Le parfum utilisant des produits d’origine animale valorisé comme « précieux » et érotique

On y pense pas forcément, et pourtant c’est logique : les parfums ne sont pas quelque chose à remettre en question uniquement parce qu’ils sont testés sur les animaux.

En effet, les parfums sont nés dans les pays européens comme un produit exotique, précieux, utilisant des produits d’origine animale. Tout comme pour la nourriture, il faut savoir révolutionner ses goûts, et bannir un « goût » : celui issu du meurtre.

Un meurtre considéré comme ayant de la « valeur » ; on peut penser aux lignes de Baudelaire, dans son poème-manifeste « Correspondances » :

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Citons ici wikipédia, présentant les six produits d’origine animale qui sont le plus utilisés, Baudelaire parlant justement de l’ambre et du musc:

  • Le musc, sécrétion produite par un cervidé mâle appelé chevrotin porte-musc. Le musc est produit par le chevrotin du Tibet pour attirer la femelle (c’est une substance qui peut être sentie à plus de 1 km aux alentours). Pour protéger l’espèce, la chasse a été interdite et l’exportation de musc est sévèrement réglementée : autrefois il fallait tuer le chevrotin pour récupérer ses glandes et désormais les muscs de synthèse sont beaucoup moins chers.
  • Le castoréum, excrétion sébacée du castor. Le castoréum est issu des glandes situées entre l’anus et les parties génitales du castor du Canada (mâle et femelle). Cette substance est un produit huileux qui sert à imperméabiliser la fourrure du castor.
  • La civette, sécrétion de l’animal du même nom. Le produit recherché s’obtient par curetage des glandes situées sous la queue de l’animal.
  • L’ambre gris, calcul intestinal issu du cachalot, qui erre sur les flots pendant de long mois avant d’être recueilli sur les plages des océans indien ou pacifique, le plus souvent.
  • La cire d’abeille, sécrétion produite par les abeilles dans la ruche, on l’extrait sous forme d’absolue (produit final) au moyen de solvants volatils produisant une concrète qui, lavée à l’alcool, donne l’absolue de cire d’abeille ou absolue de brèche d’abeille.
  • L’hyraceum est produite par le Daman du Cap (procavia capensis), un petit mammifère d’Afrique du Sud ayant l’apparence d’un gros rongeur. L’hyraceum est de l’urine riche en phéromones déposées par les membres d’une colonie, toujours au même endroit. Après plusieurs siècles de vieillissement, l’urine est pétrifiée. Elle prend alors la forme d’une pierre d’un brun sombre. Ce produit est alors traité sous forme de teinture, ou par dissolution dans des solvants comme l’alcool. L’hyraceum est utilisé en parfumerie et en médecine traditionnelle.

Et maintenant, citons un article publié il y a deux semines sur le net par « Next Magazine » (« Les premiers samedis du mois, retrouvez notre magazine mensuel mode et lifetime »). Il s’agit d’une publication liée au quotidien Libération.

Nous ne le citons pas en entier (on peut le trouver ici) mais nous mettons en gras les passages les plus parlants pour ce qui nous intéresse ici : le fait que l’idéologie dominante accorde une valeur culturelle à l’exploitation animale.

Analyse | 5 février 2011

Jus interdits

Par AYME THÉE

Bref : l’effluve de perlimpinpin marche depuis la nuit des temps. Du coup, on se pose la question : y aurait-il quelque fondement à cette réputation ? Se pourrait-il, contre toute vraisemblance scientifique, que les odeurs manufacturées aient un effet réel sur la libido ? Voyons voir.

Hypothèse numéro 1 : l’évidence

Un corps, ça sent. Les aisselles sentent le foin. Les pieds sentent le bois ou le cantal, c’est selon. Les cheveux aussi: l’encre ou le cuir. Le sexe, fût-il propre comme un sou neuf, sent, s’il est masculin, quelque chose à la fois lacté, poivré et vaguement fade, ou s’il est féminin, un accord plus salé-sucré dominé par l’iode et l’algue.

En extrapolant, le sexe sent la bête. Un peu l’ammoniaque, beaucoup le gras, voire le caca. « Là où ça sent la merde, ça sent l’être », disait Artaud. D’où, bien sûr, en parfumerie, la réputation des matières « animales » extraites de vrais bestiaux. Civette, castoréum, ambre et musc. La première, une sorte d’hémorroïde prélevée de la poche périanale d’un petit félin africain, est particulièrement agressive, violente, fécale et entêtante.

Convenablement utilisée, elle fait pourtant merveille dans les compositions qui, selon le site osMoz.fr, l’utilisent encore (Jicky de Guerlain, Coco de Chanel, Diorissimo de Dior, KL de Lagerfeld). La deuxième, sécrétée par le castor des rivières, sent la fourrure humide, la terre et, encore, la ménagerie. Épatant dans Magie Noire de Lancôme (vintage 1978) ou Dzing! de l’Artisan Parfumeur.

L’ambre ? Un calcul pâteux qui croît dans l’estomac des baleines et qu’elles régurgitent à la fois dans un grand rot et dans la mer. Tout mou et suintant de mucosités, il flotte alors sur l’océan, ballotté par les vagues, rôti par le soleil, décoloré par le sel. Petit à petit, il s’endurcit, devient caillou et s’échoue enfin sur une plage, attendant encore qu’une main avertie vienne l’y cueillir. Dès lors (mais pas avant, car l’affinage maritime lui est indispensable), il vaut de l’or et sa renommée n’est plus à faire.

Reste le musc… Le parfum par excellence pendant quelques milliers d’années. Ponctionné dans l’abdomen d’une sorte de bouc himalayen, il permet au mâle en rut de signifier son état aux femelles que cela pourrait intéresser. « Si ça excite les chèvres, pourquoi pas nous ? » se sont demandé avec sagacité les gens du coin. Vu que la chose s’est avérée être vasodilatatrice et, subséquemment, un aphrodisiaque en effet de première bourre, ils en ont fait assez vite un commerce des plus fructueux. Au milieu des années 60, peu de temps avant leur protection, plusieurs centaines de milliers d’animaux étaient abattus annuellement.

Résultat : l’espèce est en voie de disparition et le musc interdit d’usage. Presque comme les trois autres produits, accusés de tous les maux par les ligues de protection animales anglo-saxonnes. Alors que pas un cachalot n’a jamais été tué pour son ambre ; alors que les civettes élevées en ferme (suspectées en 2003 de propager le SRAS), sont une source importante de revenus pour les populations démunies de la corne de l’Afrique ; alors que la prolifération des castors bouffeurs d’arbres menace certaines parties de la forêt canadienne.

Alors que, enfin, pas une molécule de synthèse n’a réussi à s’approcher de l’incomparable vibration du vivant. Sauf à reprendre l’exploitation délaissée des humeurs du rat musqué, de l’alligator ou de la mouffette, voire réactualiser les tambouilles que les Grassois utilisaient encore il y a quelques années (sang séché, crottes de lapin, algues déshydratées et copeaux de cèdre), ce n’est donc plus ça qui va nous émotionner.

Suivent deux autres paragraphes, critiquant par exemple de la publicité mensongère car ce serait du « révisionnisme » que d’utiliser du musc synthétique… Ou bien saluant le retour « notes « cuir » boucanées et sensuelle »…

Comme on le voit, la question du goût est d’importance. Tout comme pour la nourriture, une copie sera toujours considérée comme ayant moins de valeur que « l’original. »

Il faut donc révolutionner le goût… Bannir celui issu de l’idéologie morbide de l’exploitation animale!

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