• Le bilan de la COP23

COP 21 : le huitième jour

Nous voici depuis hier dans la seconde phase de la COP 21 : des ministres de 195 pays négocient autour du « brouillon » établi la première semaine. Le texte final est censé être voté vendredi, et donc avoir été terminé mercredi soir ou jeudi matin, pour que les traductions soient effectuées.

Bien peu d’informations ont circulé sur ce qui s’est passé hier, rappelons que tout a lieu à huis-clos. On peut cependant entrevoir quelques points, ici et là.

Par exemple, la ligne appelant à remplacer l’objectif de 2°C par 1,5°C a de plus en plus d’écho, de plus en plus de pays modifient leur ligne à ce sujet. On est pourtant libre de penser que c’est du pur opportunisme et que c’est fait en toute connaissance que la COP 21 n’exigera rien de contraignant pour en arriver là…

Parler de 1,5°C est tout à fait irréaliste, voire ouvertement absurde, si l’on regarde les propositions faites par les pays et données pour la COP 21 : la conséquence serait un réchauffement d’au moins entre 2,7 et 3,7°C en 2100, et en attendant, à court terme, une hausse d’entre 16 et 22% de l’émission de CO2 entre 2010 et 2030 !

On sent déjà venir le principe d’annoncer qu’il faut 1,5°C en disant que d’ici 2020 un plan contraignant va être établi et que celui-ci sera repoussé, etc.

Surtout qu’on sait qu’il y avait hier encore 567 expressions ou phrases entre crochets, contre 1035 au départ. Les supprimer et arriver à un accord va demander que rien de contraignant ne soit décidé, aucun chiffre imposé, etc.

On a également appris que le délégué d’Arabie Saoudite a refusé « toute discrimination des énergies fossiles vis-à-vis des autres énergies », ce qui souligne les contradictions. Cela en dit long sur les obstructions, avec comme nous le disions les pays pétroliers d’un côté, les BRICS de l’autre, la Chine ou les Etats-Unis qui ne veulent pas d’objectif trop bas, etc.

A cela s’ajoute qu’une question qui se pose est de savoir s’il faut établir un plan pour arriver à l’absence de production de CO2 à l’horizon 2060 – 2080. C’est ce qui devrait être au cœur de la question, mais dans un système de pays capitalistes, il est impossible de prévoir, donc impossible à organiser.

On ne sait d’ailleurs toujours pas comment trouver 100 milliards d’euros d’ici 2020, et encore moins ce qui va se passer après : y aura-t-il une hausse des contributions, qui paiera ?

Notons également au passage que la COP 21 a un grand absent : le pape François. Finalement, il n’est pas venu en « guest star » (comme l’aurait espéré Nicolas Hulot) et donc l’écologie n’est plus une actualité pour lui.

Cela aura été une opération de communication, rien de plus. Il y a deux jours, Radio Vatican fournissait d’ailleurs cette information :

« A l’issue de la prière de l’angélus, le Pape a évoqué une nouvelle fois la conférence mondiale sur le climat qui se poursuit à Paris, priant pour que les responsables qui s’y réunissent trouvent des solutions justes pour réduire l’impact des changements climatiques, et garantissent la protection de la dignité humaine.

François a cité un extrait de son encyclique Laudato Si’. Voici ses mots:

« Je suis avec une vive attention les travaux de la conférence mondiale sur le climat en cours à Paris, et me vient à l’esprit une question que j’avais formulée dans mon encyclique Laudato Si’: « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? » (LS, 160).

Pour le bien de la maison commune, de nous tous et des générations futures, tout effort à Paris devrait être orienté pour atténuer les impacts des changements climatiques, et dans le même temps, pour contrer la pauvreté et faire fleurir la dignité humaine.

Prions pour que l’Esprit Saint illumine ceux qui sont amenés à prendre des décisions aussi importantes, et leur donne le courage de toujours prendre en compte le critère de choix du meilleur bien pour l’entière famille humaine ». »

Comme on le voit, seule la question humaine est ici mise en avant. La prétention catholique à parler de la Nature n’aura pas duré bien longtemps !

COP 21 : le septième jour

Il n’y avait hier pas de réunions officielles dans le cadre de la COP 21. Toutefois, on peut déjà avoir un aperçu sur l’impact du « brouillon » qui a été rendu samedi.

Nicolas Hulot était par exemple l’invité du « Grand Jury » du 6 décembre 2015, sur RTL.

A l’écouter, on devine la catastrophe. « Paris peut être le début d’une dynamique », « Il faudra accélérer derrière » : il exprime très clairement que rien d’exceptionnel ne va sortir de la COP 21, en reprenant son refrain du « c’est mieux que rien ».

Il est obligé de raconter qu’on est en train de découvrir de superbes nouvelles technologies, qu’on va vers une nouvelle ère de paix car les guerres depuis plusieurs décennies seraient liées à la bataille pour les énergies fossiles, etc.

Du grand n’importe quoi, qui vise à masquer la faillite qui se profile. Nicolas Hulot peut bien dire « Les Etats ne sont pas venus pour faire de la figuration », il sait très bien que le problème fondamental, ce sont les contraintes.

Ce qui s’annonce, c’est l’absence de contraintes clairement établies – on retombe sur la question de la division de l’humanité et de la négation de Gaïa.

Voici comment formule cela un avocat, docteur en droit et enseignant à l’université Paris I, sur Terra eco, qui a exactement le même point de vue que Nicolas Hulot :

« Une lecture juridique tout d’abord. De ce point de vue, le bilan n’est pas réjouissant.

L’accord, de rédaction assez médiocre et truffée de dispositions très générales et de termes mal définis, s’en remet pour l’essentiel à la bonne volonté des Etats eux-mêmes pour réduire le niveau insoutenable de nos émissions de gaz à effet de serre.

Sur des sujets clés comme le mécanisme de suivi des engagements des Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ou le volume et les moyens de financement de la lutte de contre le changement climatique, l’accord demeure et demeurera sans doute assez évasif.

Cet accord n’entrera pas en vigueur avant cinq ans et il faudra sans doute encore du temps avant que la nouvelle Conférence des Parties à l’accord de Paris soit au complet et en mesure de forger les instruments de mise en œuvre de ce qui aura été convenu en 2015 à Paris.

Cette situation interpelle les juristes en droit de l’environnement. Le droit international de l’environnement doit être modernisé et, notamment, il doit être possible de mieux s’en prévaloir, directement, devant les juges nationaux.

Pourtant, la lecture politique de ce projet d’accord permet d’être optimiste sans être béat.

Elle permet aussi d’agir maintenant et sans attendre. Que le monde entier se soit donné rendez-vous au même endroit pour discuter d’un même texte à la même table pendant quinze jours est, en soi, historique. »

C’est totalement ridicule. On peut bien avoir l’esprit qu’on veut, le discours politique qu’on veut, ce qui compte ce sont les faits, la base, la réalité. Celle-ci ne permet pas d’affronter le réchauffement climatique, question planétaire, de par la division de l’humanité, l’anthropocentrisme.

COP 21 : le sixième jour

C’est donc, pour reprendre l’expression des médias, un « brouillon » qui a été remis à midi hier samedi, comme base de discussion pour un accord sur le climat. Or, le document ne devait justement pas être tant une base pour négocier, qu’un document à vérifier et à signer…

Il va donc y avoir une semaine de négociations très rudes, s’appuyant sur la base suivante : le document fait 48 pages, avec 20 pages de présentation, 21 de décisions, 5 de notes d’informations.

L’un des problèmes est le suivant : il y a  939 phrases entre crochets, à sélectionner ou enlever, ce qui fait beaucoup de choses à discuter en une semaine, à partir de lundi.

Toutefois, ce n’est qu’un aspect, un autre devant être mentionné. Il y a en effet certains passages qui sont ambigus. On a par exemple l’expression :

sustainable development in harmony with nature

En Français, cela donne :

« développement durable en harmonie avec la nature »

Sauf que le problème, bien sûr, est qu’il n’y a pas de définition du « développement durable ». A la limite on peut deviner de quoi il s’agit, mais qu’en est-il de la Nature? Quelle est sa définition? Quels sont les critères?

On voit l’ampleur du problème, de notre point de vue, quand on sait que ce terme ne revient d’ailleurs qu’une seule fois dans tout le document !

N’est-ce pas un terrible symbole de l’impuissance intellectuelle à comprendre notre planète ? Peut-on aborder la question du changement climatique sans parler de l’évolution de la Nature, de la protection de la vie?

Notons d’ailleurs que, évidemment, le mot « animal » ne revient pas une seule fois. On sait déjà à quoi s’en tenir.

Par contre, on a une expression très particulière, qui nous est chère, qui apparaît. A un moment il est parlé de promouvoir les droits au développement, à l’égalité entre hommes et femmes, mais également… « l’intégrité des écosystèmes et de la Terre-Mère » (« the integrity of ecosystems and of Mother Earth »).

Là, on a quelque chose d’encore plus problématique. On se doute bien qu’il n’y a pas de définition de la part de la COP 21 de la notion de « Terre-Mère ».

C’est de la rhétorique, du folklore, et d’ailleurs on a pu régulièrement voir à la COP 21 des gens habillés en tenues d’aborigènes, pour donner une impression de « respect » de la Terre à ce qui est une réunion de gens qui n’ont en tête que le maintien de leurs intérêts. C’est clairement par là qu’il faut chercher l’emploi de cette expression.

Car il est évident que le concept de « Terre-Mère » (et le mot d’ordre « la Terre d’abord ! » d’ailleurs) a une signification absolument opposée à la « gestion des ressources selon le développement durable » comme le veut la COP 21.

C’est à ce genre de détails qu’on voit qu’on rentre dans une ère nouvelle, et que la reconnaissance de Gaïa, et la bataille pour elle, vont être la prochaine grande ligne de démarcation.

Du côté des crochets, où les choix restent à faire, les négociateurs devront discuter pour savoir s’ils visent seulement 1,5°C ou bien « bien en-dessous de 2°C ». De ce côté là, cela semble franchement irréaliste.

Voici un autre exemple, plus compliqué, de ce qui est très problématique :

[Recognizing that Parties should take action to address climate change in accordance with evolving economic and emission trends, which will continue to evolve post-2020,]

Cela signifie que les parties signataires doivent agir par rapport au changement climatique en accord avec les tendances économiques et d’émission de CO2 qui évoluent, et continuant à évoluer à partir de 2020.

Or, c’est lourd de conséquences. Si on doit adapter les décisions selon les évolutions – qui ne sont pas définies – n’importe qui peut demander une remise en cause, à n’importe quel moment.

N’importe qui peut dire : nous avons dit qu’il faut agir selon les évolutions économiques, or mon pays a une crise économique, donc je ne dois plus faire ceci ou cela. Un autre peut dire : il y a une amélioration, on peut ralentir les efforts, etc. etc.

Peut-être est-ce fait exprès, pour garder une porte de sortie. Plus simplement, il faut y voir une impossibilité à assumer la question écologiste, la question de la Nature, la question de l’anthropocentrisme.

La COP 21 annonce son échec : elle est une gestion bureaucratique, sur une base totalement dépassée, d’un problème qui exige une refonte totale de notre manière de voir la vie.

COP 21 : le cinquième jour

Aujourd’hui, samedi, la version finale devait être rendue à midi. Vue d’hier soir, difficile de penser que cela sera le cas.

Quelle a été la situation de ce cinquième jour de la COP 21, hier ? Selon Le Figaro, « les négociations patinent ». Les contradictions deviennent plus profondes entre les pays ayant connu un ” développement » et les autres.

La Fondation Nicolas Hulot formule cela de la manière suivante :

« Qu’est-ce qui bloque ? Evidemment les questions centrales de la différentiation et du financement (atténuation, adaptation, pertes et dommages), notions intimement liées. Par exemple, certains pays développés veulent que soit indiqué, dans l’article sur les financements, que tous les pays qui le peuvent doivent contribuer, alors que d’autres veulent qu’au contraire les pays développés paient leur dette écologique et remplissent déjà seuls leurs engagements. »

Un pays comme le Qatar, par exemple, refuse catégoriquement de payer en disant qu’il n’est pour rien dans le réchauffement climatique, qu’il n’a donc par conséquent rien à payer. Un pays comme la Chine est sur une position similaire.

C’est tout à fait logique, puisqu’ils raisonnent en termes de nations, et non d’humanité, et encore moins de manière planétaire.

C’est là le fond du problème, le coeur du problème ; c’est cela que la COP 21 est censée dépasser, et on voit mal comment. On ne peut rejeter la Nature et diviser l’humanité sans qu’il y ait un impact, une contradiction.

Voici un petit témoignage d’anthropocentrisme typiquement français justement, avec des éléments synthétiques censées imiter la Nature dans l’espace de la présidence française… Que dire?

Ce ne sont évidemment pas les opérations de communication qui vont changer, comme par exemple la venue à la mairie de Paris de 1000 maires. Cela disperse plus qu’autre chose. La “bonne volonté” n’est pas ce qui est en jeu : c’est toute une vision du monde, ainsi que des intérêts économiques, c’est une humanité divisée, niant la Nature.

Il en va de même pour l’ouverture au Grand Palais d’une sorte d’exposition d’entreprises présentant leurs démarches vertes, appelée « forum “Solutions COP21” ».

Qu’attendre d’EDF, Coca-Cola, GdF-Engie, Carrefour, Sanofi, Suez, etc. ? Rien du tout quand on a conscience de la réalité. Cela n’a pas empêché des ONG, comme Attac ou Les Amis de la Terre, d’être allé à l’inauguration de l’exposition, qui doit durer quelques jours, pour organiser à l’intérieur un « Toxic tour » en anglais et en français, pour présenter l’hypocrisie de ces entreprises.

Naturellement, la trentaine de gens présents s’est fait expulser manu militari, ainsi que les journalistes présents. A quoi pouvait-on s’attendre d’autre et à quoi sert de dire que les grandes entreprises sont hypocrites et méchantes ? Il faut croire que l’idée de révolution n’est pas encore parvenue à la conscience de ces gens qui « témoignent ».

En ce qui concerne les débats, finalement hier on est arrivé à un texte de 38 pages. Auparavant, il y avait encore 50 pages, et qui plus est avec deux modèles.

Cette histoire étrange est présentée de manière suivante par la Fondation Nicolas Hulot, qui la révèle pour mieux en atténuer le caractère à la fois ridicule et grave :

« 10h ce matin [donc, hier] ont été conjointement publiées deux versions du projet de texte d’accord :
la première avec le texte compilé des différentes options proposées par les pays
la seconde intégrant les propositions de rédaction de compromis proposées par les co chairs et les co-facilitateurs.

C’est une bonne solution pour que les pays puissent dépasser plus facilement leurs formulations initiales.

Nb : Nous ne sommes pas du tout dans le scénario de Copenhague, où un second texte, complètement déconnecté du premier, avait été rédigé « en secret » par quelques-uns, en dehors des salles de négociation.  A Paris, il y a donc pour l’instant deux versions du projet de texte, mais servant à préparer le même accord au final car les propositions de compromis acceptées seront réintégrées dans le projet initial, en toute transparence. »

On n’est pas dans un texte secret, mais tout de même dans une démarche où deux lignes se montrent et s’opposent radicalement, avec l’espoir d’un « compromis ». Ce n’est pas une négociation collective, mais une bataille pour bricoler un texte commun.

Concluons avec une anecdote, une information de RFI. On y apprend que les chefs d’État et les premiers ministres eux-mêmes seraient en train de négocier dur, et que la COP 21 partirait à la conquête des citoyens…

Mensonge et langue de bois réunis en un seul package… Finalement, voilà ce qu’aura été la COP 21 réalisée par la France.

« Tandis que les 150 chefs d’Etat et de gouvernement négocient dur depuis le 30 novembre au Bourget pour parvenir à un accord visant à limiter à deux degrés le réchauffement climatique, la COP21 déborde du lieu des discussions officielles pour gagner Paris et aller au contact des citoyens. »

COP 21 : le quatrième jour

Cette fois, c’est relativement plus clair : les négociations sont en retard. Il y a encore plein d’options qui n’ont pas été débriefées et d’autres qui sont des points d’achoppement, par exemple la question de la vérification de ce que fait chaque pays ou encore la question de savoir qui va fournir les financements pour les aides.

Il y a donc pour l’instant un document-brouillon de 50 pages, avec 1400 expressions ou phrases entre crochets, c’est-à-dire encore en suspens.

La Fondation Hulot a annoncé hier avoir eu l’information selon laquelle il y a eu une réorganisation des méthodes de travail :

« La nouvelle méthode proposée par l’Afrique du Sud (pour le G77) et la Chine, complétée par le Guatemala (groupe AILAC) a été acceptée par tous : moins de groupes spin-off en parallèles (12 réunions seulement programmées ce jour), plus de travail transversal du groupe de contact, incitation aux facilitateurs pour qu’ils proposent des rédactions de compromis/convergence (ils ont d’ailleurs fait de nouvelles propositions ce matin). »

Tout cela est d’un terrible amateurisme ; en même temps cela reflète les contradictions entre les uns et les autres. Parmi les pays qui font du blocage d’ailleurs, on a pu apprendre que cette fois c’est l’Arabie Saoudite qui a fait le forcing pour qu’il soit hors de question que l’objectif passe de 2°C à 1,5°C de réchauffement climatique.

Il y a aussi l’Indonésie, qui dans ses comptes a « oublié » dix millions d’hectares de forêt, afin de relativiser la déforestation… Elle a également « oublié » ses feux de forêt massifs (et organisés), qui ont fait de ce pays par moments un plus grand producteur de CO2 que la Chine…

D’une certaine manière, on peut dire qu’il y a quatre grands blocs :

– les pays pétroliers (et gaziers), qui comptent profiter de la manne des énergies fossiles ;

– les pays « en voie de développement » du type BRICS (Brésil, Inde, Chine…) qui comptent à tout prix avancer ;

– les pays intermédiaires cherchant à temporiser (comme la France), parce qu’ils peuvent se le permettre et que c’est dans leur intérêt (avec le nucléaire par exemple) ;

– les pays alliés aux États-Unis, comme l’Australie, et donc les États-Unis eux-mêmes, qui entendent surtout garder leur autonomie.

Tous ces pays sont donc égoïstes, mais pas de la même manière. Au final, l’absence d’unité, de vision commune de l’écologie, de la Nature, fait que les uns et les autres participent au grand renoncement…

A côté de ces négociations qui donc partent très mal, d’autres initiatives montrent que tout cela ne ressemble pas à grand-chose. Voici par exemple ce dont nous informe FranceTV info :

“Une vingtaine de villes du monde, dont Paris, ont signé une promesse d’engager 10% de leur budget à renforcer les actions de prévention ou de lutte contre les risques, qui peuvent être climatiques, mais aussi sociaux ou terroristes.”

Quel rapport entre les différents « risques » ? Aucun, on voit bien que l’écologie est un thème comme un autre. On a encore une autre incohérence avec « Ice Watch Paris » d’Olafur Eliasson.

18 gros morceaux de glace – leur poids total est de 80 tonnes – ont été pris au Groenland, amené au Danemark par container, pour rejoindre Paris par l’autoroute pour un parcours d’au moins 1200 km.

Puis, douze gros morceaux de glace ont été placés place du Panthéon à Paris, hier pendant la nuit (18 avaient été transportés au cas où il y aurait un souci dans le transport). Le tout étant censé formé une installation d’art contemporain permettant soi-disant une réflexion, etc. Selon « l’artiste », cela permettrait de voir les choses concrètement :

“Ce qui fond à Paris, c’est un dixième de ce qui fond chaque seconde l’été au Groenland. C’est un moyen de rendre les données (du réchauffement climatique) réelles.”

Non seulement tout cela a coûté une petite fortune en CO2, mais de toutes manières à part quelques touristes et quelques grands bourgeois du quartier, personne ne verra rien… C’est une sorte de fiasco sur tous les plans !

D’une certaine manière, c’est le symbole de la COP 21 : elle n’a pas réussi à mobiliser les gens en France, il n’y a pas de mobilisation, il y a seulement maintenant un petit débat… On est très loin de ce qu’exige la Nature de notre part.


COP 21 : le troisième jour

« Mon message est tout à fait clair : il faut accélérer le processus parce qu’il nous reste beaucoup de travail » : c’est ce qu’a dit hier le président de la COP 21, Laurent Fabius, également ministre des affaires étrangères. En effet, samedi midi, les « copies » doivent être remises, avant que les ministres n’arrivent deux jours après…

Le processus existe en deux temps : il y a des « contact groups » qui discutent thème par thème, puis après un premier debriefing, des « spin off » négocient au mot près. C’est un processus douloureux pour aboutir à quelque chose et l’Américain Daniel Reifsnyder, l’un des deux présidents du groupe de travail, de son côté, a déclaré que « Sur aucun point, nous ne faisons les progrès qui seraient nécessaires ».

Surtout que, pour ce que l’on sait de ce qui a filtré, il apparaît que les contributions publiées par 183 pays ne permettraient que d’arriver à 3°C de plus entre 1880 et 2100, alors qu’on est censé viser 2°C, et que Hollande parlait même de 1,5°C seulement…

Le G77 a également publié un communiqué hier qui a encore accentué la pression. Le G77 regroupent 134 pays du tiers-monde ; à la base, dans les années 1960, il y en avait 77, d’où le nom. On y retrouve des pays comme l’Inde, l’Indonésie, l’Argentine, l’Algérie, etc.

Ce communiqué des G77 a également été signé par la Chine – c’est dire l’importance de ce qui est dit. On y lit surtout un appel à la clarification des soutiens financiers que recevront les « pays en voie de développement » après 2020. Jusqu’à présent, il avait été prévu que 100 milliards de dollars seraient versés chaque année : il est désormais expliqué que ce n’est pas assez.

Il est expliqué également, en filigrane en quelque sorte, qu’il est hors de question que les « pays en voie de développement » paient quoi que ce soit, tout étant de la faute des pays ayant connu la première révolution industrielle.

On lit donc dans le document :

« Le soutien financier des pays développés est lié aux impacts (du changement climatique) dus aux émissions historiques (de gaz à effet de serre). »

C’est grosso modo ce que disait le premier ministre indien dans l’article de lundi du journal britannique le Financial Times. Et l’Inde compte d’ailleurs doubler puis tripler sa production de charbon dans les prochaines années…

Un autre pays s’est exprimé complètement en faveur du refus de la suppression totale des énergies fossiles : le Brésil. L’Arabie Saoudite est naturellement sur une position similaire.

On peut résumer la problématique qui est apparue à la surface ce troisième jour de manière aisée. Si l’on veut que le réchauffement climatique reste à 2°C entre 1880 et 2100, il faut que 80% des réserves connues de pétrole, charbon et gaz ne soient pas utilisées.

Les pays développés s’imaginent pouvoir s’en passer, notamment à coups d’énergie solaire ou hydraulique (comme l’Autriche qui a aboli l’énergie nucléaire dans sa constitution), ou surtout avec l’énergie nucléaire, comme la France.

Hier, à l’université de la Sorbonne, il y avait d’ailleurs une conférence d’Elon Musk, fondateur de Paypal, s’occupant depuis de l’entreprise Space X (une entreprise de vol spatial) et de Tesla (constructeur d’automobiles de luxe 100 % électriques). Il y a fait l’éloge du nucléaire, surtout dans un pays stable pour l’environnement comme la France, à l’opposé donc de la Californie ou du Japon, en raison des tremblements de terre.

Il a bien entendu soulevé l’idée de la taxe carbone… dont justement les « pays en voie de développement » ne veulent pas entendre parler et encore moins ceux qui ont précisément du pétrole, du charbon, du gaz.

C’est également vrai pour des pays comme le Canada ou les Etats-Unis, notamment avec le fameux gaz de schiste. Symboliquement, car la Maison-Blanche pourra faire un veto, la chambre américaine des représentants a voté contre deux nouvelles réglementations de l’agence de protection de l’environnement. La première visait à réduire de 30 % le CO2 produit d’ici 2030, la seconde à instaurer des normes de pollution sévères pour les centrales thermiques à venir.

La France a toujours été un pays qui se voulait une sorte d’impérialisme sympathique, « pas pareil » que les Etats-Unis. Cela permet une diplomatie avec l’apparence de la « juste mesure ». C’est le jeu joué à cette COP 21 et pour l’instant, c’est loin d’être gagné, ne serait-ce qu’à court terme. Car tout le monde sait bien qu’à un moment de toutes façons il y aura rupture et les pays feront chacun pour soi.

COP 21 : le deuxième jour

Regardons ce qu’a donné la seconde journée de la COP 21. Commençons par une anecdote relativement significative. C’est un peu tout ce qu’on a pour l’instant sous la main, puisque les débats ne sont pas publics.

Alors que la COP 21 vient à peine de s’ouvrir, donc, forcément tout le monde en parle, mais comme on ne parle pas en même temps de Nicolas Sarkozy, cela déplaît à celui-ci et il a montré qu’il n’était pas content :

“Il n’y en a que pour la COP 21. Comme si le drame qu’a connu la France il y a dix jours était déjà passé.”

C’est très significatif, et cela rappelle son «ça commence à bien faire» prononcé au salon de l’agriculture au sujet des questions d’environnement, en 2010. Sans doute Sarkozy est-il jaloux de ne pas avoir été à côté des 150 chefs d’État, mais tout de même…

Ceci dit, si Sarkozy a le culot de montrer qu’il se moque de la COP 21, peut-être que François Hollande est pire, dans la mesure où il prétend s’y intéresser…

Au-delà de l’anecdote, cela rappelle que l’écologie c’est une question politique. Si on ne sait pas ce qui se négocie, là on en sait un peu plus sur les contradictions du démarrage de la COP 21.

On arrive vite à des situations bloquées, que ce soit dans un pays ou entre les pays. Normalement les pays arrivent avec des propositions chiffrées, mais la Belgique n’a pas été en mesure de le faire en raison des différents gouvernements ne se mettant pas d’accord (la Belgique est un État fédéral).

Déjà qu’on doit arriver à l’unité mondiale, alors si déjà dans un pays on n’arrive même pas à négocier…
Il y a la même chose aux Etats-Unis : les républicains ont déjà annoncé qu’ils remettraient tout en cause s’ils gagnent la prochaine présidentielle.

Dans un même genre, on a le dirigeant ultra-nationaliste de l’Inde, Narendra Modi. Lui, il a carrément fait son opportuniste complet : saluant les chefs d’État d’un côté, envoyant tout balader de l’autre.
Lundi, il a annoncé avec François Hollande la formation d’une “alliance solaire internationale” avec 121 pays, pour promouvoir le solaire…

Mais le même jour, il publiait une tribune dans le Financial Times, un magazine britannique entièrement tourné vers le business, où il y disait une chose simple : les pays développés ont fait leur fortune sur les énergies fossiles, à eux d’assumer cela, pas à nous.

On s’imagine l’effet que cela a eu hier : on devine tout de suite qu’il y a double jeu. C’est ça le fond du problème.

Ceci dit, d’autres pays ne s’embêtent même pas avec cela. On a vu que la Belgique avait une bonne « excuse », mais la délégation du Venezuela (0,83 % des rejets de CO2 mondiaux), quant à elle, n’a pris aucun engagement non plus, et s’est même permis de se plaindre de l’accueil à la COP 21 qui lui a été fait.

D’autres pays ont remis des engagements, mais en traînant des pieds, en mode service minimum, comme les pays pétroliers que sont l’Angola et le Nigeria, le Qatar, l’Iran, l’Arabie saoudite.

C’est très mal parti de ce côté là. La France, tactiquement, a tenté de gagner déjà l’Afrique, qui ne produit qu’une toute petite part du CO2, mais dont nombre de pays sont liés à la France, de par l’influence encore largement présente dans les anciennes colonies.

Hier matin, il y eu ainsi un “sommet défi climatique et solutions africaines” avec François Hollande et une douzaine de chefs d’Etat africains.

Comme tout est prétexte à renforcer ces liens pas forcément sympathiques dans la mesure où c’est d’esprit colonial version modernisée, l’aide française à la lutte contre le changement climatique sera portée de 3 à 5 milliards d’euros par an d’ici à 2020 et se tournera notamment vers l’Afrique.

Comme en écho, le chef d’État du Sénégal, Macky Sall demande  5 milliards d’euros par an, pendant dix ans, de la part des pays riches :

« Quand on demande aux pays les plus en retard sur le processus de développement de renoncer aux sources d’énergie les plus accessibles et les moins coûteuses, que d’autres ont utilisés pendant des siècles pour assurer leur industrialisation, l’équité veut que cet effort soit accompagné et soutenu. »

Heureux hasard… Comme on le voit, on ne sort pas de la politique. Et qui dit politique, dit économique, bien entendu. Car on discute à la COP 21, mais entre janvier et juillet 2015, la forêt Amazonienne a perdu 6000 km², soit une fois et demi la superficie de l’Ile-de-France. Tant qu’on ne dit pas stop à cela, déjà…

Pour finir, encore une anecdote. Une chroniqueuse de France Info, Nathalie Bourrus, est allée visiter un chapiteau de 27 000 mètres carrés dédié aux associations. Elle se balade et raconte de manière moqueuse ; elle le raconte dans un podcast, avec une voix odieuse de bourgeoise prétentieuse.

Un film est en anglais sous-titré, elle s’en moque ; elle raconte encore :

« Moi, en quête de réchauffement climatico-humain
Quelque chose m’attire l’œil : des gens pédalent, comme sur un vélo, mais ce n’est pas un vélo. C’est un chargeur de portable. Car, comme le dit le proverbe Cop21 : “Si tu veux avoir de la batterie… tu n’as qu’a en baver un coup !” “C’est pas sympa, comme message de bienvenue”, dis-je à un pédaleur en pénitence. Le jeune homme, norvégien, me dévisage. »

Et là, apothéose à la française, à la fin de son podcast :

« Je décide carrément de fuir. Je passe alors devant le restaurant-cantine. J’aperçois des graines à manger. Je n’ai qu’une envie : avaler un bon gros steak, bien saignant et bien gras. Et pourquoi pas, une assiette de frites, arrosée de ketchup… »

N’est-ce pas tellement parlant ? N’est-ce pas la preuve qu’il faut écraser l’idéologie des beaufs, imposer le sérieux et la compassion, avant de pouvoir avancer ? Qu’il faut en finir avec le faux humour caustique, masque du relativisme?

Il est temps de prendre les choses au sérieux et de rompre avec tout cela!

Premier jour de la COP 21

Voici un compte-rendu de cette première journée officielle de la COP 21, même si en réalité les négociations ont commencé hier déjà. Il était cependant évident que la présence de 150 chefs d’État à Paris devait « marquer le coup » pour l’ouverture.

Naturellement, ils ont eu droit à des plats « français », strictement rien de végétalien comme il se doit (Soupe de navet aux coquilles Saint-Jacques, suprême de volaille, risotto aux herbes fraîches, confit de céleri farci, reblochon bio et Paris-Brest, champagne).


François Hollande, en tant que président du pays hôte, a tenu un discours, où il a complètement craqué, difficile de dire autre chose. Déjà que le fait de passer à « seulement » 2°C de plus d’ici 2100 est pratiquement infaisable, voilà qu’il parle de 1,5°C !

C’est totalement démagogique et cela ne sert qu’à valoriser la France comme une sorte de pays neutre, d’impérialisme sympathique, qui pourrait servir de force centrale de la lutte contre le réchauffement climatique.

En passant, cela sert à aider les entreprises françaises qui ont mis le paquet pour se positionner sur le marché du capitalisme vert (pour autant qu’une telle chose puisse exister)… Et à faire croire aux gens que, du côté français, tout aurait été fait. Les Américains, les Chinois, les Indiens seront désignés comme coupables…

Alors qu’en réalité, si un pays y va à fond, il servira d’exemple aux autres peuples du monde. Encore faut-il pour cela croire dans le peuple, la démocratie, et non pas dans les entreprises et le business « vert »…

Voici des extraits significatifs de François Hollande :

« C’est un jour historique que nous vivons. La France accueille 150 chefs d’Etat et de gouvernement, des milliers de délégués venus de tous les continents. Jamais une conférence n’avait accueilli autant d’autorités venues d’autant de pays. Jamais, je dis bien jamais, l’enjeu d’une réunion internationale n’avait été aussi élevé, car il s’agit de l’avenir de la  planète, de l’avenir de la vie.

Et pourtant il y a 2 semaines, ici même à Paris, c’est la mort que semait un groupe de fanatiques dans les rues. Je veux ici vous exprimer la reconnaissance du peuple français pour toutes les marques de soutien, tous les messages, tous les signes d’amitié que nous avons reçus depuis le 13 novembre.
Ces événements tragiques nous affligent, mais en même temps nous obligent.

Ils nous forcent à nous concentrer sur l’essentiel. Votre présence soulève un immense espoir que nous n’avons pas le droit de décevoir, car ce sont des peuples et des milliards d’êtres humains qui ont le regard porté sur nous.
Je n’oppose pas la lutte contre le terrorisme à la lutte contre le réchauffement climatique. Ce sont deux grands défis mondiaux que nous devons relever, parce que nous devons laisser à nos enfants davantage qu’un monde libéré de la terreur. Nous leur devons une planète préservée des catastrophes, une planète viable.

L’année que nous venons de vivre a été l’année de tous les records : record de températures, record de concentration de CO2, record du nombre d’événements climatiques extrêmes : sècheresse [sic], inondations, cyclones, fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, acidification des océans. Les victimes de ces phénomènes se comptent par millions et les dommages matériels par milliards. Aucun pays, aucune région n’est à l’abri des effets du dérèglement climatique.

Comment accepter que ce soient les pays les plus pauvres, ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre, ceux qui sont les plus vulnérables qui soient encore davantage touchés.

C’est au nom de la justice climatique que je m’exprime aujourd’hui devant vous. C’est au nom de la justice climatique que nous devons agir. Prenons conscience de la gravité de la menace sur les équilibres du monde. Le réchauffement annonce des conflits comme la nuée porte l’orage, il provoque des migrations qui jettent sur les routes plus de réfugiés que n’en génèrent les guerres.

Des Etats risquent de ne plus pouvoir satisfaire les besoins vitaux de leur population avec des risques de famine, d’exode rural ou d’affrontements pour accéder à ce bien de plus en plus rare qui s’appelle l’eau. (…)

190 Etats, c’est-à-dire la quasi-totalité des pays de la planète ont formulé des plans d’action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au dérèglement climatique. Et tous les acteurs de la société mondiale, les collectivités locales, les entreprises, les investisseurs, les citoyens de toutes les grandes régions se sont également engagés pour le climat.

A cette prise de conscience, à cette mobilisation s’ajoutent les progrès fulgurants réalisés dans les énergies propres et renouvelables, qui ouvrent la perspective d’une économie non carbonée. (…)
Il y a 3 conditions pour que nous puissions dire que de Paris sera ou ne sera pas un succès.

La première condition, c’est que nous devons définir, dessiner, une trajectoire crédible permettant de contenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C ou même dès 1,5°C si c’est possible.

Il faudra, pour que nous soyons sûrs d’être sur cette trajectoire, prévoir une évaluation régulière de nos progrès au regard des conclusions de la science et, donc, mettre en place un mécanisme de révision à la  hauteur de nos engagements avec des rendez-vous tous les 5 ans.

La deuxième condition, c’est que nous apportions au défi climatique une réponse solidaire. Aucun Etat ne doit pouvoir se soustraire à ses engagements, même si un mécanisme de différenciation pourra prendre en compte les niveaux de développement et les situations. Aucun territoire ne doit être laissé seul face au dérèglement climatique et, notamment, les pays les plus vulnérables.

Je pense à ces îles qui peuvent à brève échéance purement et simplement disparaître. Je veux ici être leur porte-parole, parce que c’est la biodiversité et la diversité même de la planète qui sont en cause.
Tirons-en les conclusions, l’accord doit être universel, différencié et contraignant. Les pays développés doivent assumer leur responsabilité historique, ce sont eux qui ont émis pendant des années le plus de gaz à effet de serre.

Les pays émergents doivent accélérer leur transition énergétique, les pays en développement doivent être accompagnés dans leur adaptation aux impacts climatiques. D’où la nécessité de dégager les financements pour faciliter les transferts de technologie.

Nous avions fixé – c’était à Copenhague – l’objectif des 100 milliards, aujourd’hui ce n’est pas un objectif que nous devons fixer, ce sont des ressources que nous devons dégager avec des garanties sur leur origine et sur leur accessibilité.

Enfin la troisième condition pour qu’il y ait un accord à Paris, c’est que toutes nos sociétés dans leur grande pluralité, diversité se mettent en mouvement. L’ensemble des dirigeants locaux, des investisseurs, des acteurs économiques et sociaux, des citoyens et même des grandes consciences, des religions, tous ceux qui contribuent à ce qui façonne l’esprit public mondial, tout ce mouvement doit comprendre que la donne a changé. Là est la clé pour relever le défi climatique.

Je veux rendre hommage à cet instant à tous les pionniers de la cause écologique, à tous les précurseurs qu’il n’y a pas si longtemps devaient affronter l’incrédibilité [sic, l’incrédulité en fait] ou le dédain pour leurs alertes et leurs propositions.

En quelques années, les esprits ont profondément évolué, les entreprises et les acteurs financiers hier réticents sont désormais prêts à s’engager et à modifier leur comportement.

Faut-il encore leur envoyer les signaux indispensables ? C’est l’enjeu de l’introduction progressive du prix du carbone pour que les émissions de gaz à effet de serre aient un coût qui corresponde aux dommages infligés à la planète ; et pour que les choix d’investissement soient peu à peu modifiés, afin que toutes les technologies puissent être accessibles à tous.

Mesdames et messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, pour résoudre la crise climatique, je vous le dis franchement : les bons sentiments, les déclarations d’intention ne suffiront pas, nous sommes au bord d’un point de rupture. Paris doit être le départ d’une profonde mutation, nous ne pouvons plus considérer la nature comme un vulgaire et inépuisable réservoir de ressources destiné à notre seul et plein accomplissement.

Cette transformation est à la fois une obligation morale et une opportunité mondiale, parce qu’elle nous ouvre des possibilités de développement avec des énergies renouvelables, des modes de transport propres, le recyclage des déchets, l’agro-écologie, la préservation de la biodiversité, l’accès de tous aux biens publics mondiaux.

Ainsi, en rendant l’électricité accessible à tous et notamment en Afrique, c’est plus que la lumière qui sera apportée, c’est la connaissance, c’est l’éducation, c’est le développement. Nous sommes en ce 1er jour de la Conférence au pied du mur, ce mur est fait de l’addition de nos égoïsmes, de nos appréhensions, de nos résignations. Ce mur, est construit sur l’indifférence, l’insouciance, l’impuissance. Ce mur, n’est pas infranchissable. Tout dépend de nous.

Mesdames et messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, sur vos épaules repose l’espoir de toute l’humanité. (…)

Notre plus grand défi, c’est de passer d’une mondialisation fondée sur la compétition à un modèle basé sur la coopération, où il sera plus rentable de protéger que de détruire. Nous devons penser la planète comme un espace unique, établir un pacte d’équité entre le Nord et le Sud et un partenariat entre l’homme et la nature.

C’est pourquoi nous sommes réunis, nous les dirigeants de la planète, c’est pourquoi Paris est un rendez-vous exceptionnel. Nous allons décider en quelques jours pour quelques décennies. Le plus grand danger n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions. Le plus grand danger, c’est qu’il soit trop bas et que nous l’atteignions.

Alors plaçons-nous au plus haut niveau pour qu’au moins, nous puissions approcher cette ambition, car il s’agit de décider ici à Paris de l’avenir même de la planète. »

COP 21 : le premier jour (inofficiel)

Nous avons bien fait de préciser depuis le départ que les violences anti-COP 21, ce serait n’importe quoi : nous n’aurions pas apprécié d’avoir à assumer l’arrestation, pour rien au final, de 170 personnes (sur les 1500-2000 présentes) place de la République à Paris, sans parler de l’utilisation lamentable de bougies et de pots de fleurs (comme projectiles anti-policiers) volés au petit mémorial pour les victimes des attentats islamistes…

De manière plus sérieuse, et malheureusement institutionnelle, la COP 21 a connu sa première journée. Ce qui est étrange ici, pour le coup, c’est que les négociations ont donc commencé hier… mais que la COP 21 n’ouvre officiellement ses portes qu’aujourd’hui, avec la venue des chefs d’État.

C’est vraiment très formel, mais il est vrai que les représentants des États risquent très gros et que pour eux il s’agit d’assurer au moins la communication. S’ils n’apparaissent pas comme efficaces, il y aura une révolte écologiste, ce qui peut sembler utopique vue de France.

Mais un pays comme la Chine, qui produit 28 % de CO2 dans le monde, subit de plein fouet les dégâts climatiques, la pollution, et le peuple commence sérieusement à gronder là-bas. C’est pareil en Inde : d’un côté, 300 millions de personnes n’ont pas encore l’électricité dans ce pays qui a l’arme nucléaire, de l’autre côté les menaces sont là, depuis la Mousson qui se voit modifier jusqu’à la fonte des glaciers.

Les effets se font déjà sentir et la prise de conscience de l’ampleur de la situation grandit. C’est une problématique mondiale et d’ailleurs il y a eu 2300 « marches pour le climat » qui ont eut lieu ce week-end, mobilisant 570 000 personnes dans une atmosphère “bon enfant”. Voici une photographie du Japon.

Le futur c’est inévitablement une unité mondiale sur ce sujet. Ségolène Royal n’a vraiment rien compris lorsqu’elle a dit hier que :

« L’histoire n’a jamais vu et ne reverra sans doute jamais un tel moment. »

Elle n’a rien compris, ce qui n’est guère étonnant. C’est le contraire qui va se dérouler à l’avenir : la COP 21 ne va pas réussir, mais la tendance est forcément aux décisions mondiales. Finie l’humanité fragmentée, divisée, s’opposant à la Nature… Ou bien finie l’humanité tout court. Le choix sera fait, malheureusement en catastrophe.

Cette difficulté de la division entre pays amène que le risque d’échec est vraiment dans l’air. D’où le fait que le moindre jour compte, d’où par conséquent l’ouverture in-officielle un jour avant. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et président de la COP 21, a d’ailleurs prévenu hier les responsables :

« Si on voulait s’en remettre au pseudo miracle de la dernière nuit, je crains que ce ne soit pas la bonne solution. »

Jusqu’à présent, en effet, les délais ont toujours été dépassés et c’est en catastrophe, en pleine nuit, que de pseudos accords ont été signés. C’est précisément ce qui doit être évité, alors qu’en plus le protocole de Paris est censé remplacer celui de Kyoto. C’est une nouvelle base générale qui est censée être formulée.

D’ailleurs, les négociations, en elle-même, n’ont pourtant pas duré longtemps hier, commençant à 17 heures, après une minute de silence en raison des attentats. Mais elles étaient interdites aux médias quand même, puisqu’on est là dans le noyau dur : l’ADP, c’est-à-dire le « Ad Hoc Working Group on the Durban Platform for Enhanced Action », la « plate-forme de Durban pour une action renforcée ».

Il s’agit de la structure négociatrice, la matrice de la COP 21, celle qui doit parvenir au plan établissant la réduction de l’émission des gaz à effet de serre à partir de 2020, pour que le réchauffement ne dépasse 2°C en 2100 par rapport à 1880.

Elle va devoir donc établir des chiffres, mais aussi organiser le moyen de contrôler que les pays respectent les chiffres… Trouver des financements pour cela, ainsi que pour soutenir les pays subissant de graves problèmes climatiques. Les jours à suivre s’annoncent rudes.

Finissons avec quelques images du groupe anglais Brandalism, qui a annoncé avoir modifié 600 panneaux publicitaires dans Paris.

Ouverture de la COP21

La COP21 commence une journée plus tôt que prévu, officiellement à la demande des deux co-présidents du groupe de rédaction du protocole devant être signé à la fin des discussions. L’idée est de :

« permettre un meilleur usage possible du temps très limité dont disposent les délégués pour finaliser le projet d’accord. »

Est-ce déjà le grand stress, la peur de l’échec que tous les observateurs attentifs redoutent ? En tout cas, il y a déjà une porte de sortie de trouvée : les accords ne seront pas signés le 11 décembre, mais seulement « avalisés », la signature se déroulant un mois après, lors d’une cérémonie organisée par l’ONU.

En cas de souci, il y aura donc de la poudre aux yeux le 11 décembre, puis des négociations derrière, avec une hypothétique signature. On peut bien se douter, en effet, que les négociations ont déjà eu lieu et que si tout allait bien, la confiance régnerait… S’il y a déjà de la crainte, c’est qu’on sait que les intérêts sont trop divergents.

Trop de nations, trop de concurrence économique, trop de divergences égoïstes : l’humanité n’est clairement pas en mesure d’affronter le changement climatique et cela en raison de sa vision anthropocentriste du monde. Il faut se soumettre à Gaïa, mais cela, l’humanité n’y est pas prête…

Donnons un exemple de ce qu’il faudrait faire. La page officielle de la COP21, à la page entreprises et mécènes, nous explique que :

« Les entreprises contribuent directement ou indirectement au réchauffement climatique et sont donc naturellement des acteurs incontournables dans l’élaboration de solutions efficaces qui permettront de rester sous la limite d’une augmentation des températures de +1,5 à +2°C. »

Ce qu’il faudrait donc, c’est prévoir et exiger, afin d’empêcher de continuer à produire des gaz à effets de serre. Le problème est que le capitalisme, par définition, s’oppose tant à « prévoir » que « exiger »…

L’irrationalité des individus et des entreprises et des nations s’oppose à la rationalité écologiste d’une humanité unifiée, forcément pacifiée, logiquement végane…

Pour en revenir au programme, la COP21 commence aujourd’hui, alors qu’hier, le lieu de négociations au Bourget, en périphérie de Paris, non loin de l’aéroport, a été remis symboliquement à l’ONU, le ministre des Affaires étrangères et futur président de la COP21 Laurent Fabius remettant des clefs à Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la CCNUCC (Convention des Nations unies sur les changements climatiques).

Ce lieu de discussion est appelé « zone bleue » et est désormais supervisé directement par l’ONU, avec des gardes bleus, équivalents des casques bleus en quelque sorte. Y sont attendus 20 000 personnes : les délégations des 196 « parties » (195 États et l’Union européenne), les journalistes, mais aussi lundi les chefs d’États, etc.

Pour cette raison, en raison de la sécurité exigée en ces cas là, l’État a demandé aux gens de ne pas se déplacer du tout, fermant des tronçons d’autoroute, faisant en sorte que les transports soient gratuits à Paris jusqu’à lundi, tout en demandant en même temps… de ne pas les utiliser.

Dans la foulée de l’état d’urgence, mais en passant donc des islamistes à l’extrême-gauche, l’État a également assigné à résidence 24 personnes, accusées de vouloir perturber l’ordre public à l’occasion de la COP21. Cela signifie qu’elles ne pourront plus sortir de chez elles pendant quinze jours…

Au passage, la police ne s’est pas privée de mener de multiples opérations de perquisitions en même temps, rentrant par la force, menottant, menaçant par les armes, intimidant, utilisant du matériel sophistiqué pour inspecter les téléphones, les ordinateurs, etc. etc.

Tout doit être le plus lisse possible : la COP21 ne doit être rien d’autre qu’une opération de communication, servant à renforcer la légitimité de l’État et des entreprises.

Mais l’État fait ici une lourde erreur, tout autant que les zadistes d’ailleurs. Un statu quo est impossible, tout comme le fait de revenir en arrière à la petite production. Le changement climatique est la preuve du défi qui se formule, et qui exige un changement radical : c’est pourquoi l’idée nouvelle, celles de la défense de notre mère la Terre par une humanité unifiée, est la seule qui tienne et elle va se diffuser inéluctablement…

Cop21 : assignation à résidence et appel à un “rassemblement” illégal

Le grand cinéma commence! Au lieu de parler d’écologie, au lieu que les thèmes soient abordés démocratiquement, qu’il y ait des débats sur comment changer le monde, on a des “opérations de comm”.

Voici les deux du jour : tout d’abord, profitant de l’état d’urgence contre les islamistes, l’Etat assigne à résidence un militant de la coalition climat 21. De l’autre, il y a un appel pour braver l’état d’urgence et manifester à Paris ce dimanche.
Le rapport avec l’écologie de tout cela? Rien, bien entendu.

Voici le communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme pour la première information.

Le ministre de l’Intérieur perd ses nerfs, confond et assimile le mouvement associatif au terrorisme

Après avoir interdit les manifestations citoyennes autour de la COP21, voici que le ministre de l’Intérieur assigne à résidence M. Joël Domenjoud, en charge de la « legal team » de la coalition au motif qu’il ferait partie de l’ultra-gauche parisienne qui veut remettre en cause la tenue de la COP. M. Domenjoud est tenu de pointer trois fois par jour au commissariat.

Si l’on avait besoin d’une confirmation que l’état d’urgence est un danger pour les libertés publiques, cette mesure en attesterait tant elle révèle que la lutte contre le terrorisme n’est ici qu’un prétexte pour interdire toute voix dissonante.

Comme nous l’avions craint, l’état d’urgence s’accompagne de mesures de plus en plus arbitraires.

D’ores et déjà nous demandons la levée immédiate de l’assignation à résidence de M. Joël Domenjoud.

Tout cela est sans doute vrai, mais en même temps on voit qu’un voile pudique a été jeté sur le fait que “l’ultra-gauche” annonce depuis plusieurs semaines vouloir tout casser. Ce qui n’a, à nos yeux, comme nous l’avons déjà dit, strictement aucun intérêt, en l’absence complète de projet positif, réellement écologiste derrière.

Guère étonnant d’ailleurs qu’il y ait une belle convergence entre cette ultra-gauche zadiste et les bobos. C’est dans Libération qu’on lit entre autres cette tribune, appelant à prendre d’assaut la place de la République à Paris ce dimanche…

On ne trouvera dedans aucune référence à l’écologie. Seulement à l’esprit français, et il est dit d’ailleurs que “S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police”.

Ce qui est franchement pittoresque quand on voit que l’histoire de France, c’est historiquement la domination par un “homme fort” au sein d’un Etat ultra-centralisé avec une police ultra-efficace. Mais bon, du moment que les intellectuels bobos refont le monde devant un café et que les anarchistes peuvent jeter quelques pavés tous les 4-5 ans…

Bravons l’état d’urgence, manifestons le 29 novembre

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour comprendre que l’état d’urgence décrété pour trois mois n’allait pas se limiter à protéger la population française contre de nouveaux attentats.

Ce week-end, une grande partie de la ville de Sens (Yonne) a été soumise à un couvre-feu, sans rapport clair avec les attentats. C’est la perquisition d’un appartement – dont les locataires n’auraient finalement pas été inquiétés – qui a justifié cette punition collective.

Parmi les 1072 perquisitions nocturnes diligentées hors de tout cadre judiciaire par les préfets, moins d’une sur dix a abouti à une garde à vue. À Nice, c’est une fillette de six ans qui a été blessée lors d’une opération de police : les policiers intervenus en pleine nuit avaient enfoncé la mauvaise porte. Dimanche en Loire-Atlantique, c’est une caravane de 200 vélos accompagnée de 5 tracteurs qui a été bloquée par les forces de l’ordre : il s’agissait de dissuader les cyclistes de rejoindre Paris pour la COP21.

Pendant ce temps, le gouvernement reprend sans scrupule des mesures promues hier encore par l’extrême droite. Les journaux nous l’assurent : les sondages confirment l’adhésion massive des Français à cet état d’exception sans précédent depuis cinquante ans.

C’est une victoire pour Daesh que d’être parvenu, avec moins d’une dizaine d’hommes, à faire sombrer l’État dans ses pires réflexes réactionnaires. C’est une victoire pour Daesh que d’avoir provoqué la mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière.

Le dimanche 29 novembre, une gigantesque manifestation était prévue dans les rues de Paris pour faire pression sur les gouvernants mondiaux, à qui personne ne faisait confiance pour trouver une solution au réchauffement climatique. Des centaines de milliers de personnes étaient attendues de toute l’Europe. Manuel Valls, certainement lucide sur le caractère dérisoire des accords qui sortiront de la COP21, craignait beaucoup cette manifestation.

Il a donc décidé de l’interdire, au prétexte que la foule risquerait d’être la cible d’un attentat. M. Valls jouerait-il avec le feu en laissant les Français risquer leur vie en faisant leurs courses de Noël ? Il se donne en tout cas les grands moyens : ceux qui voudraient manifester encourent 6 mois de prison. M. Valls va-t-il nous mettre en prison pour nous protéger des attentats ?

La proposition que nous faisons, nous savons que dans les circonstances actuelles nous aurons du mal à la faire entendre. Depuis dix jours, les écrans ressassent la gloire des « valeurs » françaises. Nous prenons cela au pied de la lettre. S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police. La mobilisation à l’occasion de la COP21 est un enjeu primordial et nous n’acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester.

Dimanche 29 novembre, nous appelons à braver l’état d’urgence et à nous retrouver à 14h sur la place de la République.

P.-S.
Pétition en ligne : https://www.change.org/p/la-rue-bravons-l-etat-d-urgence-retrouvons-nous-le-29-novembre-place-de-la-republique

Paris, le 26 novembre 2015

“Etat d’urgence climatique”

Voici un nouvel appel de la “mouvance zadiste” au sens large, dont le vecteur est anticop21.org.

Cette fois, la ligne est changée: il s’agit d’un appel à des actions décentralisées, légales comme illégales, même si ce n’est pas dit ouvertement comme cela. S’il est parlé de Nature avec qui il faudrait “coopérer” – c’est déjà ça – il est surtout expliqué que le but n’est pas d’éveiller les consciences mais de foncer dans le tas, afin d’exprimer une “insatiable envie de vivre”.

De nouveau donc le discours existentialiste zadiste – autonome à la “insurrection qui vient”, et encore une fois une claire prise de la COP21 comme prétexte pour une “révolte” considérée comme forcément individuelle.

On est très loin de ce dont nous avons besoin comme exigence : celle d’une humanité entièrement unifiée, se reconnaissant comme une composante de Gaïa, cessant collectivement son oeuvre de destruction par conséquent et se mettant au service del a vie.

Nous refusons l’avenir qu’ils voudraient nous imposer par la peur. Nous refusons de nous soumettre à la politique de l’autoritarisme qui étouffe les libertés au nom de la sécurité. La plus grande menace pour la sécurité, pour la vie sous toutes ses formes, c’est la catastrophe climatique.

En effet, dans quelques jours à Paris, gouvernements et multinationales voraces du monde entier vont se réunir, afin de trouver des « solutions » vertes et lucratives aux problèmes qu’ils ont provoqué, afin de rendre « durable » le pillage des dernières ressources de notre planète, afin d’asseoir encore davantage leur domination sur les peuples.

Nous n’avons plus rien à attendre d’eux car c’est bien eux le problème !

Pour que Paris 2015 soit un moment historique écrit par nous et non par les auteurs du désastre présent, faisons table-rase des fausses promesses du Vieux Monde. Écrivons Notre Histoire !

C’est bien ce que des milliers de personnes ont décidé de faire.
En effet, la COP 21 est une occasion sans précédent pour provoquer un changement radical en partant de la base : Nous.
Ne ratons pas ce qui peut être le plus grand virage de l’Histoire de l’Humanité.
Celui où elle aura décidé de se reprendre en main en coopérant avec la Nature dont elle fait partie.

Nous savons bien, et la plupart des climatologues s’accordent à le dire, que c’est probablement la dernière occasion que nous avons avant de dépasser d’ici quelques années, le point de « non-retour », ce qui provoquerait un phénomène d’emballement climatique sans rétroaction possible.

Ce moment approche, celui où il sera trop tard, où nous n’aurons rien d’autre dans les yeux que les larmes du regret face à un quotidien en état d’urgence permanent.

Alors ne gaspillons plus notre énergie à débattre des différents aspects du
réchauffement climatique, car il n’y a pas d’autre catastrophe que celle dans laquelle nous tentons de vivre.

Le vieux monde ne s’effondrera pas tout seul, et nous n’avons plus le temps « d’éveiller les consciences » pour ce faire.
Montrons leur que notre détermination est à la hauteur de leur capacité de nuisance.
Montrons-nous à la hauteur de notre insatiable envie de vivre !

Nous savons bien que l’épicentre se situera à Paris, mais que les ondes sismiques se feront sentir bien au-delà. C’est pourquoi, l’appel est lancé d’organiser partout ailleurs, des actions décentralisées, directes ou moins directes, en petits comités ou à plus nombreux, de jour comme de nuit, face aux caméras ou pas, avec ou sans revendication, en escaladant ou en s’asseyant, avec nez de clown ou masque de Zorro…

Ce que nous avions toujours rêvé de faire mais que nous avions jugé irréalisable ou trop fou, il est temps dès aujourd’hui, de l’organiser. Et ce, à 2 ou à 1000.
L’éventail des possibilités (de modes) d’actions est infini.

Cette pluie de météorites, ce Joyeux Bordel, à la frontière du rêve et du réel, où l’imaginaire se déploie au-delà des peurs, se déroulera PRES DE CHEZ VOUS DU 28 NOVEMBRE AU 11 DECEMBRE… et se poursuivra jusqu’à la chute de leur monde.

ILS SE SONT BIEN JOUES DE NOUS, A PRESENT C’EST A NOUS DE JOUER ! ;-)

Nouveau “plan de mobilisation” de la coalition climat 21

La coalition climat 21, qui regroupe les associations institutionnelles qui sont, pour résumer, un pied dedans un pied dehors avec la COP21, a réalisé un appel suite aux interdictions de manifester, expliquant ce qu’il était possible de faire, comme par exemple une marche virtuelle (le site ne marche apparemment pas encore) ou encore le fait de porter un ruban vert sur ses habits.

On est là clairement dans la posture. Comme la COP21 va se montrer en total décalage avec ce qui est nécessaire, l’échec n’en sera que plus parlant, et ce ne sont pas les zadistes qui rejettent le concept de changement climatique au nom de l’horreur du monde aujourd’hui qui vont y changer quoi que ce soit.

PLUS QUE JAMAIS MOBILISÉS POUR LE CLIMAT : LA COALITION CLIMAT 21 PRÉSENTE SON NOUVEAU PLAN DE MOBILISATION

Malgré les récentes interdictions de la marche du 29 novembre et des mobilisations du 12 décembre et suite à la décision de prolonger l’état d’urgence, ces deux dates restent des moments clés de mobilisation citoyennes pour le climat.

LE 29 NOVEMBRE, ÇA MARCHE ENCORE POUR LE CLIMAT !

Dimanche 29 novembre, la journée sera placée sous le signe du climat aussi à Paris :

– Des installations artistiques visuelles et sonores permettront de tracer autrement le parcours de la marche. Ces créations permettront d’exprimer nos messages : rappeler l’urgence de la crise climatique mais aussi témoigner de notre solidarité avec les populations qui sont aux premières lignes de la crise et du changement ; le lien entre climat, emploi et justice sociale ; les solutions qui existent ; les responsables à qui profitent le crime climatique, la nécessité de protéger la nature pour protéger le climat et enfin, la masse citoyenne qui appelle à l’action – des groupes religieux à la jeunesse, en passant par les grands parents pour le climat.

– Se rassembler autrement : en terrasses de café, dans les boulangeries, les coins de rue, les balcons et les fenêtres, et même sur les vêtements, un symbole commun sera proposé pour exprimer son engagement pour le climat.

– March4me.org : un outil inédit qui permettra à tous ceux qui ne peuvent pas marcher ce jour-là, de Beyrouth à Bamako en passant par Paris, de se faire représenter par tous ceux qui marcheront en Amérique, en Afrique, en Asie, en Europe. Ces derniers représenteront les marcheurs « empêchés » en arborant leurs photos et prénoms dans les défilés. Le site www.march4me.org permettra ces mises en relation et le déploiement de cette solidarité internationale. Il sera mis en ligne dès le 25 novembre.

La mobilisation sera mondiale à la veille de l’ouverture de la COP21 : les 28 et dimanche 29 novembre, des centaines de milliers de personnes de tous horizons marcheront dans les grandes villes du monde pour faire entendre haut et fort leurs attentes à leurs responsables politiques : à Johannesburg, Berlin, Sydney, Kampala, Ottawa, Barcelone,…57 marches sont prévues en tout.

LES 5 ET 6 DÉCEMBRE : RENDEZ-VOUS À MONTREUIL POUR LE SOMMET CITOYEN POUR LE CLIMAT

DU 7 AU 11 DÉCEMBRE : LA ZONE D’ACTION POUR LE CLIMAT SE MAINTIENT AU CENTQUATRE-PARIS

LE 12 DÉCEMBRE : NOUS MAINTENONS L’APPEL À UNE MOBILISATION INTERNATIONALE !

L’état d’urgence aujourd’hui c’est aussi l’état d’urgence climatique. Les nécessités minimales pour une planète juste et vivable sont des lignes rouges qui sont depuis longtemps franchies. Le 12 décembre, nous nous mettrons en mouvement pour le rappeler.

Nous souhaitons que le 12 décembre soit l’occasion pour les communautés affectées par les changements climatiques et leurs conséquences de s’exprimer, et nous maintenons donc notre volonté d’organiser des actions à Paris dont nous sommes en train de revoir les modalités au vue des circonstances. Elles seront placées sous le signe de la paix et de la justice climatique. Rien ne nous empêchera de faire entendre nos voix à la fin de de la COP21.

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Cop 21 : interdiction des manifestations publiques

Il y avait deux manifestation des prévues à l’occasion de la COP21. L’Etat a décidé qu’il fallait mieux les interdire. Voici le communiqué officiel expliquant cela.

COMMUNIQUÉ DE LA PRÉSIDENCE DE LA COP21
La COP21 doit permettre la mobilisation de tous pour le climat. La société civile est appelée à y prendre sa pleine place.

Elle sera donc fortement présente sur le lieu même du Bourget où les « espaces Générations climat » accueilleront, pendant toute la durée de la Conférence, plus de 300 événements, débats et conférences. Une mobilisation importante, comportant de nombreux événements, est également prévue partout en France. Tous ces événements sont maintenus, à l’exception des déplacements scolaires sur le site du Bourget.

La situation créée par les attentats odieux du 13 novembre et les investigations menées depuis imposent toutefois que les conditions de sécurité soient renforcées. Dans ce cadre, la totalité des manifestations organisées dans les espaces fermés et aisément sécurisables seront maintenues.

En revanche, afin d’éviter tout risque supplémentaire, le Gouvernement a décidé de ne pas autoriser les marches pour le Climat prévues sur la voie publique à Paris et dans d’autres villes de France les 29 novembre et 12 décembre.

C’est une décision difficile et qui décevra sans doute certains de ceux qui envisageaient d’y participer mais, dans le contexte actuel, l’exigence de sécurité l’impose.

Elle ne remet nullement en cause la nécessité pour la COP21 d’accueillir très largement – et ce sera le cas – la société civile et ses organisations qui remplissent un rôle majeur.

Voici le communiqué de “protestation” de la Coalition climat. On peut mettre des guillemets, parce qu’en pratique vu le fiasco des mobilisations, la passivité complète de l’opinion publique à ce sujet, cela n’aurait guère été un succès, et cela enlève une sacrée épine du pied à pas mal de monde…

MARCHE DU 29 NOVEMBRE ET MOBILISATIONS DU 12 DÉCEMBRE INTERDITES À PARIS

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Paris, le 18 novembre 2015

La Préfecture de police de Paris vient de nous informer qu’en raison des tragiques attentats qui ont eu lieu le 13 novembre dernier, la Marche mondiale pour le climat du 29 novembre et les mobilisations prévues le 12 décembre sont interdites à Paris.

Nous regrettons qu’aucune alternative n’ait été trouvée pour permettre nos mobilisations. Pour autant, nous sommes plus que jamais déterminés à faire entendre nos voix sur les questions de justice climatique.

« Nous avons conscience de la gravité de la situation. Plus que jamais nous ferons part de créativité pour mobiliser et rassembler. Pas de COP21 sans mobilisation de la société civile » Juliette Rousseau, coordinatrice de la Coalition climat 21.

En effet, le week-end des 28 et 29 novembre, à la veille de l’ouverture de la COP 21, des millions de personnes marcheront pour la justice climatique :

2173 événements se préparent dans plus de 150 pays
57 marches sont prévues dans le monde entier
Plusieurs dizaines de marches dans les régions de France sont annoncées

Le 29 novembre et le 12 décembre à Paris, nous trouverons une forme alternative de mobilisation citoyenne, pour montrer que la COP 21 ne se fera pas uniquement avec les négociateurs.

Le Sommet citoyen pour le climat qui se tiendra les 5 et 6 décembre à Montreuil (Seine Saint-Denis) ainsi que la Zone d’action pour le climat, qui se déroulera du 7 au 11 décembre au CENTQUATRE-Paris devraient être maintenus. Ces mobilisations seront deux grandes occasions de démontrer que nous portons les solutions et les alternatives au dérèglement climatique et que la société civile est déterminée à lutter contre la crise climatique.

La Coalition climat 21 rappelle que la COP 21 n’est pas une fin en soi et que, nous citoyennes et citoyens du monde entier, nous construisons un mouvement qui ne fera que se renforcer à l’issue de ce sommet et au-delà.

“Un appel à tout casser lors de la COP 21”

Au site alternatif sur la COP21 s’en est ajouté un autre, intitulé anticop21.org.

Pour résumer ce qu’on peut en penser, disons simplement que la “casse” qui aura lieu à l’occasion de la manifestation qui se déroulera à l’occasion de la COP21 n’aura aucun intérêt.

Se rebeller c’est bien, en effet, mais encore faut-il savoir pourquoi, et la logique zadiste – nihiliste ne propose strictement rien à part un retour en arrière. C’est vide de sens au mieux, réactionnaire au pire.

C’est, disons, peut-être du romantisme, avec plus ou moins un rapport étroit à ce culte de la terre propre au pétainisme si français. Voici, exemplaire de cet esprit nihiliste, sans valeur, un “appel à tout casser lors de la COP 21”.

Tout est vide, on voit très bien que l’écologie n’est qu’un prétexte pour un anarchisme relooké, avec des teints “métaphysiques” pour donner l’illusion d’avoir un sens “profond”. Alors qu’il n’y a rien… On ne doit donc pas s’étonner si un média très à droite comme Le Point peut déjà faire des articles comme “Un groupe ultra-violent menace la COP21“.

Tout va être caricatural dans un mois : la COP21 de par son échec, la manifestation folklorique et ses quelques casseurs.

« Dirigeants du monde », vous avez bien joué votre partie. Vous avez gagné la guerre de classes, liquidé ce qui restait du monde ouvrier, mis au travail l’ensemble de la population, à peu de choses près, encaissé la crise et ses innombrables répliques, exterminé ce qui n’était pas soluble dans le matin blême de l’Occident …

Vous avez tout réussi, sauf à garantir les conditions fondamentales de la vie humaine sur terre. Vous avez tout réussi, et loupé l’essentiel. Et maintenant, vous vous agitez, légèrement transpirants, essayant de vendre sans y croire vraiment, l’idée que la technologie nous sortira de la situation où elle nous a mis ; mais au fond, vous le savez bien : ce monde, votre trophée inerte, s’effondre, et vous-mêmes serez engloutis, comme tout le monde, dans l’égalité des derniers jours.

Vous vous en rendez peut-être compte : vous n’êtes pas capables de résoudre ce problème. En matière d’ « environnement », le point de non retour, cela fait quarante ans qu’on l’a franchi. Vous avez déjà échoué. Il n’y a pas de solution qui vienne de vous, et vos simagrées nous lassent. Nous sentons bien qu’elles vous fatiguent aussi, mais ne vous inquiétez pas. Elles ne dureront plus.

Deux questions se posent alors à nous, en ces temps qui s’essoufflent :

1) Qu’est-ce qu’un sommet ?

Une poignée de dirigeants foncièrement incapables, des lobbyistes en tout genre, quelques experts, des chefs de cabinets et des attachés de presse se réunissent dans un aéroport d’affaires pour discuter des mesures à prendre pour éviter une probable fin du monde.

Ils n’ont absolument rien à se dire que leurs technocrates ne savent déjà. Ils n’ont absolument rien à décider que leurs armadas de conseillers n’aient déjà négocié. Ils n’ont aucune solution à apporter, puisqu’ils sont eux-mêmes le visage du problème.

Tout cela, au moins depuis Copenhague, fait consensus. Jusqu’à l’écologie la plus institutionnelle, personne n’attend de cette COP 21 autre chose qu’un pénible théâtre d’ombres. Pourtant, tout le monde s’affaire, du gouvernement Valls à la Coalition Climat, des ONG aux entreprises, des collectifs citoyens aux cabinets de conseils. Tout le monde s’affaire pour qu’ait lieu cet événement. Cette rédemption. Ce « sommet ». Sans doute qu’on y aura mis les moyens : parait-il que le climat serait cette année « cause nationale ».

Que se passe-t-il donc pendant un sommet, si personne n’a rien à dire ? Que peuvent faire tous ces sinistres hommes publics lorsqu’ils se trouvent réunis ? Prendre de la coke, ou des selfies ? On en serait presque à leur souhaiter, eux qui peuvent encore se payer le luxe de tromper leur impuissance.

Frivolités dans les hautes sphères : de quelle couleur sera la cravate de Manuel Valls ? On vous l’accorde : mesurer le ridicule de l’opération n’est pas si facile. On serait désemparé pour moins que ça. Evidemment, le tableau n’est pas encore complet. Il manque l’élément principal.

Inutile en effet de dire qu’entre nous et cette douteuse clique retranchée au Bourget, il y aura 10 000 flics français, une fraction conséquente de l’armée de l’air, des contingents de toutes les polices d’Europe et une solide cohorte de casques bleus.

Entre nous et les acteurs de cette scandaleuse farce, l’élite du maintien de l’ordre à la française, le résultat de 1500 ans de construction d’un monopole de la violence légitime. Le fleuron de l’Etat, l’aboutissement armé de notre rationalité politique. Voilà ce qui entend se déployer pendant ces deux semaines d’hiver. Faut-il rire, faut-il trembler ? On ne sait plus très bien.

2) Qu’est-ce qu’un contre-sommet ?

Une fois n’est pas coutume, la réponse sera d’une extrême simplicité. Etant donné l’inanité du débat public et l’arrogance absolue d’un gouvernement qui téléguide sa propre contestation citoyenne, il n’y a rien d’autre à attendre de telles circonstances qu’une honnête flambée de violence. Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de se défouler impuissament, ou de compenser un manque d’idées par des actions bien attestées. Il s’agit de se venger.

Ainsi, ce n’est pas seulement le bon sens qui se trouvera, cette fois, du côté des casseurs, des Black Blocks, des radicaux, qu’importe le nom qu’on veuille « leur » donner. C’est aussi le sens de l’honneur, et un certain amour-propre.

Car à l’heure où l’on vous parle sans cesse de ce à quoi ressemblera le monde en 2030, ou en 2050, il n’est pas inutile de s’attarder sur ce à quoi il ressemble déjà. De ce à quoi il ressemble depuis 200 ans, 200 ans d’industrialisation et de développement, de civilisation inquestionnable, de colonisation intérieure, d’impérialisme béat.

Deux siècles durant lesquels nous avons tant bouleversé les grands équilibres écologiques qu’aujourd’hui, l’environnement change plus vite que la société. Nous vivons à un âge où la vie disparaît déjà mille fois plus vite qu’elle ne se renouvelle. Alors, si nous ne savons pas précisément dans quel état sera le monde en 2050, nous savons en revanche que l’état dans lequel on l’a déjà placé mérite amplement qu’on le venge.

La jeunesse, notamment a un droit illimité à une telle vengeance : amenée de force dans un monde qui s’écroule, elle n’a rien demandé, commis aucune faute, participé à aucun mensonge collectif. On attend d’elle qu’elle paye bien gentiment les fautes de ses aînés, qu’elle prenne sur ses épaules tant d’années d’arrogance et d’incurie ; on comprendra donc qu’elle souhaite faire payer aux représentants de l’ordre ancien cette situation proprement désespérée.

En coulisse, certains s’agitent, et parlent de « justice climatique ». Il s’agirait de partager équitablement les conséquences de la catastrophe. Mais si nous faisons l’effort, un instant, de donner un sens à ces mots tant galvaudés, la « justice climatique » n’est que la réparation impossible d’une injustice, injustice incalculable faite non seulement à notre espèce, mais à des milliers, des millions d’autres, faite à la Terre elle-même, aux innombrables formes de vie qui la parsèment.

Attendue l’énormité de la faute, la peine sera capitale : la destitution immédiate de cette mafia du climat et le renvoi de ses porte-paroles aux oubliettes – aux côtés de l’armada de flics qui s’interpose entre eux et la réalité. Sentence qu’il s’agira de rendre, le 29 novembre, dans les rues de Paris.

La vengeance ne constitue pas une politique, diront certains. Et encore moins une « solution » aux grands déséquilibres écologiques. Mais cela vaut mille fois le cocon gestionnaire dans lequel la COP 21 entend nous emmailloter. Gardez vos illusions de maîtrise et vos « petits gestes qui sauvent ». Quitte à être les derniers hommes, nous garderons les yeux ouverts.

COP 21 : le gouvernement sourd aux demandes de la société civile

Alors que la COP21 arrive, les associations institutionnelles s’aperçoivent que le sol se dérobe sous leurs pieds. Leur nature va être démasquée, dans la mesure où le fait qu’elles ne servent à rien face à la destruction de la Nature va devenir visible aux yeux de tous et toutes…

D’où leur appel et leur fausse critique du gouvernement, dans leur appel “COP 21 : le gouvernement sourd aux demandes de la société civile”. Cocasse de la part d’associations subventionnées, ou bien n’ayant jamais parlé d’écologie (que viennent faire ici les scouts protestants?), ou bien encore les grosses structures n’existant que par la reconnaissance institutionnelle…

Sans parler de la fondation Nicolas Hulot, qui signe alors que Nicolas Hulot est le représentant spécial à l’écologie du gouvernement, nommé par François Hollande lui-même!

C’est la fin d’une époque, et il n’y a pas de place pour elles : voilà ce que deviennent ces associations en panique, avec leur logique de charité, de religiosité, de démarches institutionnelles, de parasitisme bureaucratique, de subventions officielles pour prétendre être “critiques” mais de l’intérieur seulement…

COP 21 : le gouvernement sourd aux demandes de la société civile

La silence du gouvernement face aux demandes de 130 organisations compromet les conditions dans lesquelles des dizaines de milliers de représentants de la société civile mondiale vont participer à la Conférence climat dans quelques semaines.

Dans moins de six semaines se tiendra au Bourget le 21ème sommet des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP21.

Près de 40 000 personnes y sont attendues, des délégations venues de 196 pays différents s’efforceront de trouver des solutions pour lutter contre le dérèglement climatique. Pour la France il s’agit d’un enjeu considérable : la COP21 est le plus grand rassemblement diplomatique jamais accueilli par le pays tandis qu’à l’échelle internationale il représente une étape-clé des négociations sur le climat.

Tour à tour, ces derniers mois, différents membres du gouvernement ont appelé de leurs vœux la mobilisation de la société civile à cette occasion.

Ainsi lors de la cérémonie officielle «Go COP21» organisée à l’Elysée le 11 septembre dernier, François Hollande déclarait-il devant un parterre d’ONG et de représentants syndicaux que «tout dépendra bien sûr de la capacité, de la volonté des Etats, mais aussi de la force des peuples, des mouvements que vous représentez».

La Coalition Climat 21 s’est effectivement constituée sur l’idée que les changements majeurs et indispensables pour répondre aux enjeux du dérèglement climatique ne seront possibles sans une mobilisation large et durable de la société.

Cette coalition regroupe aujourd’hui 130 organisations, des syndicats aux ONG, en passant par les mouvements sociaux, les jeunes ou les groupes de foi. Nous nous sommes donnés pour objectif de préparer des mobilisations citoyennes massives en décembre.

Pour cela, nous devons faciliter la participation de toutes celles et ceux qui souhaitent exprimer leur inquiétude et leur volonté de changement, qu’ils soient invités de la conférence officielle ou non.

Nous agissons sur tous les terrains : celui de l’emploi, celui de l’environnement, celui de la solidarité mais aussi ceux de l’éducation et des spiritualités. Nous avons à cœur de défendre une société moins inégalitaire, à l’abri des ravages du climat et du modèle de développement qui les perpétue, et nous sommes déterminés à mettre l’ensemble de nos forces au service d’un mouvement durable pour la justice climatique.

Depuis près de deux ans nous préparons donc différentes mobilisations, dont une grande marche pour le climat à Paris le 29 novembre, en amont de l’ouverture du Sommet officiel, deux espaces de rencontres et de débats ouverts au grand public ainsi qu’une journée de mobilisation de masse à l’issue du Sommet, le 12 décembre.

Ces différents temps donneront à voir la diversité de nos approches tout en nous permettant d’élargir et de renforcer le mouvement populaire en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique et ses causes.

Ils seront aussi l’occasion d’accueillir à Paris les dizaines de milliers de personnes venues du monde entier qui se sentent également concernées. Les Européens d’abord, pour lesquels le déplacement est le plus facile, mais également des représentants des pays du Sud, ceux qui sont aujourd’hui les plus affectés par la crise climatique.

Pour ouvrir ces larges espaces d’expression, nous avons besoin que le gouvernement réponde à nos demandes. Celles-ci sont simples : un trajet emblématique au cœur de Paris pour la marche du 29 novembre, des hébergements pour les dizaines de milliers de personnes qui convergeront vers la capitale, mais aussi des visas pour celles et ceux qui, venant des zones les plus impactées par le dérèglement climatique, souhaitent venir témoigner et participer à ce moment historique.

À ce jour, le gouvernement reste sourd à nos demandes. Nous l’appelons à traduire ses engagements en actes : à quelques semaines de l’ouverture de la conférence, ce silence compromet les conditions dans lesquelles des dizaines de milliers de représentants de la société civile mondiale vont participer à la mobilisation.

Pire, il fait douter de la sincérité du gouvernement lorsqu’il dit souhaiter une mobilisation citoyenne d’envergure sur le climat. Il n’y aura pourtant pas d’avancées majeures dans la lutte contre le dérèglement climatique et ses causes sans prise en compte des mouvements citoyens dans toute leur diversité.

Associations membres de la Coalition Climat 21 :

350.org, ACF – Action Contre la Faim, Actionaid, AderOC décroissance, Agenda 21 Afrique – A21A, Agir pour l’Environnement, AITEC – Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs, Agrisud, ALDER – Climat Energie, ACIPA, Alofa Tuvalu, Alternatiba, Altertour, Les Amis de la Terre, Les Amis d’Enercoop, les Assises musulmanes de l’Ecologie, Association Espace Vision, Artisans du Monde, Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire – AMFPGN, Association des Populations de Montagnes du Monde, Association 4D, ATTAC, Attention Chantier, Avaaz, Bloom, Bizi !, Blue Energy, Brahma Kumaris, Campaign Against Climate Change, CARE, CARI, Collectif Mantois et Climat, Connected by Nature, CCFD- Terre Solidaire, CFDT – Confédération Française Démocratique du Travail, CGT, CLER – Réseau pour la transition énergétique, Coalition Eau, Collectif Roosevelt, Coordination Eau Île-de-France, Coordination SUD, Confédération Paysanne, Collectif pour une Transition Citoyenne, Collectif pour les droits des femmes, Chrétiens Unis pour la Terre, CREAQ – Centre Régional d’Eco-énergétique d’Aquitaine, CRID – Centre de Recherche et d’Information pour le Développement, CIWF France, CliMates, CISP, Coeur de Forêt, Comité de Solidarité avec les indiens des Amériques, CSP75, Désobéir, Droit humain France, EEUDF – Eclaireurs et Eclaireuses Unionistes de France, Effet de Serre Toi-Même Association, Emmaüs – France, End Ecocide on Earth, Eclaireuses et éclaireurs unionistes de France, Énergie Partagée, Fédération protestante de France, FNE – France Nature Environnement, Forum pour une Nouvelle Gouvernance Mondiale, Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, Fondation Danielle Mitterrand – France Libertés, FSU – Fédération Syndicale Unitaire, France Amérique Latine, Geres, Green Cross France & Territoires, Greenpeace, Grand Orient de France, HNNE – Haute Normandie Nature Environnement, Humanité et Biodiversité, L’Heureux Cyclage, Institut Momentum, Jeunes Amis pour la Terre, J’aime le vert, Je vote pour le Climat, Justice et paix, LGBTI pour le Climat, Ligue des droits de l’Homme, Le mouvement de la Paix, Les Petits Débrouillards, LPO – Ligue pour la protection des Oiseaux, la Marche Mondiale des Femmes, Mouvement Utopia, le MRAP, MRES, Max Havelaar France, Nature Rights, Negawatt, The Noise, Oxfam France, Oui à la Transition, Oui Share, Our Voices, Pax Christi, Peuples solidaires, POC21, Plateforme pour le Commerce Equitable, RAC – Réseau Action Climat, REFEDD – Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable, Réseau Ecole et Nature, Réseau Féministe Ruptures, Réseau Foi & Justice Afrique – Europe, Réseau IPAM, Réseau Sortir du Nucléaire, Réseau Gubbio, Réseau Ecole et Nature, Respaix Conscience Musulmane, Ritimo, Scouts et Guides de France, Secours Catholique Caritas France, Semaine de la Solidarité internationale, Sciences Citoyennes, Solidarité Asso, Stop Gaz de Schiste ! (Ni ici ni ailleurs), Students for Climate, TACA – Taxe Carbone avec Redistribution, Association Terre et Liberté pour Arauco, Union Syndicales Solidaires, UNEF, VECAM, WWF, YMCA France, Zéro Waste France.

“Dix gestes pour le climat”

Dans la lutte pour le changement, l’un des plus gros soucis, si ce n’est le plus important, est la réduction de la cause à une démarche individuelle. Bien entendu, avoir une démarche correcte individuellement est fondamental.

Mais ce n’est pas une fin en soi, car pour changer les choses, il faut disposer de moyens immenses. Voici par exemple ce que propose le site gouvernemental consacré à la COP21 (petit rappel il y a un site alternatif ici).

Il s’agit de “dix gestes pour le climat”, qui sont clairement présentés comme résolument corrects et ayant réellement un impact.

Or, c’est absolument faux. C’est à l’échelle de la société qu’il faut agir, pas simplement par des petites actions individuelles. Stopper la déforestation au Brésil ne peut pas dépendre de solutions “individuelles”, mais bien de bouleversements des valeurs de la société elle-même.

On voit bien comment la condition animale en France est modelée par la course aux profits, et que sans changement global, on ne saurait aboutir à rien.

En fait, avec cette présentation des “dix gestes pour le climat”, on réduit la cause écologiste à des “gestes”, niant sa dimension générale. On réduit la question de l’engagement à quelques mesures individuelles, pendant que les gouvernements s’occuperaient du reste. Mais ce qu’il faut plutôt c’est que les gens contrôlent réellement le gouvernement et que des mesures générales soient prises à l’échelle de toute la société, qu’elles soient imposées.

On sait toutefois quel sera alors l’argument libéral : ce serait une écologie punitive. Et c’est indéniablement le cas, et en quoi serait-ce moralement faux? Alors qu’en plus c’est nécessaire!

Contre la COP21 : tous à Paname!

Voici l’appel de la mouvance “zadiste” parisienne à l’occasion de la COP21.

Contre la COP21 : tous à Paname!

Du 28 Novembre au 12 Décembre, nous nous mobiliserons à Paris contre la COP21. 195 chefs d’État, et un nombre incalculable d’industriels se réuniront pour décider de mesures inutiles afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. En fait, il s’agira de statuer sur la quantité de pollution raisonnable que les industriels pourront rejeter dans l’atmosphère. Les nouveaux quotas de CO2 ne sont qu’un nouveau moyen pour les pays riches de continuer à s’octroyer le droit de polluer impunément.
Nous ne laisserons pas ceux qui sont les seuls responsables du réchauffement climatique et de la marchandisation du vivant tenir leur énième mascarade tranquillement !

La seule solution pour régler ce problème est la fin du système capitaliste et productiviste, pas un sommet dans une zone militarisée.
Que toutes celles et ceux qui n’en peuvent plus de ce système mortifère, d’Europe et du monde, convergent vers Paris contre la COP21 !
De multiples manifestations et des rencontres auront lieu pendant la conférence. Venez avec vos propositions et votre volonté, pour créer ensemble, d’autres formes de vie en commun loin des diktats économiques.

Des lieux d’hébergement et d’accueil seront prévus, ainsi que les actions suivantes :

Samedi 28 Novembre : Convergence des convois des ZAD sur Paris.

Dimanche 29 Novembre : Manifestation

Du 29 Novembre au 12 Décembre : Diverses journées d’action.

Samedi 12 Décembre : Clôture et journée d’action.

Assemblée parisienne contre la COP21

COP21@riseup.net

Hulot lance une pétition appelant les chefs d’Etat à “oser”

A LTD, nous avons une approche très simple : il y a une bataille pour la planète. Si nous échouons, les générations futures nous regarderons avec un mépris gigantesque.

Et c’est bien parti pour être le cas. Il n’y a pas de mobilisation, pas de changement d’état d’esprit : l’égocentrisme prédomine complètement. L’écologie n’intéresse pas, sauf quand il s’agit de réformer le capitalisme pour le relancer. La COP21 aurait pu être l’occasion d’une grande prise de conscience : celle-ci n’aura lieu qu’après, au mieux.

Nicolas Hulot fait ce constat aussi, sauf que lui il n’est pas pour la libération de la Terre, il n’est pas vegan straight edge, il est simplement en mesure de faire des appels comme celui-ci sur son site internet :

“Je mange moins de viande… mais de meilleure qualité”

C’est en total décalage avec la réalité. Comme il le sait, il a réalisé une vidéo sur internet, dans un esprit de dérision, en utilisant des “stars” du net pour faire “jeune”.

C’est là un constat d’échec, une dernière tentative désespérée pour essayer de faire bonne figure. Mais cela ne fait que rentrer dans le jeu de la consommation générale dans la passivité, sans aucune réflexion sur ce qui est produit, comment c’est produit, par qui.

D’ailleurs, l’appel de Hulot n’est même pas pour un contenu réel, c’est simplement pour… une pétition s’adressant aux chefs d’Etat.

C’est dire l’esprit de démission : Hulot contourne le travail de fond chez les gens, car il ne croit pas aux peuples. Mais posons la question : où mène cet esprit de délégation, si ce n’est à la soumission aux grandes entreprises qui pillent la planète?

Le succès a été grand, avec 700 000 vues en une journée, et un serveur de la fondation Nicolas Hulot “dépassé”, mais qu’en restera-t-il dans l’Histoire? Rien, cela sera anecdotique et condamné par les générations futures comme totalement décalé par rapport aux exigences de changement complet.

Voici le texte de la pétition, totalement anti-démocratique et dans un esprit de négation du changement total nécessaire : la libération animale, la libération de la Terre !

Signez l’appel aux chefs d’Etat !

Nous, citoyennes et citoyens du monde, appelons les responsables politiques des pays les plus riches et les plus émetteurs de gaz à effet de serre à enfin relever le défi climatique.

Chefs d’État, osez !

Osez reconnaître que la lutte pour le climat conditionne l’avenir de notre monde : la santé, l’économie, l’emploi, la solidarité et l’égalité, l’agriculture et l’alimentation, la paix.

Osez admettre que les engagements actuellement sur la table des négociations ne sont pas suffisants pour limiter le changement climatique à 2 °C, mais que vous pouvez changer la donne en revoyant à la hausse vos ambitions : le G20 compte pour trois quarts des émissions mondiales !

Osez en finir avec les beaux discours et les déclarations d’intention, avec la tentation de remettre à plus tard les décisions : agissez !

Osez vous astreindre à des moyens financiers, des indicateurs de contrôle, des réglementations et à des feuilles de route précises qui vous engageront dès aujourd’hui.

Dans tous les territoires du monde, les acteurs se mobilisent, chaque jour un peu plus. Conscients de la responsabilité de tous, nous nous engageons aussi personnellement, chacun à notre niveau. Mais cela ne suffira pas.

Vous, responsables politiques, avez une responsabilité historique.

La force de l’accord de Paris tiendra d’abord dans les mesures que vous mettrez en œuvre.

Nouvelles réglementations, prix du carbone, taxe sur les transactions financières, changement de modèle agricole… Ce qu’il faut faire est connu et ne dépend que de votre courage politique.

Chefs d’État, soyez à la hauteur. Entrez dans l’histoire. Osez !

Pour faire entendre votre voix et faire pression sur les chefs d’État, signez cet appel.

“La France se mobilise pour la COP21”

Voici le communiqué officiel de lancement de la COP21, repris du site alternatif à ce sujet.

La France se mobilise pour la COP21

La France va présider et accueillir la 21e Conférence des Nations unies sur le climat du 30 novembre au 11 décembre. Pour témoigner de l’engagement et de la mobilisation de la France, le président de la République a réuni jeudi 10 septembre à l’Élysée les principaux acteurs de la COP21.

Tapis vert

Près de 400 invités du monde politique, associatif, culturel, les équipes en charge des négociations et de l’organisation de la COP ont répondu à l’invitation du président de la République, pour donner le coup d’envoi de la mobilisation. Pour l’occasion, le traditionnel tapis rouge sur le perron de l’Élysée a été remplacé par un tapis vert, couleur du logo officiel de la COP21.

Avant de s’installer, le président de la République François Hollande a parcouru l’exposition « 60 solutions face au changement climatique » de Yann Arthus Bertrand dont les panneaux ont été installés dans le couloir menant à la salle des fêtes. Le Premier ministre Manuel Valls a ensuite prononcé le discours d’ouverture insistant sur « les conséquences du changement climatiques déjà visibles » et sur le « rôle déterminant » de la France.

Évènement hors norme

La matinée a été rythmée par plusieurs séquences thématiques avec interviews, témoignages et clips. La vidéo en 3D du site de Paris-Le Bourget a été dévoilée en avant-première. À cette occasion, Pierre Henri Guignard, secrétaire général en charge de la préparation et de l’organisation de la COP21, a confié: « Organiser la COP est une aventure singulière, l’évènement est hors norme ». Puis Farha Derdar, actuellement en bac professionnel au lycée Nobel de Clichy-sous-Bois, qui sera en stage comme agent de liaison durant le COP, a parlé de l’action menée dans son lycée.

Pour démontrer l’urgence d’agir, des membres de la communauté scientifique (Gilles Lebœuf, spécialiste de la biodiversité, Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue…) ont, chacun dans leur domaine, défendu les raisons d’agir. Nicolas Hulot a tenu à partager sa rencontre avec une personne qui lui a dit: « À Paris, vous allez décider qui va vivre ou mourir ». L’envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète a invité à « sortir des mots » pour « entrer dans l’action ».

Mobilisation immense

La séquence « De la négociation à l’action : l’accord de Paris » a été marquée par l’intervention de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et futur président de la COP21 : « Nous avons une chance de parvenir à un accord. Nous n’avons pas le droit d’échouer » a-t-il insisté. Puis Laurence Tubiana, ambassadrice en charge des négociations, a fait part de son expérience des COP : « La prise de conscience des risques fait que cette COP ne ressemble pas aux précédentes. La mobilisation est immense, ça change le contexte » a-t-elle souligné. Trois organisateurs de la Conférence des jeunes (COY) sur le climat, qui aura lieu du 26 au 28 novembre à Villepinte, ont fait entendre la voix de la jeunesse.

La culture au cœur de la COP21

Autre temps fort : la mobilisation de la société civile autour de Ségolène Royal. La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie a souligné l’exemplarité de la France avec la loi sur la transition énergétique. Avant de poursuivre : « « Sauver le climat, c’est sauver l’être humain ». A ses côtés, la navigatrice Catherine Chabaud qui a voulu « faire entendre la voix des océans et des littoraux » ; Lauranne Germond, présidente d’ArtCOP21, pour qui « les artistes ont un rôle à jouer pour mobiliser les citoyens sur le climat ; ou encore Adrien Suire, fondateur de la start-up Quivivo qui propose des solutions connectées pour la maison.

Le timbre officiel de la COP21 a été présenté en présence des cinq lauréats du concours, élèves à l’école de design de Saint-Étienne. Puis le président de la République a clos l’évènement : « Je me félicite de la mobilisation qui s’intensifie. La COP21 n’est pas une réunion internationale comme les autres. Ce n’est pas le point d’arrivée mais le point de départ. En avant la COP21 ! »

Sur un aspect de “Laudato si”

Le site “alternatif” sur la COP 21 a publié un nouvel article sur l’encyclique Laudato si, qui jouera malheureusement un si grand rôle en décembre. Le voici :

Jusqu’ici, le pape a exposé les motivations derrière cette encyclique et expliqué en quoi la religion était un moyen de faire face au réchauffement climatique et aux enjeux écologiques. Le troisième chapitre se nomme « La racine humaine de la crise écologique », il permet au pape d’exprimer sa vision du progrès et de la modernité, d’expliquer les risques et les perspectives que la technologie renferme, et enfin de s’attaquer à ce qu’il appelle « l’anthropomorphisme moderne ».

En ce sens, l’homme est nu, exposé à son propre pouvoir toujours grandissant, sans avoir les éléments pour le contrôler. Il peut disposer de mécanismes superficiels, mais nous pouvons affirmer qu’il lui manque aujourd’hui une éthique solide, une culture et une spiritualité qui le limitent réellement et le contiennent dans une abnégation lucide. (par. 1.5)

L’anthropocentrisme moderne, paradoxalement, a fini par mettre la raison technique au-dessus de la réalité, parce que l’être humain « n’a plus le sentiment ni que la nature soit une norme valable, ni qu’elle lui offre un refuge vivant. (par. 115)

La position du pape se veut équilibrée: pas foncièrement contre le progrès technologique, mais il insiste sur les dérives qui y sont liées, (de son point de vue).

De la même manière qu’aux premier et deuxième chapitres, il y a le même discours de fond: la seule perspective est la religion. Le discours se veut équilibré mais en réalité, il ne l’est absolument pas. Pour le pape, l’humanité a perdu ses repères et se comporte comme un dieu sur Terre, les dérives de la technologie et de la finance en sont deux des principales manifestations.

Il ne sert à rien de décrire les symptômes de la crise écologique, si nous n’en reconnaissons pas la racine humaine. Il y a une manière de comprendre la vie et l’activité humaine qui a dévié et qui contredit la réalité jusqu’à lui nuire. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous arrêter pour y penser? Dans cette réflexion, je propose que nous nous concentrions sur le paradigme technocratique dominant ainsi que sur la place de l’être humain et de son action dans le monde. (par. 101)

Les critiques visant le « paradigme technocratique » sont pour le moins très tranchées et s’accompagnent d’une certaine vision du monde.

Il n’est pas permis de penser qu’il est possible de défendre un autre paradigme culturel, et de se servir de la technique comme d’un pur instrument, parce qu’aujourd’hui le paradigme technocratique est devenu tellement dominant qu’il est très difficile de faire abstraction de ses ressources, et il est encore plus difficile de les utiliser sans être dominé par leur logique. (par. 108)

Le paradigme technocratique tend aussi à exercer son emprise sur l’économie et la politique.L’économie assume tout le développement technologique en fonction du profit, sans prêter attention à d’éventuelles conséquences négatives pour l’être humain. Les finances étouffent l’économie réelle.(par. 109)

L’idée au final et que la technique n’est pas un instrument neutre, elle modèle la société pour répondre à ses intérêts propres. Ce développement est la conséquence d’une perte de repères, de spiritualité. Il convient alors de réguler et contrôler la technique. Ceci va de pair avec le mouvement d’une humanité qui reprend conscience de sa place sur Terre.

Au chapitre précédent, le pape tenait à montrer que la religion apportait des réponses et des respectives. Cette idée revient tout logiquement ici:

La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître par rapport à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique. (par. 111)

Pour le pape, tout cela a une cause : anthropocentrisme moderne, un anthropocentrisme « dévié ». Dévié, car pour le pape le rôle de l’humanité est de prendre soin de l’ensemble de la Création, de la ramener avec elle vers Dieu. Il critique donc le « bio-centrisme », car ce n’est pas pour lui la réponse correcte: c’est une autre forme de déviation.

Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un “bio-centrisme”, parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui, non seulement ne résoudrait pas les problèmes mais en ajouterait d’autres. (par. 118)

Avant de terminer, il y a deux paragraphes sur lesquels nous aimerions nous arrêter. Le premier évoque les tests sur les animaux.

Dans la vision philosophique et théologique de la création que j’ai cherché à proposer, il reste clair que la personne humaine, avec la particularité de sa raison et de sa science, n’est pas un facteur extérieur qui doit être totalement exclu.

Cependant, même si l’être humain peut intervenir sur le monde végétal et animal et en faire usage quand c’est nécessaire pour sa vie, le Catéchisme enseigne que les expérimentations sur les animaux sont légitimes seulement « si elles restent dans des limites raisonnables et contribuent à soigner ou sauver des vies humaines».

Il rappelle avec fermeté que le pouvoir de l’homme a des limites et qu’« il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies ». Toute utilisation ou expérimentation « exige un respect religieux de l’intégrité de la création ». (par. 130)

Après avoir exposé et vanté son « écologie intégrale », rappelé que l’écologie ne doit pas oublier les plus pauvres, critiqué très violemment ce qu’il appelle le « paradigme technocratique »…après avoir été en quelque sorte un défenseur des pauvres et de l’environnement contre toutes les dérives modernes qui, selon lui, ont amené l’humanité et la Terre à cette situation, le pape tient exactement le même discours que l’industrie autour des expérimentations animales.

Il nous semble atypique de se dire écologiste et d’aborder la question des expérimentations animales avec autant de légèreté: car au-delà de la forme, il n’y a rien. Quel laboratoire va se vanter de faire « souffrir inutilement » des animaux ?

De faire des tests « pour le plaisir » ? De faire des tests sans aucune raison ? Aucun. Au contraire, toute la chaîne des entreprises qui « fournissent » les laboratoires en animaux aux laboratoires eux-mêmes aura pour principal argument que cela permet de sauver des vies.

Encore une fois, le pape semble mettre de côté toute une partie de la « création » dans son écologie « intégrale ».

Le deuxième paragraphe concerne l’avortement. Nous trouvons important de nous y arrêter car nous trouvons la manière d’aborder le sujet dérangeante. Tout comme pour les tests sur les animaux, le pape traite ce sujet en quelques lignes après en avoir consacré des dizaines au « paradigme technologique » ou à « l’anthropocentrisme dévié ». Il s’agit pourtant d’un sujet sensible et complexe.

Puisque tout est lié, la défense de la nature n’est pas compatible non plus avec la justification de l’avortement.

Un chemin éducatif pour accueillir les personnes faibles de notre entourage, qui parfois dérangent et sont inopportunes, ne semble pas praticable si l’on ne protège pas l’embryon humain, même si sa venue cause de la gêne et des difficultés : « Si la sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nouvelle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil utiles à la vie sociale se dessèchent ». (par. 120)

La position de l’Église sur le droit à l’avortement est bien connue et on pourra arguer que le pape n’a pas besoin de s’exprimer davantage sur le sujet dans une encyclique sur l’écologie. Toutefois, un tel sujet ne peut être discuté sans le prendre entièrement en considération : l’embryon et la femme qui le porte.

Un des mots d’ordre de l’écologie « intégrale » du pape est de n’oublier personne. Pourtant ce paragraphe parle d’embryons mais pas des femmes, soit la moitié de l’humanité et première concernée par la question de l’avortement.

François Hollande sur la COP21 à la “Semaine des Ambassadeurs”

Hier, François Hollande a tenu un discours très important aux ambassadeurs, avec la “Semaine des Ambassadeurs”. C’est ni plus ni moins que la position de la France qui a été exposée après avoir été bien soupesée. On a déjà la ligne qui sera celle lors de la COP21 : on peut déjà s’en faire plus qu’une idée.

Voici l’extrait du discours qui traite donc de la COP21 en tant que telle, et on accordera une attention particulière aux allusions au soutien aux religions, ainsi qu’à l’énergie nucléaire, considérée comme “propre”.

Il ne s’agit pas non plus, parce que nous sommes un pays qui fabrique des armements et les exporte, d’abandonner nos convictions et nos principes. Les droits de l’Homme, la démocratie, la lutte contre la corruption sont en toutes occasions rappelés dans mes déplacements, par moi-même, par le Premier ministre, par les membres du Gouvernement. C’est ce qui fait que nous sommes un pays respecté, en position centrale, capable de parler avec tous.

C’est sûrement ce statut qui nous a valu l’honneur d’organiser la Conférence sur le climat.

C’est donc un défi majeur que de réussir ce rendez-vous. Les signaux positifs sont là, nous avançons. Les Etats-Unis ont présenté un plan courageux, le Président OBAMA s’est engagé personnellement pour la transition énergétique, l’économie bas carbone. Le Premier ministre chinois a annoncé depuis Paris, dans cette salle même, une contribution sérieuse de son pays à la réduction des émissions de CO2.

L’Europe a pris des engagements qui correspondaient aux objectifs qui étaient les nôtres. La loi sur la transition énergétique a été regardée comme un texte exemplaire. Au moment où je m’exprime, 56 pays représentant plus de 60 % d’émissions de gaz à effet de serre ont soumis leur contribution. J’appelle tous les autres, il y en a encore beaucoup, à le faire.

Il y a également l’expression des consciences, et la voix du Pape a été particulièrement entendue à travers son encyclique. Qu’il puisse venir à l’assemblée générale des Nations Unies pour rééditer son appel est un appui important.

Il y a également la mobilisation de beaucoup d’acteurs, organisations non gouvernementales, nous n’avions pas de doutes à ce sujet.

De grandes associations, sociétés civiles, mais également les collectivités locales, nombreuses, ont pris l’initiative. Les entreprises sont conscientes maintenant que ce sera un enjeu pour leur compétitivité ou pour leur avenir.

Cette mobilisation a produit des résultats, mais ils ne sont pas suffisants. Il ne faut rien relâcher. Je sais les efforts de Laurent FABIUS pour aller partout où cela est nécessaire. Ségolène ROYAL est également allée en Afrique, les ministres sont pleinement engagés, et je sais qu’ici, notre réseau d’ambassadeurs a la volonté de convaincre et d’informer.

Je me rendrai moi-même à Pékin au début du mois de novembre, pour travailler avec le Président chinois à une nouvelle avancée.

J’irai également à Séoul. Séoul, où siège le Fonds Vert, car nous savons que la question des financements va être essentielle. En ce qui concerne la négociation elle-même, les coprésidents du groupe de travail chargés de présenter le projet d’accord ont soumis le 24 juillet un texte, mieux structuré, resserré, qui permettra d’avoir une discussion lors de la session qui va s’ouvrir à Bonn dans quelques jours. Voilà, nous avançons.

Je l’ai dit, le plus difficile reste à venir, c’est-à-dire l’accord lui-même. Nous devons donc accélérer. Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, nous voulons, avec le secrétaire général Ban KIMOON, qui sera avec nous aujourd’hui, organiser une réunion de chefs d’Etat et de Gouvernement permettant justement de créer la mobilisation et de donner l’impulsion nécessaire. L’objectif n’est pas de nous substituer à la négociation elle-même mais de fixer le niveau d’ambition globale et les moyens pour y parvenir.

A la Conférence de Paris, j’ai pensé que le mieux était d’inviter les chefs d’Etat et de Gouvernement au tout début de la Conférence, pas à la fin. A la fin, il est parfois trop tard et même leurs incantations ne suffisent plus à convaincre et à conclure.

Cela sera donc au début de la conférence, c’est l’expérience que nous avons tirée de Copenhague. Je connais néanmoins les obstacles qui sont encore devant nous. D’abord, de nombreux de pays en développement ou émergents s’inquiètent des effets de la lutte contre le changement climatique par rapport à leur propre croissance. Nous devons donc les rassurer et leur apporter tout de suite des solutions technologiques, notamment pour l’énergie.

Nous devons démontrer que les solutions existent pour concilier tous les objectifs. Avec l’Inde par exemple, nous avons mis en place un plan pour le solaire, parce que nous savons que ce grand pays veut faire du solaire sa priorité. Nous avons également, avec l’Afrique un grand plan sur les énergies renouvelables. Nous devons aussi écouter les pays vulnérables.

Il y a quelques mois, nous étions aux Philippines, avec Nicolas HULOT, dont je salue l’inlassable engagement. Nous avions justement voulu adresser un appel, l’appel de Manille, pour montrer que ces catastrophes peuvent d’abord toucher les pays les plus vulnérables, mais que tous les continents sont concernés.

Je suis également allé dans le Pacifique, dans les Caraïbes, pour porter le message des Etats insulaires pour lesquels la Conférence de Paris n’est pas une négociation comme les autres, parce que c’est de leur propre avenir, dans dix ans ou dans vingt ans, qu’il est question. Si nous voulons réussir Paris, il faudra des engagements politiques sans doute, un accord, il y faudra des financements. C’est là que nous devons mobiliser toutes les solutions et les énergies. Cent milliards de dollars pour 2020.

C’était déjà une promesse qui n’a pas été tenue, cela doit être maintenant une obligation. C’est absolument indispensable pour qu’il y ait un accord. Sans les cent milliards, il n’y aura pas d’accord à Paris. Parce que ces sommes-là sont absolument indispensables pour les efforts d’adaptation et pour les transferts de technologies.
Nous avons également eu le Sommet d’Addis-Abeba, qui a été, là aussi, un moment important pour le financement du développement. Là aussi, il y aura des effets pour la Conférence de Paris.

A un peu moins de cent jours de la COP21

Nous sommes à un peu moins de cent jours de la COP21 qui se déroulera à Paris ; déjà commence l’escroquerie sur la question de la réduction des effets de serre, en procédant à un jeu sur l’année de référence (1990 ou 2005), comme le constate le site conference-paris-climat-2015.fr

Pour l’instant, il n’y a guère de mobilisation, à part du côté des institutions (pour le prestige) et des associations institutionnelles qui entendent marquer le coup (pour le prestige).

Ce qui est mis en place est vain et relève pratiquement du “charity business”. Il y a un mois, il y avait par exemple eu le “Sommet des Consciences”, organisé par Nicolas Hulot le 21 juillet, avec 40 “personnalités”, artistes, prix Nobel, figures religieuses, etc., tous ayant signé l’appel, avec des explications très souvent ultra-religieuses.

Sera-t-on étonné de trouver parmi les soutiens à cette initiative le groupe Bayard (éditant notamment La Croix) et l’ARC (alliance pour les religions et l’environnement)?

Dans son discours à cette occasion, François Hollande a souligné cette dimension mystique, conservatrice, avec un soutien ouvert aux religions:

“Nous avons besoin de tous pour parvenir à ces accords. Nous avons besoin des chefs d’Etat et de gouvernement qui représentent la légitimité, besoin des acteurs locaux qui s’engagent, besoin des entreprises ; mais nous avons aussi besoin des citoyens du monde. Nul ne peut prétendre les représenter. Ils sont eux-mêmes uniques et multiples : des milliards d’individus qui s’interrogent sur ce qu’est la destinée humaine.

D’une certaine façon, c’est vous qui les représentez. Ils se reconnaissent dans les convictions que vous portez, dans les cultes que vous pratiquez, dans les philosophies que vous partagez, dans les cultures que vous incarnez. (…)

Lorsque Nicolas HULOT m’a suggéré d’organiser un Sommet des consciences pour le climat, il m’avait dit qu’il s’agissait d’en faire un moment de pause, – nous y sommes – de réflexion, – je l’espère – en amont de la Conférence sur le climat de décembre prochain pour répondre à une crise de civilisation qui ne dit pas son nom.

Lui-même avait souhaité que les autorités morales et religieuses puissent venir aider les Etats, ce n’était pas une proposition simple dans un pays comme la France, laïque, et qui considère que c’est le temporel qui doit l’emporter sur le spirituel, mais c’est une conception qui n’est pas la bonne de la laïcité. La laïcité, c’est de permettre justement à toutes les convictions, à toutes les religions, à toutes les philosophies, aux croyants comme aux non croyants, de participer à la réflexion commune.

Je vous remercie d’avoir accepté cette invitation, pour nous aider à retracer un chemin dans un monde caractérisé par une profusion de science et, comme le disait Nicolas HULOT, un déficit de conscience.

C’est dans cet état d’esprit aussi que j’ai lu l’Encyclique du Pape François, qui propose à tous les êtres humains d’entrer en dialogue avec tous, en ce qui concerne notre maison commune. Ce texte cite les précieuses réflexions conduites par d’autres religions sur le thème de l’écologie, et il rend aussi hommage à votre contribution cher Patriarche Bartholomée, qui m’avez accompagné aux Philippines il y a peu.

Plus récemment, François Hollande a commencé son opération visant à montrer que lui est pour un accord, mais que celui-ci va être difficile, voire impossible, malgré la “bonne volonté” française. Il y a deux jours, voici ce qu’il a dit dans ses Propos conclusifs de la table ronde à l’Institut national de l’énergie solaire (INES) de Bourget-du-Lac :

“Un mot sur l’exportation, parce que c’est très important. Si nous avons un accord sur le climat – et nous devons le rechercher – , mais quoi qu’il arrive, même si nous n’en n’avions pas, ce qui serait une catastrophe, l’enjeu est d’être capable de proposer à beaucoup de pays, qui vont s’engager dans la transition énergétique, des solutions. S’il y a un accord sur le climat cela ne sera pas simplement un accord sur des règles, sur des mécanismes – ce sera déjà un acquis – ce sera aussi un accord sur les financements.”

Demain commence la “Semaine des ambassadeurs”, où François Hollande posera définitivement la ligne “diplomatique” française à ce sujet…

A ce titre, lors d’une conférence de presse sur la loi de transition énergétique, la ministre de l’Ecologie, de l’Environnement et du Développement durable Ségolène Royal s’est montrée confiante… non pas tant pour les résultats de la COP21, que surtout pour son déroulement, en soulignant l’implication française

“J’ai confiance, je suis optimiste sur le bon déroulement de la préparation de la conférence sur le climat, de sa finalisation. (…) Contrairement à ce qu’il s’est passé lors des précédents sommets, vous voyez les chefs d’Etat et de gouvernement qui s’impliquent personnellement et c’est comme ça que ça peut marcher.”

En attendant, Ségolène Royal a surtout fait rire pour son communiqué sur twitter d’un vocabulaire franco-anglais plutôt douteux pour quelqu’un censé avoir des responsabilités de ce niveau:

“Congratulations to président OBAMA for his engagement before Paris #COP21. French parlement adopted transition energetique bill.”

Mais c’est anecdotique, tout comme l’annonce par le secrétaire du Parti Socialiste Jean-Christophe Cambadélis au sujet de l’université d’été socialiste se déroulant dans quelques jours :

“La star, ce sera la COP 21! (…) On va vivre une université d’été extrêmement écolo, l’heure de la social-écologie a sonné.”

Autre chose anecdotique, l’initiative occupy.paris d’EELV. Il s’agit d’une application qui ne sert strictement à rien, où l’on peut cliquer pour “occuper” symboliquement Paris. Si ce n’est pas de l’orchestration au service du gouvernement et pour “buzzer”, c’est quoi? C’est aberrant d’avoir un contenu aussi vide.

Voici la présentation officielle:

EELV lance aujourd’hui un outil décisif : «occupy.paris», portail qui vous permet d’occuper symboliquement Paris où se tiendra la COP 21 et prouver à l’ensemble des chefs d’Etats que nous sommes les 99% seuls à même de sauver le climat, voire l’avenir de l’humanité.

Pour participer, rendez-vous sur le site ou tweeter votre message (un tweet générique vous est proposé) avec le hashtag #OccupyParis qui vous permettra d’apparaître sur la carte. Soyons le plus nombreux alors même que le 29 novembre prochain se tiendra à Paris la grande marche mondiale pour le climat rassemblant des millions de citoyens de tous les pays.

Occupez symboliquement Paris, pour sauver la planète et faire entendre votre voix !

Voici également l’appel pour cette “marche du 29 novembre”, diffusé par le site Avaaz.

Participez à la Marche Mondiale pour le Climat

Un scientifique de renom vient de s’effondrer en pleurs pendant une interview sur la pollution due au carbone. Il décrivait un futur sombre où les océans mourraient. Que son cauchemar devienne ou non réalité ne dépend que de nous.

Le sommet sur le climat le plus important de la décennie aura lieu dans quatre mois exactement, et nos dirigeants pourraient décider d’y adopter un objectif révolutionnaire pour éradiquer les énergies fossiles. Cette solution pourrait nous épargner une catastrophe climatique et alerter les responsables politiques, les dirigeants d’entreprises et les marchés que l’ère des énergies fossiles est terminée. Nous ne gagnerons pas facilement, mais si nos dirigeants comprennent combien ce mouvement est puissant, nous pouvons l’emporter.

L’année dernière, notre mouvement a participé à la plus grande mobilisation pour le climat de l’histoire lors de la Marche Mondiale pour le Climat. Le 29 novembre prochain, quelques heures avant que les dirigeants n’arrivent à Paris pour le Sommet sur le climat, il nous faudra être encore plus nombreux!

Cliquez ci-contre pour dire: “Je participe” à la Marche Mondiale pour le Climat de cette année! Avaaz se mettra en contact avec vous par téléphone ou par email pour vous donner des informations au sujet de cet évènement.

Y aura-t-il dans cette manifestation un “bloc” en faveur de l’écologie radicale? Pour l’instant, on en est très loin. C’est surtout parti pour une manifestation folklorique d’associations institutionnelles, avec des “anticapitalistes” qui vont raconter que le capitalisme détruit la Nature, ce qui est vrai, mais sans qu’eux-mêmes ne se préoccupent sincèrement de la Nature….

Mais cela ne changera rien au fait que les mentalités vont changer en profondeur, et que la demi-mesure ne pourra pas empêcher une prise de conscience essentielle.

L’appel de Manille

Le show de François Hollande ne fait que commencer que déjà sa vanité éclate au grand jour. Voici le document intitulé l’appel de Manille, lue par… l’actrice Marion Cotillard. On peut voir la vidéo ici, voici le document lui-même, suivi du contenu d’une déclaration de François Hollande juste après.

Comme il se doit, et c’est terriblement révélateur, on ne trouve pas les mots “animal”, “animaux”, ni “Nature”, dans ce dernier cas on n’aura juste… “catastrophes naturelles”. Tout est vu par le prisme de l’anthropocentrisme.

Appel de Manille à l’action pour le climat

1. Nous, chefs d’État de la République des Philippines et de la République française, et personnalités de différents pays déterminés à agir pour le climat, réunis à Manille aujourd’hui, désirons rappeler à la communauté internationale, à l’ensemble des acteurs et à l’opinion publique mondiale qu’il est urgent de lutter contre le changement climatique de manière sérieuse, efficace et équitable.

2. À moins d’un an de la 21ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21) qui se tiendra à Paris en décembre 2015 et dont les résultats concerneront la vie de milliards de personnes, nous appelons la communauté internationale à conclure un accord ambitieux, équitable et universel sur le climat, qui soit conforme aux recommandations scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, afin de préserver notre planète pour permettre aux générations futures d’y vivre. À Manille aujourd’hui, nous espérons que nous écrirons ensemble l’Histoire à Paris en décembre et que nous ne nous contenterons pas de la regarder se dérouler en simples spectateurs.

3. Nous appelons à agir pour le climat.

4. En nous réunissant aux Philippines où la population a subi une série sans précédent d’événements climatiques extrêmes ces dernières années, nous prenons conscience que les pays en développement, qui ont le moins contribué au changement climatique, sont ceux qui souffrent le plus de ses effets. Certes, nous sommes confrontés à des menaces analogues et nous partageons les mêmes faiblesses, mais nous disposons aussi d’atouts et de moyens différents pour relever ces défis. Cependant, nous croyons qu’il est possible de réduire nos vulnérabilités et notre exposition aux aléas du climat. La population philippine a fait preuve d’une extraordinaire résilience à cet égard.

5. Nous appelons à la solidarité et à la justice face au changement climatique.

6. Nous avons besoin d’un accord négocié et accepté par tous et pour tous, qui tienne compte de toutes les différences de situation et fasse converger diverses perspectives pour accélérer l’action collective. Nous avons besoin d’un accord pour réduire les émissions, créer des opportunités économiques et nous doter des moyens de gérer les risques associés qui sont déjà prévisibles dans un avenir proche.

7. Nous appelons à coopérer face au changement climatique.

8. La croissance économique, le développement durable et la lutte contre la pauvreté sont des objectifs qui doivent et peuvent être atteints ensemble. Mais assurer un accès équitable au développement durable pour tous nécessitera de disposer de moyens de mise en oeuvre accrus.

9. Nous appelons à la solidarité financière et technologique.

10. Considérant que nous atteignons le point de non-retour en matière de changement climatique et que nous devons passer des intentions à l’action, nous appelons solennellement :

A) tous les États à travailler concrètement et rapidement pour lutter contre le changement climatique, en particulier contre ses impacts, et nous les invitons à présenter leurs contributions prévues déterminées au niveau national, en fonction de leurs situations et capacités nationales respectives ;

B) les pays développés et les pays en développement capables et désireux de le faire, à fournir aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables des moyens de mise en œuvre adéquats pour les aider à se transformer en territoires résilients et en économies sobres en carbone ;

C) tous les acteurs, les États, les collectivités territoriales, les entreprises, le secteur privé, la société civile, les organisations non gouvernementales, les universités et les citoyens à jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre le changement climatique et en particulier contre ses effets, et la réduction des risques de catastrophes naturelles liées au climat, par des efforts individuels ou des initiatives en coopération; et,

D) chacun à diffuser cet appel et à faire prendre conscience de la nécessité d’agir rapidement et partout, et de parvenir à un accord mondial sur le climat en décembre à Paris.

Déclaration à la suite de l’appel de Manille

LE PRESIDENT : L’appel a été lancé et je remercie la sénatrice et Marion COTILLARD de l’avoir prononcé. Nous sommes en effet réunis ici, tous ensemble, responsables politiques, dirigeants de grandes organisations internationales, personnalités économiques, culturelles, universitaires, pour convaincre le monde, pour mobiliser les opinions publiques.

Je remercie Nicolas HULOT d’avoir pris cette initiative parce que si nous voulons réussir en décembre prochain, il faudra que les diplomates soient au meilleur ; ils le sont. Il faudra que les instances de l’ONU puissent accompagner ce processus ; elles y sont prêtes. Il faudra que nous puissions avoir avec les dirigeants de la planète les explications nécessaires, de manière à ce que les engagements soient pris. Mais il faudra aussi et surtout la mobilisation de l’opinion publique. C’est le sens de cet appel.

C’est un appel qui se fait ici, à Manille. Manille qui est, aux yeux du monde, un symbole de souffrance et d’espoir. La souffrance, c’est celle qu’ont vécue hélas les victimes des typhons, des tsunamis, des catastrophes, des tremblements de terre. Ce sont des centaines de milliers de Philippins qui ont été déplacés. La souffrance, c’est celle aussi que beaucoup imaginent avec la montée des eaux, la disparition des îles, l’augmentation et l’intensité même des tempêtes. Mais il y a l’espoir qui est aussi ici, à Manille. Espoir d’un peuple qui résiste, qui lui aussi face à l’épreuve, se soulève, se redresse et s’organise. C’est pourquoi nous voulions que ce soit à Manille que l’appel puisse être lancé.

Quel est le sens de cet appel ? C’est de pouvoir conclure à Paris, lors de cette conférence sur le climat, un accord général et contraignant, pays par pays, pour assurer que le monde ne connaîtra pas un réchauffement qui l’exposerait à des catastrophes encore bien plus considérables que celles que nous avons connues.

Il y fallait une voix, la vôtre, Monsieur le Président AQUINO, votre voix telle que je l’ai entendue lors des sommets internationaux, à l’ONU, où vous avez dit que nous pouvions tous faire quelque chose, prendre notre part, jouer notre rôle. Il fallait aussi des voix multiples, celles qui sont entendues ici. Il y fallait la voix française parce que la France, et c’est son honneur, c’est aussi son devoir, sait prendre lorsque c’est nécessaire ses responsabilités. Nous l’avons montré dans d’autres circonstances, face à d’autres épreuves.

Quel est maintenant le sens de cet appel ? C’est un appel à la justice. L’appel de Manille, c’est pour que le monde soit plus juste, entre les pays développés et les pays fragiles, entre les pays riches et les pays pauvres, entre les générations aussi, celles qui ont eu tout le temps, tout le loisir pour prélever des ressources sur la planète mais qui maintenant ont le devoir d’agir pour que leurs enfants, leurs petits-enfants puissent vivre, vivre tout simplement sur cette planète.

La justice, c’est aussi de permettre que tous les progrès de la science, de la technologie, de l’imagination humaine, de l’économie soient au service de la construction, de la préservation, de la réparation, de la prévention et non pas de la destruction. C’est la raison pour laquelle une alliance doit être conclue entre toutes les forces. Les forces des Etats, les forces économiques, les forces associatives, les forces culturelles pour que nous puissions faire vivre l’appel de Manille.

L’appel de Manille, c’est aussi l’imagination. C’est notamment à travers le Fonds vert, les financements innovants, tout ce qui peut permettre de capter, de mobiliser des ressources pour les mettre au service du développement. L’appel de Manille, c’est un appel à l’invention parce que la lutte contre le changement climatique, qui est à la fois une obligation, c’est aussi une opportunité, puisque ça va nous permettre d’inventer une croissance nouvelle, une croissance verte.

Nous allons être meilleurs. Meilleurs parce que nous sommes contraints de l’être ; meilleurs pour les énergies renouvelables ; meilleurs pour stocker de l’énergie ; meilleurs pour organiser nos villes, pour assurer nos déplacements ; meilleurs pour inventer des technologies zéro carbone ; meilleurs pour organiser notre fiscalité ; meilleurs pour même établir une concurrence entre les entreprises avec un prix carbone. C’est l’agenda des solutions qui sera finalement l’expression de notre invention.

Enfin, l’appel de Manille c’est un appel à la promotion d’un monde nouveau parce que ce qui est en cause, c’est un nouveau mode de développement plus juste, plus respectueux. C’est un monde où nous puissions nous dire que ce que nous faisons est utile, un monde où chaque pays prendra ses responsabilités en fonction de ses propres capacités, un monde où une solidarité nouvelle pourra voir le jour entre pays riches et pays émergents. Beaucoup ont, à un moment dans leur démarche politique, imaginé un monde nouveau. Ils n’ont pas toujours construit un monde meilleur mais celui que nous avons à l’esprit, c’est un monde vivable, c’est un monde humain et c’est ce qui nous permet de nous rassembler.

C’est LEVI-STRAUSS qui disait que « l’arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur ». Il faut mettre un terme à la fureur et il faut mettre, dans le ciel, l’arc-en-ciel des cultures humaines. Ce monde, si nous le voulons, il sera dessiné à Paris dans trois cents jours. J’appelle donc les chefs d’Etat et de gouvernement à tout mettre en œuvre pour conclure un accord en décembre. J’appelle les forces de la jeunesse, les citoyens mais aussi les acteurs économiques, les artistes, les universitaires, à s’engager, à s’organiser pour nous élever, pour porter une cause qui peut tous nous rassembler.

Face à l’Histoire, il y a ceux qui la regardent, qui la contemplent, et il y a ceux qui la font. Aujourd’hui, il nous faut l’écrire. Ce sera à Paris dans trois cents jours.

“La question du changement climatique sera bel et bien au cœur de l’année 2015 »

Voici le dernier éditorial du média alternatif consacré à la conférence de l’ONU sur le climat qui se tiendra à Paris à la fin de l’année,  et qui appelle aux contributions pour informer, analyser et critiquer.

La question du changement climatique sera bel et bien au cœur de l’année 2015.

Les propos de François Hollande à l’occasion de ses vœux du 31 décembre où lors de son passage dans la matinale de France Inter démontre sa volonté à faire de la Conférence Paris Climat 2015 une pièce maîtresse de son quinquennat.

Cependant, à écouter ses propos hésitants sur la question, à lire sa détermination à concrétiser le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à voir ce qui a été fait jusque là en matière d’écologie en France, avec cette notion d’ « écologie non-punitive » qui revient sans cesse, difficile de ne pas voir dans ses propos contradictions et opportunisme.

Mais le président de la république Français n’est pas le seul à vouloir utiliser le changement climatique et la Conférence sur le Climat pour engranger des points.

Le Pape François s’empare également de la question dans sa grande campagne pour la « modernisation » de l’Église Catholique, largement relayé en France avec notamment la Conférence des évêques de France et en août les Assises Chrétiennes de l’Écologie.

Évidemment la tendance est à l’anthropocentrisme, passant sous silence la nature, les animaux, pourtant souvent premières victimes des effets du changement climatique.

Face à ces tentatives d’endormir, de détourner, d’accaparer le débat il est plus important que jamais, alors que 2014 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, de faire de la lutte contre le réchauffement climatique une cause largement populaire et démocratique. Cela ne doit pas être une affaire d’experts et de décideurs.

“Une année de kairos pour l’avenir de la planète et de l’humanité”

En prévision de la future conférence de l’ONU sur le climat, la Conférence des évêques de France a publié un document de travail, alors que l’Eglise catholique organise en août des Assises Chrétiennes de l’Ecologie, à Saint-Etienne. De leur côté les protestants ont publié un ouvrage appelé “Les changements climatiques“.

Voici des extraits du document des évêques de France, qui montre comment l’Eglise va utiliser la conférence pour promouvoir ses fins. Le grand risque pour elle est une vague d’athéisme provoqué par la reconnaissance de Gaïa comme lieu de vie où tout est inter-relié.

Afin de préserver l’anthropocentrisme, l’Eglise met donc en avant le “bon moment”, le “moment opportun”, c’est-à-dire la capacité qu’aurait l’être humain à intervenir en toute intelligence, de par la puissance du libre-arbitre, etc.

A cela est ajouté une pincée de doctrine sociale de l’Eglise, un soupçon de millénarisme, une larme de tiers-mondisme, un brin de critique de la “société de consommation”… Le tout afin de nier la Nature et de ne surtout pas parler des animaux.

Entre ça et la ZAD, on assiste à une affreuse montée en puissance de la critique “spirituelle” de la société de consommation, en mode “avant c’était différent”, typiquement dans l’esprit des années 1930.

Le tragique qui ouvre un nouveau possible

Le défi auquel est aujourd’hui confrontée la communauté internationale peut être mis en résonance avec une figure majeure de la tradition chrétienne : le kairos.

Cette notion grecque renvoie à une expérience particulière du temps, celle du « moment opportun ». Il s’agit d’un instant de grâce où tout peut basculer, mais cette ouverture au radicalement nouveau est toujours précédée d’un événement tragique.

Le kairos dit cette conjonction paradoxale entre la mort et la vie, entre la perte et le nouveau possible. Les récits bibliques qui parlent du kairos illustrent bien ce paradoxe. Les évangiles utilisent ce mot au moment où Jésus sort de l’anonymat et commence sa vie publique. Un événement tragique est associé à ce début : la décapitation de Jean-Baptiste.

Plus tard ce seront les disciples de Jésus qui partiront proclamer l’Evangile dans le monde entier, et encore une fois c’est la mort en croix de Jésus et l’expérience qu’ils font de sa résurrection qui en constitue l’évènement déclencheur. Au moment où la réalité sombre dans le désespoir, le kairos désigne l’émergence d’un radicalement nouveau. Le dérèglement climatique pourrait être un kairos pour nos sociétés contemporaines.

Nous vivons en effet, la fin d’une époque et d’un modèle : le changement climatique en est le signe. Le modèle sur lequel les sociétés se sont développées est celui de la croissance économique et de la prospérité partagée. L’imaginai
re de vie bonne de ce modèle de développement est fondé sur l’idée d’une production et d’une consommation en augmentation permanente.

Or, ce modèle qui a permis une amélioration sans commune mesure des conditions de vie, notamment dans les pays dits développés, se révèle aujourd’hui inviable à cause de l’épuisement et de la dégradation des ressources naturelles qu’il a provoqués.

Les risques de mort associés au réchauffement climatique en sont la preuve. Serons-nous capables d’inventer une autre forme de développemen t et de dresser un autre imaginaire de la vie bonne ? Saurons-nous « choisir la vie » entre vie et mort, entre bénédiction et malédiction, comme nous y invite le livre du Deutéronome (Dt, 30, 15-20)?

Un signe d’espoir

Un signe des temps encourage à répondre positivement à cette question : cette même année 2015 où aura lieu la COP21, arrivent à échéance les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), définis de commun accord en l’an 2000 par tous les pays des Nations Unies. Certains de ces objectifs ont été atteints, notamment celui de réduire de moitié la pauvreté extrême (les personnes qui vivent avec moins de 1,25 dollars par jour) au niveau mondial.

Ce résultat constitue un signe d’espoir : la pauvreté n’est pas une fatalité et son éradication est possible. Mais cette pauvreté reste pourtant très concentrée dans certaines régions du monde (notamment le continent africain) : la pauvreté mondiale s’est réduite mais l’inégalité entre les pays et à l’intérieur même de chaque pays s’est accentuée. Ces résultats porteurs à la fois d’espoir et de déception sont à la base des négociations internationales actuellement en cours, visant à définir de nouveaux objectifs en faveur du développement pour les 15 ans à venir.

Or, cette convergence dans la même année de la conférence sur le climat et de la reformulation des OMD pour les années à venir, constitue une opportunité pour articuler d’une manière nouvelle la question écologique avec la que
stion économique et sociale. Cette coïncidence au niveau du calendrier renforce les conditions pour faire de l’année 2015 une année de kairos pour l’avenir de la planète et de l’humanité.

D’au tant plus que les OMD vont très probablement être re-baptisés « Objectifs du développement durable » et qu’ils auront un caractère universel, c’est-à-dire qu’ils ne concerneront pas seulement les pays les moins avancés, mais la totalité des pays, qu’ils soient riches ou pauvres. Une chance historique pour redéfinir le développement comme un modèle porteur de vie pour la famille humaine universelle.

La contribution de la foi chrétienne

L’Eglise veut participer et contribuer à ce changement d’époque avec ses ressources propres. Les défis auxquels la planète et l’humanité sont au jourd’hui confrontées touchent les fondements même de la foi chrétienne : l’espérance
face à l’avenir, l’universalité du bien commun, et la solidarité comme socle du vivre ensemble.

Nous reprenons chacun de ces trois fondements en précisant à chaque fois les termes du kairos, c’est-à-dire le tragique constaté et le nouveau possible qui commence à se dessiner, par rapport à chacun des trois domaines concernés : la représentation de l’avenir, du bien commun et du vivre ensemble.

L’espérance face à l’avenir

La crise – écologique, économique et sociale – trouble notre regard sur l’avenir qui apparaît aujourd’hui bouché et menaçant. Le développement n’est pas seulement compromis au Sud, il l’est également au Nord. Un monde est en train d
e s’écrouler : celui qui pensait le développement comme croissance infinie.

L’humanité fait face à l’expérience angoissante de sa finitude. Sommes-nous capables aujourd’hui de faire entendre à nos contemporains une nouvelle promesse d’avenir ? Comment parler d’infini dans un monde fini ?

L’espérance chrétienne est fondée sur une idée de promesse qui n’est pas celle d’un but prédéfini à atteindre, mais celle d’un appel qui met en marche vers un meilleur possible. L’image de la « terre promise » qui va mettre en marche le peuple de Dieu premièrement derrière Abraham, et ensuite derrière Moïse, illustre bien cette idée d’une promesse qui met debout et en chemin vers un avenir meilleur mais dont on ne connaît pas la forme concrète qu’il pourra avoir.

Aujourd’hui c’est le moment opportun pour dessiner à nouveau cet imaginaire de la « terre promise » et d’un développement qui pourrait être porteur de vie « pour tout l’homme et pour tous les hommes ». Un nouveau style de vie qui mobilise une autre manière de consommer et de produire, de se déplacer et d’habiter l’espace est déjà en
construction.

Une autre expérience du temps qui valorise la lenteur et le long terme plutôt que l’immédiateté et le court-termisme est envisageable. Une nouvelle représentation de « la vie bonne » est aujourd’hui à construire : une vie qui assure à chacun la possibilité d’être reconnu comme co-créateur et pas seulement comme consommateur.