi à l’éradication de la Coca, la mastication de celle-ci étant une tradition indienne.

Ses propositions pour un référendum mondial sur le changement climatique font dans ce cadre référence à Pachamama.

Mais bien entendu il faut ainsi bien voir qu’on est très loin de Gaïa et du féminisme comme revendications modernes, sans parler du véganisme: Pachamama est seulement le symbole romantique d’un retour vers le passé.

A titre indicatif, voici les propositions de Morales, où l’on voit très bien que Pachamama n’est plus du tout une déesse-mère, mais simplement le symbole d’une sorte de « l’équilibre du monde. »

S’il est parlé de « Terre-Mère » c’est de manière fausse, patriarcale: il s’agit simplement du principe de fertilité, de la capacité reproductrice de donner la vie.

C’est un exemple de fausse déesse-mère, comme Kali dans l’hindouisme, la Vierge Marie dans le christianisme, Fatimah dans l’Islam. Il n’y a pas de valeurs positives par rapport aux animaux, par rapport à la nature, par rapport à Gaïa.

« 1. – Êtes-vous d’accord pour rétablir l’harmonie avec la nature, et pour reconnaître les droits de la Terre Mère ?
2. – Êtes-vous d’accord pour changer ce modèle de surconsommation et de gaspillage qu’est le système capitaliste ?
3. – Êtes-vous d’accord pour que les pays développés réduisent et réabsorbent leurs émissions de Co2 à effet de serre pour que la température ne monte pas de plus d’un degré centigrade ?
4. – Êtes-vous d’accord pour transférer tout ce qui a été dépensé dans les guerres et pour consacrer un budget supérieur à la défense de la Terre face au changement climatique ?
5. – Êtes-vous d’accord avec un tribunal de justice climatique pour juger ceux qui détruisent la Terre Mère? »

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