“L’animal est une personne”

« Quand je joue avec ma chatte, qui sait si je ne suis pas son passe-temps plutôt qu’elle n’est le mien? Nous nous taquinons réciproquement. » (Montaigne)

Voilà ce que disait Montaigne (voir notre article ici). Mais l’esprit humaniste n’a guère cours dans une société fondée sur le profit et où les animaux sont des marchandises.

Hier soir, sur France 2 on pouvait ainsi voir une émission intitulée « Prise directe » consacrée à « l’animal est une personne. »

La présentation est la suivante (et on peut voir l’émission ici [Nous mettons le lien dans les heures qui suivent, dès qu’il est disponible]) :

Ils sont 60 millions en France, un foyer sur deux en possède ; ils sont petits, grands, parfois exotiques et prennent de plus en plus de place dans notre vie. Selon un récent sondage, 90% des Français considèrent leur animal comme un membre de la famille…

L’animal serait-il alors devenu l’égal de l’homme, un compagnon que l’on traite, que l’on soigne, à qui l’on parle comme à un humain. Pourquoi ce besoin ? Que nous donnent-ils en échange ? Quelle forme d’intelligence développent-ils ? Prise Directe ce soir sur cet amour et cette fascination parfois sans limite des Français pour leurs animaux.

Une émission totalement à vomir, du genre un rat a une tumeur (et ne survit pas à l’intervention chirurgicale) et le journaliste demande à la mère de l’adolescente qui « a » le rat si… il ne valait pas mieux en acheter un autre !

Tout est focalisé sur le fait, considéré comme « fou », d’accorder une personnalité à un animal. Dépenser pour elles et eux des sommes conséquentes serait honteux et anormal. La société serait “malade” car elle donne une place de plus en plus grande aux animaux de compagnie, etc. etc.

Mais au-delà des totalement lamentables remarques et incompréhensions de la part des journalistes, c’est le fond culturel qu’il faut bien comprendre. Car l’idéologie dominante est très claire : les personnes aimant les animaux seraient des « faibles » dépourvues de toute vie sociale. Et les animaux, des sortes de robots, ou de jouets.

Ces personnes qui aiment les animaux – donc, nous ! – retomberaient dans une sorte d’enfance, seraient « gaga. » Elles seraient donc une menace pour la société qui se doit d’être « dure » comme doit l’être une civilisation fondée sur la conquête, la hiérarchie, la production incessante de biens et leur mise en vente.

Aimer une personne humaine est déjà un passe-temps considéré comme du luxe dans la société, alors « perdre » du temps ou de l’argent pour un animal est vu comme quasi criminel et “too much”, expression récurente du reportage.

Sauf chez les personnes aimant les animaux justement, et ici les statistiques sont formelles : plus une personne est en bas de l’échelle sociale, plus elle « possède » des animaux de compagnie. C’est très révélateur du besoin de nature et de relations aux animaux existant chez les personnes ne disant pas d’être dure, rigide, coincé, méprisant comme peuvent l’être les personnes bourgeoises, les notables, et même les bobos.

L’émission de France 2 a ainsi consisté en une offensive tout azimut contre les « doux dingues », contre ces personnes montrées quasiment comme étant dérangées. Quel intérêt sinon de monter des gens en Amérique allant jusqu’à mettre 150 000 dollars pour un clone de leur chien décédé ?

La journaliste a d’ailleurs présenté le pays comme “le pays de la démesure”… mentionnant au passage les cas de demande de garde en cas de divorce, ou bien les cours sur les droits des animaux à la faculté.

C’est bien dans l’idée toute française comme quoi les Américains sont dingues, ils exagèrent, même avec les animaux ils en font trop, etc.

Cette émission n’est donc que très révélatrice du fond culturel. Les personnes aimant les animaux sont considérées comme « infantiles », comme des personnes trop « sensibles. »

Rien ne serait pire d’ailleurs – et c’est malheureusement encore à craindre ! – que le véganisme se développe en France, en étant une sorte « d’accident sociologique », une simple pourcentage de gens qui ne « peuvent » pas faire comme tout le monde, des sortes de marginaux d’une société où l’exploitation animale est une norme absolue.

En un certain sens, c’est déjà le cas ; toutefois, le véganisme est encore en conflit absolu avec l’idéologie française dominante. Sa démarche est encore inacceptable.

Mais si demain le véganisme n’est que l’appendice d’une lutte pour les « droits » des animaux, lutte dont la perspective serait extrêmement lointaine, à l’horizon 2050-2100-2200 etc. (bref, la Saint-Glinglin!)… alors le véganisme sera une simple mode, surtout acceptable pour des jeunes plus ou moins à la marge.

On peut voir cela aux Etats-Unis : dans certaines villes, comme New York, on peut très bien être vegan, et se contenter de son petit univers en circuit fermé.

Il ne faut donc pas céder, jamais, et faire en sorte que l’humanité pense comme Montaigne l’a fait :

« Mais quand je rencontre, parmi les opinions les plus modérées, des raisonnements qui tendent à prouver combien nous ressemblons étroitement aux animaux, combien ils participent de ce que nous considérons comme nos plus grands privilèges, et avec quelle vraisemblance on peut les comparer à nous, certes, j’en rabats beaucoup de notre présomption, et me démets volontiers de cette royauté imaginaire qu’on nous attribue sur les autres créatures. »

Ce qui va avec une reconnaissance de Gaïa, comme lieu de la vie :

« Et pourtant la saveur et la délicatesse de divers fruits de ces contrées, qui ne sont pas cultivés, sont excellentes pour notre goût lui-même, et soutiennent la comparaison avec ceux que nous produisons.

Il n’est donc pas justifié de dire que l’art l’emporte sur notre grande et puissante mère Nature.

Nous avons tellement surchargé la beauté et la richesse de ses produits par nos inventions que nous l’avons complètement étouffée.

Et partout où elle se montre dans toute sa pureté, elle fait honte, ô combien, à nos vaines et frivoles entreprises.

Et le lierre vient mieux de lui-même
Et l’arbousier croît plus beau dans les lieux solitaires,
Et les oiseaux, sans art, ont un chant plus doux,
[Properce, I, 2, 10.]
»