Fukushima: la machine s’emballe

[AJOUT de tout début de matinée : à lire les médias français, on peut voir qu’ils ont pratiquement deux heures de retard à peu près sur les informations.

Les médias français annoncent en effet que les techniciens peuvent revenir à la centrale de Fukushima 1.

En réalité, la situation est désormais la suivante :

– le réacteur 4 est en feu,

– une fumée, radioactive, s’échappe du réacteur numéro 3.]

L’un des symboles de la situation hier soir, était « l’idée » de lancer de l’eau sur la centrale Fukushima 1 depuis des hélicoptères. Quand on sait qu’il faut plusieurs m³ par seconde, on comprend le caractère totalement vain de cette proposition, d’ailleurs finalement abandonnée.

Après le coup d’utiliser l’eau de mer (malgré le problème du sel), on est vraiment dans une position délirante. Dans le même genre, il y a l’idée d’utiliser les fissures provoquées par l’explosion pour pulvériser de l’eau de mer à l’intérieur.

Nous sommes en 2011 et voilà à quelle situation nous sommes confrontés. Avec en première ligne, 50 personnes. Ce sont les 50 techniciens qui sont restés, sur les 800 initialement, qui font tout tout seul, se planquant dans la salle de contrôle (bien protégée des radiations) quand ils le peuvent.

Comme à Tchernobyl, on sait que leurs vies sont mises en jeu. Et si la situation continue de s’aggraver, ils ne pourront même pas rester sur place (d’où les plans d’action par hélicoptères).

Et ces 50 personnes se battent donc pour préserver les 100 000 personnes encore présentes dans la zone, l’État japonais leur ayant demandé de se calfeutrer chez eux.

Mais ici on voit les limites du raisonnement : on retrouve encore et toujours le caractère systématique de la position d’utiliser la mer comme dépotoir.

Voici un exemple (tiré de Libération, par le vraiment terrible Sylvestre Huet, journaliste scientifique dans ce quotidien) très parlant, et totalement anti-nature dans ce qu’on peut faire de pire:

“L’eau qui passe dans le réacteur numéro 1 à trente tonnes par heure est nécessairement rejetée dans l’océan. Elle est porteuse d’une radioactivité, mais d’une part, il n’y a pas le choix, et d’autre part, cette radioactivité est encore limitée, enfin elle va très vite se diluer dans l’océan Pacifique. En résumé, c’est sale mais c’est obligatoire et pas si grave que cela.”

Ici, la montée en puissance de l’hypocrisie et de la pensée criminelle anti-nature est vraiment évidente. C’est un exemple patent de négation, du fait de se voiler la face, de fuite en avant dans une sorte de prétention à survivre seul, sans la planète… Une totale aberration.

Pourtant, une telle situation devrait permettre d’avoir une vision d’ensemble… sauf si bien entendu on a des intérêts économiques ou une vision d’ingénieur français à la pensée mécanique.

D’un côté, on a ainsi le commissaire européen à l’Energie, Günther Oettinger, qui parle d’apocalypse, ainsi que finalement tous les « responsables » désormais (le plus souvent en faisant volte-face brutalement).

De l’autre, on a le même mode de raisonement qui continue de dominer. Pourquoi ne comprend-on pas immédiatement que cela concerne la nature aussi ? Que la catastrophe n’a rien de naturel, mais a été provoqué par les humains, qui ont fait des choix erronés?

L’humanité peut-elle vivre sans l’océan, qui sert de dépotoir ? Et même en admettant qu’il n’y ait pas le choix afin de protéger la population humaine, pourquoi ce fait-il que la nature est ici une victime n’est même pas mentionnée, n’est même pas prise en compte ?

N’aurait-il pas fallu prendre cela en compte et penser à l’océan, qu’il faut protéger ? La vie sous-marine, les oiseaux dans le ciel, ne méritent-ils pas autant d’être pris en considération, alors que ce sont les humains les responsables?

On a ici un cercle vicieux, qui ne peut conduire qu’à d’autres catastrophes. On a ici un résumé d’une position fausse à la base. On a un exemple des choix catastrophiques faits par l’être humain, choix qui mènent au désastre.

Rappelons ici brièvement la situation.

Le problème majeur est le réacteur numéro 2. Son enceinte de confinement n’est plus étanche, le processus de refroidissement n’est pas opérationnel et on tente de compenser avec de l’eau de mer, alors qu’il y a déjà eu deux explosions.

Le coeur est en partie fondu, et s’il fond totalement, il y aura production de corium, hautement radioactif et le devenant de plus en plus, ainsi que de plus en plus chaud, faisant fondre le fond du confinement et diffusant ainsi de la radioactivité, massivement.

A cela s’ajoute le réacteur numéro 1, où là aussi on injecte de l’eau de mer parce que le refroidissement ne marche pas. De la vapeur radioactive s’est déjà échappée, et il y a eu une explosion en raison de l’hydrogène.

Le réacteur numéro 3 est dans la même situation que le 2, avec toutefois une très forte radioactivité présente.

Le réacteur numéro 4 était en maintenance lors du séisme, mais il y a une piscine de stockage rempli de combustible usagé et il y a déjà eu deux incendies. De la vapeur radioactive s’est ici aussi échappée, alors que l’enceinte de confinement est endommagée.

Dans les réacteurs numéro 5 et 6, tous deux également en maintenance, les deux piscines de stockage voient leur température augmenter, et le niveau d’eau a légèrement baissé pour le numéro 5.

Ces informations sont « officielles » mais les critiques fusent. Dans les médias des autres pays que la France, il est considéré que la situation est catastrophique depuis plusieurs jours ; Iouli Andreev qui a dirigé des opérations à Tchernobyl par exemple considère que l’industrie n’a pensé qu’au profit et a géré le tout de manière catastrophique.

Il est également considéré que c’est la panique chez les responsables japonais, alors qu’une équipe d’experts américains arrive, tandis que les navires de la flotte américaine font des détours afin d’éviter les nuages radioactifs.

Le caractère non démocratique du nucléaire saute aux yeux, depuis son aspect bureaucratique au départ jusqu’au chaos le plus complet en cas de problème. L’humanité doit changer son fusil d’épaule et comprendre Gaïa, le plus vite possible!