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    Document : la vénerie sous terre

A Rio, le terrain de golf empiète sur le territoire des animaux sauvages

Le conflit entre le développement de l’humanité sous la forme actuelle et la Nature trouve une illustration assez étrange avec le parcours de golf aux jeux olympiques. Le golf est une activité absurde, bloquant des espaces sous la forme de gazon utilisant énormément d’eau juste pour que des personnes célèbrent le fait d’appartenir à des couches sociales très privilégiées.

Là, le parcours olympique se confronte directement à un environnement sauvage

Les meilleurs golfeurs de la planète, engagés à partir de jeudi 11 août dans le tournoi olympique, ont intérêt à rester sur leurs gardes. Le danger rôde en effet sur le parcours où de nombreux animaux sauvages se sont installés ces derniers mois. Le site de golf, construit dans la zone marécageuse de Marapendi, oblige les athlètes à cohabiter avec quelques créatures assez effrayantes comme des caïmans, des singes et des boas constrictors.

Rien que ça.

Pour rassurer golfeurs et spectateurs, les organisateurs des Jeux Olympiques de Rio ont prévu une parade en cas d’intrusion : des dresseurs seront ainsi placés tout au long du parcours pour capturer et évacuer ces animaux dangereux. Si les caïmans sont parfois des partenaires de jeu insolites sur certains greens de Floride, une autre espèce inquiète davantage Mark Johnson, le responsable du parcours. Ce sont les capybaras, les plus gros rongeurs vivant de la planète, de la taille d’un chien. “Ils mangent l’herbe durant la nuit. Il y en a entre 30 et 40 à l’intérieur du périmètre du parcours. Mais eux, ils vivent ici, nous, on joue au golf. Alors, il faut qu’on coexiste…”, reconnaît Johnson, cité par le site de Métro.

Les golfeurs ne devraient pas s’attarder sur les trous n°2, 3, 5 et 9, situés juste à côté de lacs où vivent des caïmans. Ils surveilleront aussi les arbres autour du green du trou n°12, où des singes ont élu domicile. Sans oublier des chevêches des terriers, une variété de chouettes, qui font leur nid dans des zones sablonneuses. “Je pense qu’elles sont allées dans 80% des bunkers”, explique Mark Johnson.

Pas simple alors de réaliser une sortie de bunker propre si la balle est enfouie dans le trou percé par ces oiseaux. Et le règlement ne semble pas très précis dans ce cas de figure assez particulier. “On ne va pas les combler, on va faire avec. Les joueurs ne seront pas trop contrariés, on leur donnera simplement un drop gratuit”, ajoute le responsable du parcours. Cela promet des parties riches en obstacles en tout genre….

Et sur cette page en anglais, se trouve une vidéo de présentation avec les capybaras.

Tout cela est presque une allégorie de l’évolution actuelle, avec la Nature subissant les assauts d’une humanité connaissant un développement absurde, avec un mode de vie soutenu par les plus riches et basculant toujours davantage dans la destruction écocidaire et dans l’individualisme le plus forcené.

De voir ces golfeurs s’activer au milieu d’un environnement sauvage est quelque chose d’impressionnant, tellement la contradiction est flagrante, tellement l’agression ouverte de la Nature saute aux yeux…

 

Présentation apocalyptique du rapport annuel sur le climat

Le rapport sur le climat pour l’année 2015 à été rendu public par l’agence météorologique des Etats-Unis, qui a été supervisé par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), avec la participation de 450 scientifiques, de 62 pays.

Les médias en ont largement parlé, assumant un ton catastrophiste tranchant avec le relativisme des années précédentes. On est passé du relativisme à l’expression d’une sorte de banalité de la catastrophe.

En fait, les médias alignent les chiffres, mais ne savent pas quoi en faire. On apprend ainsi que la température mondiale pour 2015 à été supérieure d’à peu près 0,45°C à la moyenne de la période entre 1980 et 2010, ce qui fait que le triste record de 2014 à été battu de 0,15°C.

Mais bien sûr les médias ne peuvent y ajouter une conclusion, il faudrait qu’ils assument qu’il faut tout remettre en cause. Étant eux-mêmes une partie de ce qu’il faut changer, ils ne peuvent que constater. Constater que l’océan n’a cessé de voir son niveau monter, avec 70 millimètres de plus que la moyenne enregistrée en 1993, année du début de l’utilisation des satellites pour les mesures.

Les médias en ont fait une présentation apocalyptique, c’est une démarche très religieuse qui est mise en avant, avec dans l’idée  la normalité de la destruction de la planète.

L’idée est que tout cela relève de la tragédie, que rien ne peut être fait contre cela. Tout cela serait inéluctable, seule l’indifférence individuelle serait la réaction normale, pour survivre dans un monde à l’agonie.

Il suffit de se rappeler d’ailleurs que les religions ont encore un poids énorme pour l’humanité aujourd’hui, et toutes valorisent la vie au-delà de ce monde, présentant la planète comme un lieu de malheur, de douleur, comme une vallée de larmes, comme un lieu d’apocalypse.

Le résultat est que les institutions tentent de prétendre gérer, comme avec la COP 21, alors qu’en réalité tout le monde sait très bien que le système fonctionne au jour le jour et que de toutes manières les intérêts des grandes entreprises ne seront jamais menacés de par leur importance économique.

De toutes manières, si l’on regarde les réactions des gens, elle est simple. Soit il y a indifférence, surtout chez les jeunes, soit il y a incompréhension. Les gens ne savent pas par où commencer, ni quoi faire. Ce problème semble tellement énorme… A cela s’ajoute les partisans du moindre effort, surtout les associations comme Greenpeace ou le WWF, qui limitent l’activité proposée au financement et à quelques comportements importants, mais certainement pas une fin en soit.

Ce qui manque c’est la compréhension que sans lutte à l’échelle de la planète elle-même, rien ne sera suffisant. Le sens du slogan la Terre d’abord! est justement de se placer au niveau général afin de réellement se confronter à la destruction anthropocentrique.

Il est ainsi très important que les informations concernant le réchauffement climatique ne soient pas présentées comme des abstractions, mais toujours dans une perspective concrète, en indiquant qu’elle vision du monde il faut développer pour briser la dynamique dominante qui est un véritable écocide.

Rapport PNUE-INTERPOL : la valeur des atteintes à l’environnement a augmenté de 26 %

Interpol a publié un communiqué de presse concernant les “atteintes à l’environnement” et leurs terribles progressions.

C’est une démonstration de plus de la catastrophe que subit notre planète. En plus de tout ce qui est légal, le capitalisme illégal est d’une puissance toujours plus immense, avec la déforestation, l’exploitation de minerais, la pêche, le trafic de déchets, le trafic d’animaux…

NAIROBI (Kenya) – La valeur des atteintes à l’environnement a augmenté de 26 % par rapport aux estimations précédentes, atteignant aujourd’hui un montant compris entre 91 et 258 milliards d’USD contre 70 à 213 milliards en 2014, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et INTERPOL.

La Hausse des crimes contre l’environnement, publié à la veille de la Journée mondiale de l’environnement (JME), démontre que des lois laxistes et des forces de sécurité souffrant de financements insuffisants permettent à des réseaux criminels organisés et à des groupes rebelles armés de s’enrichir grâce à un commerce qui alimente les conflits, dévaste les écosystèmes et menace les espèces sauvages d’extinction.

Le Directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner, affirme : « L’augmentation des atteintes à l’environnement partout dans le monde est très préoccupante.

Les vastes sommes d’argent générées par ces crimes méprisables alimentent l’insécurité et maintiennent en activité des organisations criminelles internationales extrêmement sophistiquées. Il est essentiel que le monde agisse dès maintenant afin de combattre cette menace grandissante avant qu’il ne soit trop tard. »

D’après ce rapport, la criminalité environnementale dépasse de loin le trafic illégal d’armes légères, pourtant évalué à quelque 3 milliards d’USD. Il s’agit de la quatrième activité criminelle la plus lucrative au monde après le trafic de drogues, la contrefaçon et la traite d’êtres humains.

Les pertes financières résultant d’atteintes à l’environnement sont 10 000 fois plus importantes que les sommes engagées par les agences internationales pour lutter contre ce phénomène – entre 20 et 30 millions d’USD.

« Les atteintes à l’environnement se multiplient à un rythme alarmant. La complexité de ce type de criminalité exige une intervention multisectorielle soutenue par une collaboration transfrontalière.

Avec ses capacités policières mondiales, INTERPOL est résolument engagé à collaborer avec ses pays membres afin de lutter contre les réseaux criminels organisés responsables d’atteintes à l’environnement », a déclaré le Secrétaire Général d’INTERPOL, Jürgen Stock.

La dernière décennie a vu la criminalité environnementale augmenter d’au moins 5 à 7 % par an.

Cela signifie que les atteintes à l’environnement, qui comprennent le commerce illégal d’espèces sauvages, les infractions commises par des entreprises du secteur forestier, l’exploitation et la vente illégales d’or et d’autres minéraux, la pêche illégale, le trafic de déchets dangereux et la fraude aux crédits carbone, progressent 2 à 3 fois plus rapidement que le PIB mondial.

Plus d’un quart de la population mondiale d’éléphants a également été abattue au cours de la dernière décennie.

Chez certaines espèces parmi les plus vulnérables de la planète, dont les éléphants et les rhinocéros, le rythme des pertes augmente de plus de 25 % par an depuis dix ans.

Au cours de la même période, des braconniers ont tué en moyenne 3 000 éléphants par an en Tanzanie. Cela représente une valeur marchande de 10,5 millions d’USD pour les trafiquants d’ivoire, un montant cinq fois supérieur au budget national consacré à la conservation des espèces sauvages.

Ce rapport préconise l’adoption de mesures fortes, d’un cadre législatif solide et de sanctions sévères aux niveaux national et international, y compris de dispositions visant à perturber le fonctionnement des paradis fiscaux, une augmentation considérable du soutien financier à la mesure de la grave menace que fait peser la criminalité environnementale sur le développement durable, ainsi que des incitations économiques et des modes de subsistance différents pour les personnes situées en bas de la chaîne de la criminalité environnementale, telles que les braconniers.

Le parc des Nébrodes visé par la mafia utilisant des chats comme torches vivantes

Ces dernières semaines, des actes particulièrement cruels envers les chats en Italie ont eu un petit écho. Au nord de la Sicile, dans le parc régional de la région montagneuse des Nébrodes, de nombreux feux de forêt ont été déclenchés par des tissus enflammés accrochés à des chats, au niveau de leur queue.

Les chats, eux-mêmes arrosés d’essence  également, deviennent alors des torches vivantes. Apeurés ils courent à travers la forêt, provoquant des incendies avant d’agoniser.

Cette méthode est la norme de la part de la mafia, car elle permet de rendre très difficile  le fait de retrouver les départs de feu et donc la trace des criminels.

Difficile par conséquent de savoir dans quelle mesure elle a été généralisée pour les 800 feux qui se sont déclenchés pratiquement simultanément, en 48 heures, au sein du parc régional, détruisant 6 000 hectares sur 86 000…

Néanmoins, on a compris l’arrière-plan barbare, dans tous les cas. L’impunité criminelle s’exprime ici en toute limpidité.

Le but de la mafia est bien sûr de profiter de ces incendies, soit de manière traditionnelle dans des opérations immobilières sur les terrains “libérés”, soit plus récemment en s’appuyant sur des entreprises de reforestation phagocytées et profitant de subventions.

C’est aussi un moyen de faire pression sur l’Etat pour maintenir les emplois des 23 000 personnes qui en Sicile travaillent dans le secteur forestier, largement infiltré par la mafia. Rien que le mois dernier 180 personnes ont été licenciées en raison de leurs liens avec des entreprises criminelles…

Bien entendu, ce sont de grandes sommes qui sont en jeu, car il y a des subventions de centaines de millions d’euros de l’Union Européenne…

Quant au directeur du parc régional de la région montagneuse des Nébrode, Giuseppe Antoci, il doit à ses gardes du corps d’avoir échappé aux coups de feu qui le visaient en mai dernier.

C’était une attaque de la Cosa Nostra, en plein milieu du parc, les cocktails molotov étant prêts pour l’incendie alors qu’un 4×4 attendait les assaillants pour les faire disparaître rapidement…

Voici une présentation du parc, venant du site officiel, pour bien montrer la valeur naturelle de celui-ci. L’explication est ici très “universitaire”, mais elle donne un bon aperçu de ce qui est menacé.

Les Arabes décrivirent les Nebrodi comme “une île dans l’île”, et la raison de telle définition apparaîtra très claire au visiteur qui s’apprête pour la première fois à découvrir ce territoire surprenant : les riches forêts suggestives, les vastes pâturages de haute montagne, les lacs silencieux et les torrents contrastent avec l’image commune d’une Sicile aride et brûlée par le soleil.

Dès que l’on laisse la côte et que l’on commence à monter, il est possible de reconnaître immédiatement des étages de végétation précis, qui dépendent non seulement de l’altitude mais aussi de facteurs physiques particuliers qui, avec la température et les précipitations pluvieuses et neigeuses abondantes, créent des situations écologiques favorables.

L’étage méditerranéen (du niveau de la mer jusqu’à 600-800 mètres) est caractérisé par le typique maquis méditerranéen sempervirent, dominé par l’Euphorbe, le Myrte, le Lentisque et le Genêt, et où l’on reconnaît des éléments arborescents aux feuilles étroites tels que l’Arbousier, le Chêne-liège et le Chêne vert.

La suberaie (des formations intéressantes se situent surtout dans la zone de Caronia) est présente à l’état pur lorsque le climat et le sol sont favorables ; dans la plupart des cas, cependant, elle est associée à d’autres espèces tels que le Chêne vert et le Chêne pubescent, avec un riche sous-bois.

Au dessus des 800 mètres, et jusqu’aux 1 200-1 400 mètres, se trouve l’étage supraméditerranéen, caractérisé par la présence des chênes de caducifoliés. Les différentes espèces présentes, telles que le Chêne pubescent, le Chêne rouvre et le Quercus gussonei, forment des peuplements plus ou moins importants en fonction des substrats géologiques et de l’exposition des versants. Le Chêne chevelu est aussi très commun, et il devient dominant dans les zones les plus fraîches, surtout dans celles exposées au nord.

Au dessus des 1 200-1 400 mètres d’altitude, l’étage montagnard méditerranéen se caractérise par la présence des hêtraies, des formations boisées splendides qui couvrent l’entière crête des Nebrodi, pour un total de 10 000 hectares, et qui forment des milieux de grande valeur naturelle et paysagère.

Dans les parties les plus élevées le Hêtre vit presque à l’état pur : on y trouve seulement de rares exemplaires de Érable blanc, Érable champêtre et Frêne. Parmi les espèces du sous-bois, outre qu’au Houx, au Petit houx, à l’Aubépine et à la Daphne, l’on trouve le If, une espèce relicte très vivace qui survit dans des conditions microclimatiques très localisées. (…)

Grâce à sa haute variété environnementale, le Parco dei Nebrodi accueille des communautés faunistiques riches et complexes : nombreux petits mammifères, reptiles, amphibiens, nombreuses espèces d’oiseaux nicheux et migrateurs, un nombre élevé d’invertébrés.

Parmi les premiers il faut mentionner le Porc-épic (Hystrix cristata), le Chat sauvage (Felis sylvestris) et la Martre (Martes martes), qui sont des espèces très rares ; parmi les reptiles, la Tortue d’Hermann (Testudo hermanni), et surtout la Cistude d’Europe (Emys orbicularis) ; parmi les amphibiens, enfin, le Discoglosse peint (Discoglossus pictus) et la Grenouille verte (Rana esculenta). 150 espèces d’oiseaux ont été classées sur les Nebrodi, dont quelques endémismes de grand intérêt tels que la Mésange Nonnette de Sicile (Parus palustris siculus) et la Mésange à longue queue de Sicile (Aegithalos caudatus siculus).

Les zones aux limites des bois accueillent nombreux rapaces, tels que la Buse variable (Buteo buteo), le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus), le Lanier (Falco biarmicus), le Milan royal (Milvus milvus) et le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), tandis que les zones rocheuses escarpées et fissurées des Rocche del Crasto sont dominées par l’Aigle royal (Aquila chrysaetos). Le Grèbe castagneux (Podiceps ruficollis), la Foulque macroule (Fulica atra), la Bergeronnette des ruissaux (Motacilla cinerea), le Cincle plongeur (Cinclus cinclus) et le Martin-pêcheur (Alcedo atthis) préfèrent les zones humides, tandis que sur les pâturages l’on peut observer la désormais rare Bartavelle de Sicile (Alectoris graeca whitakeri), l’incomparable huppe de la Huppe fasciée (Upupa epops) et le vol puissant du Grand corbeau (Corvus corax).

Parmi les oiseaux de passage il vaut la peine de mentionner l’Echasse blanche (Himantopus himantopus) et le Héron cendré (Ardea cinerea). Les invertébrés, enfin, sont très nombreux.

Des études scientifiques récentes ont donné des résultats surprenants : sur un total de 600 espèces recensées, concernant une petite partie de la faune existante, 100 espèces sont nouvelles pour Sicile, 25 pour l’Italie et 22 pour la science. Parmi les formes les plus importantes du point de vue paysager, il faut mentionner les papillons (plus de 70 espèces) et les Carabidés (plus de 120 espèces).

Notre-Dame-des-Landes : la position de l’ACIPA sur les résultats de la consultation

Voici le communiqué de l’ACIPA suite aux résultats de la consultation de dimanche. Nous ne le comprenons pas du tout.

Il n’y aucune autocritique,  par contre il y a un déni total de la réalité et des rapports de force. Au lieu d’aller vers un saut qualitatif vers la défense de la Nature, seule position tenable, on a un repli mélangeant esprit procédurier et contestation en mode “petite production”.

Il est pourtant évident que pour débloquer la situation, il faut élargir le terrain et approfondir la compréhension de ce qui est en jeu…

Notre détermination reste intacte après une consultation savamment orientée !

Communiqué de presse – Notre-Dame-des-Landes, le 27 juin 2016

L’ACIPA, malgré ses réserves, avait choisi de faire campagne pour le NON aux côtés des autres organisations de la Coordination des opposants.

Il était naturellement impensable de laisser le champ libre aux porteurs du projet et de ne pas profiter de cette fenêtre médiatique pour dénoncer sans cesse leurs mensonges et continuer à porter à la connaissance du plus grand nombre les justes raisons de son long combat sur un dossier si complexe.

Qu’aurait-on entendu si l’écart des voix avait été bien supérieur par absence d’un des deux camps ?

Notons déjà que seuls 27,84% des électeurs inscrits ont dit OUI et que 22,65% ont dit NON, soit 5 points d’écart…

Dès que nous avons eu connaissance du lancement de cette consultation, nous avons dénoncé le périmètre honteusement réduit à un seul département alors qu’on nous vend depuis des décennies un aéroport « du Grand Ouest » et que l’État, ainsi que les Régions de Bretagne et Pays de la Loire, contribueraient largement au financement et devraient assumer les conséquences économiques et écologiques du projet.

Nous dénonçons à présent la méthode de sa réalisation.

Du financement public a été utilisé dans la campagne (campagne d’affichage financées par la Région par exemple, dont la couleur bleue ne doit rien au hasard). La CCI a submergé les entreprises de mails, affiches, autocollants, le président de l’Association des Maires de Loire Atlantique a abusé de son mandat pour faire campagne…

Nous dénonçons la partialité du document d’information au public rédigé par la CNDP (Commission Nationale de Débat Public). Une analyse précise de ce document, faite par l’Atelier Citoyen, en pointe les défauts. A la question sur l’adoption du document à l’unanimité de la commission, M. Leyrit, son président, s’est d’ailleurs retranché derrière un soi-disant secret des délibérations. On peut en déduire facilement que cette unanimité n’a pas été atteinte.

Nous aurions bien sûr aimé que le résultat des urnes, malgré tous ces handicaps, nous soit favorable, néanmoins, nous ne ressentons pas d’amertume, au contraire.

Une rapide analyse des résultats par secteur géographique est riche d’enseignements.

À Nantes, le raz de marée en faveur du OUI que les proAGO appelaient de leurs vœux, n’a pas eu lieu : il s’en est fallu de 100 voix pour que Nantes bascule dans le camp du NON. Le centre-ville n’a pas plébiscité le transfert de Nantes-Atlantique. Les mensonges des porteurs du projet n’ont pas eu prise sur les Nantais.

Sur le territoire de la Communauté des Communes Erdre et Gesvres, celle où devrait s’implanter le projet, force est de constater que la campagne ordurière du président de Région concernant les « zadistes » qu’il fallait « dégager », n’a pas été approuvée puisque le NON l’emporte dans 8 communes sur 12. La majorité silencieuse vivant à proximité du projet est bien opposée à ce dernier et connaît la réalité de ce qui se vit à Notre-Dame-des-Landes.

Au Sud Loire aussi le NON a fait des scores contrastés. Bouguenais ne souhaite pas autant qu’on veut bien le dire le départ de son aéroport puisque le résultat est extrêmement serré sur cette commune. Et que dire de Rezé, Saint-Sébastien-sur-Loire, Le Pellerin, Saint-Jean-de-Boiseau ou La Montagne qui refusent le transfert.

Le Nord du département par contre, secteur oublié et sans doute illusionné par les fausses promesses d’emploi a, lui, suivi aveuglement ses notables favorables au « transfert ».  Nous devrons donc renforcer nos actions d’information dans ce secteur à l’avenir.

Pour conclure, nous reviendrons sur la campagne exceptionnelle qui a été menée par la Coordination. Nous remercions tous les bénévoles, pour leur énergie inépuisable, ainsi que tous les collectifs qui ont permis cette formidable mobilisation et nous les remercions les électeurs pour leur confiance dans  l’action de l’ACIPA au quotidien.

Les soutiens nationaux (et même internationaux) continuent de se tenir à nos côtés en envoyant des messages de soutien.

Nous l’avons dit dès le début, cette « consultation » n’était qu’une étape. Le camp du NON sort renforcé de cette nouvelle épreuve, l’opposition a convaincu. Les comités de soutien sont au travail et sont prêts à venir sur le terrain.

Les prochaines étapes sont le rassemblement estival de la Coordination des opposants les 9 et 10 juillet à Montjean (Notre-Dame-des-Landes), le suivi de la procédure d’appel sur les recours loi sur l’eau et espèces protégées, l’attente de la réponse de la France aux questions portées par la Commission Européenne dans le cadre du contentieux environnemental, étudiée dans le SCoT Nantes- Saint-Nazaire dans quelques semaines.

Nous serons aussi très vigilants à ce que les suites du dossier entamé par les experts du Ministère de l’Environnement en février ne restent pas lettre morte.

L’ACIPA continue le combat, notamment juridique sur le fond du dossier, ainsi que l’information continue en direction des citoyens, pour le respect de la planète et des générations futures dans l’esprit porté par la COP 21.

L’ACIPA  continuera de s’opposer aux expulsions des habitants de la zone définie dans la DUP et à exiger que le Président de la République honore ses engagements locaux : « pas de travaux ni d’expulsion, tant que les recours juridiques ne sont pas tous épuisés ».

Il n’y aura pas d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Notre-Dame-des-Landes : le oui l’emporte à la consultation

Malheureusement, le « oui » l’a emporté lors de la consultation concernant l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, avec 55,17%. C’est un résultat qui ne peut que nous attrister, surtout avec une participation de 51,08%.

On ne peut pas dire que la question de Notre-Dame-des-Landes n’était pas connue, qu’il n’était pas facile de connaître les enjeux. Mais c’est l’esprit tourné vers la « réussite économique » qui a primé, sans aucune réflexion sur la Nature, sur la logique totalement commerciale et délirante d’un vaste aéroport comme celui prévu.

Le piège de la consultation a été de poser la question sous forme de celle du « développement » et dans le cadre du chantage à la mondialisation et à la concurrence internationale, sans parler de la question de l’emploi, le piège était grand.

Voici une carte proposée par Ouest-France, montrant où le oui et le non sont respectivement majoritaires : on voit clairement la tendance.

Faut-il pour autant expliquer que la consultation a été biaisée, que tout n’a formé qu’un piège ? C’est ce que pensent les principaux opposants au projet, avec d’un côté l’ACIPA et de l’autre les zadistes.

Mais ce serait très facile de penser cela. Il y a une part de vérité, bien sûr, car les institutions n’auraient pas organisé la consultation sans espoir de succès, ni sans mettre les moyens pour y parvenir.

Reste qu’il n’y a pas eu de vaste mobilisation populaire, de projet de société alternatif visible et pour cause : la Nature n’a jamais été prise en considération.

La question de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes s’est vue réduite à son aspect environnemental, au mieux, car c’est surtout devenu un point de fixation pour des gens cherchant à vivre dans leur coin, de manière autosuffisante, avec une sorte de modèle médiéval…

C’est tellement vrai qu’il semble bien qu’ils n’ont pas compris l’enjeu de la consultation et qu’ils ne voient pas que la répression va désormais être générale, et d’une bien autre proportion que jusqu’à présent.

Il y a ici une part de naïveté, mais de naïveté voulue, car ces gens ne veulent pas changer la France et encore moins le monde. Ils ne sont pas universels, ils veulent vivre leur vie à leur manière, voilà tout.

Ils n’ont pas de sens d’abnégation pour les animaux, ils ne reconnaissent pas la Nature. Par conséquent, il ne peut en ressortir rien de positif.

Une victoire du « non » à la consultation les aurait obligé à porter quelque chose de plus grand, cela aurait pu faire avancer les choses, c’est dommage. Nous avions apprécié la ZAD à son début, alors que tout restait possible, avant le tournant « localiste ».

La consultation sur Notre-Dame-des-Landes a vraiment marqué la fin d’une époque et d’ailleurs, il faudra se souvenir de ceux qui n’ont pas mobilisé pour la victoire du « non », participant au triomphe d’un apolitisme général insupportable, d’un mépris pour la Nature qui dépasse l’entendement.

Le Conseil d’Etat valide la consultation sur Notre-Dame-des-Landes

“Le « référendum » sur Notre-Dame-des-Landes est-il légal ?” se demandait hier le journal Le Monde, alors que le Conseil d’Etat, réuni  en formation collégiale de neuf juges, l’a justement validé.

Pourtant, tout le monde sait très bien que dans un pays républicain et centralisé comme le nôtre, une consultation partielle est impossible : c’est s’opposer au principe général de citoyenneté.

Il n’y a pas de différence légale entre une parisienne et un bordelais et par conséquent, l’Etat ayant décidé pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, tous les “citoyens” devraient participer à la “consultation” et non pas seulement les 968 000 électeurs de Loire-Atlantique.

Ce terme n’a lui non plus pas de sens, car normalement la souveraineté revient au peuple. On ne demande pas son avis au peuple : c’est lui qui décide. Normalement…

Car à l’arrière-plan, on retrouve la question du profit. Le journal des entreprises constate ainsi :

Pas moins de douze réseaux économiques ainsi que des entreprises parmi lesquelles InVivo NSA, poids lourd de l’économie morbihannaise, disent oui au projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes. “Nous représentons plus de 2.000 entreprises, employons plus de 50.000 personnes, et nous voulons manifester notre soutien pour l’économie et l’emploi de nos générations futures.”

Pour en revenir à la question de la décision du Conseil d’Etat, voici comment Le Point (une revue de droite) raconte pourquoi il a été fait appel à lui.

Les deux principales associations opposées au projet, l’Acipa et le Cédpa, ainsi qu’Attac 44 et trois couples, expulsables depuis le 25 janvier, attaquaient devant le Conseil d’Etat le décret organisant cette consultation populaire, juridiquement non contraignante mais dont François Hollande avait affirmé qu’elle serait décisive.

Les associations avançaient que la question posée était “ambiguë”, puisqu’elle passait sous silence le maintien d’une activité industrielle sur l’aéroport nantais, à la demande de l’avionneur Airbus, et que la consultation en elle-même n’était pas “sincère”, car portant sur un projet déjà très avancé. (…)

La juridiction administrative a également balayé toute contestation du périmètre de la consultation, jugeant qu’en application du code de l’Environnement, “l’aire couverte par la consultation correspond au seul département, et non à la région, lorsque, comme c’est le cas en l’espèce, la préfecture de département avait été désignée, en cette qualité, comme lieu d’enquête”.

“Pas étonné” non plus du rejet de ce nouveau recours, qui s’ajoute à “154 décisions précédentes” perdues par les opposants, Alain Mustière, le président de l’association pro-aéroport “Des ailes pour l’Ouest”, a fustigé une stratégie de “communication pure”, qui “ne sert qu’à troubler les électeurs” quelques jours avant la consultation.

Ce n’est malheureusement pas faux : il est facile de voir que les opposants à l’aéroport, refusant de poser la question en termes de défense de la Nature, se cantonnent dans des voies juridiques, associatives, zadistes, etc.

Cela masque la véritable question de fond. Dans 50 ans, la question de la réalisation ou non de l’aéroport de  Notre-Dame-des-Landes ne sera vu qu’à travers le prisme environnemental. Personne ne s’intéressera aux arguties juridiques qui n’ont aucun sens devant les rapports de force.

D’ailleurs le Conseil d’Etat va de nouveau examiner une autre requête dénonçant le caractère local de la consultation. Sauf que l’Etat a paré le coup par l’intermédiaire d’une ordonnance faite en avril autorisant à “consulter les électeurs d’une aire territoriale déterminée afin de recueillir leur avis sur un projet d’infrastructure ou d’équipement susceptible d’avoir une incidence sur l’environnement”.

Officiellement, ce n’est pas un référendum, simplement une consultation… Même si en réalité, c’est bien un référendum. Tout cela montre bien que l’Etat cherche à embrouiller le tout, alors restons simples : il faut protéger la Nature, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes va dans le sens contraire et est donc à rejeter.

Condamnation de Daniel Amblevert

C’est un exemple parmi tant d’autres, mais celui-ci est très parlant de ce qui se cache derrière l’éloge de la « ruralité ».

L’histoire est la suivante : il y a en Gironde un canal artificiel de six kilomètres de long. Daniel Amblevert, maire de Sainte-Florence, qui est un village de 130 personnes, décide alors de procéder à son « nettoyage ».

Cela avait déjà été fait plusieurs fois et il a donc décidé de recommencer, en octobre 2011. Cela lui fut d’autant plus facile qu’il est vice-président de la communauté de communes, s’occupant notamment de l’environnement, des bassins-versants et des berges de la Dordogne.

Sauf qu’on ne nettoie pas un cours d’eau comme cela, même en prétextant des inondations. Il y a des lois, notamment une loi sur l’eau, datant de 2006. On sait bien qu’elles ne valent pas grand choses, ces lois, mais enfin il y en a.

La loi sur l’eau, c’est l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) qui s’en occupe et il n’a pas apprécié ce nettoyage lorsqu’il s’en est aperçu en janvier 2012.

Sauf que Daniel Amblevert est une figure emblématique de la « ruralité ». C’est-à-dire, en français, que c’est un notable, avec en arrière-plan le business. Il est d’ailleurs président de la Fédération Française de la Pépinière et sa pépinière représente :

2 millions de plants en 2015, dont 730 000 plants en pots

32 ha de vignoble AOC Bordeaux dont 12 ha en parcelles de multiplication clonale

50 ha de terres à céréales dont 30 ha à vocation pépinières

30 clones parmi les plus qualitatifs du bordelais

Un parc de vignes mères de porte-greffes

2300 m3 de chambres frigorifiques

3500 m2 de serres totalement automatisées

On est loin du petit paysan de l’image d’Epinal…

Quand l’entreprise s’est agrandie en 2015, plus de trois cent personnes assistaient à l’inauguration, avec notamment Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole.

Lorsque le procès pour « activité nuisible au débit de l’eau et à la vie aquatique » a commencé, Daniel Amblevert a donc eu un soutien massif, avec un rassemblement de 200 personnes, dont une dizaine d’élus et d’agriculteurs.

Le procès avait lieu au tribunal correctionnel de Libourne et afin de faire pression, étaient présents dans la salle Gérard César, député UMP, Florent Boudié, député socialiste, le maire socialiste de Libourne Philippe Buisson, ainsi que le président de la Communauté d’agglomération du Libournais Gilbert Mitterrand (désormais il s’agit de Philippe Buisson).

Patrick Vasseur, le président de la FDSEA de Gironde, prendra même la parole pendant l’audience pour défendre Daniel Amblevert… Le journal Sud-Ouest parle d’une salle « bouillante » durant le procès…

Pour donner l’ambiance et la vision du monde de ces gens-là, citons Vitisphère, un site dédié à la vigne :

Max Despagne, 81 ans, viticulteur à la retraite, installé à Flaujagues, est remonté comme une pendule.

Depuis le début de l’affaire, il soutient Daniel Amblevert : « Pour avoir dérangé quelques crapauds et rainettes dans ce fossé, Daniel Amblevert  se retrouve accusé. Le bons sens n’existe plus »

Dans ce contexte de ruralité – des réactionnaires, des entrepreneurs, bref la France du passé – on ne sera guère étonné que le 8 avril 2014, c’est la relaxe : Daniel Amblevert et ses amis fêtent cela au champagne à quelques rues du tribunal.

De son côté, le procureur de la République Christophe Auger raconte que sur le plan juridique « la question de savoir s’il s’agit d’un canal ou d’un cours d’eau ne se pose pas ». Circulez, il n’y a rien à voir !

Sauf que le contexte a tout de même changé. L’Onema proteste, ainsi que l’association Sepanso (société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le sud-ouest), et même le parquet.

On a alors un procès en appel, à Bordeaux, en décembre 2015. Sauf que lorsque le délibéré est rendu en février 2016, la cour ne retient pas le terme de « fossé » : selon Daniel Amblevert, le « grand canal » n’était rien d’autre qu’une fosse artificielle remplie d’eau.

Il n’y a donc pas de loi qui s’applique… Pas besoin d’autorisation ! Le tribunal n’a pas retenu ce tour de passe-passe et a décidé que c’était un cours d’eau.

Résultat, Daniel Amblevert a été condamné et il a fait appel. La sentence vient de tomber définitivement, par la cour d’appel de Bordeaux ; elle consiste en une amende de 1.500 euros, alors qu’il y a aussi 5.000 euros de dommages et intérêts à l’association Sepanso.

Il risquait deux ans d’emprisonnement et 18.000 euros d’amende….

Le journal 20 minutes donne le point de vue de la cour d’appel :

Dans sa décision, la cour d’appel a invoqué « l’importance » des « conséquences environnementales sur la faune et la flore » des travaux réalisés à la demande du maire et « la volonté affirmée et réitérée de M. Amblevert de ne pas respecter la loi en ne faisant pas réaliser une étude environnementale d’impact et en ne régularisant pas la situation ».

Le Figaro nous donne le point de vue de Daniel Amblevert comme suit :

Daniel Amblevert accuse «l’excès de zèle et l’entêtement» de l’administration et «la dictature» des associations environnementales, qui défendent «une écologie utopiste et non pratique».

Au travers de ce jugement, regrette-t-il, c’est «la reconnaissance de la souveraineté de l’administration face au rôle des élus ruraux et à la réalité de terrain», «la victoire des lobbies écolo, de l’idéologie contre le bon sens».

«L’écologie est la plus belle chose à défendre dans nos territoires ruraux, ajoute-t-il, mais elle est mal défendue quand on le fait de manière excessive».

(…)

Profondément ébranlé par «un sentiment d’injustice», le maire de Sainte-Florence ne veut aujourd’hui retenir que «la force des soutiens, venus de partout en France» pour défendre «la cause non seulement d’un homme mais de la ruralité».

Bien sûr, alors que la France a connu des inondation, on assiste à une vaste démagogie faisant de Daniel Amblevert un héros en lutte contre le “pouvoir central”. On a là l’esprit typiquement borné de la ruralité, des petits producteurs et des notables, de la France qui idéalise les années 1960…

Tugdual Derville : “Le Temps de l’Homme”

Tugdual Derville est une figure intellectuelle qui a émergé de la vague catholique de ces dernières années.

Lui-même a été délégué général d’Alliance Vita et c’est l’ancien porte-parole de La Manif pour tous, il a six enfants, son frère est directeur spirituel de l’Opus Dei, il a fait Sciences-Po et la prestigieuse école de commerce ESSEC, etc. : un profil facile à comprendre.

Son objectif est de voir les failles de l’écologie dominante, qui rejette la Nature, pour récupérer ceux et celles qui voient qu’il y a des manques, pour rediriger vers l’Eglise catholique. On se rappelle que le pape François a engagé un processus en ce sens avec son encyclique “Laudato si”.

Par exemple, l’écologie dominante ne parle jamais des animaux : Tugdual Derville en parle alors, avec un bestiaire illustré intitulé “Animaux dans l’Évangile”, expliquant qu’il faut être bienveillant envers les animaux, mais les utiliser quand même, les respecter car on se respecte soi-même (la même chose que ce que dit Kant dans le sujet de philosophie du bac de cette année à Pondichéry), etc.

Voici la présentation de son ouvrage venant d’être publié : “Le temps de l’ Homme“. On peut y voir qu’il pense comme nous énormément de mal des bobos branchés d’esprit libéral-libertaire, niant la différence homme-femme au nom du “queer”, etc., mais que lui ne le fait pas au nom de la Nature, mais de Dieu.

L’avenir de l’homme est la grande question de notre temps.

Fragilisée par cinquante ans de déconstruction libertaire, l’humanité va-t-elle s’engouffrer dans la promesse du transhumanisme, de l’homme sans limites, unisexe, invulnérable et immortel ? C’est le nouveau fantasme totalitaire. Le défi du millénaire.

Pour Tugdual Derville, il est temps pour l’homme de préserver sa liberté d’une dissolution dans l’absolutisme technologique, la vacuité consumériste et le déni de ses repères culturels et naturels.

La solution ? L’écologie humaine, qui propose de revenir au réel – celui d’un homme fragile, sexué, enraciné corps et âme – et considère « tout l’homme et tous les hommes » comme critère de chaque décision.

Là où nous disons : “la Terre d’abord”, l’humanité n’étant qu’une composante de la planète, de “Gaïa” comme métaphore de l’athéisme le plus complet où il faut prendre la Terre comme un grand ensemble, lui maintient coûte que coûte l’anthropocentrisme.

On a ici la même idéologique que les zadistes, mais en mode religieux : il faut rejeter le “monde moderne” en étant solidaires, par le “don”. Ce n’est pas seulement de la proximité intellectuelle : c’est exactement la même conception.

Voici ce que dit par exemple la revue ultra-conservatrice Valeurs Actuelles au sujet de l’ouvrage :

“La vertu du mouvement qui s’est levé en 2012 contre la loi Taubira est d’avoir démontré qu’audelà du “mariage pour tous” c’est à une véritable révolution anthropologique, issue de la “société liquide”, qu’il s’agit de résister. Négation du caractère fondateur de l’altérité sexuelle et du rôle social de la famille ; dématérialisation du processus reproductif ; marchandisation du corps de la femme ; instrumentalisation de l’enfant au service d’une parentalité réduite à un désir consumériste : tout cela était en jeu dans le sillage du mariage homosexuel. (…)

C’est contre cette « tyrannie du possible » — “puisque c’est possible, faisons-le”, devise éternelle de la science sans conscience —, qui aboutit à déconstruire les fondements anthropologiques de la civilisation, et à détruire notre humanité en voulant la libérer, que Tugdual Derville, dans un essai limpide et étayé, appelle à une « révolution de l’écologie humaine ».

Celui qui fut l’un des principaux porte-parole de La Manif pour tous voit dans le mouvement social qui en est issu la première étape d’une résistance visant à « préserver l’humanité de la dissolution dans l’absolutisme technologique ».

Car, se refusant à en rester au stade de la déploration catastrophiste, il définit les voies d’une nouvelle espérance : la restauration d’une « anthropologie du don » selon laquelle l’homme n’est pas fait pour se réinventer en permanence, mais pour se donner.

Cette révolution de l’écologie humaine, qui ne pourra se faire que sur un vaste terreau associatif formant ce que Václav Benda a appelé une “polis parallèle”, Tugdual Derville en définit les trois axes : le parti pris de la bienveillance, qui cherche avant tout le bien supérieur de l’homme et s’interdit de le considérer comme un objet ; le retour aux “communs”, qui consiste à privilégier ce qui nous réunit dans un même dessein plutôt que ce qui nous singularise ; une culture de la vulnérabilité, qui invite chacun à reconnaître sa propre fragilité et sa propre dépendance, condition sine qua non pour reconnaître la dignité de l’autre.

Quand l’écologie politique a trahi sa propre cause « en soutenant les réformes portant atteinte à l’écosystème familial naturel et à l’embryon humain », l’écologie humaine sait, comme l’écrit Benoît XVI, que « l’homme possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté ».

Elle vise à le replacer au centre, à retrouver le sens de l’homme pour sauver notre humanité menacée par des mirages d’autoengendrement. En cherchant ce sens du côté du don plutôt que de l’accomplissement personnel, elle ne vise en fait à rien d’autre qu’à sauver l’amour des fantasmes individualistes et technologiques.

Avec son ton tranquille et mesuré, c’est finalement comme une nouvelle version de la France contre les robots que nous offre Tugdual Derville.”

La “France contre les robots” est une allusion à un texte du très “zadiste” avant l’heure Georges Bernanos, dans l’esprit des fachos des années 1930 et de leur “retour à la terre”.

Voilà bien ce qui définit notre époque : nous sommes coincés entre les libéraux-libertaires et leur déconstruction d’un côté, les fachos voulant revenir aux années 1960 de l’autre !

Fête de la Nature 2016

Ce week-end, c’est la “fête de la Nature”, une initiative visant à faire découvrir la Nature, avec pas moins de 6000 possibilités de le faire dans toute la France.

On peut trouver les informations sur ce qui se passe dans son département ici. C’est forcément gratuit et cela va toujours dans le sens de la protection de la Nature, même si évidemment cela reste dans une orientation anthropocentriste le plus souvent.

D’ailleurs, l’un des organisateurs est EDF, un autre est l’Office National des Forêts…

Cela reste donc souvent contradictoire, mais évidemment cela peut être une excellente occasion de découvrir et de discuter, selon les situations.

Voici, à titre d’illustration, une présentation d’une initiative par le Réveil normand. On y voit tous les défauts possibles : insistance sur la dimension “conviviale” et “festive” propre à la “fête de la Nature” (qui a placé ce principe dans sa charte), associé à des activités typiques du genre comme les calèches, le transport à dos d’ânes, de chevaux, de poneys, “dégustation” en mode “terroir”, présence institutionnelle vigoureuse, etc.

Samedi 21 mai, la commune de Chéronvilliers, qui a reçu récemment le Label Terre Saine décerné par le ministère de l’Ecologie et du Développement durable pour son engagement dans la charte d’entretien des espaces publics, organise la Fête de la Nature de 14h à 18h dans le Parc de la mairie. Cette manifestation est organisée en partenariat avec le Syndicat d’adduction d’eau potable de la région risloise et rugloise (SAEP 3R), présidé par Philippe Dorshies.

Marché bio, balades, démonstrations…
Au programme : marché bio (légumes, fromages, pain, cire), troc aux plantes, atelier bouturage pour enfants, découverte de la ruche et des abeilles, compostage, démonstration de matériel de désherbage alternatif, exposition sur la protection de la ressource en eau, balade en calèche tout l’après-midi (gratuit).

L’association 1001 légumes du Jardin de Beaumesnil tiendra par ailleurs à 15h une conférence les messicoles (fleurs de moissons, bleuets et coquelicots, entre-autres), qui permettront d’apprendre pourquoi elles sont en voie de disparition, quel est leur intérêt pour la biodiversité, voire d’autres utilisations, et comment participer à leur sauvegarde.

Suivra à 16h une conférence sur le thème « un potager sans pesticides ». Comment limiter les mauvaises herbes sans utiliser de produits ? Comment attirer les auxiliaires de culture dans son jardin ? Quelles sont les associations favorables et les cultures associées ?

Une benne sera mise à disposition pour collecter les pesticides et pour chaque dépôt, un sachet de graines et un ticket de tombola seront offerts. A 18h, tirage de la tombola.

Les voitures sportives, aberration écologique

C’est l’histoire d’une Porsche qui défraie la chronique et qui en dit long sur l’état culturel de notre pays. Les gens disposant d’une certaine richesse considèrent que chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut, qu’avoir de l’argent relève du travail et que, si on veut une Porsche, alors on doit pouvoir l’avoir.

Comme c’est le premier mai, moquons-nous de cela et disons justement que, si l’humanité était cohérente, elle ne produirait pas des voitures pouvant dépasser les limitations de vitesse, ni d’ailleurs des voitures coûtant une fortune juste pour le prestige.

Une Porsche peut être considérée comme très belle esthétiquement, mais en tant que voiture individuelle c’est un mélange de m’as-tu-vu et de consommation d’essence multipliée par deux.

Aucune humanité n’assumant l’écologie ne peut tolérer une monstruosité pareille, un tel gâchis d’énergie et de moyens. Libre aux riches de défendre leur droit à « faire ce qu’ils veulent », libre aux gens rationnels de s’y opposer de la manière la plus stricte.

C’est bien pour cela d’ailleurs que si on dit qu’en France, les gens sont très mécontents, ils ne le sont finalement pas tant que cela, car la critique de la société ne va pas jusqu’à remettre en question le style de vie.

L’hégémonie culturelle est telle que les partisans de ce culte des voitures polluantes et chères n’ont pas hésité à faire un hashtag #JeSuisPorsche sur Twitter. L’objectif : défendre un pauvre « ouvrier » ayant vu sa voiture incendiée lors d’une manifestation contre la loi travail…

Dans Le Figaro, le propriétaire de la voiture, « un électricien de 30 ans », raconte son “désarroi” et explique les choses suivantes :

«Sur Twitter, j’ai vu que les gens disaient que c’était une voiture de patron, alors que je ne suis qu’ouvrier!».

«Je suis juste un passionné de Porsche depuis que je suis gamin… C’est la troisième que j’ai depuis mes 28 ans»

«magnifique Porsche 911 type 996 Carrera 4S» de 2002, un modèle dont la cote varie «entre 35 et 42.000 €»

Trois Porsches en deux ans, on a compris qu’on est loin de l’ouvrier classique avec son SMIC, même si les commentaires du Figaro expliquent que ce serait possible en se privant, en revendant ses voitures, en les bichonnant, en travaillant la mécanique, etc.

C’est là sous-estimer le coût de la vie et nier les coûts de réparation et d’entretien astronomiques de ce type de voitures… Il faut compter 1500 euros par an, qu’on multiplie rapidement en cas de soucis mécaniques, inévitables avec les voitures sportives…

Autant dire que cela ne tient pas debout et d’ailleurs, le père de « l’électricien » n’y est pas allé par quatre chemins dans Ouest-France, vendant la mèche :

« Mon fils a 30 ans, c’est un jeune cadre qui travaille dans une grande entreprise. C’était sa semaine de RTT donc il a décidé de refaire la carte grise d’une autre voiture ce jour-là. Et voilà. Le mauvais jour au mauvais endroit. »

Benoit a acheté sa Porsche Carrera 4S « entre 40 000 et 60 000 € », il l’avait depuis trois mois et a longuement économisé pour se la payer. « C’est quelqu’un qui est passionné, qui a économisé. »

« Mon fils n’est ni facho, ni capitaliste. Son argent, il ne le vole pas, il travaille dur pour l’avoir. »

Ce que veut dire ici sans doute le « entre 40 000 et 60 000 € », c’est que la voiture a été achetée vers 40 000 et qu’il a fallu améliorer le tout pour environ 10 000 euros. A part cela, il ne serait pas un capitaliste?

Mais même s’il était ouvrier ayant économisé toute une vie, il aurait exprimé le capitalisme, son aliénation.

Les voitures sportives et tout ce qu’on peut y rattacher représentent un système où les individus font ce qu’ils veulent et le revendiquent de manière tapageuse, gâchent les énergies pour des choses inutiles, polluent. Elles n’ont pas leur place dans l’avenir !

Antoine Waechter, candidat aux présidentielles 2017

Antoine Waechter, qui avait déjà été candidat aux élections présidentielles en 1988 où il avait obtenu 3,78 % des voix, sera candidat l’année prochaine, au nom du Mouvement écologiste indépendant.

Ce mouvement, très restreint, représente en quelque sorte le canal historique de l’écologie politique des années 1970 et à la française, le canal habituel ayant donné EELV. La candidature a clairement comme but de viser au remplacement d’EELV, accusé d’avoir transformé l’écologie politique en simple soutien au Parti Socialiste.

Voici la déclaration du MEI :

Un candidat incarnant l’indépendance de l’Ecologie Politique pour l’élection présidentielle de 2017

Réunis en Conseil National ces 19 et 20 mars 2016, les Écologistes du Mouvement Écologiste Indépendant,

– au regard des exigences environnementales, démographiques, sociétales et de leur urgente prise en compte,
– au regard de la nécessité politique de présenter un candidat qui ait la volonté de rassembler toutes les forces de l’écologie en France,
ont désigné Antoine Waechter, Président des Écologistes M.E.I., afin de présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2017.

Pour faire face à la gravité de la situation écologique, seule l’indépendance de l’Ecologie Politique, un rassemblement, une coordination entre tous les écologistes, pourra permettre la prise en compte des enjeux environnementaux dans toutes les politiques menées.

Par son engagement : co-fondateur de l’Ecologie Politique en France, son expérience : il a été candidat à cette élection, sa constante implication pour défendre l’indépendance de l’Ecologie, Antoine Waechter est un candidat intègre et crédible.

Ce sont les principales raisons qui ont amené le Conseil National du M.E.I. à formuler ce choix.

On peut, en effet, accuser Antoine Waechter de ce qu’on veut, mais il est toujours resté opiniâtre dans son option et, pour le coup, il a un véritable engagement “naturaliste” absolument éloigné d’EELV.

Il est vrai toutefois qu’il a appelé à soutenir François Bayrou aux présidentielles de 2007, ce qui montre que ce genre de projet est ramené à être simplement “centriste” en l’absence de ligne autre que décroissance + critique de la démographie + volonté de stabiliser l’écosystème.

Dans cette tradition historique de l’écologie politique, soulignons tout de même l’indéniable ouverture aux animaux, avec un texte très abouti sur la condition animale, qu’on peut qualifier de welfariste ultra, avec par exemple la volonté d’interdiction de vente à l’étalage des animaux.

Symbole de la contradiction, il est demandé également l’interdiction de chasser les mercredis et dimanches, ce qui est un indicateur de la volonté de ne pas chercher la “rupture”.

On a ici la vraie écologie politique à la française, qui se considère comme “à part”, comme ayant une bonne idée essentielle, le reste ne la regardant pas. C’est une attitude qu’on retrouve historiquement d’ailleurs dans la scène de protection animale. D’où, évidemment, la récupération de cet apolitisme par le populisme d’extrême-droite parfois.

Le problème, cependant, au-delà du manque d’orientation végane, est le manque de remise en cause par rapport à un échec historique. L’écologie politique à la française s’est déjà réalisée : cela a donné EELV. On peut bien sûr penser qu’il aurait mieux fallu que Waechter gagne, mais cela n’a pas été le cas, et il y a des raisons à cela.

Pour les résumer simplement : incapacité à voir l’expansion massive de la production de “viande” à l’échelle mondiale, aveuglement devant la nécessité morale de la libération animale, acceptation du capitalisme qu’il faudrait “ralentir” et des institutions qu’il faudrait “aménager”, et surtout incompréhension de la dimension profonde de la négation de la Nature en France (celle-ci étant d’ailleurs ici réduite au terme d’écosystème).

La “revue d’Ecologie intégrale Limite”

Avec son encyclique à prétention écologiste Laudato Si, le pape a lancé le début d’une offensive religieuse sur l’écologie, en mode décroissance, sobriété, retour à la terre, etc. On aurait tort de penser que cela n’a pas d’effets.

Déjà parce que les catholiques disposent d’une très riche tradition dans le genre datant des années 1920-1930, ensuite parce qu’ils sont aidés indirectement par les zadistes, qui racontent peu ou prou la même chose.

On a donc tout intérêt à se pencher sur la Revue d’Ecologie intégrale Limite, titre faisant très peur car la seule fois que le terme intégral a été employé dans un tel cadre, c’est pour le « nationalisme intégral » de Maurras.

A vrai dire, on en est pas loin, mais de manière masquée, derrière l’inévitable défense du terroir, la critique de l’usure, etc. On est là dans la ligne catho réac mais sympa, dans la figure du scout ou du militant de la Manif pour tous, qui est social, convivial, mais conservateur.

Dans un article on trouve exposée la perspective de front de la revue, dans un article parlant d’un rassemblement :

« Anticapitalistes, libertaires, zadistes de Notre-Dame-des-Landes, élus, chrétiens écolos, ou simples citoyens sensibles à la beauté de la nature… les visages de la décroissance sont multiples. »

A côté de multiples éloges de la décroissance (le concept, comme le journal), on y trouve également appel de chrétiens contre Notre-Dame-des-Landes, évidemment avec de nombreuses références à Laudato Si.

Voilà exactement le but des cathos « écolos » : aider à la formation d’une critique du « monde moderne » qui passe par les idées de conservation, de localisme, d’autogestion, de sobriété, etc.

Un retour à la France des années 1960, voire 1930-1940 pour les idées « communautaires ». On lit par exemple dans la revue :

« Nous préférons un monde divers, multiple, riche de l’incroyable variété de ses paysages et des sociétés qui la peuplent. Et si nous voulons résolument nous réenraciner, si tout ce qui est jet set, offshore, Sofitel et CAC 40, bref, hors-sol ou indifférencié, nous est étranger, voire odieux, c’est que nous sommes nous-mêmes d’une génération précarisée, éparpillée. »

Le monde moderne nous a individualisé, nous allons nous reconquérir notre « identité », qui est forcément ici localiste-régionaliste, « enracinée », etc. bref le discours des années 1930.

On a ici du zadiste de droite, ou plutôt devrait-on dire que les zadistes sont des cathos réacs de gauche. Car on reste en terrain éminemment religieux, proche de médias comme Philitt ou Le verbe.

Voici un exemple, lyrique et mystique, de ce qu’on peut trouver dans la revue Limite :

« Voilà ce que le dinosaure en peluche insinue au petit enfant, lequel, devenu grand, n’a plus guère d’autre alternative : ou bien se jeter dans les divertissements du désespoir, ou bien s’ouvrir à une espérance divine, qui l’entraîne à cultiver cette terre précisément parce qu’elle ne durera pas toujours, et parce que c’est la gloire de l’Éternel de prendre soin des éphémères. »

De notre côté, nous préférions que les enfants en profitent pour apprécier les oiseaux qui sont le prolongement des dinosaures, mais bon on l’aura compris les catholiques ne quittent pas l’anthropocentrisme.

Les animaux restent un thème absolument inaccessible. Ces gens savent que, dans ce domaine, on ne peut pas faire semblant, alors ils n’en parlent pas.

Reste que la revue, bien faite, avec des articles construits, présente une tendance réelle, conforme à tout un pan de la société française hostile à l’universalisme, au véganisme, au rejet de l’anthropocentrisme. Il y a donc tout lieu de s’y intéresser et de s’y confronter.

L’hymne socialiste “Changer la vie”

La polémique au sein du Parti Socialiste occupe beaucoup les médias, aussi jetons un regard sur le passé. Nous sommes en juin 1977 au Parc des expositions de la Beaujoire, à Nantes ; le PS tient son congrès et il présente un nouvel hymne : « Changer la vie ».

Les paroles ont été écrites par Herbert Pagani, d’origine libyenne juive et la musique composée par Míkis Theodorákis, artiste grec très connu.

On est là, bien sûr, extrêmement loin du Parti Socialiste d’aujourd’hui, mais là n’est pas l’intérêt de la chanson. En effet, les passages concernant la ville sont d’une très grande valeur, reflétant la vraie exigence démocratique pour l’écologie.

C’était il y a 40 ans… Cela fait 40 ans de retard dans cette nécessité de changer la vie !

Voici les paroles et la vidéo de la chanson ; la seconde vidéo est d’une meilleure qualité, mais ne présente pas les paroles.

Les voix des femmes et les voix des hommes
Ont dû se taire beaucoup trop longtemps
Ne croyons plus aux lendemains qui chantent
Changeons la vie ici et maintenant
C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente
Changeons la vie ici et maintenant

Prendre la parole
Décider nous-mêmes
Libérer nos vies des chaînes de l’argent
Écrire notre histoire à la première personne
Être enfin des hommes et non des instruments

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant

Ne versons plus au nom de leur puissance
Notre sueur, nos larmes, notre sang
Les travailleurs travaillent pour la France
Pas au profit de quelques possédants
Pour partager les fruits de l’abondance

Changeons la vie ici et maintenant
Prendre la parole
Décider nous mêmes

Libérer nos vies des chaînes de l’argent
Faire du bonheur notre monnaie courante
Maîtriser la science et dominer le temps

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant

Il nous faudra reprendre en main nos villes
Qui ne sont plus que des ghettos géants
Où le printemps n’a plus le droit d’asile
Où meurent les vieux, les arbres, les enfants
C’est dans nos propres murs qu’on nous exile

Changeons la vie ici et maintenant
Prendre la parole
Décider nous-mêmes

Libérer nos vies des fleuves de ciment
pour ne plus mourir de l’air que l’on respire
Et pour pouvoir vieillir auprès de nos enfants

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant

Un siècle meurt, un millénaire commence
Plus de prisons, de cages et de camps
Tendons la rose rouge de l’espérance
Aux opprimés de tous les continents
L’histoire est là qui nous offre une chance

Changeons la vie ici et maintenant
Libérer la femme
Libérer l’école
Donner la parole aux frères émigrants

Ecrire notre histoire à la première personne
Être enfin des hommes et non des instruments

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant.

Tribune au sujet du projet “Europa City”

Voici un document très intéressant et important, au sujet du projet “Europa City”, une initiative capitaliste de type pharaonique qui est ici bien présentée de manière paradoxale par un élu des Républicains, un parti soutenant pourtant entièrement ce type de démarche…

Il a été publié initialement en tant que tribune dans Libération.

Europa City : quand les galeries marchandes remplacent les terres agricoles

A quelques kilomètres de Paris, la filiale immobilière du Groupe Auchan a jeté son dévolu sur 300 hectares de terres agricoles où l’on cultive le blé, le colza, le maïs et la betterave afin d’y construire Europa City, un complexe à la fois gigantesque, démesuré et contre-nature.

En Ile-de-France, entre l’aéroport du Bourget et l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, on s’apprête à détruire, dans le silence le plus total, 300 hectares de terres agricoles parmi les plus fertiles de France. Cela se passera sur le «triangle de Gonesse», à moins de 7 kilomètres du Parc des Expositions de Paris-Le Bourget où fut signé, à l’issue de la COP21, l’accord de Paris sur le climat.

La filiale immobilière du Groupe Auchan a en effet jeté son dévolu sur ce terrain où l’on cultive aujourd’hui le blé, le colza, le maïs et la betterave afin d’y construire Europa City, un complexe à la fois gigantesque, démesuré et contre-nature.

Europa City, dont l’ouverture est envisagée entre 2021 et 2024, est un équipement qui nécessitera au minimum deux milliards d’euros d’investissement privé et près d’un milliard d’euros d’investissement public. Il s’agit d’y bâtir 230 000 m2 de galeries marchandes, 50 000 m2 de parc d’attractions, 2 700 chambres d’hôtel, un parc aquatique de 20 000 m2, une piste de ski, un cirque, un auditorium et plusieurs salles de spectacle.

Les terres agricoles du triangle de Gonesse accueilleraient ainsi d’ici quelques années plus de 30 millions de visiteurs par an, soit deux fois plus que Disneyland Paris.

Néfaste à plusieurs titres, ce projet constituerait d’abord une véritable catastrophe écologique s’il voyait le jour, puisqu’on ne peut construire Europa City sans détruire en même temps des sols qui ont atteint des niveaux de fertilité exceptionnels.

Selon les termes de Michel Isambert, pédologue retraité de l’INRA, «les sols couvrant la zone du triangle de Gonesse se sont développés pour l’essentiel dans des dépôts limoneux éoliens épais de plusieurs mètres.

Ils sont faciles à travailler, à forte réserve en eau accessible aux racines des cultures annuelles et assurent des récoltes abondantes».

C’est en définitive un véritable trésor que le groupe Auchan s’apprête à détruire de façon irréversible, un trésor lentement constitué à la suite de phénomènes géologiques et climatiques exceptionnels.

Si encore ce projet n’était porté que par une société privée, prête à détruire une partie du patrimoine de l’humanité pour assurer son développement de court terme, on pourrait aisément lui opposer avec force la poursuite de l’intérêt général.

Mais la puissance publique, sans doute par naïveté, prête avec zèle son concours à ce projet contre-nature. Ce faisant, elle contrevient de manière totalement irresponsable à l’article 6 de la charte de l’environnement qui dispose que «les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable».

Car le groupe Auchan dispose en réalité d’un véritable bras armé public, l’Etablissement Public d’Aménagement (EPA) Plaine de France, situé à la fois sur le département de la Seine-Saint-Denis et sur celui du Val-d’Oise et qui est chargé, par l’Etat, de procéder à toutes les opérations nécessaires à la réalisation du projet.

Le groupe Auchan dispose également de relais importants auprès des élus locaux, notamment dans le département du Val d’Oise.

Ces derniers, alléchés par les promesses d’emploi formulées par les porteurs du projet, sont prêts à toutes les concessions et n’hésitent pas, pour certains, à se transformer en véritables représentants de commerce au service de la famille Mulliez, propriétaire du groupe Auchan.

La ficelle est grosse et le procédé, en plus d’être malhonnête, est pour le moins détestable. En effet, les thuriféraires d’Europa City n’hésitent pas à faire miroiter la création de 17 000 emplois à des maires de communes où le taux de chômage est sensiblement plus élevé que dans le reste de l’Ile de France.

Europa City serait en quelque sorte la chance ultime d’un territoire économiquement dévasté : le chantage à l’emploi est ici à peine masqué.

Mais les promesses ne seront pas tenues. Sur les 17 000 emplois projetés on additionne en réalité des emplois qui correspondent à différentes phases du projet, de la construction à l’exploitation. En somme, on agrège artificiellement des emplois qui ne font que se succéder.

Par ailleurs, les métiers qui seraient proposés par Europa City correspondent à des métiers dits «en tension», sur lesquels il est déjà très difficile de recruter. Europa City ne créera pas d’emplois, il se contentera d’en déplacer.

Enfin, si les créations d’emplois sont pour le moins incertaines, les destructions d’emplois seront, elles, bien réelles.

Dans le contexte bien connu de l’hyperinflation des grands complexes commerciaux en France, les galeries marchandes déjà sur place, et qui peinent à attirer plus de la moitié du trafic projeté au moment de leur création, seraient vouées à une mort certaine.

Au moment où le débat public commence, il convient d’appeler nos concitoyens à la plus grande vigilance car nous ne voulons pas que les promesses d’aujourd’hui produisent les déceptions de demain. Nous appelons à la mobilisation citoyenne car nous croyons fermement que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel.

Vijay Monany Conseiller Départemental (LR) de la Seine-Saint-Denis

Terrasses chauffées “rétablies” à Paris et loi sur la biodiversité écornée

Ce qui est vraiment frappant, c’est à quel point la société ne fait même pas semblant d’aller dans le sens de l’écologie. Il suffit de lire la presse pour voir à quel point les choses avancent… pour reculer.

Voici deux exemples pathétiques. Le premier concerne l’interdiction des terrasses chauffantes, le second la loi sur la biodiversité. Dans les deux cas, cela fut un pas en avant, deux pas en arrière.

Voici ce que Le Parisien constatait hier, dans son article La justice autorise les contre-terrasses chauffées :

Non, les contre-terrasses des bars et restaurants de la capitale ne sont pas interdites de chauffage ! C’est du moins ce qu’a jugé, vendredi dernier, le tribunal administratif de Paris, après l’examen du dossier présenté par la propriétaire de l’établissement les Patios, un établissement de la place de la Sorbonne (Ve).

La décision, qui vient contredire un arrêté municipal de mai 2011, interdisant de chauffer ces espaces — généralement situés en vis-à-vis des brasseries, un peu à l’écart de l’établissement dont ils dépendent — devrait, à l’évidence, faire jurisprudence.

Et concerner des centaines de cafés parisiens. « Cette décision, détaille Me Philippe Meilhac, l’avocat des Patios, s’applique à tous les titulaires de l’autorisation d’exploitation d’une contre-terrasse, qui peuvent désormais utiliser du chauffage, qu’elle que soit la période de l’année. »

La Ville de Paris, qui devrait faire appel de cette décision, plaide son côté, la dangerosité des dispositifs de chauffage pour la sécurité des consommateurs, et leur incompatibilité avec la préservation de l’environnement… Des arguments qui n’ont pas convaincu la justice.

« En l’absence de tout élément de nature à démontrer ce qui est avancé, l’article du règlement des étalages et terrasses prévoyant une interdiction totale de tout dispositif de chauffage sur les contre-terrasses, est entaché d’illégalité », tranche le tribunal administratif.

Précisant également que les Patios sont déchargés des 28 589 € qui étaient réclamés à l’établissement par la Ville de Paris, au titre de la taxe sur le chauffage… pourtant interdit par l’arrêté !

La triste blague dans cette histoire, c’est que les terrasses chauffantes n’ont de toutes manières jamais cessé d’exister à Paris…

Voici également ce que Le Monde constate dans son article “Biodiversité : le Sénat vote une loi écornée par le lobby des chasseurs” :

Des reculs importants sur la chasse ou les néonicotinoïdes

A côté de ces avancées, le texte issu des travaux du Sénat affiche aussi d’importants reculs.

« Il s’agit, au final, d’un texte très hétérogène, commente Ronan Dantec (Loire-Atlantique), chef de file du groupe écologiste. Nous avons obtenu de vraies victoires pour la protection de la biodiversité, mais le lobby des chasseurs, des agriculteurs et des industriels reste très organisé au Sénat. » De fait, le groupe d’études chasse et pêche de la chambre haute, qui transcende les courants politiques, compte 84 membres, sur 348 sénateurs, qui se sont montrés extrêmement actifs tout au long des débats.

C’est ainsi que l’interdiction de la chasse aux oiseaux à la glu ou à la colle, approuvée par les députés, a disparu. De même que l’interdiction de chasser les mammifères en période de reproduction. Ainsi encore que l’autorisation du chalutage en eaux profondes – une pratique dévastatrice pour la faune et les fonds marins –, qui avait été supprimée par la commission du développement durable du Sénat, et qui a été rétablie.

Une autre régression marquante concerne les néonicotinoïdes, ces pesticides reconnus nocifs pour les insectes pollinisateurs et, plus généralement, pour l’environnement et la santé. Les députés avaient voté leur interdiction à compter du 1er janvier 2016. Les sénateurs sont revenus sur cette mesure. Il est seulement prévu que le ministre de l’agriculture prenne, dans les trois mois suivant la promulgation de la loi, un arrêté déterminant « les conditions d’utilisation » de ces substances chimiques. Cela, en tenant compte des « conséquences sur la production agricole », ce qui augure mal d’un bannissement de ces produits.

En conclure que les lobbies ont imposé leur loi serait excessif. « Une frange de sénateurs, notamment pro-chasse, mène un combat de fond contre la loi, mais une partie de leurs amendements a été retoquée, note Christophe Aubel (Humanité et biodiversité).

Dans la plupart des groupes, les rapports de force sont différents de ceux d’il y a quelques années. Une part importante des sénateurs ont compris que l’avenir de la biodiversité est aussi celui des sociétés humaines, bien au-delà de simples histoires de fleurs et d’oiseaux. »

On remarque comment l’article tente tout à fait classiquement de relativiser le poids du “lobby” de la chasse. Alors que tout ce qui est raconté ici est tout à fait clair et devrait être totalement dénoncé. Rompre avec tout cela est une nécessité. On voit bien que par “respect” des valeurs dominantes et des institutions, le pas n’est ici pas franchi par Le Monde, ou encore Le Parisien…

Les effluents toxiques dans les eaux du Parc national des calanques

Hier nous parlions du possible changement de mentalité suite à la COP 21 chez les gens conscients (100 tonnes de neige « de production » par hélicoptère à Sainte-Foy-Tarentaise). On ne peut plus faire comme avant et désormais ce qui est non écologiste apparaît comme anti-écologiste.

En voici un nouvel exemple, avec le “coup de gueule” de la chanteuse Nolwenn Leroy, qui reprend précisément ce mode d’argumentation.

Voici un extrait de l’article du Nouvel Observateur, mis en lien par la chanteuse.

A partir du 1er janvier, l’usine d’alumine de Gardane va pouvoir continuer à rejeter ses effluents toxiques dans les eaux du Parc national des calanques. 270 mètres cube déversés chaque heure, au grand dam de protecteurs de la Méditerranée comme le pêcheur Gérard Carrodano.

Propriété depuis 2012 du fonds d’investissement américain HIG, l’ancien site Péchiney de l’usine Alteo avait, contre toute attente, obtenu l’aval du Parc national pour poursuivre ses rejets.

Un choix qualifié d'”équilibré” par Didier Réault, président du conseil d’administration du Parc qui a précisé que l’avis favorable est assorti de réserves et qu’il pourra faire pression afin de contraindre l’industriel à une pratique plus vertueuse.

L’industriel assure de son côté qu’il se conforme déjà au respect des normes environnementales et ne rejette les fameuses boues rouges tant décriée mais de l’eau filtrée grâce à un dispositif en partie financé par l’Agence de l’eau.

Seulement voilà, pour les associations environnementales impliquées dans ce long combat, l’eau déversée est chargée de métaux lourds, du mercure, de l’arsenic, du plomb…

Y a-t-il donc un changement d’attitude qui serait en cours? L’échec de la COP 21 ne change rien au fait que, pour de nombreuses personnes, la situation est considérée comme grave. Le plus grand problème est malheureusement que la jeunesse est totalement passive à ce niveau.

Mais un glissement de terrain culturel est possible et après tout absolument logique. Les choses ne peuvent pas rester en l’état. L’argument comme quoi après la COP 21, il y a des choses inacceptables, est sans doute le reflet d’une vraie lame de fond.

Tout un travail reste par contre à faire avec l’écologie, il faut que celle-ci se synthétise, se structure, saisisse le véganisme…

100 tonnes de neige “de production” par hélicoptère à Sainte-Foy-Tarentaise

Si vous avez eu des illusions quelconques sur la COP 21, voici qu’avant la fin de l’année, la station de ski de Sainte-Foy-Tarentaise vient les enlever.

Afin de satisfaire l’infime minorité aisée de France qui va au ski, cette station près du Mont Blanc a décidé de transporter une centaine de tonnes de neige par hélicoptère.

On a en quelque sorte un résumé de ce qui ne va pas : une minorité qui profite, dont le style de vie est destructeur, des gens qui travaillent et qui sont otages de cette minorité par conséquent, avec entre les deux une administration permettant que tout fonctionne comme il se doit.

Quand on pense que la station en question revendique sa démarche “développement durable”, on voit la dimension barbare de cette hypocrisie.

Voici d’ailleurs la justification, on ne peut plus capitaliste, donnée par la station et qu’on pouvait lire dans Le Parisien :

« On a déposé cette neige de culture produite en novembre, à 2 200 m d’altitude, sur la piste de l’Aiguille qui est un secteur très important de la station avec trois télésièges et neuf pistes de tout niveau.

Si la piste de l’Aiguille ferme, tout s’arrête. Il fallait donc faire quelque chose pour satisfaire notre clientèle et préserver l’emploi des professionnels de la station. Il a fallu 80 rotations d’hélicoptère pour monter la neige. Cela a coûté entre 5 000 et 10 000 euros », explique François Piquet, directeur du domaine skiable.

Il ne faut pas cependant s’arrêter là! La neige amenée était considérée par la station comme… du “stock”! Il s’agit même de “neige de production”, réalisée au moyen de “canons à neige”, comme on l’apprend sur Francetvinfo!

Jointe par francetv info, Anne Marmottan, directrice de l’Office du tourisme de cette station de ski de la Tarentaise, affirme que “le débat est clos” et “ne souhaite pas alimenter la polémique”.

“Amener la neige par chenillettes plutôt que par hélicoptère aurait demandé trop de rotations”, explique-t-elle. L’opération visait “à réeneiger une piste tout en haut qui risquait de ne plus être praticable dans sa partie du milieu. A force de passer dessus, les skieurs usent la neige, les cailloux affleurent. Si nous ne faisons rien, nous sommes obligés de fermer cette piste qui maintient l’axe du sommet à l’arrivée”.

Elle précise qu’il s’agissait d’une “neige de production déplacée d’un point à un autre en hélicoptère”. Plus précisément, d’eau transformée en neige, en novembre, avec des canons à neige, et stockée au cas où l’or blanc viendrait à manquer.

Toujours prêt à se lancer dans l’obséquiosité, voici encore ce que dit la responsable au sujet des hélicoptères, qui sont là pour le confort!

La responsable tient à pointer un émoi qu’elle juge hors de propos : “L’hélicoptère, c’est un moyen de transport qu’on utilise beaucoup en montagne, pour les secours, les refuges … On s’en sert quand on en a besoin.”

Elle note qu’on s’interroge moins sur les pratiques d’héliski (où l’hélicoptère emmène le skieur jusqu’au sommet d’une pente), théoriquement interdites, mais autorisées par des pays voisins, ou sur la façon dont les sodas servis frais en terrasse sont amenés aux skieurs, dans ces stations d’altitude. “Les touristes sont habitués au confort”.

Elle précise également, dans son grand élan de générosité pour le droit des bourgeois à skier :

Spontanément, nous n’avons pas eu de remarques [des vacanciers]. Mais il y a des répercussions de cette affaire montée en épingle par les médias sur les réseaux sociaux, sur Facebook. Loin, dans les villes, les gens face à leur ordinateur y vont de leurs commentaires.”

Voilà au moins qui est franc ; la minorité aisée de ce pays peut lui remettre la médaille du dévouement. On peut difficilement faire pire dans le réactionnaire, le beauf, l’anti-Nature.

De manière plus intéressante, voici le point de vue à ce sujet du facebook Humans of Chamonix qui a été créé il y a quelques mois par une personne habitant là-bas et qui raconte la vie des gens, ce qui se passe, etc.

Je suis guide de haute-montagne et fondateur de TVMountain, une chaine de télévision spécialisée dans les reportages montagne. J’aime aussi dire ce que je pense et même si cela ne plait pas toujours à tout le monde, dans ce microcosme qu’est Chamonix, je continue de m’exprimer.

Hier après-midi, j’étais dans la benne du Prarion quand on m’a dit qu’il y avait des rotations d’hélicoptère pour transporter la neige sur les pistes des Houches. Les gens parlaient de ca et cela les révoltait.

Après les visites de nos ministres sur le glacier de la Mer de Glace, après la COP 21, après des dizaines de manifestations contre la pollution dans la vallée, nous, les Chamoniards, les professionnels de cette vallée, les montagnards amoureux de notre air pur, on accepte qu’on transporte la neige par hélicoptère au mépris de toute éthique écologique ? On soutient cette image de la montagne bling-bling, agenouillée devant les dollars ? Si nous ne défendons pas notre environnement et notre qualité de vie, personne ne le fera à notre place.

Bien-sûr, j’entends déjà les contre-arguments : « ce n’est pas quelques heures d’hélicoptère qui vont changer le taux de gaz carbonique » ou alors « il y va de l’emploi de nos professionnels ». Mais le changement climatique n’est-il pas l’affaire de tous ?

N’est-il pas la somme des efforts particuliers pour obtenir un résultat commun ?

Cet « or blanc » transporté à prix d’or ne donne t-il pas la pire des images de notre vallée ? Comment est ce que les gens d’ici vont encore pouvoir avoir confiance dans les politiques en place quand de tels agissements sont possibles ?

Comment vont-ils pouvoir rester motivés à faire des efforts écologiques quand d’un autre côté, on démarre l’hélicoptère quand la neige ne vient pas ?

Peut-être qu’on a là déjà un effet de la COP 21. Avant ce qui n’était pas écolo apparaissait comme non conforme à la Nature. Aujourd’hui, les gens les plus conscients comprennent, peut-être enfin, que c’est anti-Nature.

C’est peut-être une nouvelle époque qui s’ouvre, enfin! La planète n’attend que cela : que le bleu et le vert reprennent leurs droits, que l’humanité brise l’anthropocentrisme et assume le mot d’ordre “la Terre d’abord!”, dans une vie collective pacifiée, faisant du véganisme une valeur universelle.

L’exposition universelle de survie de 1975

Voici des documents extrêmement précieux, au sujet d’un événement qui devrait être – et qui sera – dans les livres d’histoire :  l’exposition universelle de survie, qui s’est tenue à Bruxelles en 1975.

20 000 entrées payantes et autant de personnes présentes au nom des associations : cela a été un fait marquant et on ne peut qu’être frappé de l’extrême modernité des thèmes qui y ont été abordés.

Bien sûr, on pourra toujours reprocher telle ou telle approche, tel ou tel point de vue, tel ou tel oubli. Mais comment ne pas voir que cela allait dans le bon sens, que cela tentait, de manière démocratique, de faire évoluer l’opinion publique.

Voici l’affiche de l’initiative.

Voici, en pdf (cliquer sur l’image), le dossier de presse, extrêmement intéressant, une source d’inspiration pour aujourd’hui encore, avec la variété des thèmes, le souci démocratique.

Les gens ayant été à l’origine de l’initiative ont publié un petit texte de rappel, à l’occasion de la COP 21, le voici (cliquer sur l’image).

Voilà des documents très utiles, appartenant à la grande cause qu’est notre planète, l’ensemble vivant qu’elle forme!

 

Décès de Jean-Marie Pelt

Les médias ont très largement repris l’annonce du décès de Jean-Marie Pelt, qui a notamment publié de nombreux livres dédiés à l’écologie, écologie dont il est présenté comme un “pionnier”.

Najat Vallaud Belkacem, ministre de l’éducation a tweeté le message suivant:

Hommage à Jean-Marie Pelt, biologiste, botaniste et défenseur de notre environnement qui avait su transmettre ses passions au grand public.

EELV – qui entend par ailleurs bientôt changer de nom pour masquer son effondrement – a publié un message court et simple :

Europe Ecologie – Les Verts adresse ses condoléances à la famille du professeur Jean-Marie Pelt et rend hommage à l’oeuvre de ce botaniste passionné qui a tant apporté à l’écologie.

Fondateur de l’Institut européen d’écologie, opposant aux OGM et co-fondateur du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), défenseur d’une agriculture biologique sans pesticide mais aussi élu local passionné par l’écologie urbaine, son engagement pour l’environnement en faisait une figure incontournable de l’écologie.

Le journal orienté business Les échos titre de son côté son très court article :

Décès : DE JEAN-MARIE PELT, PRECURSEUR DE L’ECOLOGIE

En réalité, Jean-Marie Pelt était un catho-écolo, dans un tradition datant des années 1930-1940. Ce n’est pas pour rien que la ville de Metz a confié à l’Institut qu’il a créé un cloître franciscain en plein centre-ville, au sommet de la colline Sainte-Croix…

C’était un décroissant, un zadiste en quelque sorte et c’est le journal La Croix qui présente le mieux ce qu’il a été et représenté.

Accueillant et chaleureux, scientifiquement cultivé et animé par la foi, Jean-Marie Pelt s’en est allé dans la nuit du 22 au 23 décembre 2015, d’un infarctus.

Bien connu des Français au travers de plus d’une cinquantaine de livres de vulgarisation de sciences naturelles (Consommer moins, consommer mieux, Jean-Maris Pelt, Serge Papin et Céline Rouden, édition Bayard-Autrement 2009), grâce à ses interventions à la télévision ou la radio, c’est un des pionniers français de l’écologie qui disparaît au lendemain de la tenue de la COP 21 à Paris.

EXPLORATEUR EN AFRIQUE, AU VIETNAM, AU BRÉSIL ET EN AFGHANISTAN

Issu d’une famille modeste installée en Lorraine [mais petit neveu de l’évêque de Metz, tout de même], Jean-Marie Pelt fit des études de botanique et de pharmacie avant d’entreprendre de grandes explorations en Afrique, au Vietnam, au Brésil et en Afghanistan où il contribua à isoler une substance antibactérienne contre la lèpre.

De 1956 à 1963, il collabore puis devient secrétaire de Robert Schuman (MRP), l’un des « pères de l’Europe » : une rencontre qui marquera beaucoup le pharmacien tant du point de vue politique que spirituel.

Il est nommé professeur à l’université de Nancy en 1967 puis est élu à la municipalité de Metz sur la liste de Jean-Marie Rausch (divers droite). Il crée l’Institut européen d’écologie – une association loi 1901 – dans l’ancien couvent des Récollets datant du XIVe  siècle en 1971.

Conscient de cette nouvelle charge, il s’attache alors à promouvoir l’écologie urbaine, en verdissant la ville et en maintenant des logements à dimension humaine.

UN « ÉCOLOGISTE » UN PEU PARTICULIER

Convaincu avant bien d’autres de l’existence du réchauffement climatique, il fut ragaillardi par le Grenelle de l’environnement de 2007 où, « pour la première fois », il vit des hommes et des femmes que tout séparait se mettre autour d’une table.

Jean-Marie Pelt restait quant à lui un « écologiste » un peu particulier. Un homme de discussion et de synthèse capable de défendre la nature, de promouvoir une agriculture si possible biologique – a minima avec moins de pesticides – et de soutenir les énergies renouvelables plutôt que l’énergie nucléaire.

Une attitude qui ne l’empêchait pas d’être favorable à « certains » OGM, « à condition qu’ils ne nuisent ni à la santé ni à l’environnement et que les agrochimistes n’en profitent pas pour déposer des brevets sur le vivant ».

JEAN-MARIE PELT SE VOULAIT À LA FOIS CONTEMPLATIF, LANCEUR D’ALERTE ET PORTEUR D’ESPÉRANCE

Célibataire, il n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour donner des conférences dans toute la France et, même, semer des « graines écologiques » auprès de certaines grandes entreprises de l’environnement qui s’intéressent à l’écologie industrielle et à la valorisation des déchets.

Doté d’une vision globale du monde, oscillant entre un « pessimisme joyeux et méthodique », il se voulait à la fois contemplatif, lanceur d’alerte et porteur d’espérance : « Tous les êtres vivants, du plus petit au plus grand, sont soumis à des lois naturelles, universelles. Y compris l’homme qui, par son arrogance, voudrait bien prendre la direction des opérations, maîtriser la nature, se croire Dieu », confiait-il à La Croix en 2009.

C’était « un arbre », disait de lui le journaliste Denis Cheissoux, animateur de « CO2 Mon Amour » sur France Inter. Un « arbre » qui voyait loin devant et restait bien enraciné en terre.

“Enraciné en terroir” : on voit bien ici comment l’éloge réactionnaire du terroir progresse toujours davantage et comment les catholiques basculent de plus en plus là-dedans…

“Le monde comme il va, 10 jours après la Cop 21”

Gérard Le Puill est journaliste à l’Humanité depuis 30 ans, après avoir travaillé à la ferme dès l’âge de 14 ans et avoir été ouvrier caoutchoutier pendant quasiment vingt ans.

Il a écrit un billet intéressant sur ce qui se passe dans le monde considérant le réchauffement climatique, dix jours après la COP 21.

Le monde comme il va, 10 jours après la Cop 21

Une fois éteints le lampions du Bourget et passés les commentaires élogieux de certains médias sur le succès de la présidence française lors de la Conférence sur le climat, les mauvaises habitudes reprennent de manière accentuée dans toutes les régions du monde.

Dans le texte adopté en clôture de la Cop 21 est inscrit l’objectif de « contenir l’élévation de la température moyenne nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C ».

Dix jours plus tard, les nouvelles du monde nous montrent à quel point le climat devient secondaire sous toutes les latitudes en dépit de la douceur inhabituelle de cette fin d’automne.

Qu’on en juge : A Téhéran et dans trois autres grandes villes d’Iran, il a fallu fermer les écoles en raison de la pollution de l’air résultant du chauffage et surtout de la circulation automobile.

Dans la capitale iranienne, « la pollution est provoquée à 80% par les gaz d’échappement de cinq millions de véhicules et autant de motocyclettes circulant quotidiennement dans la capitale embouteillée de manière quasi permanente et dont les effets sont amplifiés en hiver », écrit l’Agencer France Presse(AFP). Ces vastes pollutions dans plusieurs villes iraniennes succèdent à celles qui ont frappé les villes chinoises et indiennes, dont Pékin et Delhi, ces dernières semaines.

Ce mardi matin, toujours selon l’AFP, l’Australie a approuvé le projet qui fera du port d’Abbot Point « l’un des plus grands ports charbonniers du monde, capable d’exporter jusqu’à 120 millions de tonnes chaque année, deux mois après avoir approuvé un projet de mine géante présentée par le géant indien Adani ».

Les opposant au projet faisaient notamment valoir que ce n’était pas le moment de relancer la production charbonnière et que les travaux d’agrandissement du port allaient détériorer le récif corallien.

Leurs arguments n’ont pas été retenus. L’Australie est, comme l’Iran, l’une des 195 «parties » qui on accepté l’accord de Paris pour freiner le réchauffement climatique.

En France aussi, on semble avoir oublié les conclusions de la Cop 21, y compris et surtout dans les médias. Ce mardi matin aussi, l’AFP s’est mise au diapason des télés, des journaux et des radios pour insister sur l’effet d’aubaine que constitue la chute des cours du pétrole et nous suggérer que le père Noël s’appelle « gazole». Dans une dépêche matinale, l’Agence nous dit que « c’est Noël avant l’heure pour les consommateurs français ».

Elle fait témoigner plusieurs automobilistes dont une lui dit « avec les baisse des prix, je vais en profiter pour sortir plus la voiture». Faut-il croire qu’il s’agit d’un besoin pour … la voiture ?

L’AFP recueille aussi le témoignage de François Carlier délégué général de l’association de consommateurs « Consommation, Logement et Cadre de Vie » (CLCV). « En termes de pouvoir d’achat , c’est probablement la meilleure nouvelle de ces 18 derniers mois » se réjouit -il , estimant qu’en dépit de la hausse prochaine des taxe de 3,5 centimes sur le litre de gazole et de 2 centimes sur le SP95 « le consommateur restera gagnant » en raison de la baisse prolongée du prix du brut.

Faut-il obligatoirement militer pour le réchauffement climatique au nom de la défense du consommateur ? Jusqu’à présent, c’est presque toujours le cas à la CLCV comme à l’UFC-Que Choisir.

On ne niera pas ici que la baisse du prix des carburants est un soulagement pour de nombreux ménages contraints d’utiliser la voiture pour se rendre au travail et pour d’autres usages.

Mais la question première du siècle en cours est d’éviter l’emballement climatique. Rappelons que pour contenir le réchauffement à plus 2°C d’ici la fin du siècle, il faudrait diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Ce qui suppose d’en finir avec les villes embouteillée, de diviser par dix la consommation de charbon de diviser par quatre celle des produits pétroliers.

Le texte de la Cop 21 a été accepté par toutes les parties parce qu’il n’avance aucune contrainte pour atteindre un objectif de réchauffement inférieur à +2°C. La réunion finie, on continue d’agir comme avant. En France, en Australie et ailleurs.

Gérard Le Puill est journaliste et auteur, de « L’écologie peut encore sauver l’économie », mai 2015, une coédition de Pascal Galodé et de l’Humanité

Actions anti-COP21… mais pas pour l’écologie

En raison des attentats, l’Etat a déclaré l’état d’urgence et il y a une interdiction de manifester au moins jusqu’au 30 novembre. La mouvance zadiste, qui prévoit de manifester depuis longtemps à l’occasion de la cop21, compte bien passer outre.

Il y a ainsi déjà un rassemblement prévu dimanche :

L’Assemblée pari­sienne contre la COP 21 main­tient son appel à ras­sem­ble­ment Place de la République à Paris le diman­che 29 novem­bre à 12 h 00.
Nous ne lais­se­rons pas l’État déci­der à notre place. Nous ne vou­lons ni de ses faus­ses solu­tions pour le climat, ni de ses inter­dic­tions de nous retrou­ver dans la rue.
Si l’accès à la Place de la République est rendu impos­si­ble diman­che par l’état d’urgence, nous appe­lons à mar­cher par­tout ailleurs dans Paris avec nos slo­gans et nos idées.

Il y a également différents “convois” qui vont arriver dans le sud de Paris à Châtillon samedi. Dans les deux cas on s’imagine que le but du jeu pour la mouvance zadiste est la “confrontation”.

Voici d’ailleurs un document synthétisant bien le point de vue de ces gens. Comme le réchauffement climatique ne colle pas à leur point de vue : en effet, ils rejettent l’existence de la planète comme “grand ensemble” et ne rêvent que de retour en arrière.

Aussi la COP21 est-elle propice à un discours où les animaux n’existent pas, ni la Nature, l’enjeu étant seulement une sorte de rébellion individuelle existentialiste, dans une sorte de mélange de pétainisme à la zad et de radicalisme version “L’insurrection qui vient”.

Il est évident que l’écologie est pour ces gens un simple prétexte.

Un appel à manifestations et blocus lycéens/étudiants contre la mascarade climatique.

Du 30 novembre au 11 décembre, a lieu la COP21, énième sommet international sur le climat. 20 000 chefs d’état, fonctionnaires internationaux, industriels, lobbyers vont y prendre leurs habits de justiciers climatiques, protégés par quelques milliers de policiers ONUsiens et Français.

Le spectre du réchauffement climatique est un leurre. La véritable catastrophe écologique n’est pas située dans un futur abstrait mais inscrite au cœur de nos quotidiens. Aucune solution « experte », aucun travestissement « durable » du système productif et économique n’y changera quelque chose. Que des technocrates se réunissent dans un aéroport d’affaires pour décider du sort de la planète marque bien la prétention d’un monde à « gérer » l’intégralité de nos vies. S’opposer à la COP21, c’est se donner la possibilité de reprendre en main nos conditions d’existence, politiser la question écologique loin des cabinets d’experts, percer à jour la volonté de gouverner toute l’étendue du vivant.

Les dirigeants eux-même admettent que ce sommet, dans la continuité de Copenhague, sera une mascarade. Rien de très étonnant. On ne s’attendait pas à ce que les premiers responsables du ravage des écosystèmes reviennent subitement sur leurs pas. Cette fois-ci le cynisme est poussé très loin puisque la COP21 est sponsorisée par EDF qui en profite pour vendre son nucléaire « propre ». La Coalition Climat 21 sensée incarner la « société civile » vient clore la farce : elle n’existe que pour donner une caution citoyenne aux non-décisions prises à la COP21.

L’opération revient à brouiller les pistes, en pilotant une pseudo-contestation pour prévenir toute opposition consistante. Nous ne sommes pas dupes, et voyons notamment que cibler la seule hypocrisie des gouvernants – comme si l’on attendait encore qu’ils prennent au sérieux la question de l’écologie – ne suffit pas. Car plus qu’une simple affaire d’intérêts politiciens, ce sommet est une opération de police mondiale.

En effet, quand les apologistes de la COP21 – la presse de gauche en première ligne – glosent sur une fin prochaine de la civilisation ou un autre cataclysme imminent, il s’agit bien d’une technique de gouvernement. Cette menace que l’on repousse à l’infini rentre dans une logique de mobilisation générale et de mise au pas des populations. L’enjeu politique est sur l’instant, de rediriger les inquiétudes collectives pour neutraliser en elles tout potentiel de rupture. Cette terreur distillée par la COP21 prend la forme d’une injonction au repentir individuel (le refrain inquisiteur du « petit-geste-qui-sauve-la-planète ») ou citoyen comme s’il nous revenait de sauver ce monde sous un vague vernis « écolo ».

Tout comme la mobilisation « Je suis Charlie » a servi à occulter le fait brûlant que ce monde fabrique des millions de Kouachi potentiels, individus dépressifs, nihilistes prêts à tout pour donner un sens à leur vie, la binôme COP21/Coalition 21 cherche à ce que, pris dans l’urgence, nous ne voyions pas que le désastre écologique n’est pas en instance, qu’il est déjà là et que son périmètre dépasse la simple donnée abstraite du changement climatique. On n’étouffe pas que de l’air pollué.

Car non seulement ces pseudo-solutions et leur pseudo-contestation sont de la poudre aux yeux, mais la façon-même de les formuler fait partie intégrante du problème. Mesurer la transition climatique, calculer le rythme de la fonte des glaces revient toujours à défendre la même approche gestionnaire du vivant consistant à penser l’homme arraché de son milieu naturel pour qu’il s’y rapporte selon un rapport technique et scientifique soumis aux impératifs de croissance.

L’urbanisme, même « écologique », consiste à délier tout attachement organique à un territoire pour en faire un espace aseptisé, consacré à la circulation des flux et à la consommation. Nous refusons cette vision désastreuse du vivant, portée par l’époque et étalée lors de la COP21.

Car prendre au sérieux la question écologique signifie plutôt pour nous : se fonder sur son expérience quotidienne et sensible, penser l’écologie à une échelle plus locale, accorder une attention poussée aux rapports que tissent nos existences communes avec les territoires où nous vivons. Aussi, la COP21 est le moment opportun pour affirmer et tenir une position antagoniste sur l’écologie. Dans le processus-même de la lutte contre ce sommet qui prétend borner un peu plus l’horizon des possibles, réside la possibilité d’élaborer NOS mondes.

La situation exige donc d’opposer une résistance matérielle à la COP21 et se donner les moyens d’entraver le bon déroulement du sommet. Ce n’est pas à coup de pétitions Avaaz pour le rééquilibrage du marché des crédits carbone, de défilés « Bastille-Répu » bien sages ou de bulletins de vote EELV – autant de signes d’une même impuissance politique – que nous violenterons le cours des choses.

Nous n’aurons que ce que nous saurons prendre, sur la base d’un rapport de forces. Il ne faut pas se contenter de la diffusion d’une critique de la COP21 – même « radicale » – chose permise sous le régime de la « liberté d’expression » qui autorise à tout critiquer tant que ça n’appelle pas à conséquence. Ici, l’enjeu est de relier la pensée et les actes et assumer notre propre légitimité politique.

Ce monde perdure car il a aboli l’idée-même que l’on puisse en finir pratiquement avec lui, en masquant ses points de vulnérabilité, alors que les flux peuvent être bloqués facilement. Le mouvement des retraites en 2009 a montré qu’un blocus des raffineries était infiniment plus menaçant pour le pouvoir que 300 000 personnes qui geignent sur les boulevards de la capitale. Si quelques centaines de personnes suffisent à paralyser l’économie d’un pays, saboter un sommet international pourrait presque paraître chose aisée…

L’expérience de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes montre que quelques centaines de personnes organisées peuvent arracher un territoire à la République, y expérimenter d’autres formes de vie tout en repoussant plusieurs assauts policiers.

La COP21, grand-messe du capitalisme vert n’est pas le sommet de la « dernière chance ». Nous ne succombons pas aux sirènes alarmistes des gouvernants mais prenons acte que la catastrophe est déjà là. Celle-ci ne se décrit pas avec des chiffres, des statistiques car elle est affaire de sensibilité. Il est de notre droit le plus intime de reprendre aux institutions ce qui nous a été spolié : nos conditions d’existence. Partant de ce constat, il ne nous faut plus réclamer, suggérer, revendiquer mais nous donner les moyens de vivre autrement maintenant et opposer une autre idée du politique, indistincte de la vie. La COP21 est l’occasion de faire apparaître cette conflictualité et de l’habiter.

Rendons visible le pouvoir comme infrastructure matérielle, bloquons tout : lycées, facultés, routes. Faisons de Paris notre aire de jeu. Trouvons des lieux pour s’organiser et manifester notre haine dans la plus grande des joies. Voici déjà quelques moments ou nous pourrons nous retrouver. D’autres suivront.

Jeudi et vendredi 26-27 novembre – 3-4 décembre – Blocus et manifs lycéennes/étudiantes (départ Nation – 11h)
Samedi 28 novembre – Arrivée de la marche des ZADs à Paris http://marchesurlacop.noblogs.org/
Dimanche 29 novembre – Manifestation à PARIS
8-12 décembre – Semaine d’actions à PARIS

“Dix gestes pour le climat”

Dans la lutte pour le changement, l’un des plus gros soucis, si ce n’est le plus important, est la réduction de la cause à une démarche individuelle. Bien entendu, avoir une démarche correcte individuellement est fondamental.

Mais ce n’est pas une fin en soi, car pour changer les choses, il faut disposer de moyens immenses. Voici par exemple ce que propose le site gouvernemental consacré à la COP21 (petit rappel il y a un site alternatif ici).

Il s’agit de “dix gestes pour le climat”, qui sont clairement présentés comme résolument corrects et ayant réellement un impact.

Or, c’est absolument faux. C’est à l’échelle de la société qu’il faut agir, pas simplement par des petites actions individuelles. Stopper la déforestation au Brésil ne peut pas dépendre de solutions “individuelles”, mais bien de bouleversements des valeurs de la société elle-même.

On voit bien comment la condition animale en France est modelée par la course aux profits, et que sans changement global, on ne saurait aboutir à rien.

En fait, avec cette présentation des “dix gestes pour le climat”, on réduit la cause écologiste à des “gestes”, niant sa dimension générale. On réduit la question de l’engagement à quelques mesures individuelles, pendant que les gouvernements s’occuperaient du reste. Mais ce qu’il faut plutôt c’est que les gens contrôlent réellement le gouvernement et que des mesures générales soient prises à l’échelle de toute la société, qu’elles soient imposées.

On sait toutefois quel sera alors l’argument libéral : ce serait une écologie punitive. Et c’est indéniablement le cas, et en quoi serait-ce moralement faux? Alors qu’en plus c’est nécessaire!

Philippe Verdier : “Climat investigation”

A écouter Philippe Verdier, le “monsieur météo” de France 2, les gens qui luttent contre la destruction de notre planète sont des menteurs et alors, logiquement, LTD serait un produit des grandes banques et des plus riches de la planète.

Il n’y a qu’en France où un truc pareil pouvait arriver : un présentateur télé qui, juste avant la COP21, sort un bouquin dans une maison d’éditions ultra-conservatrice – identitaire pour expliquer que le réchauffement climatique est un complot médiatico-financier.

Voici la vidéo de présentation, qui est un mélange de narcissisme et de discours classique de l’extrême-droite des années 1930, juste remanié pour correspondre à l’époque.


TEASER OFFICIEL – CLIMAT INVESTIGATION… par Editions_Ring

Ce type n’a peur de rien. Les gens en France n’en ont rien à faire de l’idéologie, les grandes entreprises généralisent l’écocide, et lui, arrive en disant que la défense du climat serait une “prise d’otages” de la population.

Voici la présentation officielle du livre, intitulé “Climat investigation”, dans l’esprit de ces enquêtes ultra-racoleuses qu’on peut voir sur les chaînes de la TNT :

Le climat est aujourd’hui une guerre, une religion. Tout avis contraire sera éliminé. Quelle voix s’élèvera pour rompre le silence pour faire éclater la vérité avant le sommet de Paris ?

Il n’existe aujourd’hui plus de lien entre le climat et le discours alarmiste sur ce sujet. Les Français sont maintenus dans la peur par un matraquage sans précédent. Cette prise d’otages constitue un enjeu diplomatique pour la Conférence de Paris. Au plus haut sommet de l’Etat, l’échec de la COP 21 est diagnostiqué depuis longtemps mais la manipulation et le spectacle s’amplifient davantage.

Le GIEC, ultra politisé, se délite sous les scandales et ses méthodes critiquables. La parole scientifique est inaudible. Les Nations Unies plongées dans la corruption pataugent volontairement depuis une génération de pourparlers. Lobbies économiques, associations écologistes, gouvernements et religions tissent des liens dangereux. Les ambassadeurs du climat entretiennent cette crise aussi brûlante qu’impalpable.

La France figure pourtant parmi les pays les moins touchés par le changement climatique. Notre économie et notre société bénéficient déjà des avantages considérables du réchauffement. Le développement des énergies renouvelables menace notre sécurité et ne compensera aucunement l’explosion démographique identifiée comme une cause principale du problème. Qui osera ouvertement rompre ces tabous sous la pression extrême des dirigeants ?

Philippe VERDIER est journaliste-présentateur à France 2 et chef du service météo de France Télévisions. Diplômé d’un master en Développement Durable à l’Université de Paris Dauphine, il a couvert trois conférences sur le climat, dont celle de Copenhague.

Voici sa bio plus complète et officielle :

En 1994, il présente la météo en voix-off sur La Cinquième (Aujourd’hui France 5).
En 1995, il devient journaliste sur la Chaîne Météo en pleine création.
Il y restera treize ans et devient le seul journaliste-permanent.
En 2006, il rejoint BFMTV en plein essor où il devient présentateur météo de la matinale et chef du service météo.
En 2011, il est appelé sur France 2.
En 2012, il prend la direction du service météo où il commence à apporter des changements visuels.
Début 2014, il lance avec succès la nouvelle offre météo de France Télévisions avec son amie Florence Klein (France 3). Cette refonte des météo de France 2 et France 3 entraina une modernisation des process et une économie de 30% sur la fourniture de données météo.

On remarquera l’ironie : Philippe Verdier est passé par ce que la France compte ce qu’il y a de plus libéral (Université de Paris Dauphine, BFM TV…) et de plus institutionnel (France 2, Europe 1…) pour prétendre dénoncer autant que les autres!

C’est une “révolte” depuis l’intérieur du “système” lui-même et on ne sera guère étonné que le livre qui vient de sortir soit déjà dans les 40 meilleures ventes livres en France. Tout cela correspond bien à la pesanteur qui règne en France, à la négation de la Nature, à tout prix, jusqu’à l’hypocrisie, l’ignominie, le mensonge, l’extrême-droite.

Quelques exemples sur la forêt en France

Puisque hier il était parlé de la forêt dans le monde, jetons un oeil sur la situation en France, avec trois exemples pouvant avoir l’air anecdotique, mais qui révèle la tendance de fond…

Commençons par ce que Le Parisien constate dans la banlieue parisienne, dans un article intitulé “Les forêts franciliennes envahies par les déchets de chantier”.

Impossible de les rater. Les tas d’immondices qui défigurent la forêt de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) sont devenus omniprésents. Les gens qui se promènent dans cet immense poumon vert de 3 500 ha voient se multiplier des amoncellements de gravats et de déchets de chantier. Et si le massif forestier des Yvelines est parmi les plus touchés, c’est un problème en pleine expansion dans toute la région.

Dans ses forêts d’Ile-de-France, l’Office national des forêts a ramassé pas moins de 1 500 t de déchets en 2014. (…)

Ici, on est arrivé au point de rupture. « En 2014, nous avons ramassé 3,5 t de déchets de chantier, raconte Pascal Loffroy, le responsable de l’unité territoriale du Nord-Yvelines à l’ONF. En 2015, entre janvier et juillet, les chiffres ont complètement explosé. On est déjà à 40 t ! »

Le chiffre est colossal mais, estime Pascal Loffroy, « on en compte tout autant qui est encore au sol et ça va grimper après la rentrée, une période où les chantiers s’enchaîneront et où l’on verra fleurir de nouveaux dépôts sauvages. » Et à chaque fois, par effet boule de neige, d’autres poubelles seront déposées, faisant grossir les entassements.

L’extrait d’article suivant vient de France Bleu, au titre qui en dit long sur un certain degré de folie de la société actuelle: “Gironde : ils avaient défriché un bois pour cultiver du cannabis”…

Quatre personnes ont été interpellées par les gendarmes à Reignac, au nord de Bordeaux. Elles avaient installé leur plantation de cannabis au milieu d’un bois de la commune. (…)

Les militaires ont effectivement découvert une jolie plantation de 141 pieds de cannabis. Non contents de cultiver leurs plantes, les occupants s’étaient aménagés un véritable espace de dégustation !

Un salon de jardin en pleine nature

C’est mercredi dernier que les gendarmes de Saint-Ciers-sur-Gironde ont trouvé l’endroit. Sans la moindre gêne, quatre personnes avaient défriché et clôturé un bois de la commune de Reignac, sur environ 200 m2.

Ils ont été arrêtés en flagrant délit, en pleine séance de jardinage. Ils avaient également installé sur place un très confortable salon de jardin.

Enfin, voici ce que constate Le Monde, dans un article intitulé “Crise à l’ONF : quand la forêt s’enflamme”, avec un arrière-plan terrible : suicides en série dans des proportions incroyables, camps de vacances de luxe comme programme de l’ONF devenue ouvertement une entreprise d’Etat au service des entreprises du privé…

C’était au début de l’été, le 1er juin 2015. Un ouvrier forestier de l’Office national des forêts, l’établissement public chargé d’administrer et d’exploiter les bois et les forêts françaises, mettait fin à ses jours. Un acte qui porte à trois le nombre de suicides à l’ONF depuis le début de l’année, et à 38 depuis 2005. (…)

L’ONF, sous la double tutelle des ministères de l’agriculture et de l’écologie, est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), comme l’Etablissement français du sang, la Comédie-Française, le Centre national d’études spatiales ou encore l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

En tant qu’EPIC, il doit gérer une activité de service public, mais peut également dégager des profits du fait de l’exploitation forestière. Après une année de résultat net négatif (une perte de 900 000 euros en 2012), l’établissement affiche un rebond progressif avec un résultat de 2,5 millions d’euros en 2013 et de plus de 10 millions en 2014. (…)

Le nouveau directeur va devoir conduire les négociations en vue de la signature, en octobre prochain, du prochain contrat d’objectifs et de permanence (COP), qui détermine les orientations de gestion et les programmes d’action de l’établissement et doit entrer en vigueur au 1er janvier 2016.

La situation est d’autant plus inquiétante que la transparence ne semble pas être la norme : organigramme complet impossible à consulter selon les syndicats, absence de système informatique pour gérer les ressources humaines, rémunérations biaisées par des primes dont les montants ne sont pas connus, multiplication des filiales (plus d’une vingtaine actuellement)…

L’une d’elles est d’ailleurs l’un des projets les plus décriés de l’ONF : Huttopia, des camps de vacances de luxe, dont le terme est annoncé, car l’accord du ministère pourrait lui être retiré. Qualifiée d’« exotique » par la Cour des comptes, l’opération est en effet assez éloignée de l’activité de l’ONF et a été mise en place avec une entreprise privée dans des conditions peu favorables à l’établissement public (qui a amené les fonds mais ne possède pas la majorité des parts).”