• Coucher avec n'importe qui, c'est ne pas avoir les idées claires

Interview de xREIGNx à l’occasion de leur demo

A l’occasion de la sortie de leur demo, voici une interview du groupe américain xREIGNx de San Diego, qui pratique une musique résolument dans l’esprit de la scène vegan straight edge des années 1990.

Accompagnant cette interview, nous présentons les paroles des chansons de la demo, avec leurs traductions.

1.Peux-tu présenter le groupe, comment il s’est fondé comme projet et quel est son identité ?

Matt A est au chant, Matt L joue de la basse, Justin est le batteur et Rex est le guitariste. Chacun d’entre nous voulait depuis longtemps être dans un groupe de musique vegan straight edge militant ; en fait, c’était le seul projet dans lequel nous étions tous prêt à nous investir.

Nous sommes tous xVx depuis des années. Certains d’entre nous se sont rapprochés de l’idée d’un groupe pendant plusieurs années, mais n’ont jamais mis l’énergie pour réaliser cela.

Maintenant que c’est réel, cela m’a personnellement ouvert les yeux sur la nouvelle génération vegan straight edge, qui est mondiale. C’est rafraîchissant à voir.

J’espère que cela continuera jusqu’à constituer un élan. Peut-être que des jeunes écoutant du hardcore standard peuvent être introduits au véganisme et au straight edge, puis espérons-le aller plus loin et commencer à remettre en cause les institutions.

Si cela ne se produit pas, nous espérons au moins avoir fait une contribution positive à la lignée hardcore vegan straight edge.

2. Votre choix musical est vraiment portée sur le punk hardcore, avec l’objectif clair d’exprimer une certaine attitude rebelle à contre-courant. Quelles sont vos sources d’inspiration, pour la musique et les paroles ?

Nous sommes massivement influencés par la scène locale en Californie du sud. L’époque du label New Eden Records : Tears of Gaia, Purified in Blood, 7 Generations (demo) était très bien ; Excessive Force, Adamantium.

Nous avons grandi en allant au Che Cafe à San Diego [un lieu alternatif de réunions et de concerts, sans alcool], pour voir des groupes comme Find him and kill him, Over my dead body et Tamora. Nueva Etica est un de nos favoris, ils détruisent tout et représente bien l’Amérique du Sud. Purification, Undying, Day of suffering… Tous les grands groupes xVx.

3. Parle nous du symbole Θ que vous avez choisi, comme beaucoup de gens vegan straight edge. Comment le comprenez-vous ?

C’est le symbole de l’écologie. Il a été dessiné dans les années 1960 et a été utilisé par de nombreuses organisations environnementalistes (y compris des groupes hardcore vegan).

Évidemment, l’un des arguments pour le véganisme est son impact environnemental bien moins grand que celui des fermes-usines conventionnelles.

Le symbole de l’écologie a été utilisé pour représenter l’Ordre Naturel / la Loi Naturelle.

La philosophie de l’écologie profonde reconnaît la valeur intrinsèque à toute vie et souligne la coexistence vis-à-vis de l’exploitation.

La libération de la Terre, la libération animale, la libération humaine, tout cela doit commencer avec ce principe comme noyau.

4. Comment voyez-vous la situation actuelle dans le monde pour le mouvement vegan straight edge ?

Nous ne sommes pas certains de pouvoir évaluer cela de manière adéquate, mais à mon avis il y a l’espoir que la communauté xVx à travers le monde grandira et ne se limitera pas à des thèmes politiques précis.

Il s’agit de s’étendre et de coopérer avec d’autres mouvements et communautés. Et vu comment le véganisme commercial largement s’est largement répandu ces quinze dernières années, espérons que les gens resteront dans la course et auront moins d’excuses pour capituler.

5. En France, beaucoup de gens ont été choqués par la décision de Donald Trump de rejeter les accords de Paris sur le climat. Quelle est la situation des gens conscients aux États-Unis ?

Les surprises de Trump ne viennent pas comme des surprises, c’est tout son mode opératoire en fait. Les Etats-Unis ont connu une grande polarisation de par son élection.

C’est une honte que les blancs de la classe ouvrière ont été – de nouveau – trompés, en croyant que les hommes blancs riches se préoccupent tout, en présentent des boucs-émissaires.

Il semble qu’une série d’événements similaires se soient déroulés au Royaume-Uni, juste en ce moment. Personnellement je ne m’occupe pas vraiment de la politique en général ou de la politique du pays en-dehors d’un cycle électoral. Les élections au niveau de l’État et les municipales semblent plus concrètes, le changement, s’il y en a, a plus de chances d’être vu ou ressenti.

Voici les paroles des chansons de la demo, dans leur ordre sur celle-ci.

Voici les paroles de la chanson « Upper Echelon« , « Échelon supérieur ».

Life reduced to resource
Bled dry for capital
La vie réduite à une ressource
Saignée pour le capital

Week after week. check to check.
never gaining ground. we create.
They dictate,
and we’re extorted for their fucking privilege
Semaine après semaine. Echec apès échec.
Ne gagnant jamais de terrain. Nous créons.
Ils dictent,
et nous sommes extorqué pour leur saleté de privilège

Socialize the burden while concentrating wealth
Power won’t be granted
Power must be seized
Socialiser le fardeau pendant que se concentre la richesse
Le pouvoir ne sera pas accordé
Le pouvoir doit être saisi

The enemy won’t capitulate to ever meet our needs
Speaking truth to power never changed a thing
Les ennemis ne se résoudront jamais à répondre à nos besoins
Dire la vérité au pouvoir n’a jamais rien changé

For those who dare to organize
They’ll “make the economy scream”
Power won’t be granted
Power must be seized
Pour ceux qui osent s’organiser
Ils vont faire « hurler l’économie »
[« make the economy scream » est le titre d’un documentaire sur le rôle de Nixon et de la CIA dans le coup d’Etat de Pinochet au Chili]
Le pouvoir ne sera pas accordé
Le pouvoir doit être saisi

Speaking truth to the enemy won’t change a thing
They take relentlessly until there’s nothing left
Pummel unrepentant abusers into the ground
Dire la vérité à l’ennemi n’a jamais rien changé
Ils accaparent implacablement jusqu’à ce qu’il ne reste rien
Frapper les agresseurs impénitent à terre.

Voici les paroles de la chanson « Complicit« , « Complice ».

When the excuse of ignorance has run its course
You can comfort yourself with the affirmation:
“that’s just the way the world is”
if not by your hands then by those of another.
So why waste the effort?
Lorsque l’excuse de l’ignorance a fait son temps
Vous pouvez vous réconfortez en vous disant :
« C’est comme ça que le monde marche »
Si ce n’est de vos mains alors de celles d’un autre
Alors pourquoi faire des efforts inutiles ?

Complacent means complicit
La complaisance signifie la complicité

Idle hands still assist in the wringing of necks
Unmoving feet still weigh heavy on the backs of the oppressed
Your own passive acceptance reinforces the notion that this cruelty is
An unfortunate necessity
Les mains paresseuses prêtent secours au tordage de cous
Les pieds immobiles pèsent lourd sur le dos des opprimés
Votre propre acceptation passive renforce l’idée que cette cruauté est
Une malheureuse nécessité

And so bloodshed continues
Factories remain rooted
Torture and slaughter, unchallenged
Et ainsi l’effusion de sang se poursuit
Les usines continuent à être soutenu
La torture et le massacre, incontestés

Complacent means complicit
La complaisance signifie la complicité

Spectator. Consumer. Killer
Spectateur. Consommateur. Tueur.

Voici les paroles de la chanson « No absolution« , « Pas de pardon ».

You’re no keeper of peace, but a protector of cutthroat suppression
Belligerant arm of the law
An enemy lurking in plain sight
You’re no savior, but a terrorist with a lust for control and domination
Tu n’es pas un gardien de la paix, mais un protecteur d’assassinats
Le bras belligérant de la loi
Un ennemi qui se cache à vue
Tu n’est pas un sauveur, mais un terroriste avec un désir pour le contrôle et la domination

Predicated on a falsehood of protection
Cultivating subservience through violence and fear
Fuck you, motherfucker
Fondé sur un mensonge de protection
Cultivant l’asservissement par la violence et la peur
Je t’emmerde, ordure

Power-hungry, gun-wielding fascist
Obedient servant one directive away from brutality
Fasciste brandissant une arme, assoiffé de pouvoir
Serviteur docile toujours prêt à la brutalité

Demanding of respect and admiration
You’ve earned nothing but contempt
I reject your lie. i reject your power
Recherchant le respect et l’admiration
Tu ne mérite rien d’autre que le mépris
Je rejette ton mensonge. Je rejette ton pouvoir.

I long for the day your dominion crumbles
A day of retribution for those you’ve made to suffer
J’attends impatiemment le jour où ta domination s’écroulera
Un jour de réctribution pour ceux que tu as fait souffrir

No sympathy
No understanding
No absolution for a single one of you
Pas de sympathie
Pas de compréhension
Pas de pardon pour un seul d’entre vous

Voici les paroles de la chanson « Proclamation » .

I refuse to surrender to comfort and docile conformity
Je refuse de me soumettre au confort et à la conformité docile

Social engineering. normalized violence.
profits prioritized over personal and collective well-being.
L’ingénierie sociale. La violence normalisée.
Les profits prioritaires sur le bien-être personnel et collectif.

It’s more than a personal choice
or some pious notion of purity
This is my uncompromising stance
An adamant opposition to your tradition of enslavement
C’est davantage qu’un choix personnel
ou qu’une notion pieuse de pureté
C’est mon point de vue intransigeant
Une opposition inflexible à votre tradition d’asservissement

I deny you validation.
I deny you my life
Je vous dénie toute validité.
Je vous dénie ma vie.

I don’t want escape.
i don’t want pacification.
i want to burn your whole fucking world down.
burn it down
Je ne veux pas m’échapper.
Je ne veux pas de pacification.
Je veux brûler jusqu’aux fondations votre horrible monde.
Le brûler jusqu’aux fondations.

Straight edge
Straight edge

To you it’s a joke.
you wait for the day i fall
and give in to the misery and consumption
that suffocates life
Pour toi c’est une plaisanterie
tu attends le jour où je tombe
Et où je plonge dans la détresse et la consommation
qui fait suffoquer la vie

But i could never sell out
that which means so much to me
I will never break
Mais je ne pourrai jamais trahir
ce qui signifie tellement pour moi
Je ne capitulerai jamais

I will never break
We will never break
Je ne capitulerai jamais
Nous ne capitulerons jamais

LTD modifie son rythme de parution pour davantage d’efficacité

Lorsque nous avons ouvert «la Terre d’abord !» en octobre 2008, c’était dans le prolongement de «Vegan Revolution», en octobre 2004. Le véganisme, alors totalement marginal, est depuis devenu quelque chose de désormais connu en France.

Aussi, après la publication pendant de longues années d’un billet quotidien, afin de se forger et de maintenir le cap, il est temps de modifier notre approche et de synthétiser la perspective ouverte.

Désormais, la Terre d’abord ne publiera plus sur une base quotidienne, afin de promouvoir des articles plus longs, plus denses, davantage « ramassés ».

Il s’agit d’oeuvrer à avoir des outils directement utiles pour les discussions, les actions, conformément aux exigences des prochaines années.

C’est un pas en avant. Le combat ne fait que commencer et l’instransigeance ne doit céder en rien.

A l’esprit de complaisance avec l’exploitation animale ou au rêve idéalisant les possibilités de changement dans cette société, nous opposerons, dans la continuité de notre projet, l’esprit de la rupture morale, l’engagement complet, la défense de notre mère la Terre !

PAS DE COMPROMIS DANS LA DÉFENSE DES INNOCENTS, PORTONS LA TEMPÊTE METTANT UN TERME À LA SOUFFRANCE, PROTÉGEONS GAÏA !

La Cour de justice de l’Union européenne interdit aux produits végétaux les termes de « lait », « fromage », etc.

C’est une question très importante que celle des simili-carnés et en général des produits végétaux cherchant à reproduire un goût particulier. Car ce goût relève de la mort, de la mise à mort, de la chair.

Ainsi, culturellement, il n’est pas possible de prolonger ce goût, il faut y mettre un terme. La mesure que vient de prendre la Cour de justice de l’Union européenne le confirme.

Non pas que celle-ci soit en accord avec nous, mais justement : elle confirme qu’il y a bien deux fronts. L’exploitation animale a vu de plus en plus d’un mauvais œil, en effet, que des produits végétaux revendiquent pour eux les termes de « lait » et de « fromage », ou encore « beurre », « crème », « yoghourt », etc.

Elle sait que la question du goût est importante et qu’il lui protéger son pré carré. Aussi a-t-elle fait grandement pression sur les institutions dans toute l’Europe pour que les termes en question soient protégés juridiquement.

Il ne manquait plus qu’un procès pour que cela fasse jurisprudence et c’est ce qui vient de se dérouler en Allemagne, avec l’entreprise TofuTown qui a perdu face à une association luttant contre la concurrence déloyale.

En voici le texte, qui est très long mais qui est un document très important, dans la mesure où il s’agit d’une décision aux conséquences culturelles immenses.

Elle témoigne de deux choses. Tout d’abord, du fait que les entreprises produisant des aliments végétaux se sont orientés non pas vraiment vers quelque chose de nouveau, mais en direction d’ersatz. C’est la vision réductrice d’un véganisme où la « viande » est remplacée par un équivalent « moral ».

Cela montre bien que le capitalisme tourne en boucle et n’est pas capable de comprendre le besoin de nouveauté qui s’exprime dans le choix d’une vie sans meurtre.

Et cela a eu un grand succès parmi les gens végétaliens, car nombre de gens issus des couches sociales supérieures y ont vu des opportunités de business.

Cela montre aussi que la « marche dans les institutions » est impossible. Forcer le passage du véganisme en reprenant des formes anciennes n’est pas possible.

C’est moralement erroné, et par conséquent c’est faux en pratique : l’exploitation animale sait se défendre face à ce qui ne rompt pas réellement avec elle. Elle sait intégrer les oppositions quand il le faut.

L’énorme reconnaissance médiatique de L214 en est une preuve : peut-on sincèrement penser que les médias parleraient tellement en bien de cette association si elle portait vraiment une rupture avec l’exploitation animale ?

Il ne faudrait, effectivement, pas penser que l’exploitation animale n’est pas en mesure de laisser des phénomènes marginaux se développer. L214 n’est pas une menace, ni les végans, et encore moins si ceux-ci achètent des produits simili-carnés produits par des entreprises relevant de l’exploitation animale.

Des compromis sont toujours possibles, selon les pays, sur le choix des termes. Voici ceux autorisés en France, la liste des termes changeant selon les pays, en fonction de leur « tradition ». Sont acceptés les utilisations des termes suivants :

Lait d’amande

Lait de coco

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un potage ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de volailles, crème de légumes, crème de tomates, crème d’asperges, crème de bolets, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’une boisson spiritueuse ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de cassis, crème de framboise, crème de banane, crème de cacao, crème de menthe, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un produit de charcuterie (par exemple, crème de foie de volaille, pâté crème, etc.)

Crème de maïs

Crème de riz

Crème d’avoine

Crème d’anchois

Crème d’écrevisses

Crème de pruneaux, crème de marron (crème d’autres fruits à coque)

Crème confiseur

Beurre de cacao

Beurre de cacahouète

Fromage de tête

Haricot beurre

Beurré Hardy

De la même manière, sont acceptés dans différents pays les Arašidové maslo (beurre de cacahouète en slovaque), Kaakaovoi (beurre de cacao en finnois), Leberkäse (fromage de foie en allemand), Shea butter (beurre de karité en anglais).

Tout est administrativement très bien délimité. La Cour de justice de l’Union européenne vient de le rappeler, avec sa décision ; elle met un terme à toute une tendance qui a fait que certains se sont imaginés que finalement les simili-carnés triompheraient et remplaceraient invariablement, au fur et à mesure, les produits d’origine animale.

C’est un moment-clef qui doit servir d’exemple dans la compréhension de la bataille pour le véganisme.

ARRÊT DE LA COUR (septième chambre)

14 juin 2017 (Langue de procédure : l’allemand.)

« Renvoi préjudiciel – Organisation commune des marchés des produits agricoles – Règlement (UE) no 1308/2013 – Article 78 et annexe VII, partie III – Décision 2010/791/UE – Définitions, dénominations et dénominations de vente – “Lait” et “produits laitiers” – Dénominations utilisées pour la promotion et la commercialisation d’aliments purement végétaux »

Dans l’affaire C‑422/16,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), par décision du 28 juillet 2016, parvenue à la Cour le 1er août 2016, dans la procédure

Verband Sozialer Wettbewerb eV

contre

TofuTown.com GmbH,

LA COUR (septième chambre),

composée de Mme A. Prechal, président de chambre, MM. A. Rosas et E. Jarašiūnas (rapporteur), juges,

avocat général : M. M. Campos Sánchez-Bordona,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

considérant les observations présentées :

–        pour TofuTown.com GmbH, par Me M. Beuger, Rechtsanwalt,

–        pour le gouvernement allemand, par Mme K. Stranz et M. T. Henze, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement grec, par M. G. Kanellopoulos et Mme O. Tsirkinidou, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement italien, par Mme G. Palmieri, en qualité d’agent, assistée de M. P. Gentili, avvocato dello Stato,

–        pour la Commission européenne, par MM. A. X. P. Lewis et D. Triantafyllou, en qualité d’agents,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1        La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 671).

2        Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant le Verband Sozialer Wettbewerb eV (ci-après le « VSW ») à TofuTown.com GmbH (ci-après « TofuTown ») au sujet d’une action en cessation introduite par le VSW.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

Le règlement no 1308/2013

3        Les considérants 64 et 76 du règlement no 1308/2013 énoncent :

« (64) L’application de normes de commercialisation aux produits agricoles peut contribuer à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits. La mise en œuvre de telles normes est donc dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs.

[…]

(76)      Pour certains secteurs et produits, les définitions, dénominations et dénominations de vente constituent des éléments importants pour la détermination des conditions de la concurrence. En conséquence, il convient d’établir des définitions, dénominations et dénominations de vente pour ces secteurs et/ou produits, qui ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation des produits satisfaisant aux exigences correspondantes. »

4        Ledit règlement contient, dans sa partie II consacrée au marché intérieur, un titre II qui porte sur les règles relatives à la commercialisation et aux organisations de producteurs. La sous-section 2 de la section 1 du chapitre I de ce titre est intitulée « Normes de commercialisation par secteur ou par produit » et comporte les articles 74 à 83 du même règlement.

5        L’article 78 du règlement no 1308/2013, intitulé « Définitions, dénominations et dénominations de vente pour certains secteurs et produits », prévoit :

« 1.      Outre les normes de commercialisation applicables le cas échéant, les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII s’appliquent aux secteurs ou aux produits suivants :

[…]

c)      lait et produits laitiers destinés à la consommation humaine ;

[…]

2.      Les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

3.      La Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe [VII]. Ces actes délégués sont strictement limités aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation.

[…]

5.      Afin de répondre aux attentes des consommateurs et de tenir compte de l’évolution du marché des produits laitiers, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, et afin d’énoncer les règles nécessaires en la matière. »

6        La sous-section 5 de la partie II, titre II, chapitre I, section 1, du règlement no 1308/2013 est intitulée « Dispositions communes ». L’article 91 de ce règlement, qui figure dans cette sous-section 5, précise :

« La Commission peut adopter des actes d’exécution :

a)      établissant la liste du lait et des produits laitiers visés à l’annexe VII, partie III, point 5, deuxième alinéa, […] sur la base de listes indicatives de produits que les États membres considèrent comme correspondant sur leurs territoires respectifs à ce[tte] dispositio[n] et que les États membres notifient à la Commission ;

[…] »

7        L’annexe VII dudit règlement est intitulée « Définitions, dénominations et dénominations de vente des produits visés à l’article 78 ». Dans son alinéa introductif, cette annexe précise que, aux fins de la présente annexe, les termes « dénomination de vente » visent notamment « le nom de la denrée alimentaire, au sens de l’article 17 du règlement (UE) no 1169/2011 [du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2011, concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, modifiant les règlements (CE) nos 1924/2006 et 1925/2006 du Parlement européen et du Conseil et abrogeant la directive 87/250/CEE de la Commission, la directive 90/496/CEE du Conseil, la directive 1999/10/CE de la Commission, la directive 2000/13/CE du Parlement européen et du Conseil, les directives 2002/67/CE et 2008/5/CE de la Commission et le règlement (CE) no 608/2004 de la Commission (JO 2011, L 304, p. 18)] ».

8        La partie III de cette annexe VII est intitulée « Lait et produits laitiers ». Elle dispose :

« 1.      La dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction.

Toutefois, la dénomination “lait” peut être utilisée :

a)      pour le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont on a standardisé la teneur en matière grasse […] ;

b)      conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels.

2.      Aux fins de la présente annexe, on entend par “produits laitiers”, les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait.

Sont réservées uniquement aux produits laitiers :

a)      les dénominations suivantes utilisées à tous les stades de la commercialisation :

i)      lactosérum,

ii)      crème,

iii)      beurre,

iv)      babeurre,

[…]

viii) fromage,

ix)      yoghourt,

[…]

b)      les dénominations au sens de […] l’article 17 du [règlement no 1169/2011] effectivement utilisées pour les produits laitiers.

3.      La dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit.

4.      En ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

5.      Les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 ne peuvent être utilisées pour aucun produit autre que les produits qui y sont visés.

Toutefois, cette disposition n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit.

6.      En ce qui concerne un produit autre que les produits visés aux points 1, 2, et 3, aucune étiquette, aucun document commercial, aucun matériel publicitaire, aucune forme de publicité, […] ni aucune forme de présentation indiquant, impliquant ou suggérant que le produit concerné est un produit laitier, ne peut être utilisé.

[…] »

9        Les dispositions de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 reprennent, sans modification de substance, les dispositions qui figuraient auparavant à l’annexe XII du règlement (CE) no 1234/2007 du Conseil, du 22 octobre 2007, portant organisation commune des marchés dans le secteur agricole et dispositions spécifiques en ce qui concerne certains produits de ce secteur (règlement « OCM unique ») (JO 2007, L 299, p. 1), laquelle avait repris, sans modification de substance, les dispositions du règlement (CEE) no 1898/87 du Conseil, du 2 juillet 1987, concernant la protection de la dénomination du lait et des produits laitiers lors de leur commercialisation (JO 1987, L 182, p. 36).

La décision 2010/791/UE

10      Aux termes de son article 1er, la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil (JO 2010, L 336, p. 55), énumère, à son annexe I, les produits correspondant sur le territoire de l’Union aux produits visés à cette disposition.

11      Le considérant 3 de cette décision précise :

« Les États membres doivent communiquer à la Commission la liste indicative des produits qu’ils considèrent comme répondant, sur leur territoire, aux critères de l’exception […] Sur cette liste, il y a lieu d’énumérer les dénominations des produits en cause selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union, dans le but de rendre ces dénominations utilisables dans tous les États membres, […] »

12      Conformément à l’article 230, paragraphe 1, premier alinéa, et paragraphe 2, du règlement no 1308/2013, le règlement no 1234/2007 a été abrogé par ce premier règlement et les références au règlement no 1234/2007 s’entendent comme faites au règlement no 1308/2013. La décision 2010/791 énumère donc désormais la liste des produits visés à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, de ce dernier règlement.

Le règlement no 1169/2011

13      L’article 17 du règlement no 1169/2011, intitulé « Dénomination de la denrée alimentaire », dispose, à son paragraphe 1 :

« La dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale. En l’absence d’une telle dénomination, la dénomination de la denrée est son nom usuel. À défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif est à indiquer. »

Le droit allemand

14      Le Gesetz gegen den unlauteren Wettbewerb (loi contre la concurrence déloyale), dans sa version applicable au litige au principal, dispose, à son article 3a :

« Quiconque enfreint une disposition légale destinée, notamment, à réglementer le comportement sur le marché dans l’intérêt des acteurs de celui-ci, commet un acte de concurrence déloyale dès lors que la violation est de nature à affecter sensiblement les intérêts de consommateurs, d’autres acteurs du marché ou de concurrents. »

Le litige au principal et les questions préjudicielles

15      Le VSW est une association allemande qui a notamment pour mission de lutter contre la concurrence déloyale. TofuTown est une société active dans la fabrication et la distribution d’aliments végétariens/végétaliens. Elle promeut et distribue en particulier des produits purement végétaux sous les dénominations « Soyatoo beurre de tofu », « fromage végétal », « Veggie-Cheese », « Cream », et d’autres dénominations similaires.

16      Le VSW, estimant que la promotion par TofuTown de ces produits purement végétaux enfreint les règles de concurrence, a introduit une action en cessation à l’encontre de cette société devant le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), invoquant une violation de l’article 3a de la loi contre la concurrence déloyale, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, et l’article 78 du règlement no 1308/2013.

17      TofuTown soutient, en revanche, que sa publicité pour les produits végétaux portant les dénominations en cause ne porte pas atteinte à ces dispositions du droit de l’Union, dès lors que, d’une part, la façon dont le consommateur comprend ces dénominations s’est considérablement modifiée ces dernières années et, d’autre part, elle n’utilise pas les dénominations telles que « beurre » ou « cream » de façon isolée, mais toujours en association avec des termes renvoyant à l’origine végétale des produits en cause, comme par exemple « beurre de tofu » ou « rice spray cream ».

18      La juridiction de renvoi se réfère à l’arrêt du 16 décembre 1999, UDL (C‑101/98, EU:C:1999:615), dans lequel la Cour a, en substance, jugé, que le règlement no 1898/87 s’opposait à l’utilisation de la dénomination « fromage » pour un produit laitier dans lequel la matière grasse du lait a été remplacée par de la matière grasse d’origine végétale, même si cette dénomination est complétée par des mentions descriptives. Néanmoins, elle s’interroge encore sur l’interprétation qu’il convient de donner à l’article 78 du règlement no 1308/2013, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, de celui-ci, aux fins de trancher le litige dont elle est saisie.

19      Dans ces conditions, le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1)      Peut-on interpréter l’article 78, paragraphe 2, du règlement no 1308/2013 en ce sens que les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne doivent pas satisfaire aux exigences correspondantes définies à ladite annexe si ces définitions, dénominations et dénominations de vente sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives (comme par exemple “beurre de tofu” pour un produit purement végétal) ?

2)      Convient-il de comprendre l’annexe VII, partie III, point 1, du règlement no 1308/2013 en ce sens que la dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ou cette dénomination peut-elle être aussi utilisée pour la commercialisation de produits végétaux (végétaliens), le cas échéant par l’ajout de termes explicatifs tels que “lait de soja” ?

3)      Convient-il d’interpréter l’annexe VII, partie III, point 2, relative à l’article 78 du règlement no 1308/2013 en ce sens que les dénominations énumérées en détail au point 2, sous a), notamment le “lactosérum”, la “crème” [“Rahm” en langue allemande], le “beurre”, le “babeurre”, le “fromage”, le “yoghourt” ou le terme “chantilly” [“Sahne” en langue allemande] etc., sont réservées uniquement aux produits laitiers ou bien des produits purement végétaux/végétaliens, qui ont été fabriqués sans lait (animal), peuvent-ils également relever du champ d’application de l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 ? »

Sur les questions préjudicielles

20      Par ses trois questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

21      Aux termes de l’article 78, paragraphe 2, dudit règlement, les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII du même règlement ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

22      La partie III de cette annexe VII est relative au lait et aux produits laitiers. S’agissant du lait, cette partie III prévoit, à son point 1, premier alinéa, que la dénomination « lait » est « réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ». Le second alinéa de ce point précise toutefois, sous a), que la dénomination « lait » peut être utilisée pour « le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont […] la teneur en matière grasse [a été standardisée] » et, sous b), que cette dénomination peut être utilisée « conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels ».

23      Il ressort ainsi clairement du libellé de ce point 1 que la dénomination « lait » ne saurait, en principe, être légalement utilisée pour désigner un produit purement végétal, le lait étant, au sens de cette disposition, un produit d’origine animale, ce qui ressort également de l’annexe VII, partie III, point 4, du règlement no 1308/2013, qui prévoit que, en ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, ainsi que de l’article 78, paragraphe 5, de ce règlement, qui habilite la Commission à adopter des actes délégués afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

24      Il ressort, en outre, de ce libellé que des mentions explicatives ou descriptives visant à indiquer l’origine végétale du produit concerné, telles que « de soja » ou « de tofu », en cause au principal, ne relèvent pas des termes pouvant être utilisés conjointement avec la dénomination « lait » en vertu dudit point 1, second alinéa, sous b), dès lors que les modifications de la composition du lait que des termes complémentaires peuvent désigner, en vertu de cette disposition, sont celles qui sont limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels, ce qui n’inclut pas un remplacement complet du lait par un produit purement végétal.

25      S’agissant des produits laitiers, l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 énonce, à son premier alinéa, que les « produits laitiers » sont « les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait ». Le second alinéa de ce point précise, en outre, que sont réservées « uniquement aux produits laitiers », d’une part, les dénominations utilisées à tous les stades de la commercialisation et qui sont énumérées à cette disposition, sous a), ladite énumération incluant les dénominations « lactosérum », « crème », « beurre », « babeurre », « fromage » et « yoghourt », et, d’autre part, notamment, les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 « effectivement utilisées pour les produits laitiers ».

26      Il ressort ainsi du libellé de ce point 2 qu’un « produit laitier », étant dérivé exclusivement du lait, doit en contenir les constituants. À cet égard, la Cour a déjà jugé qu’un produit laitier dans lequel un constituant quelconque du lait a été remplacé, ne fût-ce que partiellement, ne peut pas être désigné par l’une des dénominations visées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013 (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 20 à 22). Il en va a fortiori de même, en principe, pour un produit purement végétal, dès lors qu’un tel produit ne contient, par définition, aucun constituant du lait.

27      Par conséquent, les dénominations énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), dudit règlement, telles que « lactosérum », « crème », « beurre », « fromage » et « yoghourt », mentionnées par la juridiction de renvoi, ne peuvent, en principe, être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal.

28      Une interdiction identique s’impose, en vertu de l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous b), du même règlement, pour les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 effectivement utilisées pour les produits laitiers. À cet égard, il convient de rappeler que, selon cet article 17, paragraphe 1, la dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale ou, en l’absence d’une telle dénomination, son nom usuel ou encore, à défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif.

29      Or, si le terme « Sahne », en langue allemande – que la juridiction de renvoi, dans sa demande de décision préjudicielle, a distingué du terme « Rahm », lequel figure à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), ii), du règlement no 1308/2013 –, à l’instar du terme « chantilly », en langue française, ne figure pas parmi les dénominations de produits laitiers énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, il demeure que ce terme désigne de la crème, qui peut être fouettée ou battue.

30      Il s’agit donc d’une dénomination au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011, effectivement utilisée pour un produit laitier. Par suite, ledit terme ne saurait, en principe, pas davantage être légalement utilisé pour désigner un produit purement végétal.

31      Quant à la pertinence éventuelle, aux fins d’apprécier la légalité de l’utilisation de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers par le règlement no 1308/2013 pour désigner un produit purement végétal, de l’ajout de mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que « de soja » ou « de tofu », mentionnées par la juridiction de renvoi, il convient de relever que l’annexe VII, partie III, point 3, de ce règlement prévoit que « [l]a dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit ».

32      Ces conditions ne sont cependant pas remplies par des produits purement végétaux, de tels produits ne contenant ni lait ni produit laitier. Ledit point 3 ne saurait donc servir de fondement à une utilisation légale, pour désigner un produit purement végétal, de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers de manière conjointe avec une ou plusieurs mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

33      Par ailleurs, si, selon l’annexe VII, partie III, point 5, premier alinéa, du règlement no 1308/2013, les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 de cette partie III ne peuvent être utilisées pour aucun autre produit que les produits qui y sont visés, le second alinéa de ce point 5 prévoit néanmoins que ce premier alinéa « n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit ».

34      Or, la liste des produits visés par cette dernière disposition a, en application de l’article 121, sous b), i), du règlement no 1234/2007, devenu, en substance, l’article 91, premier alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, été arrêtée à l’annexe I de la décision 2010/791. Partant, seuls les produits énumérés dans cette annexe relèvent de l’exception prévue à ce second alinéa.

35      En l’occurrence, il convient de relever que cette liste ne contient pas de référence au soja ou au tofu.

36      De plus, si ladite liste mentionne, en langue française, le produit dénommé « crème de riz », elle ne mentionne pas, en langue anglaise, le produit dénommé « rice spray cream », indiqué par la juridiction de renvoi comme étant un des produits en cause au principal, ni même le produit dénommé « rice cream ». À cet égard, il importe de souligner qu’il ressort, en substance, du considérant 3 de la décision 2010/791 que, sur la liste que cette décision établit, figurent les produits qui ont été identifiés par les États membres comme répondant, sur leurs territoires respectifs, aux critères prévus par l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013 et que les dénominations des produits en cause sont énumérées selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union. Partant, le fait que la dénomination « crème de riz », en langue française, a été reconnue comme répondant auxdits critères n’implique pas que la dénomination « rice cream » y réponde également.

37      Il y a lieu, en outre, de relever que, s’il ressort de ladite liste que l’utilisation, dans la dénomination d’un produit, du terme « cream » avec un terme complémentaire est permise dans certaines conditions, notamment pour désigner des boissons spiritueuses ou des potages, aucune de ces conditions ne paraît satisfaite par une dénomination telle que « rice spray cream », en cause au principal. De même, si l’utilisation du terme « creamed » avec la dénomination d’un produit végétal est permise, ce n’est que lorsque « le terme “creamed” désigne la texture caractéristique du produit ».

38      Il apparaît ainsi qu’aucun des produits mentionnés à titre d’exemple par la juridiction de renvoi ne figure sur ladite liste et que, par conséquent, aucune des dénominations que cette juridiction cite ne bénéficie de l’exception prévue à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013, ce qu’il lui appartient néanmoins de vérifier s’agissant de chacun des produits en cause au principal.

39      Par ailleurs, l’article 78, paragraphe 3, du règlement no 1308/2013 prévoit que, pour répondre aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe VII de ce règlement. Un tel acte n’a cependant, à ce jour, pas été adopté par la Commission s’agissant des définitions et des dénominations de vente du lait et des produits laitiers.

40      Il découle de l’ensemble de ce qui précède que la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne peuvent être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal, à moins que ce produit ne figure sur la liste établie à l’annexe I de la décision 2010/791, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que celles en cause au principal, étant sans influence sur une telle interdiction (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 25 à 28).

41      Il ressort, en outre, d’une lecture combinée de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, point 6, premier alinéa, du règlement no 1308/2013 que cette interdiction vaut tant pour la commercialisation que pour la publicité.

42      Contrairement à ce que soutient TofuTown, l’interprétation exposée aux points 40 et 41 du présent arrêt est confortée par les objectifs dudit règlement et ne heurte ni le principe de proportionnalité ni le principe d’égalité de traitement.

43      Ainsi qu’il ressort des considérants 64 et 76 du même règlement, les objectifs poursuivis par les dispositions en cause consistent, en particulier, à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs, à protéger les consommateurs et à préserver les conditions de la concurrence. Or, ces dispositions, en ce qu’elles prévoient que seuls les produits conformes aux exigences qu’elles posent peuvent être désignés par la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers, et cela même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives telles que celles en cause au principal, contribuent à la réalisation de ces objectifs.

44      En effet, en l’absence d’une telle limitation, ces dénominations ne permettraient notamment plus d’identifier de manière certaine les produits présentant les caractéristiques particulières liées à la composition naturelle du lait animal, ce qui irait à l’encontre de la protection des consommateurs, du fait du risque de confusion qui serait créé. Cela irait également à l’encontre de l’objectif d’amélioration des conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que de la qualité du « lait » et des « produits laitiers ».

45      S’agissant du principe de proportionnalité, il exige que les actes des institutions de l’Union soient aptes à réaliser les objectifs légitimes poursuivis par la réglementation en cause et ne dépassent pas les limites de ce qui est nécessaire à la réalisation de ces objectifs, étant entendu que, lorsqu’un choix s’offre entre plusieurs mesures appropriées, il convient de recourir à la moins contraignante et que les inconvénients causés ne doivent pas être démesurés par rapport aux buts visés (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 30, ainsi que du 17 mars 2011, AJD Tuna, C‑221/09, EU:C:2011:153, point 79 et jurisprudence citée).

46      Le législateur de l’Union disposant, en matière de politique agricole commune, d’un large pouvoir d’appréciation, qui correspond aux responsabilités politiques que les articles 40 TFUE à 43 TFUE lui attribuent, seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure arrêtée dans ce domaine par rapport à l’objectif que l’institution compétente entend poursuivre peut affecter la légalité d’une telle mesure (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 31, ainsi que du 17 octobre 2013, Schaible, C‑101/12, EU:C:2013:661, point 48).

47      En l’occurrence, ainsi que cela a déjà été relevé au point 43 du présent arrêt, les dispositions dont l’interprétation est demandée par la juridiction de renvoi visent à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation des produits concernés et leur qualité, à protéger les consommateurs ainsi qu’à préserver les conditions de la concurrence.

48      Or, le fait que la possibilité d’utiliser, lors de la commercialisation ou dans la publicité, la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne soit offerte qu’aux seuls produits qui sont conformes aux exigences posées par l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 garantit, notamment, aux producteurs desdits produits, des conditions de concurrence non faussées et, aux consommateurs de ceux-ci, que les produits désignés par lesdites dénominations répondent tous aux mêmes normes de qualité, tout en les protégeant contre toute confusion quant à la composition des produits qu’ils entendent acquérir. Les dispositions en cause sont donc aptes à réaliser ces objectifs. En outre, elles ne vont pas au-delà de ce qui est nécessaire pour les atteindre, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives auxdites dénominations, pour désigner des produits ne répondant pas auxdites exigences, n’étant, ainsi que la Cour l’a déjà jugé, pas susceptible d’empêcher avec certitude tout risque de confusion dans l’esprit du consommateur. Par conséquent, les dispositions en cause ne méconnaissent pas le principe de proportionnalité (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 32 à 34).

49      Quant au principe d’égalité de traitement, il exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié (arrêt du 6 décembre 2005, ABNA e.a., C‑453/03, C‑11/04, C‑12/04 et C‑194/04, EU:C:2005:741, point 63, ainsi que, en ce sens, arrêt du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 46).

50      En l’occurrence, le fait que les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens de la viande ou du poisson ne soient, selon TofuTown, pas soumis, en ce qui concerne l’utilisation de dénominations de vente, à des restrictions comparables à celles auxquelles les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens du lait ou des produits laitiers sont soumis en vertu de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 ne saurait être considéré comme étant contraire au principe d’égalité de traitement.

51      En effet, chaque secteur de l’organisation commune des marchés pour les produits agricoles établie par ledit règlement comporte des spécificités qui lui sont propres. Par conséquent, la comparaison des mécanismes techniques utilisés pour la réglementation de différents secteurs de marché ne saurait constituer une base valable pour établir un grief d’inégalité de traitement entre des produits dissemblables soumis à des règles différentes (voir, en ce sens, arrêts du 28 octobre 1982, Lion e.a., 292/81 et 293/81, EU:C:1982:375, point 24, ainsi que du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 49). Or, le lait et les produits laitiers relèvent d’un secteur différent de ceux des différents types de viandes ainsi que du secteur des produits de la pêche, lesquels relèvent même d’une autre organisation commune des marchés.

52      Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre aux questions posées que l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791.

Sur les dépens

53      La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs, la Cour (septième chambre) dit pour droit :

L’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil, doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil.

Signatures

Bilan de l’ICAD sur les animaux perdus en 2016

L’ICAD – pour « Identification des carnivores domestiques », un organisme ministériel – a publié deux infographies qui sont très intéressants à connaître.

Il s’agit en effet du bilan annuel, pour l’année 2016, des animaux perdus trouvés en France. Il faut relativiser ce bilan, ou plus exactement en voir les limites : ne sont concernés que les animaux identifiés, à savoir les chats, les chiens, les furets.

Ce qui signifie que ce bilan rate au moins la moitié des animaux perdus dans sa comptabilisation…

Mais il est à vraiment à connaître pour qui s’intéresse à la cause animale.

Le PDF de l’infographie est disponible ici, tandis que là on trouvera en plus un panorama par départements.

Cela est ici très utile bien entendu pour le travail local.

Bure : lettre ouverte d’associations à Nicolas Hulot

Avec son succès électoral, Emmanuel Macron va avoir une très large majorité parlementaire. Que faut-il alors attendre de Nicolas Hulot, qui est son ministre ?

De notre avis, rien du tout, mais ce n’est pas l’avis de bon nombre d’associations, qui ont publié une lettre ouverte pour le faire « vaciller » du bon côté au sujet du projet d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure…

Monsieur le ministre, vous avez déclaré le 12 novembre 2011, à la suite de la catastrophe de Fukushima, que « le propre d’un accident nucléaire, c’est d’être inestimable dans le temps et dans l’espace. Et là s’arrête le risque acceptable dès lors que l’on ne maîtrise ni ne mesure plus ses conséquences ». Nous partageons totalement votre constat.

Vous êtes ministre à présent. Des spécialistes vous assureront que les déchets [1] produits par l’industrie nucléaire seront bien gérés.

Si, comme vos prédécesseurs, vous n’écoutez qu’une seule voix, celle des acteurs du nucléaire, la seule ayant accès à votre cabinet, qui affirme que le stockage nucléaire en grande profondeur est une solution, alors vous vous tromperez gravement.

Vous pourriez apposer un blanc-seing sur un projet comportant lui aussi, comme l’accident nucléaire de Fukushima, des « risques non acceptables, parce que personne ne maîtrise ni ne mesure les conséquences » de l’énorme complexe Cigéo, projet d’enfouissement des déchets nucléaires, qui sacrifie non seulement un territoire, mais menace durablement le pays tout entier et les centaines de générations à venir.

Contrairement à ce que vous affirmera l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), elle ne sera jamais prête, bien qu’affichant des certitudes de façade.

Donner prochainement le feu vert à Cigéo, c’est engager le pays de façon irréversible dans un chantier titanesque dont nul ne pourra prétendre maîtriser les risques.

Des experts indépendants l’ont prouvé de manière irréfutable. Confiner une telle masse de déchets radioactifs à moins 500 mètres sous terre peut mener à des explosions souterraines liées à la nature de certains déchets. Un incendie en grande profondeur serait ingérable.

La contamination de nappes phréatiques serait inévitable, car la radioactivité s’échappera un jour des colis de confinement. Dans tous les cas, des rejets aériens massifs de gaz radioactifs sont assurés, sans parler de la multiplication de transports nucléaires à haut risque pendant plus d’un siècle.

La pièce maîtresse d’un énorme mensonge

Contrairement à ce que vous affirmeront certains parlementaires, l’opinion publique n’accepte pas Cigéo, malgré les mesures déployées : efforts financiers considérables, promesses de développement local, impasse systématique sur les dangers réels ou encore processus de concertation truqué. Tout est plaqué, brutalement, sans aucun choix possible.

Depuis 30 ans, sur plus de 25 sites explorés en France, des milliers de gens ont refusé de servir de caution, de cobayes ou de fusibles. Presque partout, ils ont mené à l’échec toutes les tentatives d’implantation. L’ampleur inédite de cette opposition doit peser dans la balance des décisions.

N’avez-vous pas déclaré aussi, sur i-Télé, en 2016 : « Ces déchets, il faut bien en faire quelque chose, mais, en tout cas, on ne peut pas imposer comme ça [ce projet] à des populations locales, sous prétexte qu’[elles] sont dans des endroits un peu éloignés (…), sans concertation, sans transparence. »

Le seul « laboratoire de recherche géologique » finalement installé à Bure est la pièce maîtresse d’un énorme mensonge : la filière électronucléaire serait propre, gérable et peu coûteuse, alors qu’elle est au bord du gouffre.

Les pouvoirs publics savent que le stockage géologique est un mythe dangereux qui ne résout rien. Argument de vente pour de nouveaux réacteurs nucléaires, il tente de masquer une impasse phénoménale.

En 2018, le gouvernement pourrait être amené à signer une « phase industrielle pilote » : cette fausse phase de « test grandeur nature » masque un feu vert irréversible au chantier qui engloutirait les 5 milliards d’euros provisionnés à ce jour.

Trouver les 30 à 40 milliards suivants, nécessaires au fonctionnement du stockage, resterait à la charge de nos enfants et arrière-petits-enfants. N’avez-vous pas dit ce 12 novembre 2011 : « Dans la même veine, ignorer la durée de vie et la dangerosité à très long terme des déchets est incompatible avec la notion première du développement durable, puisque c’est une délégation de risque aux générations futures. »

Votre conscience d’homme public soucieux de la préservation de la planète vous engage à agir : il faut mettre fin à cette politique énergétique irresponsable, mettre au centre de la table les erreurs passées, assumer ce passif et ne pas alourdir la dette.

Une situation conflictuelle alarmante

Des centaines d’habitant.e.s refusent d’être condamnés à vivre, à respirer et à survivre sur la plus grande « poubelle atomique » d’Europe. Ne soyez pas sourd comme tant d’autres à la multitude de signaux d’alerte obstinément envoyés aux décideurs — dont vous faites à présent partie — par des personnes de tous âges, en lutte pied à pied dans le bois Lejuc depuis juin 2016, où l’Andra a tenté de commencer les travaux préparatoires de Cigéo en toute illégalité.

Ces militants, qu’on appelle « les hiboux de Bure », ont choisi d’y résider, parfois dans les arbres pour mieux les protéger, faisant preuve d’un incroyable courage qui en dit long sur leur détermination. L’opposition ne cesse de s’amplifier localement et nationalement.

Des pays voisins s’inquiètent. En Meuse et en Haute-Marne, le climat de répression s’intensifie, cherchant à détruire toute cohésion sociale. Cautionnerez-vous une situation conflictuelle alarmante en prenant le risque de la voir s’aggraver ?

La cession du bois Lejuc à l’Andra est au centre d’une controverse largement médiatisée depuis un an. Est-il moralement acceptable de faire porter un tel fardeau aux onze conseillers municipaux de Mandres-en-Barrois, sommés d’abandonner leur forêt communale ?

Savent-ils qu’ils engagent la destruction inévitable de tout un territoire de vie en ouvrant la porte à un inconnu menaçant l’humanité ?

Et que penser des soupçons de conflits d’intérêts affectant un certain nombre de conseillers municipaux du fait de leurs liens avec l’Andra, comme le met en exergue un nouveau recours juridique déposé le 22 mai 2017 par pas moins de 35 habitant-es ?

Face à cette situation d’urgence et réaffirmant une opposition totale au principe de l’enfouissement des déchets nucléaires, nous demandons instamment :

  • que le gouvernement ne tente aucune évacuation du bois Lejuc à Mandres-en-Barrois, occupé par les opposants depuis presque un an, sous peine de voir la situation de tension actuelle s’aggraver ;

  • que le gouvernement reçoive les scientifiques et associations qui depuis plus 20 ans ont recueilli les éléments d’approfondissement du dossier Cigéo révélant les risques et qui veulent, au nom de l’intérêt général, apporter leur éclairage (vous avez déclaré récemment, au JDD : « Je connais ce dossier, mais je veux l’étudier davantage. ») ;

  • que le gouvernement stoppe tout projet d’enfouissement profond des déchets radioactifs ;

  • que le gouvernement engage en urgence la remise à plat de l’ensemble de la politique énergétique du pays. La sortie du nucléaire est impérative et ne doit pas être repoussée aux décennies à venir, il en va de la survie de l’humanité. Le passage aux énergies renouvelables et économies d’énergie, à des techniques créatrices d’emploi et autrement plus soutenables et novatrices, fait partie des demandes qui doivent aboutir au plus vite.

Les auteurs de la lettre sont : les opposant-es d’ici et d’ailleurs, des habitant-es de Mandres-en-Barrois, les associations Burestop 55, Bure zone libre, Asodedra, Cedra 52, Eodra, les habitants Vigilants de Gondrecourt le Château, les habitants Vigilants de Void-Vacon, Meuse nature environnement, Mirabel Lorraine environnement.

Les soutiens sont les suivants : Attac France, Agir pour l’environnement, Réseau « Sortir du nucléaire », Confédération paysanne, Novissen (1000 vaches), FNE Grand-Est, Sortir du nucléaire Moselle, SDN 89, Collectif Sortir du nucléaire 79, STOP EPR ni à Penly ni ailleurs, Collectif Halte au nucléaire du Gard, Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (ACDN), Auxilia conseil en transition, Association pour la restauration et la Protection de l’environnement naturel du Tonnerrois, Adeny-Association de défense de l’environnement et de la nature de l’Yonne, MAN Nancy, Confédération paysanne des Vosges, Confédération paysanne de Meuse, Association A.P.P.E.L.S (55), Attac 55, Association Vie Environnement Respect Nature (Avern), Cade (Collectif des Associations de défense de l’environnement Pays basque et Sud des Landes), Collectif les Dindons de la farce, Droit au soleil, Effet de serre toi-même, Collectif Non au gaz de schiste du canton de Fayence, Association Artisance, Association Gecnal de Sarreguemines (57), Union syndicale solidaires, Syndicats des travailleurs du rail SUD-Rail, Cyber@cteurs, collectif Stop gaz de schiste Anduze, Collectif citoyen de Pézenas, Castelnau et Guers, Collectif du Céressou, Collectif de Campagnan-Saint-Pargoire (contre le Linky), Eco’lectif de Gignac.

xReignx : Proclamation

Voici les paroles d’un groupe américain de San Diego, xReignx. La chanson s’intitule « Proclamation » et formule le refus de capituler, de maintenir le cap de la morale vegan straight edge.

Il s’agit ici de la quatrième chanson.

I refuse to surrender to comfort and docile conformity
Je refuse de me soumettre au confort et à la conformité docile

Social engineering. normalized violence.
profits prioritized over personal and collective well-being.
L’ingénierie sociale. La violence normalisée.
Les profits prioritaires sur le bien-être personnel et collectif.

It’s more than a personal choice
or some pious notion of purity
This is my uncompromising stance
An adamant opposition to your tradition of enslavement
C’est davantage qu’un choix personnel
ou qu’une notion pieuse de pureté

C’est mon point de vue intransigeant
Une opposition inflexible à votre tradition d’asservissement

I deny you validation.
I deny you my life
Je vous dénie toute validité.
Je vous dénie ma vie.

I don’t want escape.
i don’t want pacification.
i want to burn your whole fucking world down.
burn it down
Je ne veux pas m’échapper.
Je ne veux pas de pacification.
Je veux brûler jusqu’aux fondations votre horrible monde.
Le brûler jusqu’aux fondations.

Straight edge
Straight edge

To you it’s a joke.
you wait for the day i fall
and give in to the misery and consumption
that suffocates life
Pour toi c’est une plaisanterie
tu attends le jour où je tombe
Et où je plonge dans la détresse et la consommation
qui fait suffoquer la vie

But i could never sell out
that which means so much to me
I will never break
Mais je ne pourrai jamais trahir
ce qui signifie tellement pour moi
Je ne capitulerai jamais

I will never break
We will never break
Je ne capitulerai jamais
Nous ne capitulerons jamais

Des élections législatives sans lisibilité du côté écologiste

Les élections législatives se sont déroulées hier et il est arrivé une chose assez étrange : nous avons reçu de très nombreux mails à ce sujet.

Des gens, des journalistes, des institutions mêmes, nous ont pris pour tel ou tel parti politique se revendiquant de l’écologie.

Tel électeur dit avoir voté mais attend plus, telle électrice demande pourquoi il n’y avait pas de bulletin dans l’enveloppe qu’elle a reçu, telle autre s’étonne de l’absence de candidat.

Tel journaliste d’une grande chaîne de télévision demande une photo de tel candidat, telle chambre de commerce et d’industrie propose d’envoyer une plaquette à tous les candidats, tel quotidien régional de grande importance demande les coordonnées de tel candidat (il y a plusieurs cas).

Il y a même eu une société s’occupant, selon ce qu’elle dit, de la mise sous enveloppe des circulaires et bulletins de vote pour les élections législatives….

Le fait de recevoir des mails étranges n’est pas nouveau : LTD est très lu et de ce fait, il y a aussi beaucoup de gens lisant de travers. Cela est même allé jusqu’à quelqu’un proposant de rejoindre un collectif « écologiste » du Front National : en fait, il y a un article qui critiquait ce collectif, et la personne a mal lu… ne l’a pas vraiment lu… C’est difficile à dire.

Mais apparemment il en va de même pour les journalistes. En fait, c’est aussi un problème de lisibilité, beaucoup de gens ne percevant pas trop ce qu’est LTD. Un courant d’idées, un groupe, des gens en réseaux, un média donnant un point de vue quotidien, un activisme culturel, un centre de références pour des gens « vénérant » la Nature ?

C’est sans nul doute un peu de tout cela et cela pose problème à des gens habitués à une perspective très utilitaire, que ce soit avec des associations (où les dirigeants aiment particulièrement à se mettre en avant, même si c’est une coquille vide parfois) ou des petits partis politiques.

Si d’ailleurs ceux-ci se présentent, c’est pour une raison simple : s’il y a des candidats ayant obtenu chacun au moins 1% des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions, cela donne alors 1,42 euros par voix obtenue chaque année d’ici les prochaines élections.

Francetvinfo cite ici un spécialiste de la question soulignant ce qui en découle :

« Pour René Dosière, spécialiste du financement des partis, ces détournements sont « faciles ». « Dans ma circonscription – 70 000 électeurs et 40% d’abstention en général – 1% ça fait 420 voix. Si vous avez un nom correct, que vous mettez en avant la nature, la protection des animaux, etc, 400 voix ce n’est pas compliqué à obtenir », estime-t-il sur franceinfo, dénonçant une porte ouverte à « la tricherie et à l’escroquerie vis à vis des fonds publics ». »

Or, c’est évidemment impossible à prouver. N’importe qui peut se cacher derrière une sincérité apparente…

Après, on est libre de trouver certaines approches ridicules et peu sérieuses. Quand une candidate, comme le raconte la Montagne, investit 13 euros dans sa campagne électorale, c’est vraiment qu’elle sert de faire-valoir et ne compte avoir aucune influence…

Cette candidate creusoise de 48 ans ne fait pas partie  des « notables ».  Et pour cause : la candidate de l’Alliance écologique indépendante est actuellement demandeuse d’emploi : « J’ai dû cesser mon activité de commerçante en produits bio. J’étais en auto-entreprise et j’ai fini avec un bilan négatif. Je me retrouve avec des dettes et au RSA », explique  cette habitante de Saint-Saint-Sébastien.

Cécile Pinault  espère se reconvertir et  va suivre des formations, mais sa situation  matériellement précaire ne lui fait pas renoncer à la défense de ses idées. Installée en Creuse depuis 2010, elle a connu à Nice  Jean-Marc Governatori,  qui a su la convaincre. Ce chef d’entreprise niçois  a lancé plusieurs micro-partis et alliances, principalement d’inspiration écologique, depuis 1997 :  les résultats électoraux de ces formations sont restés confidentiels lors des différentes échéances électorales nationales ( sauf lors des dernières élections régionales en PACA).  Cela dit, l’ Alliance écologique indépendante se maintient sur la durée.

Cécile Pinault était déjà suppléante pour ce parti en Creuse en 2012 : avec le titulaire, Felix Crespo, ils avaient glané 363 voix ( 0,6%).

Avec un certain fatalisme teinté  d’humour , la candidate annonce qu’elle a investi davantage cette année dans la campagne  : « En 2012, j’avais collé mes affiches sur les panneaux électoraux avec un rouleau d’adhésif, cette fois-ci, j’ai acheté un pinceau et de la colle » Ses frais de campagne ne sont pas trop durs à chiffrer : « 8 euros pour la colle, 5 euros pour le pinceau ».

Cette candidate super sobre et qui applique en quelque sorte les principes de la  « décroissance »  à la politique ne va pas se ruiner non plus en carburant : « L’alliance écologique indépendante ne m’a envoyé qu’une quinzaine d’affiches. Je les ai collées sur ma commune, Saint-Sébastien, à la Souterraine, Dun-le-Palestel et Guéret ».

Ou bien, lorsque le « parti animaliste » utilise un chat sur son affiche, on voit bien qu’il s’agit de jouer sur les émotions, de manière éminemment grossière… Le minou est sympa, allez on vote pour lui: telle est la réaction attendue.

C’est le problème avec l’écologie et la défense des animaux. Il y a eaucoup d’émotion, aucune perspective sociale, énormément de sincérité, mais des éléments hyper-carriéristes…

Et comme la situation est dramatique, il y a beaucoup de tension, de nervosité, et il est facile pour les hyper-carriéristes de s’imposer en présentant apporter des solutions, une perspective, etc.

De plus, tout le monde aime la Nature et les animaux : c’est l’avantage et le désavantage, et pour l’instant c’est ce dernier aspect qui l’emporte, car cela bloque la bataille du contenu.

Et cela dessert la cause, car sans changement de fond en comble, les animaux resteront forcément victimes de l’exploitation animale, la Nature sera forcément victime de la course au profit…

Ce qu’il faut, c’est une morale stricte, une culture entièrement tournée vers la Nature, un engagement à toutes épreuves.

Encore une tribune pro-cannabis dans Libération

La pression en faveur du cannabis ne cesse pas. C’est logique : la pression ultra-individualiste est toujours plus forte, appelant chaque personne à se concevoir comme une sorte d’entité entièrement dépendante de tout, vivant à l’écart, étant auto-suffisante.

Le cannabis profite de cet engouement pour le « choix » individuel, le culte du « libre-arbitre », c’est-à-dire le refus d’une vie naturelle, hors de tout culte de son ego.

Le titre de la tribune publiée dans Libération, « Oser la régulation du cannabis », révèle bien sûr le fond de la démarche : ce serait pour « gérer » le cannabis qu’il faudrait le légaliser.

Les auteurs, Pierre-Yves Geoffard qui est professeur à l’Ecole d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS, Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, développent l’argumentaire classique et hypocrite de ceux qui veulent capituler devant le cannabis.

On ne pourrait pas bloquer la consommation du cannabis, ni la faire reculer ; on gagnerait des moyens financiers à le légaliser.

C’est le masque de l’ultra-individualisme, du refus de la Nature, de la capitulation devant la fuite dans les paradis artificiels, par incapacité à apprécier la vie naturelle.

Les drogues ne sont pas des produits ordinaires : modifiant l’état de conscience, pouvant entraîner des situations de dépendance chez certains usagers, leur consommation comme leur production sont le plus souvent strictement encadrées par la loi.

Mais les modalités de l’encadrement varient beaucoup d’un pays à l’autre, et s’adaptent aussi aux différentes drogues et à des modes de consommation qui évoluent eux-mêmes rapidement.

A l’heure où le nouveau président de la République a évoqué son désir de restaurer dans notre pays un esprit de conquête, où il oppose «les conservateurs passéistes qui proposent au Français de revenir à un ordre ancien et les progressistes réformateurs qui croient que le destin français est d’embrasser la modernité», il est temps de faire évoluer radicalement la politique française des addictions.

Ne pas voir que la production, le commerce, l’offre et les fonctions ont profondément changé nous condamnerait à poursuivre l’échec d’une politique de prohibition ouverte dans les années 70.

Cet échec est chiffré et documenté : l’augmentation des usages, la diversification des substances, la multiplication des personnes qui en consomment, une politique pénale inégalitaire et qui cible des populations plus que d’autres, un coût budgétaire énorme.

Echec et fausses évidences

Cet échec a aussi impacté les pratiques professionnelles, les enfermant dans le piège d’addictions pensées exclusivement comme un délit où une maladie.

La prévention a été réduite à agiter la peur, celle de la sanction ou celle de la maladie, oubliant l’éducation et la réduction des risques.

Enfin, la prohibition a aussi enfermé l’opinion publique dans de fausses évidences: aujourd’hui encore, la crainte de trop de nos concitoyens est que la non pénalisation de l’usage soit un retrait de l’Etat aggravant le vide et l’absence de repères.

La grande banalisation de l’offre d’alcool, encore plus depuis le récent nouvel assouplissement de la loi Evin, renforce dangereusement l’écart de perception entre les drogues illicites, dont le cannabis, et l’alcool, dont les risques d’abus sont encore trop sous-estimés.

Le ministre de l’Intérieur a annoncé la mise en œuvre d’ici trois mois d’une réponse par la contravention aux faits d’usage de cannabis.

Présentée comme une volonté d’alléger le travail des forces de police, on ignore encore quasiment tout des aspects pratiques de cette mesure : quelles seront les mesures d’accompagnement des consommateurs les plus en difficultés et les plus vulnérables ?

Comment ne pas accentuer la pression judiciaire sur des personnes dont l’usage ne nuit pourtant pas fondamentalement à l’ordre public ?

Avec cette mesure, le statut pénal de la sanction serait certes changé, mais les problèmes sociaux posés par la circulation du cannabis resteront entiers tant que la production et la distribution resteront clandestines, soumises au règne de réseaux criminels qui détruisent tant de quartiers.

Pour une approche économique du problème

Il ne s’agit donc pas de toiletter et simplifier les pratiques policières, mais de réformer une politique qui a échoué.

Un soutien aux familles en déployant enfin les différents programmes de développement des compétences psychosociales dont l’utilité a été largement prouvée, une diversification de l’accompagnement des personnes qui consomment, par l’approche d’intervention précoce qui a commencé à remporter de vrais succès dans les Consultation jeunes consommateurs, en instaurant un accès au cannabis thérapeutique et une politique de réduction des risques validée.

Tout cela est prêt, tout cela peut être accentué. Mais pour que la mutation soit complète, il faut instaurer une vraie politique de régulation du cannabis.

Ce qui se prépare dans d’autres pays, à l’instar du Canada, de la Californie et qui prévaut déjà dans de nombreux Etats américains comme le Colorado, doit être possible en France.

Définir les conditions de circulation de ces produits, leurs modalités de vente et d’achat, et donner à l’Etat les moyens d’une intervention plus équilibrée sur l’ensemble des opérations permettraient une approche économique des problèmes.

La production de cannabis pourrait tout à fait être réalisée sur le territoire français, métropolitain ou ultramarin, créant ainsi des dizaines de milliers d’emplois.

La distribution pourrait être encadrée, ce qui permettrait de restreindre l’accès aux mineurs plus efficacement qu’aujourd’hui, et de mieux détecter les usagers problématiques pour les aiguiller vers une prise en charge sanitaire adaptée.

La légalisation encadrée permettrait également de mettre en place des droits d’accise spécifiques, à l’instar du tabac et de l’alcool.

Au vu du volume actuel de la demande, ce sont plusieurs milliards d’euros qui alimenteraient les caisses de Sécurité sociale, au lieu de nourrir des réseaux criminels.

Vague de codéine dans la jeunesse française

Plus le temps passe, plus la nécessité d’une vague straight edge est totalement nécessaire. La vague de codéine dans la jeunesse française actuellement est une de ces preuves.

Les médias, hier, ont publié toute une série de différents articles sur la codéine. Cela doit aussi beaucoup à une initiative de Christelle Cebo, qui a malheureusement perdu sa fille en raison d’une overdose ; elle est morte au bout de dix jours de coma.

Cette mère courage a réalisé une pétition expliquant la situation, la manière dont la jeunesse détourne les médicaments pour les transformer en drogues.

Il faut noter, même si ici c’est secondaire, que cette personne participe à l’exploitation animale, en tant que docteure en biologie à l’INRA; elle est spécialisée dans le lait de vache.

Nous vous engageons à diffuser l’information, à soutenir l’initiative : il faut empêcher la codéine de tomber aussi simplement dans les mains de la jeunesse!

Médicaments avec codéine : interdisons la vente libre de la nouvelle drogue des ados

Chers parents,

Savez-vous qu’en pharmacie, votre ado peut acheter en toute légalité et à un petit prix une DROGUE qui peut le tuer en une seule prise d’un arrêt cardio-respiratoire ?

Et si votre ado ne sait pas comment faire, pas de problème ! Il trouvera toutes les informations sur Internet !

D’abord, sans aucune ordonnance médicale, il ira acheter plusieurs boîtes de médicaments anti-douleur à base de codéine (codoliprane, Klipal Codéiné, Algicalm…) si possible dans plusieurs pharmacies pour ne pas risquer d’éveiller les soupçons éventuels de pharmaciens consciencieux.

Ensuite, il écrasera bien les comprimés et les mélangera à de l’eau froide.

Enfin, il filtrera le mélange avec un simple filtre à café, et il récupérera l’extrait pur de codéine concentré.

Votre ado est prêt pour le grand saut !

Sur le net, on vous conseille quand même de mélanger la codéine pure à du Sprite pour que cela soit moins amer, à un antihistaminique pour éviter démangeaisons et vomissements dus à la codéine, et à un colorant violet, pour que ce soit plus « fun » (« Purple Drank », « Syzzurp »  ou « Lean ») ….

Notre fille, Pauline, 16 ans, est décédée le 2 mai 2017 après 10 jours de coma, conséquence d’une overdose aux opiacés après ingestion de comprimés anti-douleur à base de codéine.

Dix jours de coma, dix jours à voir le corps de notre fille pris de tremblements, de soubresauts, de hoquets incontrôlés de tout son fragile petit corps- des myoclonies, terme médical et certitude que son cerveau avait été irrémédiablement détruit par l’absence d’apport d’oxygène suite à la dépression respiratoire provoquée par la codéine…

Dix jours de bruits insupportables de machines, de bip en tous genres, à vous faire siffler les oreilles quand d’aventure vous rentriez chez vous prendre une douche et dormir quelques heures …dix jours d’espoir, pour finalement entendre: « Madame, la décision médicale a été prise, le cerveau de Pauline est irrémédiablement détruit, dites-nous QUAND arrêter l’assistance respiratoire de votre fille »…

Comment accepter que Pauline, une jolie jeune fille de 16 ans, brillante (elle était en 1ère S et voulait faire médecine..), pleine d’esprit, et éprise de sports extrêmes puisse MOURIR aussi stupidement après avoir acheté LIBREMENT en pharmacie des médicaments à base d’opiacés et avoir suivi les « conseils » de quelques internautes irresponsables…

Pauline laisse derrière elle des parents, des petites sœurs aimées, des amis effondrés de douleur …

La codéine (ou méthylmorphine) est un opiacé, une molécule de la même famille que la MORPHINE ou l’HEROINE.

Elle est utilisée à visée antalgique (CODOLIPRANE,  KLIPAL CODEINE, DAFALGAN CODEINE, LINDILANE, et comme antitussif (NEO-CODION, EUPHON, THIOPECTOL…), mais c’est aussi un médicament détourné de son usage bien connu par les utilisateurs de DROGUES pour ses propriétés opiacés en auto-substitution de l’héroïne, mais aussi désormais en usage récréatif pour les adolescents en quête de sensations.

Contrairement à la morphine, la codéine N’EST PAS classée comme stupéfiant.

Certains pays comme l’ALLEMAGNE, les ETATS-UNIS, le JAPON, et l’AUSTRALIE viennent de promulguer une nouvelle loi d’interdiction la vente de codéine sans ordonnance afin de prévenir les dérives d’utilisation de ce médicament antidouleur en particulier par des adolescents en quête de sensations fortes lors de soirées alcoolisées (1444 décès en Australie dus à des overdoses de codéine entre 2000 et 2013).

EN FRANCE, LA CODÉINE EST EN VENTE LIBRE EN PHARMACIE, sans ordonnance médicale, et pour moins de 2 euros.

Des trafics de médicaments à base de codéine et des initiations à leur utilisation se répandent dans les établissements scolaires, en particulier dans les lycées.

-STOP à l’HYPOCRISIE DES LABORATOIRES PHARMACEUTIQUES qui pour des raisons financières, ferment les yeux sur les dérives liées à ces médicaments,

– STOP à l’HYPOCRISIE DES POUVOIRS PUBLICS qui sont trop heureux de trouver là une solution aux « salles de shoot », polémiques et coûteuses,

– STOP à l’INCONSCIENCE DE CERTAINS PHARMACIENS qui sont davantage des commerçants que des professionnels de santé…

PROTÉGEONS NOS ENFANTS.

INTERDISONS EN FRANCE LA VENTE DE CODÉINE SANS ORDONNANCE.

SIGNEZ LA PÉTITION !!!

Progression des réseaux zoophiles

Les gens qui s’imaginent qu’il y a un progrès de la cause animale se trompent. Au contraire, toutes les valeurs s’effondrant en général, la tendance est à toujours plus de catastrophe.

Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’une infime minorité commence à prendre conscience de quelque chose que cela provoquera un mouvement général.

Nous vivons une époque toujours plus décadente et nombre de vegans le sont uniquement à la carte, esprit libéral oblige. L’époque est au « je fais ce que je veux » général.

Le Canard enchaîné de cette semaine « balance » d’ailleurs une information concernant la progression des réseaux pédophiles. Cet hebdomadaire a une sorte de fonction de « sas » pour les grands fonctionnaires : c’est en ce sens qu’il faut comprendre l’article, se terminant justement par une « indication » à prendre en compte le phénomène.

Le phénomène décrit est indéniablement un signe de profonde décadence et il est terrifiant ; il doit faire prendre conscience de ce qui se passe, de la tendance toujours plus horrible qui se développe.

Des animaux appâts de pêche achetés pour être libérés

C’est une information assez particulière, qui ne peut que déclencher une certaine sympathie, même si en fait il y a à l’arrière-plan une sous-estimation des capacités de l’exploitation animale.

En Dordogne, des gens achètent des appâts pour la pêche et les libèrent. Voici comment Sud Ouest, qui a enquêté à ce sujet, raconte ce qui se passe :

« Ils ont acheté tous les vers de terre et petits poissons. Cela fait 700 poissons et une cinquantaine de boîtes de vers de terre », confirme le responsable du rayon pêche du magasin [Décathlon à Boulazac].

Chaque boîte coûte 2 euros. Ils ont pris les 50 qui se trouvaient en stocks. Quant aux poissons, ils en ont embarqué 700, à 40 centimes pièce.

Après un rapide calcul, ce sont donc près de 400 euros que ce groupe, sans revendication apparente, a dépensés ce jour-là pour relâcher ensuite les petites bêtes dans la nature.

Les vendeurs de Décathlon, comme de Jaumouillé, le magasin Périgord Chasse Pêche, installé à Boulazac et Marsac-sur-l’Isle, sont formels.

Une fois le passage à la caisse terminé, leurs étranges clients se dirigent vers les bords de l’Isle à côté du magasin pour relâcher les vers et poissons dans leurs milieux naturels.
À Périgord Chasse Pêche, on a pris l’habitude de les voir de temps à autre.

Si aucune revendication n’est brandie, les responsables avancent l’hypothèse qu’il s’agit de personnes adeptes de la non-violence, « proches du courant bouddhiste ». Même hypothèse à Décathlon.

Le Progrès constate également :

Un mystérieux groupe qui rachète tous les êtres vivants des magasins de pêche pour les relâcher dans la nature sévit ces temps-ci à Périgueux. A plusieurs reprises depuis un an, la scène s’est répétée.

Une dizaine de personnes pénètre dans un magasin, notamment le Décathlon, au rayon pêche, et achète tous les appâts de pêche vivants, vers et petits poissons.

Une somme de plusieurs centaines d’euros à chaque fois.

Selon plusieurs témoignages, ils auraient aussi acheté des insectes vendus comme nourriture pour reptiles, dans une animalerie, et des poissons élevés dans une ferme.

Sud Ouest a prolongé son enquête et confirme la thèse bouddhiste :

Contacté, le centre bouddhiste Dhagpo de Saint-Léon-sur-Vézère confirme l’existence de cette pratique, « connue » chez les bouddhistes qui accordent « une grande importance à l’existence de tous les êtres vivants ». Un fait courant en Inde et destiné « à sauver des vies ».

Des pratiques de ce type ont lieu plusieurs fois par an à Dhagpo pour sauver différents animaux (chevaux, lapins, poules…). Les personnes les accueillent chez eux ou font des dons pour que des refuges spécialisés en prennent soin.

Bien entendu, il y a ici un souci  : l’exploitation animale est tout à fait en mesure de compenser sa production en l’agrandissant.

Nous ne sommes plus à l’époque de Bouddha où effectivement cela pouvait avoir un réel sens que d’agir ainsi…

Il n’y a donc pas de naïveté à avoir à ce sujet.

Cependant, l’esprit de cette action part d’un très bon sentiment, qui parlera à toute personne aimant les animaux.

Et cela rappelle ce sentiment horrible qu’on peut avoir quand on voit des animaux vendus dans les animaleries : on a envie de les aider, de leur offrir une vie digne…

Mais si on les achète, on soutient inévitablement l’exploitation animale qui renforce d’autant plus sa monstrueuse machinerie.

Ce qui rappelle à quel point il faut tout changer de fond en comble pour aider les animaux!

Augmentation des overdoses en Europe et aux États-Unis

On a coup sur coup les statistiques concernant les overdoses aux États-Unis et dans l’Union Européenne, pour l’année 2016. Les chiffres sont terribles.

Au moins 59 000 personnes sont mortes d’overdose aux États-Unis en 2016, contre 52 404 en 2015.

Voici le tableau de l’évolution depuis 1980, montrant bien l’expansion des drogues et de leur destruction, par l’évolution des statistiques des overdose…

Les faits sont là : les drogues sont un fléau en expansion.

De manière significative, ce sont d’anciens bassins industriels qui sont le plus touchés, dans des Etats comme le Maine, le Maryland, la Floride, la Pennsylvanie, ou encore l’Ohio, qui vient justement de porter plainte contre plusieurs industriels pharmaceutiques.

Ces derniers sont accusés de promouvoir massivement les opiacés par l’intermédiaire des médecins.

La Virginie occidentale a déjà obtenu le versement de plusieurs dizaines de millions de dollars, et des procès ont également été lancés par la ville de Chicago, des comtés de New York, la Californie.

Car, désormais, deux millions d’Américains sont dépendants aux opiacés, qui sont des médicaments analgésiques, alors que 95 millions d’autres sont dépendants aux antidépresseurs….

Les opiacés les plus connus sont l’oxycodone, le hydrocodone et surtout le fentanyl, dont sont morts par overdose 25 000 personnes en 2015. Voici un tableau indiquant l’évolution des prises de drogues où l’on a retrouvé du fentanyl…

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies vient également de fournir les chiffres de 2016 concernant l’Union européenne,la Norvège et la Turquie, mais pour les overdoses on n’a encore que les chiffres de 2015, avec 8 441 personnes mortes, contre 7950 en 2014.

Le chiffre est de 7585 si on enlève la Norvège et la Turquie, pays très marqués. On remarquera aussi que la moitié des décès concernent le Royaume-Uni (31%) et l’Allemagne (15%).

Voici un tableau présentant la situation selon les pays.

En ce qui concerne la France, il faut noter les choses suivantes : plus de 12 millions de seringues ont été fournies aux personnes dépendantes par différents programmes…

168 840 personnes ont eu en 2015 des traitements de substitution à la méthadone ou à la Buprénorphine, contre 124 069 en 2006…

Les utilisateurs à risque d’opiacés sont estimés à 211 000…

Comme on le voit, il y a une forte présence des drogues. Elles s’inscrivent dans la société. Elles imprègnent la culture.

En cas de crise économique approfondie, il est évident qu’il y aura un basculement, comme en Grèce…

Voici d’ailleurs le tableau de la consommation pour les jeunes adultes en France en 2014.

Et voici la comparaison pour les drogues, selon les pays, pour situer où en est la France.

Les drogues sont largement présentes en France et au niveau mondial le nombre d’overdoses augmente dans les pays riches.

C’est très parlant : les drogues s’installent, se présentent comme un phénomène social et culturel profond, ancré. Cela tend à une capitulation inacceptable face à elles…

« 4 pattes pour une famille » sur Gulli

« 4 pattes pour une famille » est une émission  sur Gulli, passée dimanche dernier. Il est toujours difficile d’avoir un avis tranché quand il s’agit d’adoptions, car celles-ci sont toujours une bonne chose.

Cependant, cela ne peut aller de pair qu’avec le soutien aux refuges et la non mise au premier plan des êtres humains. Or, forcément, qui dit télévision et émission dit promotion, faire-valoir, jeu sur les émotions…

Inévitablement, l’émission a eu une dimension niaise, avec un chantage aux émotions, avec les enfants et les animaux…

Voici la présentation officielle de l’émission et on notera la présence de la vétérinaire Laetitia Barlerin, extrêmement présent dans les médias et le monde de l’édition.

On notera aussi le ton : des célébrités « acceptent » de venir aider…

À l’occasion de la 1ère Journée Nationale des Droits des Animaux en France, 4 pattes pour une famille débarque en exclusivité sur Gulli.

Avec Elodie Gossuin aux commandes, 3 célébrités ont accepté de venir en aide à des animaux se trouvant dans une situation de détresse.

Julien Courbet, Joan Faggianelli et Jarry seront les parrains de ces petites boules de poils dont la vie ne tient qu’à un fil. Grâce à leur soutien, elles vont enfin connaître le bonheur au sein d’une nouvelle famille d’accueil.

Au cours de cette émission, Elodie Gossuin part à la rencontre de 3 familles qui, afin de faire une surprise à leurs enfants, ont décidé de faire appel à Gulli pour adopter un chien dans un refuge.

Grâce à une équipe de 3 spécialistes menée par la vétérinaire de renom Laetitia Barlerin, ces animaux vont se voir offrir une seconde chance : soins, toilettage, éducation, conseils pratiques… les animaux vont être remis sur pattes pour rejoindre leur famille, impatiente de les accueillir !

Kara, Gulli et Baka, ces 3 boules de poils stars de l’émission, vont enfin pouvoir trouver un second souffle et être comblées d’amour !

En route dans la  » 4 pattes Mobile  » d’Elodie pour découvrir les histoires de ces animaux dont le destin va enfin changer.

4 pattes pour une famille, une émission exceptionnelle avec des rires, des conseils pratiques, beaucoup d’émotions et surtout… de belles histoires d’amour !

Il y a ici une manipulation des émotions dans une perspective de divertissement. C’est un chantage émotionnel. Voici une interview tirée de Presse Océan, pour avoir une perspective plus concrète encore.

Ce qui est frappant, c’est qu’Elodie Gossuin avoue elle-même qu’elle ne sait pas s’il y aura d’autres émissions.

C’est très clairement, donc, une opération de promotion, éventuellement un appel d’air pour une émission à succès.

Il n’y aucune mise en perspective, aucun sens des responsabilités…

Taxi Driver et sa vision des bas-fonds la nuit

Le film « Taxi Driver » est un film de Martin Scorsese, sorti en 1976, qui a comme particularité d’être très dérangeant. Palme d’or du Festival de Cannes, il présente la vie de Travis Bickle (joué par Robert de Niro), un conducteur de taxi roulant la nuit à New York.

Révolté par le crime régnant dans les bas-fonds, tout en cherchant un sens à sa vie, il dresse un panorama apocalyptique d’une vie quotidienne contaminée par des choses ignobles et tente d’arracher une jeune fille de 12 ans à la prostitution.

Le film est très célèbre et en France le film « La haine » reprend directement l’un des passages, celui où devant le miroir un protagoniste s’entraîne à réagir violemment (« C’est à moi que tu parles? Non mais c’est à moi que tu parles? »).

Mais il y a un autre passage tout aussi célèbre, où le conducteur de taxi roule et regarde les gens dans les bas-fonds. Voici les paroles, la traduction et l’extrait du film, avec son atmosphère étouffante.

Les paroles :

All the animals come out at night – whores, skunk pussies, buggers, queens, fairies, dopers, junkies, sick, venal.

Someday a real rain will come and wash all this scum off the streets.

La traduction :

Il y a toute une faune qui sort la nuit : putes, chattes en chaleur, enculés, folles, pédés, pourvoyeurs, camés, le vice, la vénalité.

Un jour viendra où une vraie pluie lavera les rues de toute cette racaille.

L’extrait :

Lorsque Earth Crisis sort sa première demo en 1993, ce passage est directement repris dans l’introduction de la chanson « Firestorm », qui appelle à reprendre de manière violente la rue face aux mafias, par une « tempête de feu ».

Vu en France alors, cela pouvait sembler très lointain et typiquement américain, avec comme on le sait les gangs occupant de vrais territoires, gangrenant la société, etc.

Mais la France n’a pas échappé à l’américanisation de la société, non pas au sens culturel, mais au sens de l’effondrement des acquis sociaux et le règne toujours plus grand de la débrouille qui s’ensuit.

Peut-on changer les choses si des pans entiers de la société échappent aux choix sociaux, culturels ou politiques ? Qu’on pense à l’Italie où la mafia a bloqué le sud dans son développement et dont les crimes contaminent toujours plus le reste du pays, depuis que dans les années 1960 la mafia est devenue une structure moderne, une vraie place-forte financière.

Un ouvrage vient d’ailleurs de sortir :  «l’Empire de l’or rouge : Enquête mondiale sur la tomate d’industrie», de Jean-Baptiste Malet.

On y apprend comment la mafia contrôle l’industrie de la tomate, important massivement des tomates (y compris non franîches) pour remaquiller le tout en produits « made in Italy », pour un chiffre d’affaires annuels de plus de 15 milliards d’euros…

On peut bien sûr romancer les bas-fonds et s’imaginer que les gens vivant dans la marginalité liée au crime sont « libres », parce qu’ils sont amoraux. Mais la morale n’est pas réductible à un choix individuel, elle est une valeur indiscutable, universelle.

Ce serait une erreur de croire qu’on peut changer le monde sans se confronter à des comportements criminels, à l’éloge de la vénalité, de la débrouille individuelle, du mépris des autres…

Bien sûr, cela veut dire défendre une utopie et non pas sombrer dans une aventure existentielle comme le protagoniste de Taxi Driver.

Mais que se passe-t-il si on n’est pas à la hauteur? Eh bien les fachos arrivent comme des « justiciers »…

Des oeufs de pigeons au milieu de seringues…

Cette photo témoigne de la folie que représentent des villes dénaturées, où l’humanité se perd en elle-même, prisonnière d’une démarche à la fois anthropocentriste d’un côté, anti-Nature de l’autre.

La possibilité d’être heureux, de s’épanouir de manière naturelle, tout cela apparaît comme vain, impossible. Les drogues apparaissent comme une solution et la présence d’oeufs au milieu de seringues vient rappeler que l’humanité ne vit pas séparée de la Nature. Son malheur tient justement à ce qu’elle s’imagine séparée de la Nature.

La photographie a été prise à Vancouver au Canada, dans une chambre désaffectée d’un hôtel. Les pauvres pigeons qui s’y sont installés sont confrontés à l’autodestruction humaine.

Le quartier concerné, le Downtown Eastside, est très connu pour la consommation de drogues dures. La région de la Colombie-Britannique est d’ailleurs confrontée à des overdoses très importantes, notamment en raison d’un opiacé appelé « fentanyl ».

C’est cette drogue qui a tué le chanteur Prince, elle est  100 fois plus fort que la morphine, 40 fois plus que l’héroïne.

En Colombie-Britannique, rien qu’en 2016, les ambulances ont été appelées plus de deux fois par heure en raison d’overdoses, 914 personnes sont mortes d’une overdose.

C’est une véritable catastrophe. Et comment ne pas voir que cette fuite dans les paradis artificiels est strictement parallèle à la guerre à la Nature?

L’émerveillement devant les oeufs des pigeons n’a-t-il pas bien plus de sens que la fascination morbide pour des seringues et leur contenu?

Hackage d’un site et sabotage de miradors

L’ALF a hacké le site alban-international.com,  qui relève d’un programme Bretagne Filières 35, présent notamment en Algérie avec comme objectif de multiplier par trois le nombre de vaches, de doubler leur production de lait, etc.

Des miradors de chasseurs ont été sabotés, comme en témoignent ces photos, sans indication de lieu ni précision quant à la date.

Emmanuel Macron et son « Make our planet great again »

Nous l’avions mentionné hier : Emmanuel Macron s’est empressé, après le discours de Donald Trump annonçant la sortie des accords de Paris signés à la fin de la COP21, de faire une petite vidéo en français et en anglais.

On peut l’y voir notamment utiliser le slogan « Make our planet great again », soit « rendons notre planète grande de nouveau ». C’est bien entendu une allusion au slogan de Donald Trump «  Make America great again ».

Emmanuel Macron a également publié ce slogan sur instagram, ayant reçu 56 275 « J’aime » et sur tweeter, il y a pratiquement 200 000 « retweets » et plus de 300 000 « likes ».

C’est bien évidemment une opération de communication, visant à satisfaire l’ego français, ce fameux chauvinisme français qui se flatte que la France serait « à part » dans sa manière de vivre, son raffinement, etc.

C’est le fameux sentiment de supériorité français, qui exige que tout le monde apprécie les Français et les adulent, pendant qu’eux regarderaient les autres pays avec un mépris feutré.

On est ici dans une vanité totale et voici le discours d’Emmanuel Macron à la suite de la décision de Donald Trump, car demain, il faudra démasquer toute cette vaste hypocrisie.

La COP21 a été un échec, Emmanuel Macron ment quand il prétend défendre la planète, il faut avoir un regard objectif et exigeant, conscient de l’ampleur du désastre et de la radicalité nécessaire pour changer le monde.

Elysée – Jeudi 1er juin 2017

Mes chers compatriotes,

J’ai souhaité m’exprimer devant vous, quelques heures à peine après la déclaration du Président des Etats-Unis d’Amérique, parce que l’heure est grave.

Je prends note de la décision du Président américain de se désengager de l’Accord de Paris sur le climat. Je respecte cette décision souveraine. Mais je la regrette. Je considère qu’il commet là une erreur pour les intérêts de son pays et de son peuple et une faute pour l’avenir de notre planète.

Je viens à l’instant d’échanger avec le Président TRUMP et j’ai eu l’occasion de lui en faire part.

Le changement climatique est l’un des grands défis de notre temps. Ce qui paraissait encore pouvoir être discuté il y quelques années, s’impose désormais à nous tous, avec une grande évidence. La biodiversité est menacée, le dérèglement climatique affame plusieurs continents, dévaste certaines régions, chasse des habitants de leur patrie. En France même, nous observons chaque année les conséquences de ce dérèglement.

Si nous ne faisons rien, nos enfants connaitront un monde fait de migrations, de guerres, de pénuries, de disparitions d’archipels et de villes côtières, causées par ces évolutions. Cela a déjà commencé.

Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour nous. Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour nos enfants. Ce n’est pas l’avenir que nous voulons pour le monde.

La vocation de la France est de mener ces combats qui impliquent l’Humanité tout entière. C’est pourquoi la France s’est placée à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique. Elle s’est engagée résolument dans toutes les négociations internationales. En décembre 2015, la France a réussi ce tour de force de faire signer 195 pays, de leur faire signer un engagement commun, l’Accord de Paris pour le climat.

Alors, oui, je vous le dis ce soir avec beaucoup de force : Nous ne renégocierons pas un accord moins ambitieux. En aucun cas.

La France ce soir appelle l’ensemble des pays signataires à demeurer dans le cadre de l’Accord de Paris, à rester à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres et à ne rien céder.

Je veux ce soir dire aux Etats-Unis : La France croit en vous. Le monde croit en vous. Je sais que vous êtes une très grande Nation. Que les Etats-Unis ont été fondés pour faire triompher la liberté, la vérité, la raison, partout contre l’ignorance et l’obscurité. Mais ne vous trompez pas. Sur le climat, il n’y a pas de plan B. Car, il n’y a pas de planète B.

Alors, oui, nous continuerons.

A tous les scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs, citoyens engagés, que la décision du Président des Etats-Unis a déçus, je veux dire ceci : Vous trouverez dans la France une seconde patrie. Je vous lance un appel : Venez travailler ici, avec nous, travailler sur des solutions concrètes pour le climat.

Ce soir, les Etats-Unis ont tourné le dos au monde. Mais la France ne tournera pas le dos aux Américains. Je vous assure, mes chers compatriotes et vous qui m’écoutez où que vous soyez dans le monde, la France n’abandonnera pas le combat.

Bien entendu, nous aurions préféré livrer cette bataille aux côtés des Etats-Unis d’Amérique. Car, ce sont nos alliés et ils resteront nos alliés, en matière de lutte contre le terrorisme, sur nombre de sujets de défense, de sécurité, sur nombre de sujets industriels et économiques. Mais il en est ainsi.

La porte n’est pas fermée, elle ne le sera jamais à cette Nation à laquelle nous devons tant. Mais nous sommes encore nombreux à conserver notre détermination.

La France jouera donc son rôle dans le monde car c’est ce qui est attendu d’elle. Dès ce soir, avec l’Allemagne et l’Italie, nous avons tenu à réaffirmer notre engagement pour l’Accord de Paris.

Je me suis entretenu, il y a quelques instants, avec la Chancelière d’Allemagne, nous prendrons ensemble, dans les prochains jours, des initiatives fortes allant en ce sens. Samedi, je verrai le Premier ministre indien à Paris et m’entretiendrai sur ce sujet avec lui. Dans les prochains jours, je parlerai aux principaux décideurs pour m’assurer de leur engagement.

Enfin, la France proposera un plan d’action concret, afin d’accroître son attractivité pour les chercheurs et les entreprises de la transition écologique et prendra des initiatives concrètes, notamment en Europe et en Afrique sur ce sujet. J’ai demandé au Gouvernement d’y travailler activement et le réunirai à cet effet la semaine prochaine.

Nous ne tiendrons pas seulement nos engagements passés. Dès ce soir, la France se doit d’être plus ambitieuse encore pour l’avenir, pour notre avenir.

Vive la République ! Vive la France !

Donald Trump déclare la guerre à la Nature

Donald Trump a tenu un discours hier où il a été tout fier de dénoncer les accords de la COP 21, les « accords de Paris ».

C’est ni plus ni moins qu’un acte de guerre : les États-Unis représentent 19 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui fait qu’on devine aisément les conséquences…

Ne nous voilons pas la face : le temps commence à être compté.

La défense de la Nature et des animaux n’a aucun sens si les destructions deviennent exponentielles.

Emmanuel Macron a bien pu répondre dès hier soir par un petite vidéo où il affirmait même « Make our planet great again » («Rendons sa grandeur a notre planète»), par opposition au « Make America great again », ce ne sont que des mots car les faits sont là.

La consommation de « viande » explose à l’échelle mondiale, la déforestation continue avec son ampleur terrifiante, le refus de la Nature reste général par une humanité anthropocentriste, et voilà que la première puissance économique du monde a placé à sa tête un fou furieux niant le réchauffement climatique.

Le Figaro donne une anecdote en disant long à ce sujet :

La scène se déroule le 8 février 2016 à Manchester, dans le New Hampshire… dans un autre siècle.

Deux mois plus tôt, le président des États-Unis, Barack Obama, venait de parapher l’accord de Paris sur le climat, et Donald Trump n’était encore qu’un électron libre à la popularité grandissante.

Dans le Palais des congrès surchauffé où se pressent 5000 à 6000 inconditionnels, le trublion new-yorkais fait une apparition tardive.

Les congères et le blizzard ont contrarié son arrivée par la route. Faisant mine d’épousseter son costume bleu nuit impeccable, Trump se gausse: «Alors il est où le réchauffement climatique dont “ils” parlent tant? On en aurait bien besoin, là maintenant!»

2016 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée et en 2017, Donald Trump fusille publiquement un accord au sujet du réchauffement climatique, devant toute la presse mondiale.

Et en fait rien n’a changé, puisqu’il s’agit de la défense d’un mode de vie, ainsi que d’intérêts économiques. La Croix note cette continuité :

1992. À Rio, les négociations sont lancées en vue d’un accord mondial sur le climat qui passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Le mode de vie américain ne se négocie pas. Point final », déclare George H. Bush.

1997. Pour Washington, les pays en développement doivent assumer une part du fardeau. Le traité de Kyoto, signé par le vice-président démocrate Al Gore, est du coup rejeté par le Sénat. Le protocole de Kyoto entrera en vigueur en 2005 sans les États-Unis.

2007. À Bali, alors que la délégation américaine est huée, un « plan d’action » fixe l’objectif d’un accord mondial en 2009. Mais la COP de Copenhague, cette année-là, est un échec.

2015. Les États-Unis de Barack Obama jouent un rôle moteur dans l’adoption de l’accord de Paris, qui allie principes contraignants et « contributions » nationales sur la base du volontariat.

2017. Le 1er juin, après avoir fait de la sortie de l’accord de Paris un argument de sa campagne électorale, Donald Trump rend publique sa décision.

Le Parisien souligne l’importance des intérêts économiques dans la décision de Donald Trump :

La puissante US Chamber of Commerce, plus grande fédération patronale du monde, arguait que la mise en place de l’accord coûterait plus de 3.000 milliards de dollars à l’économie américaine d’ici à 2040.

L’organisation politique conservatrice Americans for Prosperity, financée par les frères milliardaires Koch, à la tête d’un empire industriel et chimique, soutenait aussi le retrait, tout comme des dizaines de groupes conservateurs, qui eux-mêmes financent largement les campagnes des républicains.

Il faut lutter! Il ne faut pas que des nations se mettent en avant, il ne faut pas que des individus se mettent en avant, il faut la Nature avant tout!

Concluons donc sur l’image du dernier numéro de la revue d’Earth first ! aux Etats-Unis.

Donald Trump s’y fait symboliquement attaquer par des animaux. Le tuyau est une allusion aux autorisations faites par le président américain de construire un oléoduc géant appelé Keystone XL, reliant les champs de sable bitumineux de la province canadienne de l’Alberta au golfe du Mexique, ainsi que l’olédoc Dakota Access du Dakota du Nord à l’Illinois.

Encore une tribune du Monde appelant à la dépénalisation du cannabis

Le Monde a de nouveau publié une tribune s’exprimant en faveur de la légalisation du cannabis. Son auteur est Yann Bisiou, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles, à l’Université Paul Valéry – Montpellier III.

Son CV nous donne des précisions sur quelques unes de ses activités qu’il vaut le coup de mentionner ici : membre du Conseil Scientifique de l’Office Européen des Drogues et des Toxicomanie (OEDT – Commission Européenne depuis juillet 2002), membre du Conseil Scientifique de la Mission interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (1999-2002), expert juridique auprès de la Commission d’enquête indépendante sur les drogues du Ministère de l’intérieur britannique (1999-2000), expert juridique auprès de l’Union Européenne pour différents programmes de recherches sur la toxicomanie (1996, 1999, 2000), expert associé, conseiller juridique auprès du Programme des Nations-Unies pour le Contrôle International des Drogues (PNUCID), à Vientiane, R.D.P. du Laos (1995-1996)…

Toute cette expertise pour, finalement, appeler à capituler et à considérer que puisque le cannabis va désormais amener une « contravention », alors il faut aller jusqu’au bout de la logique et procéder à la dépénalisation…

TRIBUNE.

Contravention pour usage de cannabis : une fausse bonne idée

Le nouveau ministre de l’intérieur vient de confirmer l’intention du gouvernement de transformer l’usage de cannabis en simple contravention d’ici 3 à 4 mois.

Pour un gouvernement soucieux de maîtriser sa communication, le fait que l’annonce vienne du ministre de l’intérieur et non de la ministre de la santé ou du ministre de la justice est révélateur. L’usage de stupéfiants n’est ni une question de santé publique, ni une question de libertés individuelles ; c’est devenu un problème d’ordre public, une incivilité.

En cela, le gouvernement rompt avec les principes qui justifient depuis l’origine la pénalisation de l’usage des stupéfiants en France. La loi du 31 décembre 1970 avait admis la sanction pénale des usagers pour renforcer l’incitation au soin.

Créer une contravention pour sanctionner sans soigner n’a aucun sens. Soit l’usage de cannabis est un problème de santé publique et la réponse doit être sanitaire, ce qu’une contravention ne permet pas, soit ce n’est pas un problème de santé publique et dans ce cas pourquoi ne pas légaliser l’usage de cannabis comme le font de plus en plus de pays ?

Pas une surprise

Pour autant cette annonce ne constitue pas une surprise. Elle confirme la tendance à aborder la problématique de l’usage de cannabis sous l’angle de « la lutte contre les nuisances publiques ». L’usage est considéré comme un danger potentiel pour la société qui justifie des sanctions en dehors de toute préoccupation de santé.

C’est déjà le cas de l’infraction de dépistage positif au volant qui n’offre aucune alternative sanitaire spécifique et sanctionne l’usager indépendamment de tout risque réel pour autrui (art. L235-1 du Code de la route).

C’est aussi le sens de la décision du Conseil d’État autorisant, le 5 décembre 2016, les tests salivaires en entreprise par un supérieur hiérarchique au nom de l’obligation générale de sécurité de l’employeur. C’est encore la volonté exprimée par Valérie Pécresse de développer le dépistage salivaire dans les lycées en Ile-de-France (Le Monde du 14 janvier 2016), ou la décision de Robert Ménard de mettre ces tests à disposition des parents dans les maisons de quartier à Béziers (Midi Libre web, 25 février 2017).

En théorie, l’usage est un délit puni d’une peine maximum d’un an d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende. En réalité depuis plusieurs années, l’amende est la principale réponse à l’usage simple de cannabis et son montant est en moyenne de 450 €. Cette contraventionnalisation de facto n’a rien apporté, ni aux usagers, ni à la société. L’usage n’a cessé de progresser et les usagers d’être interpellés.

Faciliter la répression

La mesure annoncée par le ministre de l’intérieur n’a d’autre finalité que de faciliter la répression en rendant la procédure plus expéditive.

Elle ne réglera pas la question du trafic et de la délinquance associée. L’amende, plus systématique, va peser sur les usagers les plus précaires et les plus jeunes, ceux qui sont interpellés lors de contrôles d’identités sur la voie publique.

Enfin, elle risque de renforcer une pratique policière condamnée par la Cour de cassation qui consiste à poursuivre les usagers pour « détention de stupéfiants », un délit punit de 10 ans d’emprisonnement (Cour de cassation, 22 février 2017, n° 16-82412).

Parce que les pouvoirs d’enquête sont plus étendus pour un délit que pour une contravention et que tout usager « détient » le cannabis avant de le consommer, la qualification pourra, en effet, varier en fonction des besoins de la procédure.

Au contraire, à l’image de ce qui se met en place au Canada avec les deux projets de loi sur la dépénalisation du cannabis et la prévention de la conduite sous influence des drogues (Projets C45 et C46, 13 avril 2017), c’est à une société plus inclusive pour les usagers de cannabis qu’il faut œuvrer.

C’est le sens de la réduction des risques que Marisol Touraine a voulu conforter dans la loi Santé du 26 janvier 2016 et c’est dans cette voie que le gouvernement devrait s’engager.

Il faut faire l’effort de définir les comportements réellement susceptibles de causer un risque à autrui, prendre en compte la question de l’usage de cannabis, dans la société, au lycée ou dans l’entreprise, pour en réduire les effets les plus néfastes et non persévérer dans une prohibition qui a échoué.

Le tabac se maintient en France et touche davantage les plus pauvres

C’est aujourd’hui la journée mondiale sans tabac et à cette occasion, Santé publique France, qui relève des institutions, a publié hier une étude intitulée « Cigarette électronique, tentatives d’arrêt et arrêt du tabac : un suivi à 6 mois ».

L’article, à vocation scientifique, est payant, ce qui est un manque flagrant d’accès démocratique. Mais comme Le Monde en parle, on a un petit aperçu très instructif :

Fumer est de plus en plus un signe d’appartenance sociale.

Entre 2010 et 2016, le pourcentage de fumeurs quotidiens a continué d’augmenter chez les Français à faibles revenus, passant de 35,2 % à 37,5 % de cette catégorie sociale.

A l’inverse, chez les Français à haut niveau de revenus, cette proportion est passée de 23,5 % à 20,9 % en six ans. (…)

Pour expliquer cette augmentation de la consommation de tabac parmi les catégories sociales les plus défavorisées, l’agence sanitaire avance, pêle-mêle, « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ». (…)

Après une baisse entre 2000 et 2005, puis une hausse entre 2005 et 2010, le Baromètre montre par ailleurs une stabilité globale des chiffres de consommation de tabac.

En 2016, 28,7 % des Français fumaient quotidiennement, contre 29,1 % en 2010.

En ajoutant les 5,8 % de fumeurs occasionnels, la France compte un peu plus d’un tiers de fumeurs (34,5 %).

Un pourcentage élevé qui la place parmi les pires pays occidentaux.

L’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas affichent un quart de fumeurs, l’Italie et la Grande-Bretagne un cinquième, et les Etats-Unis et l’Australie, seulement 15 %.

Quand on fait partie des 10 % des Français qui « profitent de la vie », c’est-à-dire du capitalisme, on a les moyens de se préoccuper de sa santé, on a un certain niveau d’accès aux informations, aux choses de qualité.

Quand on en fait pas partie, les choses sont bien plus difficiles… Au 19e siècle l’ouvrier était maigre et le bourgeois gros, au 21e siècle c’est le contraire.

Les gens des catégories populaires sont piégés culturellement ; ils sombrent dans le pessimisme, et cela veut dire Marine Le Pen et la cigarette, l’impossibilité d’entrevoir une utopie et le refus de croire en la valeur de la culture, qui selon eux est un truc de riches, ou quelque chose qui ne marchera pas.

Comme en plus en France, on rejette la Nature, il y a le déni et le culte de l’individualisme, du « cela me regarde », du relativisme avec le « après tout qu’est-ce qu’on en sait », etc.

Ce qui est alors d’autant plus grave, c’est qu’en France, il y a des gens qui se disent de gauche mais ne voient même pas que la question de la santé publique est essentielle. C’est là aussi la conséquence d’une lecture des choses par un prisme entièrement individuel…

Comme si les addictions étaient un problème « personnel » et non pas un problème de société. Les gens qui tombent dans les addictions ne le choisissent pas : ils sont victimes d’une situation que la société permet, au lieu de faire en sorte qu’elle ne se produise pas.

Il faut, pour éviter les addictions, avoir un certain niveau d’éducation et de culture, avoir également les moyens de faire différemment. Cela signifie être soi-même, être naturel, mais la société permet-elle d’être naturel ? Absolument pas, puisque ce qui compte c’est l’apparence, l’ego, la superficialité, le luxe.

L’effondrement de la barrière de corail

La grande barrière de corail est une sorte de vaste entité vivante de 2300 kilomètres de long, le réchauffement climatique provoque sa mort en raison de l’augmentation de la température de l’eau. En effet, les algues meurent et cela est visible par le blanchissement des coraux, une fois les organismes vivants étant morts.

Le gouvernement australien a fourni hier des données, qui ont largement été diffusé par le suite par les médias.

29 % des coraux de la grande barrière de corail sont morts en 2016. C’est une catastrophe générale.

Et pour expliquer toutefois la mentalité relative à cette information, citons Russell Reichelt, qui dirige l’autorité administrative du parc marin de la grande barrière de corail :

« Nous sommes très inquiets de ce que cela signifie pour la grande barrière de corail elle-même et ce que cela veut dire pour les communautés et les industries en dépendant. »

Difficile de faire plus anthropocentriste, alors que qui plus est le panorama sera le même à la fin de 2017, comme c’est déjà prévu :

« La quantité de coraux qui ont péri lors du blanchissement de 2016 est en hausse par rapport à notre estimation initiale et, actuellement, bien que les rapports soient en cours de finalisation, nous nous attendons à voir un recul supplémentaire de la couverture corallienne à la fin 2017. »

Pourtant, il est flagrant que l’activité humaine a un impact : dans la localité touristique de Port Douglas, 70 % des coraux sont morts, alors que la situation est très grave dans les régions touristiques de Cairns et Townsille.

Voici d’ailleurs un exemple de photographie anthropocentriste mise en avant par l’autorité du parc marin, au nom des « femmes dans la science » : cette esthétique est d’une niaiserie insupportable par rapport à la gravité de ce qui se déroule.

Comment l’humanité dans cinquante ans regardera-t-elle nos générations actuelles, si ce n’est comme des arriérés, des primitifs ?

D’ailleurs, et cela aussi aurait dû permettre une remise en cause de l’anthropocentrisme, en 2015 un « Reef 2050 plan » avait été mis en place. L’UNESCO avait menacé de placer la grande barrière de corail comme un héritage menacé et un plan de sauvegarde a été mis en place.

Mais ce plan n’a plus aucun sens alors qu’en deux ans, 50 % du corail vient de mourir…

D’ailleurs, en 2010 nous parlions des agressions en série contre la grande barrière de corail ; en 2011, nous parlions du fait qu’à l’horizon 2030 60% des coraux de la grande barrière mourraient à ce rythme là…

La catastrophe s’accélère.

C’est, peut-être, là un tournant dans l’histoire de l’humanité. La passivité devant la destruction de la Nature, le refus de voir à un autre niveau que son petit moi, la soumission aux valeurs de compétition et de concurrence, tout cela provoque une série de réactions en chaîne sans commune mesure.

La crise écologiste est inévitable et il s’agit de savoir si, à l’avenir, il y aura bien une partie de l’humanité impulsant une logique entièrement différente, assumant comme principe : la Terre d’abord !

« La Nature, cette force suprême, continue son oeuvre créatrice et réparatrice… »

Puisque nous parlions de Diderot hier, plongeons une nouvelle fois dans le passé.

Nous sommes à l’été 1897 et dans la revue « L’État Naturel et la part du prolétaire dans la civilisation », le militant « naturien » Émile Gravelle publie un long article, dont voici la fin.

Il s’agit d’une tentative de voir différemment le rapport entre l’humanité et la Nature…

La prostitution n’existe pas à l’Etat Naturel

La femme ayant, de même que l’homme, la jouissance complète des biens de la terre, possède donc la même indépendance matérielle et n’obéit qu’ à ses impulsions.

Sitôt nubile, elle subit la loi toute naturelle d’attraction, et si elle se livre à l’homme, ce n’est que sous la poussée des désirs qui incitent à l’acte de génération.

La cause principale de la prostitution dans les pays civilisés, c’est-à-dire en progrès, c’est la misère, le dénuement absolu des choses impérieusement nécessaires comme la nourriture et l’abri.

Elle se produit parfois aussi, mais le cas est moins fréquent, par convoitise des choses de luxe créées artificiellement, telles que toilettes, parures, dignités sociales (!), dont la valeur fictive consiste en leur rareté ( ce qui implique que ne pouvant être mises à la disposition de tous, elles détermineront toujours le sentiment de l’envie).

Toujours hypocrite et menteuse, la Société civilisée (bizarre réunion d’associés, les uns gavés, les autres indigents), la Société, ne voulant point se reconnaître coupable envers la catégorie des prostituées par misère, leur impute des penchants à la luxure, et, complaisamment, les a dénommées : folles de leurs corps ou filles de joie.

Filles de joie, les malheureuses ! Allez leur demander quelles sont les joies du trafic qu’elles opèrent, elles vous répondront que la première est de ne plus sentir la faim.

Mais à l’état naturel, la misère n’existant pas, la prostitution ne peut avoir lieu de ce chef. On a cité dans les relations de voyages aux pays non-civilisés l’exemple de femmes indigènes se livrant aux visiteurs pour la possession d’objets inconnus : rubans, bijoux, colliers de verroterie.

Si cela est exact, c’est la meilleure démonstration de l’influence corruptrice de l’artificiel, et ces femmes ne se fussent pas prostituées pour l’acquisition de choses naturelles, en ayant suffisamment et gratuitement à leur disposition.

L’Humanité recherche le bonheur c’est-à-dire l’Harmonie.

L’être humain si parfaitement constitué et si bien satisfait dans ses besoins par la prodigalité de la terre exempt de soucis matériels, n’a d’aspirations que vers la joie.

Et il peut la désirer avec l’assurance de la posséder et de la ressentir constamment s’il ne s’écarte du milieu favorable ou la Nature l’a placé.

Il peut maintenant constater ce qu’il lui en coûte d’avoir voulu corriger l’oeuvre de sa Productrice et par le seul déboisement du sol, d’avoir compromis l’ordre établi par de longs siècles de formation.

Ayant déréglé le régime de l’air et des eaux, il revoit le chaos initial, l’eau se mélange de nouveau à la terre par l’inondation fréquente et l’éboulement des montagnes ; son être, son corps, déplacé de sa situation normale, quoiqu’encore animé de fluide vital, se décompose, et sa chair tuméfiée et suintante expulse, reconstituées, les substances minérales originelles.

Mais le mal n’est pas irréparable, car la Nature, cette force suprême, continue son oeuvre créatrice et réparatrice ; et la terre reprendrait vite son merveilleux si l’homme voulait bien reconnaître sa présomption et cesser de contrarier l’allure régulière de sa production.

L’Harmonie pour l’Humanité réside en la Nature.

Elle apparaît partout cette harmonie ; dans la division des continents et des mers, dans la disposition topographique du sol, dans les hautes montagnes dont les glaciers, ces réservoirs naturels, alimentent d’eau en été les plus grands fleuves ; dans les collines et les vallons donnant côte à côte et dans la même région des productions différentes ; dans les arbres géants qui sont la protection de l’abondance du sol et êtres qui en jouissent.

Elle apparaît dans la diversité des formes, des couleurs, des parfums et des sons et dans la disposition des organes de notre corps qui nous permettent de les percevoir.

Elle est bien la condition de la vie humaine. Que dans la faune et la flore, le fort dévore ou écrase le faible, qu’importe, si le résultat est au bénéfice de l’homme.

Ce n’est pas l’instant de faire du sentiment, à l’égard des plantes et des animaux ; ayons-en d’abord pour nous-mêmes. Qu’il suffise de constater que nous, êtres privilégiés, n’avons nullement besoin de dévorer notre semblable pour vivre et qu’il est possible d’atteindre un résultat heureux : la suppression de nos souffrances.

« Nous suivons le pur instinct de la nature »

Le véganisme ne doit pas être le point d’arrivée, mais le point de départ ; la misanthropie n’a aucun sens et ne fait qu’utiliser les animaux pour développer un discours pessimiste et fataliste, une protestation vaine et symbolique.

Il faut au contraire partir du fait que l’humanité est bonne, qu’il faut donc l’aider à bien s’orienter. Voici justement un extrait du grand classique de Diderot, le Supplément au voyage de Bougainville.

Les méfaits des valeurs erronées de la civilisation sont dénoncés par Diderot à travers la bouche d’un vieux Tahitien…

Il s’agit de vivre suivant la Nature, de ne pas courir derrière des absurdités ; le Tahitien rejette ceux qui veulent le corrompre lui et les siens : « Va dans ta contrée t’agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques »…

« Au départ deBougainville, lorsque les habitants accouraient en foule sur le rivage, s’attachaient à ses vêtements, serraient ses camarades entre leurs bras, etpleuraient, ce vieillard s’avança d’un air sévère, et dit :

« Pleurez, malheureux Taïtiens ! pleurez ; mais que ce soit de l’arrivée, etnon du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour, vous lesconnaîtrez mieux.

Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voyezattaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au côté decelui-là, dans l’autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices ; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu’eux.

Mais je me console ; je touche à la fin de ma carrière ; et la calamité que je vous annonce, je ne laverrai point.

Taïtiens ! mes amis ! vous auriez un moyen d’échapper à un funeste avenir ; mais j’aimerais mieux mourir que de vous en donner leconseil. Qu’ils s’éloignent, et qu’ils vivent. »

Puis s’adressant à Bougainville, il ajouta : « Et toi, chef des brigands quit’obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommesinnocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur.

Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d’effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien.

Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles desfureurs inconnues.

Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgéspour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommeslibres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage.

Tu n’es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire desesclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-Là, dis-nous àtous, comme tu me l’as dit à moi, ce qu’ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous.

Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis lepied ? Si un Taïtien débarquait un jour sur vos côtes, et qu’il gravât sur une devos pierres ou sur l’écorce d’un de vos arbres : Ce pays appartient auxhabitants de Taïti, qu’en penserais-tu ?

Tu es le plus fort ! Et qu’est-ce que cela fait ? Lorsqu’on t’a enlevé une des méprisables bagatelles dont tonbâtiment est rempli, tu t’es récrié, tu t’es vengé ; et dans le même instant tu asprojeté au fond de ton cœur le vol de toute une contrée !

Tu n’es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l’être, et tu veux nous asservir ! Tu croisdonc que le Taïtien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ?

Celui dont tuveux t’emparer comme de la brute, le Taïtien est ton frère. Vous êtes deuxenfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu’il n’ait pas sur toi ?

Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé tonvaisseau ? t’avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t’avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respecté notre image en toi.

Laisse-nous nos mœurs, elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes. Nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons.

Sommes-nous dignes de mépris parce que nous n’avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu’y manque-t-il, à ton avis ?

Poursuis jusqu’où tu voudras ce que tu appelles commodités de la vie ; mais permets à des êtres sensés de s’arrêter, lorsqu’ils n’auraient à obtenir, de la continuité de leurs pénibles efforts, que des biens imaginaires.

Si tu nous persuades de franchir l’étroite limite du besoin, quand finirons-nous de travailler ? Quand jouirons-nous ? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières, la moindre qu’il était possible, parce que rien ne nous paraît préférable au repos.

Va dans ta contrée t’agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques.

Regarde ces hommes ; vois comme ils sont droits, sains et robustes Regarde ces femmes ; vois comme elles sont droites, saines, fraîches et belles.

Prends cet arc, c’est le mien ; appelle à ton aide un, deux, trois, quatre de tes camarades, et tâchez de le tendre. Je le tends moi seul ; je laboure la terre ; je grimpe la montagne ; je perce la forêt ; je parcours une lieue de la plaine en moins d’une heure.

Tes jeunes compagnons ont eu peine à me suivre, et j’ai quatre-vingt-dix ans passés. Malheur à cette île ! malheur aux Taïtiens présents, et à tous les Taïtiens à venir, du jour où tu nous as visités !

Nous ne connaissions qu’une maladie, celle à laquelle l’homme, l’animal et la plante ont été condamnés, la vieillesse, et tu nous en as apporté une autre ; tu as infecté notre sang. »

Interview d’une personne végane dans une famille qui ne l’est pas

Comment être vegan dans une famille qui ne l’est pas ?

Si auparavant la question ne se posait que rarement de par l’isolement du véganisme, désormais c’est une pratique suffisamment répandue pour qu’il y ait des situations très différentes et parfois compliquées.

Il y a ici matière à réflexion et voici quelques questions posées à Joël, qui est dans cette situation. N’hésitez pas non plus à nous faire part de vos témoignages.

1. Joël, tu es marié et ton couple a des enfants, mais tu es le seul à être vegan dans ta famille. L’étais-tu avant ou bien l’es-tu devenu alors que tu étais en couple ?

Je suis devenu vegan début 2015, donc relativement récemment, après avoir visionné le film Earthlings (Terriens). Bien entendu, c’est aussi l’aboutissement d’une longue réflexion qui remonte loin.

J’avais déjà été végétarien il y a une vingtaine d’années, puis j’ai abandonné après une petite anémie, faute de manger équilibré.

Il faut dire qu’à l’époque les aliments VG étaient quasi introuvables, à part les céréales et les légumineuses qui mettent trois quarts d’heure à cuire… [nous sommes en désaccord complet avec ce propos – LTD]

Mais cela m’a aidé lorsque je suis devenu vegan car j’étais familiarisé avec l’alimentation végétale.

Mon épouse est omnivore et nos deux enfants les plus âgés ont été élevés dans cette habitude alimentaire. Le petit troisième est éduqué de façon « mixte » mais à dominante carnivore, puisque je suis très minoritaire à la maison.

2. Comment se déroulent les repas ? Vis-tu pour ainsi dire à part, ou bien partages-tu les repas, le réfrigérateur, etc ?

Nous mangeons ensemble et partageons le réfrigérateur. En général, je consomme séparément ma nourriture, mais il arrive que je cuisine végétal pour tout le monde et nous mangeons alors tous la même chose.

Ce qui achoppe parfois, ce sont les divergences de vues concernant les équilibres alimentaires.

Pour les omnivores, la viande, les œufs et le poisson sont au centre des apports de protéines, de fer et autres nutriments indispensables. Ce qui fait que les végétaux sont relégués au rôle secondaire d’« accompagnement ».

En revanche, pour les végétaliens, ces apports sont le résultat d’un ensemble d’aliments, combinés ou pas. De ce fait, la structure d’un repas peut différer sensiblement.

C’est pourquoi une sorte d’incompréhension est susceptible de s’installer quelquefois. C’est aussi pourquoi le « simili-carné » peut être une bonne aide soit pour ceux qui ont du mal à se défaire de la viande, soit pour ceux qui souhaitent rester intégré dans leur environnement familial (c’est mon cas) ou professionnel.

3. As-tu l’impression de vivre un compromis inévitable, ou bien espères-tu que les choses vont changer sur ce plan ?

Les deux. A moins de claquer la porte du domicile, je ne vois pas comment je pourrais faire autrement. C’est donc un compromis, auquel d’ailleurs ma famille se plie de bonne grâce.

J’espère aussi que les mentalités vont évoluer. Mais j’ai observé que la gourmandise joue un rôle particulièrement important dans la consommation carnée. « C’est bon, alors pourquoi je m’en priverais »…

Des études ont également montré le caractère addictif de la viande et de certains laitages, notamment le fromage. Par ailleurs, cette nourriture est beaucoup plus accessible à la fois financièrement et pratiquement : vous trouverez du jambon, du pâté ou des boîtes de thon bas de gamme dans n’importe quelle supérette.

Bien sûr, la nourriture végétale basique (céréales, légumineuses, etc.) est peu onéreuse, mais les recettes végétales plus élaborées le sont encore trop, faute de subventions de ces filières et faute de grosse production.

4. Sur le plan de l’éducation, as-tu une démarche particulière ? Comment expliques-tu ton approche différente aux enfants, notamment dans le rapport aux animaux?

Les enfants sont en général sensibles à la souffrance animale.

Mais ici intervient la fameuse « dissonance cognitive », c’est-à-dire le déni consistant à dissocier, dans son esprit, la viande de l’être vivant duquel elle provient.

La publicité est d’ailleurs le summum de la dissonance cognitive triomphante, avec ses poulets plumés qui dansent joyeusement et ses vaches qui ne demandent qu’à donner leur bon lait aux humains plutôt que de le garder égoïstement pour leur veau…

Et les enfants se trouvent être l’une des cibles privilégiées de la pub !

Mon aînée de 13 ans a toujours refusé de manger du lapin, mais cela ne la dérange pas de manger du veau ou de l’agneau. J’ai beau souligner que le veau ou l’agneau sont aussi « mignons » que le lapin, rien ne semble la convaincre que la côtelette ou le gigot dont elle se régale sont prélevés sur des bébés que, vivants, elle adorerait caresser…

Cette réaction est classique. Il en va de même pour une majorité de consommateurs de viande ; on nage en plein irrationnel !

Je procède donc par petites piques provocatrices. S’il y a du jambon à leur menu : « − Vous savez qu’on arrache les testicules des porcelets mâles ? Qu’on leur coupe la queue et qu’on leur lime les dents, et tout ça sans anesthésie ? − Ah bon… Bon ben, on parle d’autre chose !… »

Parfois, je leur suggère de goûter à la viande de chat, de chien… ou d’être humain ; il paraît que c’est très bon !

J’y vais à l’usure, même si la plupart du temps je me heurte au mur du déni. Un jour, peut-être, au hasard d’une vidéo sur internet ou d’une rencontre, ils réaliseront l’énorme supercherie. Je le souhaite de tout mon cœur. Alors, ce que je leur aurai seriné trouvera un écho en eux.

5. Quel est le genre de situation qui te semble difficile à vivre, où il te faut prendre sur toi ?

L’une des situations les plus difficiles à vivre, ce sont les odeurs. Surtout celle de la viande grillée. C’est incroyable comme on perd certaines habitudes.

Aujourd’hui, je ne peux dissocier cette odeur de celle d’un être sensible meurtri et brûlé − ce qu’elle est, précisément !

J’imagine que les parfums des barbecues cannibales devaient en faire saliver plus d’un. De même les festins de chiens en Chine ou en Corée.

Or seule notre culture, c’est-à-dire nos habitudes, nous empêche de nous régaler de ces viandes-là, qui sont taboues en Occident.

De la même façon, seule notre culture nous a appris et nous a autorisés à jouir des odeurs de la chair cuite des cochons, des vaches, des poulets…

6. Quel est inversement le genre de situation où, au contraire, il te semble que tu fais à ta manière vraiment inverser les choses ?

Cette question rejoint la no 4 : ma seule satisfaction est l’espérance qu’un jour mes paroles et mon exemple (en toute humilité !) rencontreront un écho chez mes enfants devenus adultes, voire chez mon épouse.

Pour l’instant, rien n’indique de tels changements…

7. Que dirais-tu aux gens qui considèrent que, au-delà de la complexité de la situation individuelle, ta démarche relève d’une certaine relativisation du véganisme?

Je leur laisse imaginer ce que représente le fait de cuisiner et de manger différemment au quotidien lorsqu’on est très minoritaire et que le temps est compté.

Si je vivais seul, je ne mangerais certainement pas de « steaks » ni de « saucisses » en simili-carné.

Mais je trouve néanmoins pratique de disposer d’aliments 100 % végétaux qui peuvent être consommés en même temps que d’autres qui sont carnés. Socialement, c’est très important.

Comme je l’ai mentionné, il m’arrive fréquemment de préparer des plats complets à base de céréales, légumineuses, etc., qui n’évoquent pas la viande, ni par le goût ni par l’aspect, et je m’efforce qu’ils soient suffisamment goûteux (malheureusement, je ne suis pas un cordon bleu !).

J’explique à ma petite famille que c’est un plat complet, qu’il n’y a pas besoin de manger de viande ou de poisson avec ça. Mais je ne peux pas imposer cela à tous les repas, ne serait-ce que parce que ma femme aussi cuisine…

Je trouve illusoire d’imaginer que l’appétence pour le goût carné puisse disparaître du jour au lendemain, y compris chez certains vegans.

Je refuse donc aux « gardiens du Temple » le droit de juger qui est « vraiment » vegan et qui ne l’est pas.

Si l’on y réfléchit bien, il se présente deux sortes de vegans : ceux qui le sont depuis leur naissance (encore peu nombreux) et ceux qui le sont devenus (largement majoritaires). Ceux qui sont nés dans une famille vegan ont reçu de leurs parents des habitudes alimentaires au même titre que les carnivores ; ils n’ont donc aucun motif d’autosatisfaction.

Ceux qui sont devenus vegans ont par définition été omnivores auparavant, et savent donc combien il est difficile, dans notre société, de faire des choix alternatifs.

La capacité à ouvrir les yeux est avant tout liée à la compassion qu’on ressent. Or tout est fait pour faire oublier au consommateur la provenance de la chair animale, du lait et des œufs, et la manière dont ils sont produits. Bien entendu, les choses avancent.

La venue au véganisme peut être subite comme progressive, il n’y a pas de règle. Pour ma part, j’y suis venu du jour au lendemain, par simple souci de cohérence.

Mais je comprends aussi que beaucoup de gens prennent leur temps, y compris parce qu’ils ne veulent pas voir la réalité en face. Comme vous, je suis indigné, révolté par la société carniste. Que pouvons-nous y faire, à part essayer de les convaincre, faire appel à leur compassion et donner l’exemple ?