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Les animaux dans le Charlie Hebdo n°1178

Pour se faire une opinion, voici les deux articles en tant que tel consacrés aux animaux dans le dernier Charlie Hebdo, le premier à suivre le massacre subi. Ce numéro 1178 se veut dans le prolongement de ce qui a été fait auparavant.

On pourra y voir des bonnes choses… Et surtout des manques, des manquements honteux. On remarquera donc que, en plus bien sûr de l’absence de tout ce qui pourrait se rapprocher du véganisme, la remarque lamentable consistant à appeler à un rassemblement organisé par… “OEDA (Oui à l’Etourdissement Dans les Abattoirs”.

C’est d’un manque d’intelligence par rapport à la situation actuelle, de cohérence par rapport aux animaux….

Charlie Hebdo et les animaux

Sur le net on peut trouver une mise en avant de Charlie Hebdo comme étant proche de la cause animale. C’est tout à fait erroné, les gens de Charlie passé et présent ne sont pas vegans, ni partisans de la libération animale. Il y a juste de la sympathie exprimée de la part de certaines personnes, avec une petite rubrique hebdomadaire comme on en trouve une dans le “Canard enchaîné”.

Cependant, cela n’engage à rien, c’est juste un prétexte à la caricature et cela ne va jamais très loin. Voici quelques images histoire de se faire une opinion.




















L’hypocrisie du Monde par rapport aux animaux

“Tuer les animaux, c’est mal, mais j’aime trop les lasagnes”: la contradiction de tels propos saute aux yeux. C’est incohérent, et par conséquent une telle pensée n’a pas de sens. Quelqu’un dit cela est disqualifié d’office.

Pourtant, le quotidien Le Monde a publié un long article, intitulé “La philosophie à l’épreuve de la viande”. Et les gens qui “défendent” les animaux suivent cette démarche incohérente consistant à dire: je pose un problème mais de toutes manières moi-même je n’y réponds pas et je n’appelle à personne à le faire.

C’est-à-dire que le journal Le Monde – lié au catholicisme comme tout le monde le sait ou devrait le savoir – se permet de donner la parole non pas aux personnes favorables au véganisme, mais aux gens qui justement le réfutent, tout en prétendant poser la question animale sous un jour progressiste.

En faisant ainsi, le journal Le Monde fait le contraire de partout dans le monde, car bien évidemment, il n’y a qu’en France où un tel procédé grossier ne choque pas. La France est le dernier pays “occidental” où la question animale est tellement brûlante que le terme “vegan” ne dépasse pas les pages fashion d’articles pour les bobos.

Et le journal Le Monde contribue à cette entreprise de démolition de la libération animale, dans le même esprit que l’association L214. Et il faut des réformes, et la morale de chacun suit son rythme lent, et patati et patata.

Ce qui passe naturellement par une vision historique propre aux quartiers bourgeois: aucune culture humaine depuis 2000 ans n’aurait pas été carnivore (pas de jaïn, pas de bouddhisme indien, pas de Bishnoïs, etc.),  ignorance de la classe ouvrière anglaise qui rejette la vivisection à la fin du 19ème siècle, l’ALF apparaissant dans les années 1970 n’en parlons même pas, etc.

La philosophie à l’épreuve de la viande

LE MONDE CULTURE ET IDEES | 24.12.2014 à 12h36 • Mis à jour le 29.12.2014 à 11h29 |

Certes, la Journée internationale sans viande (Meat Out Day), fixée chaque année autour du 20 mars, suscite l’intérêt croissant du grand public et des médias. Certes, scientifiques et politiques sont chaque jour plus nombreux à dénoncer l’aberration pour l’environnement que représente la production mondiale de viande (302 millions de tonnes en 2012, soit cinq fois plus qu’en 1950), l’une des grandes causes de la déforestation, du réchauffement climatique et de la pollution de la planète. Certes, de grands chefs cuisiniers prennent position, tel le Français Alain Ducasse, qui a supprimé la viande de la carte du Plaza Athénée, son restaurant parisien. Certes, le nouveau livre du moine bouddhiste Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, est un joli succès de librairie… Et après ?

Après, rien. Ou presque. On sait, et on continue. On évoque avec pessimisme la crise écologique, on s’indigne du scandale des élevages industriels, mais on ne renonce pas à son bifteck. Ni à sa dinde de Noël. Tout juste réduit-on un peu sa consommation… Mais si peu ! Un effort infime au regard de l’essor fulgurant qu’a connu l’industrie de la viande depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En France, alors que la population est passée de 40 millions d’habitants à près de 70 millions aujourd’hui, la quantité de viande consommée par personne a presque doublé entre 1950 et 1980, grimpant de 50 à près de 100 kg par an. Elle a, depuis, légèrement régressé, mais avoisine toujours les 90 kg par personne et par an. Soit près de 500 000 bovins, ovins et porcins tués chaque jour dans les abattoirs, tandis que les végétariens plafonnent à 2 % de la population.

« Défi majeur à la cohérence éthique des sociétés humaines »

« Tous les ans, 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation, ce qui pose un défi majeur à la cohérence éthique des sociétés humaines », constate Matthieu Ricard. Dans un livre choc paru en 2011, le romancier américain Jonathan Safran Foer allait plus loin encore. Faut-il manger les animaux ?, s’interrogeait-il à l’issue d’une longue enquête, en partie clandestine, dans cet enfer insoutenable qu’est l’élevage industriel. « Les animaux sont traités juridiquement et socialement comme des marchandises », conclut-il. Nous le savons tous, comme nous devinons tous l’horreur des traitements qu’on leur inflige. Sans vouloir nous en souvenir. Car c’est un fait : « La majorité des gens semble avoir accepté le fait de manger les animaux comme un acte banal de l’existence. »

En avons-nous moralement le droit ? Le 30 octobre, l’Assemblée nationale adoptait un projet de loi visant à reconnaître aux animaux, dans notre Code civil, le statut d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Pouvons-nous, pour notre plaisir ou par simple habitude, faire souffrir et mourir des êtres vivants capables de souffrance, d’émotions, d’intentions, alors même que notre survie alimentaire n’est pas en jeu ? Et si non, pourquoi continuons-nous à le faire ? Pour tenter de comprendre, nous avons voulu interroger la philosophie. Et nous devons avouer notre surprise : la philosophie, jusqu’à un passé (très) récent, ne s’est jamais posée cette question. Elle ne s’est jamais demandé si cette pratique était acceptable. C’était une évidence.

« Tuer les animaux pour les manger, cela allait de soi. On n’en parlait même pas »

« Dans l’Antiquité grecque, on ne pouvait pas tuer un animal ni manger de la viande n’importe comment, tempère la philosophe Elisabeth de Fontenay, auteur de l’ouvrage somme Le Silence des bêtes. La philosophie à l’épreuve de l’animalité (Fayard, 1999). Pour les Anciens, comme pour Aristote et Platon, cette pratique était très codifiée par les sacrifices religieux. Mais tuer les animaux pour les manger, cela allait de soi. On n’en parlait même pas. » A quelques exceptions près : Pythagore (571-495 av. J.-C.), pour qui tuer un animal pour le manger était un crime ; et longtemps après, Plutarque (45-120 apr. J.-C.), dont le traité S’il est loisible de manger chair est un vibrant plaidoyer pour l’abstinence de nourriture carnée. Mais, dans leur immense majorité, les Anciens ne se sont intéressés à l’animal que pour démontrer combien l’homme en était différent. Combien il leur était supérieur.

C’est ce qu’on nomme l’humanisme anthropocentrique : une conception fondée sur l’idée de l’exceptionnalisme humain, que la tradition judéo-chrétienne n’a fait que renforcer. Notamment le christianisme, selon lequel la bête a été créée pour le bien de l’homme, centre et maître de la création. Toute la tradition philosophique occidentale sera marquée par cette coupure ontologique entre l’homme et l’animal. Et il faudra attendre Jacques Derrida, et sa déconstruction du propre de l’homme, pour qu’enfin la question soit posée : comment a-t-on pu à ce point légitimer la violence envers l’animal ? Précisément en le nommant « l’animal », plutôt que de parler des animaux, répond-il. Car « l’animal » n’existe pas, si ce n’est pour désigner l’ensemble des vivants pouvant être exploités, tués et consommés hors du champ de la morale et de la politique. Le meurtre de « l’animal » n’est pas reconnu comme tel. Alors qu’il y a bel et bien « crime contre les animaux, contre des animaux ».

Comme Derrida, Elisabeth de Fontenay l’affirme : « Il n’y a aucun fondement philosophique, métaphysique, juridique, au droit de tuer les animaux pour les manger. C’est un assassinat en bonne et due forme, puisque c’est un meurtre fait de sang-froid avec préméditation. » Elle-même, pourtant, n’est pas végétarienne. « Je n’en suis pas fière, mais comment faire autrement ? Je ne mange pas de la viande tous les jours, mais j’adore les lasagnes ! J’adore la sauce tomate à la bolognaise ! Les goûts de chacun, c’est compliqué. C’est idiosyncrasique, c’est l’histoire de l’enfance… » Elisabeth de Fontenay a le courage de cette contradiction majeure, qu’elle analyse à l’aune de notre histoire. « Manger de la viande, c’est un héritage du néolithique ! Vous vous rendez compte ? Du néolithique ! Et toutes les cultures, toutes, sont carnivores ! » Même en Inde, où le végétarisme hindouiste compte nombre d’exceptions.

Changer une habitude plurimillénaire, source de protéines animales et d’un plaisir gustatif singulier ? S’interdire l’accès à un aliment qui, de tout temps, fut considéré comme un mode de distinction sociale ? Pas si facile. Cela coûte du temps, de l’argent, cela oblige dans nos sociétés modernes à se priver d’innombrables produits fabriqués. Pour une famille nombreuse à revenus modestes, cela frise vite le sacerdoce. « Je peux très bien comprendre que certains trouvent trop compliqué d’être végétarien, et que ces mêmes personnes affirment être contre le fait d’élever les animaux pour les tuer », estime la philosophe Florence Burgat, devenue végétarienne « après avoir été hypercarnivore ». « Cela ne me semble pas incohérent. Beaucoup tentent de réduire leur consommation de viande, ou de la rendre plus éthique. L’important est de tendre vers quelque chose. »

Auteur de plusieurs ouvrages sur la question animale, elle consacrera son prochain ouvrage à « l’option carnivore de l’humanité ». Car une question la fascine. « Nous sommes une espèce omnivore, ce qui signifie que nous avons le choix de notre alimentation, rappelle-t-elle. Pourquoi alors l’humanité, au moment où elle arrive à un niveau de développement suffisant pour s’émanciper de l’alimentation carnée – vers la fin du XIXe siècle, quand les connaissances scientifiques et techniques libèrent les bêtes d’un certain nombre de tâches, et que surviennent les premières lois de protection des animaux –, pourquoi fait-elle au contraire le choix de l’instituer ? De l’inscrire dans les techniques, dans les pratiques ? » Un droit désormais devenu, dans la plupart des pays dont le développement le permet, celui de manger de la viande tous les jours.

Depuis quand ? Symboliquement depuis 1865, date à laquelle furent inaugurés les abattoirs de Chicago. En 1870, les Union Stock Yards (littéralement, les « parcs à bestiaux de l’Union ») traitaient déjà 2 millions d’animaux par an. En 1890, le chiffre était passé à 14 millions, dont la mort et le dépeçage fournissaient du travail à 25 000 personnes – Ford, dans ses Mémoires, affirme s’être inspiré de ces abattoirs pour créer sa chaîne de montage à Detroit. C’est ainsi, aux Etats-Unis, que démarre véritablement la démocratisation de la nourriture carnée. Et la production de masse d’une viande issue de ce que l’historien américain Charles Patterson, dans son ouvrage Un éternel Treblinka (Calmann-Lévy, 2008), qualifie de génocide animal. Un génocide qu’il n’hésite pas à comparer à celui du peuple juif dans les camps de concentration nazis.

C’est aussi ce que fait le philosophe Patrice Rouget, auteur d’un récent essai sur La Violence de l’humanisme. « Cette passerelle tendue d’entre deux horreurs est installée aujourd’hui, écrit-il. Des noms dignes de respect, non suspects de mauvaise foi ou de parti pris idéologique, l’ont bâtie pièce à pièce pour que nous osions la franchir. Singer, Lévi-Strauss, Derrida, Adorno, Horkheimer, des victimes revenues des camps de la mort y ont apporté leur contribution. » Ce qui fait de l’extermination perpétrée par les nazis un événement irréductible à tout autre événement de l’Histoire, et ce qui rapproche ce crime de masse de l’enfer de l’abattoir, c’est le processus industriel qui est à l’œuvre. Un processus qui, à la différence des autres génocides, rend le meurtre « identiquement interminable, au moins dans son principe ».

Qu’ils soient végétariens ou « carnistes », tous les philosophes s’accordent donc sur ce point : la production et la mise à mort des bêtes à la chaîne sont une abomination, indigne d’une civilisation évoluée. « Le problème éthique majeur aujourd’hui, ce n’est pas celui de la consommation de viande, affirme Dominique Lestel, philosophe et éthologue à l’Ecole normale supérieure de Paris. C’est l’ignominie de l’élevage industriel. Il y a une dégradation non seulement de l’animal, mais aussi de l’humain à travers ces pratiques. » Auteur d’une provocante Apologie du carnivore, il estime cependant que les végétariens « éthiques » – ceux qui refusent de manger de la viande au nom de la souffrance des bêtes et de leur droit à la vie –, se trompent de cible en s’obstinant à combattre « le méchant carnivore ».
Le concept de la « viande heureuse »

« Par rapport à l’enjeu qu’est la fermeture des élevages industriels, ces végétariens éthiques seraient infiniment plus efficaces s’ils s’alliaient avec ce que j’appelle les carnivores éthiques : des carnivores qui refusent de manger de la viande industrielle, ou qui considèrent que cela ne se fait pas à n’importe quel prix, ni de n’importe quelle façon, précise-t-il. La moindre des choses que l’on puisse faire pour un animal que l’on tue, c’est de le cuisiner convenablement… C’est-à-dire avoir un rapport avec cet animal mort qui n’est pas celui que l’on a face à une barquette de supermarché. » Dominique Lestel, et il n’est pas le seul, opte pour le concept de la « viande heureuse » – une viande provenant d’animaux bien élevés, bien tués, que nous pourrions ainsi consommer en toute bonne conscience. Un compromis auquel Florence Burgat s’oppose totalement.

« Quelle que soit la manière dont on s’y prend, la violence qui consiste à tuer les animaux pour les manger demeure, observe-t-elle. Elle renvoie à la question de fond : qui sont les animaux ? Est-ce que le fait de vivre leur importe ? Pourquoi tuer un homme serait grave, et pourquoi tuer un animal ne le serait pas ? Je n’arrive pas à comprendre ce qui motive cet argument, et je le comprends d’autant moins que les animaux d’élevage, y compris en élevage bio, sont tués très jeunes. Qu’est-ce que cela signifie d’offrir à des bêtes de bonnes conditions de vie dans laquelle elles peuvent s’épanouir, puis de les tuer en pleine jeunesse ? » Vinciane Despret, philosophe à l’université de Liège (Belgique), n’explique pas cette contradiction manifeste. Mais elle rappelle que « l’acte de manger est un acte qui requiert de la pensée », et que la mise en œuvre de cette pensée a été précisément supprimée par notre alimentation moderne. Ce qui a permis que soit instaurée, « sans plus de révolte, la folie furieuse que constitue l’élevage industriel ».

« Au fur et à mesure des années, ce qui constituait un animal domestique vivant a progressivement disparu de tout état de visibilité », souligne-t-elle. La plupart des gens ne mangent plus que sa chair – laquelle, une fois dans l’assiette, évoque de moins en moins la bête dont elle vient. Le comble est atteint avec le hamburger : à Chicago, une étude a mon­tré que 50 % des enfants des classes moyennes ne faisaient pas le lien avec un animal. « La conséquence de cette logique, qui est en connivence avec l’élevage industriel, c’est que l’acte de manger est devenu totalement irresponsable : c’est un acte qui ne pense pas », conclut Vinciane Despret.

Penser plus, donc, pour enrayer cette tuerie et ces souffrances de masse ? Et manger moins de viande, bien sûr. Mais encore ? Fermer les élevages industriels ? A moins de se payer de mots, il n’y a guère d’autre solution. Mais il s’agirait d’une solution ultraradicale. Supprimer la production intensive et favoriser l’élevage artisanal, même en augmentant les surfaces dévolues aux bêtes, cela reviendrait à disposer d’une quantité de viande infinitésimale à l’échelle des 7 milliards de personnes qui peuplent la planète. A en faire à nouveau un mets de luxe, rare et accessible seulement à une petite partie de la population… L’inverse de la poule au pot du bon roi Henri IV, en quelque sorte. Pas très satisfaisant pour qui espère réduire les inégalités.
La planète ne pourra pas supporter longtemps les humains et leurs élevages

Reste une évidence, non plus philosophique mais écologique : au train où s’épuisent nos ressources naturelles, la planète ne pourra pas supporter longtemps les humains et leurs élevages. En 2001, alors que l’épidémie d’encéphalopathie spongiforme bovine (EBS) battait son plein, Claude Lévi-Strauss publiait un texte magnifique, La Leçon de sagesse des vaches folles (revue Etudes rurales, 2001). Citant les experts, il y rappelait que « si l’humanité devenait intégralement végétarienne, les surfaces aujourd’hui cultivées pourraient nourrir une population doublée ». Les agronomes se chargeraient d’accroître la teneur en protéines des végétaux, les chimistes de produire en quantité industrielle des protéines de synthèse, les biologistes de fabriquer de la viande in vitro – elle existe déjà en laboratoire.

Mais alors, plus de bêtes ? C’est ce que redoute Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse devenue sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui vient de coordonner un Livre blanc pour une mort digne des animaux. Un avenir sans élevage est un avenir sans animaux, du moins sans ces animaux avec lesquels nous avons une relation de travail, prévient-elle. Ce qui ne convainc guère la philosophe Anne Frémaux, auteur de La Nécessité d’une écologie radicale (Sang de la Terre, 2011). « C’est là un argument qui s’appuie sur la préférence abstraite pour l’existence plutôt que la non-existence, et qui ne prend pas en compte la vie réellement et concrètement vécue par l’individu », estime-t-elle, en suggérant de réensauvager les animaux domestiques et d’agrandir l’espace dévolu aux espèces naturelles.

Florence Burgat, elle, n’en démord pas : « Tant que l’homme mangera les animaux, rien ne pourra changer dans sa conduite envers les autres hommes. On ne peut pas éduquer à la non-violence envers son prochain quand des espèces très proches de nous restent tuables. »

Le labrador noir de l’Elysée

C’est un très mauvais signe que ce « cadeau de Noël » consistant en un être vivant qui a été reçu par l’Elysée. En plus, cela a une certaine tradition puisque c’est un Français présent au Canada depuis 1969, le vétérinaire François Lupina, qui a l’air d’être celui toujours à l’origine des labradors noirs comme « cadeaux » à chaque nouveau président de la république….

Cela signifie que les associations mènent campagne chaque fin d’année pour dire : non, un animal n’est pas un jouet et il ne s’offre pas comme « cadeau de Noël », et là on a pu voir un battage médiatique sans précèdent saluant le « cadeau » qui a été « livré » par avion…

Dans le genre mauvaise indication culturelle, il est difficile de faire pire. On est vraiment dans le cinéma bien mesquin, bien populiste, aux dépens des animaux encore une fois.

C’est ici l’occasion, comme beaucoup de médias l’ont fait, de rappeler la chanson de Renaud consacrée à Baltique, le labrador « appartenant » à François Mitterrand. Renaud dénonce avec verve l’indifférence humaine portant atteinte à la dignité de l’amour du chien laissé sur le perron de l’Église lors de la cérémonie religieuse pour Mitterrand…

Z’ont peut être eu peur que je pisse
Sur le marbre du bénitier
Ou, pire, que je m’accroupisse
Devant l’autel immaculé

Peur que je ne lève la patte
Quelque part dans les allées
Où siège cette foule ingrate
Qui nous parle d’humanité

Ils ont considéré peut être
Qu’c’t’un amour pas très catholique
Que celui d’un chien pour son maître
‘Lors ils m’ont privé de cantiques

Un jour pourtant, je le sais bien
Dieu reconnaîtra les chiens

Me voilà devant la chapelle
Sous cette pluie qui m’indiffère
Tenu en laisse par un fidèle
Allergique aux lieux de prières

Les gens parlent à côté de moi
Tu as de la chance toi au moins
La souffrance ne t’atteint pas
L’émotion c’est pour les humains

Et dire que ça se veut chrétien
Et ça ne comprend même pas
Que l’amour dans le cœur d’un chien
C’est le plus grand amour qui soit

Un jour pourtant, je le sais bien
Dieu reconnaîtra les chiens

Je pourrais vivre dans la rue
Être bourré de coups de pieds
Manger beaucoup moins que mon dû
Dormir sur le pavé mouillé

En échange d’une caresse
De temps en temps d’un bout de pain
Je donne toute ma tendresse
Pour l’éternité ou plus loin

Prévenez-moi lorsque quelqu’un
Aimera un homme comme moi
Comme j’ai aimé cet humain
Que je pleure tout autant que toi

Un jour pourtant, je le sais bien
Dieu reconnaîtra les chiens

Un jour pourtant, je le sais bien
Dieu reconnaîtra les chiens…

“Sinceridade… Honestidade… CONVICÇÃO!!!”

Voici les paroles de 2 chansons du groupe “Children of Gaia” (“Enfants de Gaïa”), un groupe de musique brésilien des années 2000.

Vidas Inocentes Entregues à servidão
Manipuladas por almas sanguinárias
Fazem da vida o ciclo da morte
Nuvens negras dspejam ódio sobre a terra
Des vies innocentes livrées à la servitude
Manipulées par des âmes sanguinaires
Faisant de la vie le cycle de la mort
Des nuages noirs versent la haine sur la terre

Flores derramam pétalas ressecadas
O sangue brota, oceanos definham
Des fleurs déversent des pétales desséchées
Le sang coule, les océans déclinent

De olhos abertos
O egocentrismo perpetua entre nós
Foi quebrada
Les yeux ouverts
L’égocentrisme perpétué entre nous
A été brisé

Segue agora o caminho da destruição
Foi quebrada a corrente da vida
O Império do mal lança suas garras contra nós
Criação contra o criador
Maintenant le chemin de la destruction
A été brisé par le courant de la vie
L’empire du mal lance ses griffes contre nous
Création contre le créateur

Surge o momento da revanche
A esperança une nossas mãos
Pérfidos plocramarão piedade a Gaia
Gaia
Traída por seus próprios filhos
Vient le moment de la vengeance
Une espérance rejoint nos mains
Les perfides implorent pitié à Gaïa
Gaïa
Trahi par ses propres fils

Convicção – Conviction

Rejeitando seus venenos
Caminho de cabeça erguida
Sem propagar esta idéia
de autodestruição.
Rejetant leurs poisons
Chemin de la tête haute
Sans propager cette idée
de l’auto-destruction.

Sóbrio torno-me mais consciente
Consciente, torno-me mais forte
Para poder lutar contra
corporações que manipulam o vício de forma lucrativa.
Sobre je suis plus conscient
Conscient je deviens plus fort
Pour pouvoir lutter contre
les grandes entreprises qui manipulent le vice de manière lucrative

Sinceridade… Honestidade… CONVICÇÃO!!!
STRAIGHT EDGE
STRAIGHT EDGE
Sincérité… Honnêteté… CONVICTION !!!
STRAIGHT EDGE
STRAIGHT EDGE

Minha convicção nasce como chave de esperança
Sem medo nem comoções
Rejeite a idéia imposta de conformismo
Aqui nos revelamos guerreiros em um inferno social
Onde a alienação acaba roubando sua liberdade
Ma conviction est née comme clef de l’espoir
Sans peur ou troubles
Rejeter l’idée de conformité imposée
Ici, nous nous révélons guerriers dans un enfer social
Lorsque l’aliénation vient de voler sa liberté

Des animaux et des pharaons: expo au Louvre-Lens

Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l’Egypte ancienne“: tel est le nom d’une exposition (temporaire) qui se tient à partir d’aujourd’hui et jusqu’à début mars 2015, au musée du Louvre-Lens. 430 oeuvres y sont présentées, et si évidemment on peut deviner que la présentation sera très éloignée de la démarche de la libération animale, elle n’en sera certainement pas moins fascinante, et utile pour comprendre notre rapport avec les animaux, tout au moins avec certains animaux en particulier.

Ainsi, le chat est devenu un animal très proche de la société humaine; on sait qu’il y a eu une sorte de partenariat entre les êtres humains voulant protéger leur récolte et le chat qui est devenu un allié objectif pour cela.

“En Égypte, la faune paraît omniprésente à celui qui découvre la civilisation pharaonique. Mais ce ne sont pas tant les défilés d’animaux visibles dans les mastabas et destinés à devenir nourriture pour le défunt qui ont pu surprendre, que les millions de momies animales occupant des nécropoles réparties dans tout le pays ou les figurations hybrides, mi-hommes, mi- bêtes des divinités du panthéon égyptien.

Ce phénomène était déjà, dès l’Antiquité, un motif d’étude. Après Hérodote, qui, le premier, décrivit son étonnement, Diodore de Sicile put écrire : « À propos des animaux sacrés en Égypte, ce qui a lieu paraît à beaucoup à juste titre extraordinaire et mériter une enquête. En effet, les Égyptiens vénèrent extrêmement quelques animaux, non pas seulement quand ils vivent mais quand ils sont morts aussi, tels les chats, les ichneumons, et les chiens, et encore les faucons et les animaux appelés chez eux ibis, et aussi les loups, les crocodiles et bien d’autres encore du même genre… » (Livre 1, 83, 1). (Alain Charron, Les animaux et le sacré dans l’Egypte tardive, fonctions et signification)

“Après un court chapitre sur la médecine locale, exclusivement attachée à des recettes traditionnelles dont il est interdit de s’écarter, notre auteur consacre plusieurs chapitres à un trait frappant des mœurs égyptiennes, le respect des animaux sacrés, dont Hérodote avait lui aussi parlé longuement.

C’est l’occasion pour Diodore de rapporter un incident dont il fut témoin pendant son séjour dans le pays : un Romain qui avait involontairement tué un chat fut lynché par la populace sans que ni l’autorité du roi lagide, ni la crainte des armes romaines aient pu le sauver. Les renseignements que l’historien nous donne sur la zoolâtrie, objectifs et bien classés, sont d’un vif intérêt pour l’étude de la religion égyptienne, et les réflexions auxquelles il se livre sur l’origine de ces cultes et sur leur diversité à travers les provinces témoignent d’un esprit curieux et avisé.” (L’Égypte d’après Diodore de Sicile)

“Dans l’ancienne Egypte, le chat se nommait maaou ; et ta-maaou, la chatte, était un nom fréquemment porté par les femmes. Les Égyptiens habitant l’Italie voulurent sans doute conserver cet usage et traduisirent en latin la dénomination égyptienne.

Bien qu’aucun texte n’en fasse mention, nous pouvons, je crois, affirmer que la déesse Bast avait aussi un sanctuaire à Pompei, et le plus ancien, vraisemblablement, de tous ceux qu’on lui connaît en Europe. D’après un critique allemand, l’Isium primitif de Pompei remonterait au deuxième siècle avant notre ère; détruit en 63 par un tremblement de terre, les Égyptiens le reconstruisirent; mais, étant fort traditionalistes, ils ne changèrent rien à la forme extérieure du culte, et tout fut rétabli comme par le passé.

Or une peinture du Musée de Naples, provenant de l’Isium de Pompei, nous fait assister à une cérémonie religieuse en l’honneur de Bast. Cette composition, moins importante que celles d’Herculanum décrites plus haut, se réduit à un personnage unique, mais elle offre un élément d’un intérêt exceptionnel, qu’on chercherait vainement ailleurs.

La tête rasée et accotée de deux plumes, un prêtre égyptien, vêtu d’une blanche tunique de lin à franges, chante un hymne écrit sur un rouleau de papyrus à moitié déroulé. Il est debout, face au spectateur, devant un haut piédestal en forme de stèle avec trois marches à sa base, et sur lequel se trouve un chat passant à droite (fig. 2).

Non une statue à tête de chat, mais bien un chat à quatre pattes.

Dans cette image, la tête est surmontée de Yatew, ornement symbolique, placé d’habitude sur le chef des divinités égyptiennes, pour en marquer le caractère sacré. Nous ajouterons qu’ici cet atew est figuré par une interprétation défectueuse du signe meh, emblème de la basse Egypte. Notre quadrupède, qui alors serait une chatte, représente donc, à n’en pouvoir douter, la déesse Bast dans sa forme primitive.” (Le culte de la déesse Bast dans l’Italie méridionale et particulièrement à Pompéi)

“Sentience: animal project”: une BD pour réveiller les consciences

Chaque personne devrait s’épanouir sur le plan artistique. Dans cette société, c’est malheureusement difficile, aussi les gens qui ont pu avancer en ce sens ont de grandes responsabilités. Il ne s’agit pas tant de faire de la propagande (même s’il faut en faire), que de véritables œuvres, ayant un contenu allant dans le bon sens.

Nous avions parlé il y a peu de la bande dessinée américaine Liberator (voir La bande dessinée américaine « Liberator » et Liberator – Salvation of innocents avec l’interview de l’auteur).

Voici un jeune auteur français lançant un appel pour une bande dessinée intitulée “SENTIENCE T1: Animal Project”, définissant celle-ci comme “La bande-dessinée qui réveille les consciences”.

C’est un projet ambitieux, dont on peut voir déjà quelques images d’une qualité certaine sur un site expliquant le projet et appelant au soutien financier.

Même si on peut ne pas forcément apprécier le style de la BD, son scénario, son approche, etc. force est de constater qu’il y a là quelque chose qui va dans le bon sens, sur une bonne base. On notera d’ailleurs qu’en cas de succès, pour chaque BD vendue, 50 % des droits d’auteur seront reversés à l’association PRO ANIMA, opposée à la vivisection.

Voici une présentation de l’auteur, qui a raison: c’est une noble cause!

Daewood : Scénariste à l’origine du projet

J’ai 28 ans, je travaille dans la vidéo et je suis passionné depuis toujours par le cinéma et la bande-dessinée. Bien qu’étant un grand ami des bêtes, je ne me suis réellement intéressé à la cause animale qu’après avoir visionné une vidéo « choc » sur Internet, sur les conditions d’élevage notamment. Cette vidéo a été un véritable déclic. Suite à cela, j’ai effectué de nombreuses recherches et ce que j’ai découvert m’a terrifié. Bon nombre d’animaux vivent un véritable enfer au quotidien… j’ai depuis totalement changé mon mode de consommation.

Aujourd’hui, j’aimerais donc apporter ma pierre à l’édifice, amener une nouvelle réflexion sur la sensibilité animale et tenter de faire évoluer les esprits. Avec tout ce qu’il peut se passer aujourd’hui entre l’expérimentation animale, l’élevage industriel, le trafic d’animaux… toute cette souffrance que l’homme peut infliger aux animaux, et lorsque j’entends encore des personnes nier les faits, il m’apparaît comme essentiel de dévoiler certaines vérités et d’impliquer les futures générations.

C’est ainsi qu’est né le projet SENTIENCE. Sous couvert du genre science-fiction, j’ai pu élaborer un scénario solide, riche en rebondissements et basé sur des faits réels.

Mon but : Vous faire vivre une aventure palpitante tout en amenant une vraie réflexion sur la sensibilité animale.

Aujourd’hui, la meilleure chance de Sentience d’exister, c’est vous…C’est un projet engagé en faveur d’une noble cause qui a mon sens, nous concerne tous. Je m’engage également à reverser 50 % de mes droits d’auteur au profit d’associations de défense animale.

The Specials: “Alcohol”, “Man At C&A”, “Ghost town”

Voici quelques chansons du groupe anglais des années 1980 appelé “The Specials”. Il s’agissait d’un groupe très pointu musicalement, tout en étant très engagé, ce qui donne un mélange des genres largement influencé par le jazz, la soul ou encore les musiques jamaïcaines, ici en l’occurrence surtout le ska.

Voici la chanson intitulé “Alcohol”.

An icy wind blows through the door
You feel like you’ve been here before
You tremble and you start to sweat
The symptoms of withdrawal
Un vent glacial souffle à travers la porte
Tu as l’impression que tu as déjà été ici avant
Tu trembles et tu commences à transpirer
Les symptômes du sevrage

Alcohol
Why do you do it?
Why do you keep beating me?
You give some people a real good time
But you cause some untold misery
Alcool
Pourquoi fais-tu cela?
Pourquoi continues-tu à me battre?
Tu donnes aux gens un vrai bon moment
Mais tu provoques d’indicibles souffrances

Heroin
Why do you do it?
I don’t like what I’ve seen
You promise someone a real good time
And then you take them from their family
You tremble and you start to sweat
You don’t want to withdraw
And when your flesh begins to crawl
You’d rather not be here at all
Héroïne
Pourquoi fais-tu cela?
Je n’aime pas ce que je vois
Tu promets à quelqu’un un vrai bon moment
Et puis, tu les prends à leur famille
Tu trembles et tu commences à transpirer
Tu ne veux pas du sevrage
Et quand ta chair commence à ramper
Tu préférais ne pas être du tout ici

Voici un grand classique: “Man At C & A”, “L’homme au (magasin) C & A”, qui découvre que la guerre atomique a été lancé. L’ambiance est très bien montrée musicalement, en faisant un classique anti-nucléaire du même niveau que “Dancing with tears in my eyes” du groupe Ultravox.

Warning, warning, nuclear attack
Atomic sounds designed to blow your mind
World War Three.
Nuclear attack
Rocking atomically
This Third World War, atomic sounds.
Attention, avertissement, une attaque nucléaire
Des sons atomiques conçus pour souffler votre esprit
Troisième Guerre mondiale.
Attaque nucléaire
Un rock atomique
Cette troisième guerre mondiale, des sons atomiques.

The man in black he told me the latest Moscow news
About the storm across the red sea they drove their ball point views
I’m the man in grey, I’m just the man at C & A
And I don’t have a say in the war games that they play.
L’homme en noir, il m’a dit les dernières nouvelles de Moscou
À propos de la tempête sur la mer rouge, ils ont pris des décisions avec leurs stylos
Je suis l’homme en gris, je suis juste l’homme à C & A
Et je n’ai pas un mot à dire dans les jeux de guerre qu’ils jouent.

Warning, warning, nuclear attack
Shark attack to hit you on your back.
World War Three.
Attention, avertissement, une attaque nucléaire
Une attaque de requin [sic] frappant sur le dos.
Troisième Guerre mondiale.

The Mickey Mouse badge told, Ayatollah at his feet
You drink your oil you schmuck, we’ll eat our heads of wheat
But I’m the man in grey, I’m just the man at C & A
And I don’t have a say in the war games that they play.
Le badge Mickey Mouse a dit, l’ayatollah à ses pieds
Tu bois ton pétrole espèce de crétin, nous mangerons nos épis de blé
Je suis l’homme en gris, je suis juste l’homme à C & A
Et je n’ai pas un mot à dire dans les jeux de guerre qu’ils jouent.

Boom shakalaka boom
Nuclear nuclear, nuclear war.
Warning, warning, nuclear attack
The boom never ban

Boom shakalaka boom
Guerre nucléaire, guerre nucléaire
Attention, attention, guerre nucléaire
Le boum jamais interdit

Pour finir, voici la chanson “Ghost town”, où le groupe explique que la ville devient une ville-fantôme en raison de la violence, qui anéantit toute vie sociale.

La “fête des animaux” en 1970, 1971 et 1972

La mort d’Alexandre Grothendieck a été prétexte de remarques toutes favorables dans la presse, ce qui est logique puisqu’un hurluberlu racontant n’importe quoi correspond parfaitement à ce qu’attend cette presse de la part d’un « écologiste ». Pas de radicalité, un esprit « scientifique », une existence anti-sociale, les animaux oubliés, et surtout pas de Gaïa : Alexandre Grothendieck est ainsi parfait.

Libération en a ainsi fait le « fondateur de l’écologie radicale », ce qui est totalement ridicule. Alexandre Grothendieck ce sont des critiques du nucléaire et de la pollution, de la technique, dans quelques numéros d’une revue qui furent ronéotypés (l’ancêtre de la photocopie), mais cela s’arrête là (voir Grothendieck et le groupe « Survivre et vivre »).

Alexandre Grothendieck parle-t-il des animaux ? Non. Parle-t-il de la Nature ? Même pas. C’est juste un de ces typiques partisans français de la décroissance, de la petite production en mode rustique.

Libération a été bien plus inspiré de dire :

« Il aurait été à l’aise à Sivens avec les zadistes qui ont repris son combat. »

Car, c’est vrai, c’est le même esprit. José Bové y est allé d’ailleurs dans le même topo, toujours dans Libération :

Peut-on faire un lien avec les zadistes ?

Il faut. Que voit-on émerger ? Un lien entre la question des modes de vie et celle de l’engagement écologique. On mène des combats et on change sa vie au quotidien. Il y a une remontée très forte face à l’urgence de la crise écologique que nous connaissons aujourd’hui. C’est ce que portait le slogan Ici et maintenant. La radicalité est la même, on peut dire que les zadistes à Sivens ou à Notre-Dame-des-Landes sont les enfants de Grothendieck.

Aucun contenu, juste un « style » : c’est vrai c’est pareil.

De manière bien plus intéressante, loin de cette logique du « la terre, elle, ne ment pas », voici un extrait de ce qu’on peut trouver dans un bulletin de l’association de Grothendieck. Il s’agit d’une information concernant une « fête annuelle des animaux ».

L’information dans le bulletin consistait en fait à faire appel à des gens de l’association pour passer là-bas, pour tenir un stand, etc.

Or, ce qu’on y lit est terriblement frappant : on est au début des années 1970 (en 1972 exactement) et on peut lire des choses qui correspondent, pratiquement mot pour mot, à l’argumentaire qu’on peut lire aujourd’hui.

C’est inquiétant : on n’a pas avancé en 40 ans, ou bien le discours actuel est franchement dépassé par la libération animale, il y a beaucoup à réfléchir. En tout cas si vous avez des informations au sujet de cette fête des animaux qui s’est tenu le 1er octobre (1970, 1971 et 1972 au moins), n’hésitez pas à nous en faire part !

[Cliquer sur l’image pour l’avoir en (un peu) plus grand.]

Grothendieck et le groupe “Survivre et vivre”

Hier est mort le mathématicien Alexandre Grothendieck, à l’âge de 86 ans, qui était considéré comme une grande figure scientifique du 20ème siècle pour différents travaux. Il a frappé les esprits par son engagement, lié à l’écologie, mais très brouillon.

Alexandre Grothendieck était une sorte de hippie génial en mathématiques. Apatride en raison de la seconde guerre mondiale (son père meurt à Auschwitz), il refuse de l’armée pour devenir français, devient alors professeur dans différents pays avant de l’être en France dans un institut privé, Institut des hautes études scientifiques, qu’il quittera quand il saura que le ministère de la défense le finance en partie.

Lauréat de la médaille Field, l’équivalent du Nobel en mathématiques, en 1966, il refuse d’aller la chercher dans l’URSS sous Brejnev. Par la suite, il refusera de nombreux prix et finira sa vie, seul, en Ariège à Lasserre. Il a écrit de très nombreux articles au sujet de son engagement, de ses réflexions et de sa vie, remplissant des milliers de pages, de manière énigmatique voire franchement obscure ou incompréhensible, comme par exemple “Récoltes et semailles – Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien“.

Au cours de ce parcours, dans les années 1970, Grothendieck avait fondé le groupe « Survivre et vivre » avec d’autres mathématiciens de haut niveau, dont Pierre Samuel et Claude Chevalley.

Ce groupe a été fondé à Montréal en 1970, et se veut un « mouvement international pour la survie de l’espèce humaine », puis un « mouvement international et interprofessionnel pour notre survie ». Son but est présenté comme suit :

« Lutte pour la survie de l’espèce humaine et de la vie en général menacée par le déséquilibre écologique créé par la société industrielle contemporaine (pollutions et dévastations de l’environnement et des ressources naturelles), par les conflits militaires et les dangers de conflits militaires. »

Pour résumer, le groupe « Survivre et vivre » entend survivre en s’opposant aux conséquences du « monde industriel », et vivre en abolissant la contradiction entre les scientifiques et la population.

Pour cette raison, les scientifiques doivent se tourner vers la population, et catégoriquement tout lien, même passif avec les militaires.

Plus concrètement, le groupe essayait de développer une sorte de contre-culture, au moyen d’une sorte de fanzine, allant jusqu’à  tirer 12500 exemplaires. Le milieu était celui de Charlie Hebdo et de La gueule ouverte, ces journaux satiriques engagés dans ce qui était déjà l’esprit de la « décroissance », la CNT, les pacifistes, etc.

On est dans un ton très satirique – cynique, comme en témoigne cet exemple de dessin qu’on pouvait trouver.

Pour le ton, on ne sera guère étonné de voir cette idéologie localiste – décroissant – individualiste qui va du Larzac à Notre-Dame-des-Landes, avec toujours cette mystique de la petite production, de la communauté autogérée, etc.

Entre des appels anti-militaristes et des critiques du nucléaire, on peut par exemple trouver un article très révélateur sur… la recette du lait caillé, afin d’éviter d’avoir à acheter des yaourts industriels, dont l’emballage pollue.

On peut trouver les publications de ce groupe sur cette page ; voici un extrait plutôt intéressant (par rapport au reste!) et pouvant aider à comprendre le sens de cette approche.

Le groupe « Survivre et vivre » n’a jamais ainsi voulu assumer de gérer un quelconque changement : ainsi l’écologie était à la fois saluée, à la fois rejetée comme voulant ralentir la croissance et la gérer à long terme, et donc assumer de diriger l’Etat, ce à quoi le groupe, dans un esprit anarchiste, rejette.

Au final, cela a contribué plus qu’autre chose à renforcer le mouvement dit « désirant » des années 1970 (vivre selon ses désirs, etc. etc.), dans ce fameux esprit libéral-libertaire qui a suivi 1968, avec cet esprit de petites communautés hippies critiques de la “société technicienne”, une idéologie qu’on retrouvera par la suite ces quinze dernières années dans ces fameuses revues gratuites distribuées dans les magasins bios.

Linha de frente: Alerta

VEAN a pris l’excellente initiative de fournir le texte de la chanson “classique” du groupe brésilien Linha de frente: Alerta !

Linha de Frente – Alerta from Mamoru Yamamoto on Vimeo.

Combatendo frente a frente o inimigo
Usando todas forças para vencer
Je combats l’ennemi face à face
Utilisant toutes mes forces pour vaincre

O alastramento,degeneração,moralidade
O atentado ao pudor desenfreado
Contre la division, la décadence de la morale
Contre la tendance à l’agression sexuelle

Das ruinas ergue-se a fortaleza
Seguindo alerta
Criterioso
Frente a frente com o inimigo
La forteresse est en ruine
S’ensuit l’alerte
Opportune
Le face à face avec l’ennemi

Em lutas árduas
Pela busca reformatória
Da ética
Das ruinas erguem-se mais fortalezas
Dans de pénibles luttes
à la recherche pour une révolution
Morale
Monte sur les ruines des forteresses

Coragem, bravura
Contra
Os declinios morais
Atravésda mãos
Armadas ou não
Através da linguagem da educação

E esperança
Courage, courage
Contre
Le déclin moral
Par les mains
Armées ou non
A travers le langage de l’éducation
Foi
Et espoir

Purifica sua mente
Fortalece sua alma
Educa sua índole
Purifica sua mente
Purifie ton esprit
Renforce ta conscience
Éduque ta personnalité
Purifie ton esprit

Matendo-se livre do ciclo da ignorância
Com as mãos limpas do sangue inocente
Os gritos ecoam de todos os lados
En vue de te libérer du cycle de l’ignorance
Sans le sang des innocents sur les mains
Les cris font écho de tous les côtés

Ecoam os gritos
Vegan straight edge
Toi aussi fais écho de ces cris :
Vegan straight edge

Green Rage – Sea of blood

Voici de nouveau une traduction d’une chanson de Green Rage, intitulée Sea of blood – Mer de sang. Rappelons le encore une fois : cela date du début des années 1990…

On a d’ailleurs ici peut-être de résumé le plus clairement la philosophie hardline : puisque la violence contre les animaux est complète, alors il faut soulever une tempête de contre-violence, pour faire face et libérer les animaux et la Terre.

Utopique ? Peut-être, mais moralement juste. Et de toutes manières, vue l’offensive tout azimut contre la planète, c’est la seule alternative crédible, à défaut d’être peut-être réalisable en tant que tel. Encore que : comment prétendre que l’humanité pourrait triompher de Gaïa ? C’est impossible.

death cast upon them. their death, your commodity. tortured and enslaved in a world of inhumanity. condemned to a world of darkness.
la mort leur est imposée. leur mort, votre marchandise, torturé et esclavagisé dans un monde d’inhumanité. condamné à un monde de ténèbres.

a realm of cruelty and pain. incessant murder of victims. murderers, you wont go unblamed. a sea of blood arises. death becomes their reality. unkowingly bestowed upon them.
un royaume de cruauté et de douleur. assassinat incessant des victimes. meurtriers, vous ne resterez pas sans punitions. une mer de sang se lève. la mort devient leur réalité. les frappant anonymement.

a demonic destiny. slaves on a factory farm. deprived of their instinct. driven insane. slaughtered in the temple of death. disillusion of pain.
un destin démoniaque. esclaves dans une ferme-usine. privés de leur instinct. rendus fou. abattus dans le temple de la mort. la désillusion de la douleur.

a sea of blood arises. death becomes their reality. unknowingly bestowed upon them.
une mer de sang se lève. la mort devient leur réalité. les frappant par surprise.

a demonic destiny. condemned to a world of darkness. a realm of cruelty and pain. as the temple doors close. too terrified to take the last breath. the final end to their suffering.
un destin démoniaque. condamné à un monde de ténèbres. un royaume de cruauté et de douleur. alors que les portes du temple se ferment. trop terrifiés pour prendre le dernier souffle. le point final à leur souffrance.

their death. our insurrection is being established.
leur mort. notre insurrection est en train d’être établie.

a battle for the animals that are scorned. no longer can we let this conquered flesh be torn. to inflict this pain. you have no right.
une bataille pour les animaux qui sont méprisés. nous ne pouvons plus laisser cette chair conquise être déchirée. infliger cette douleur. vous n’avez aucun droit.

in defense of the sentiment. it’s a war that we will fight. we will win this war.
en défense du sentiment. c’est une guerre que nous ferons. nous gagnerons cette guerre.

“Déclaration de guerre”

Aujourd’hui, on sait à quel point la planète est attaquée. C’est une évidence, personne ne peut le nier. On ne peut qu’être frappé par conséquence de la justesse de la radicalité des gens qui, au début des années 1990, ont affirmé qu’il fallait assumer la bataille pour la planète.

Leur démarche était visionnaire, tout simplement. Bien entendu, il y avait une certaine naïveté, inévitablement quand des jeunes de 15-20 ans découvrent un nouvel horizon. Il n’en est pas moins vrai que leur démarche était authentique.

Voici un exemple avec le texte de la chanson « Declaration » de « Green Rage » (Rage verte), un groupe de musique américain parallèle aux « classiques » que furent Earth Crisis et Vegan Reich.

Ce texte date de 1993 et c’est justement marquant : plus de vingt ans après, il est d’autant plus évident que les enjeux réels étaient vus, qu’il avait été compris que tout devait changer, totalement, et qu’il fallait le dire, l’affirmer…

Notre mère la Terre a besoin de notre abnégation, pour la confrontation!

Here it is. our confrontation. to eradicate the evil.
Voilà. notre confrontation. pour éradiquer le mal.

a declaration. animals claimed to vivisection everyday. used and abused then euthanized. the earth stripped clean for its prized possesions.
une déclaration. des animaux exigés chaque jour par la vivisection. utilisés et maltraités puis euthanasiés. la terre dépouillée jusqu’au bout de ses possessions prisées.

for a brutal society filled with greed and deception.
pour une société brutale remplie de cupidité et de déception.

by any means necessary. we will attack. we will fight for them because they cant fight back. these are the truths that we hold dear.
par tous les moyens nécessaires. nous allons attaquer. nous allons nous battre pour eux, car ils ne peuvent pas répondre. ce sont les vérités qui nous sont chères.

lives may bew lost if you interfere. your change is crucial for our salvation. our future depends on your edification. join the side of justice. and you will be spared.
des vies peuvent êtres perdues si vous interférez. votre changement est crucial pour notre salut. notre avenir dépend de votre édification. rejoignez le camp de la justice. et vous serez épargnés.

to the demons of society. you will no longer be compared. declaration of war. injustice fuels the hate. your evil makes you weak. your evil is my strength.
aux démons de la société. vous ne pourrez plus comparer [au procès]. déclaration de guerre. l’injustice alimente la haine. votre mal vous rend faible. votre mal est ma force.

by devouring the death of the innocent to slavery you consent. straying from the natural law. you have no choice but to repent. all the sins that are destroying the earth and sentencing its creatures to die.
en dévorant la mort de l’innocent vous consentez à l’esclavage. vous écartant de la loi naturelle. vous n’avez pas d’autre choix que de vous repentir. De tous les péchés qui détruisent la terre et condamnent ses créatures à mourir.

for the senseless sadistic diet on which you rely. restricted by the ignorance of those all around. who encase their minds in toxins and drag us all to the ground. dealing out their poisons. making us blind to see.
du régime absurde et sadique sur lesquels vous vous fondez. limités par l’ignorance de tous ceux qui vous entourent. qui enferment les esprits dans les toxines et nous amènent tous à nous effondrer. vendant leurs poisons. nous rendant incapable de voir.

we are fighting as one team. a militant unity. this is my decree to make it well aware. against the worlds evil. it’s war that I declare
nous nous battons comme une seule équipe. une unité militante. c’est mon décret pour le rendre bien conscient. contre le mal du monde. c’est la guerre que je déclare.

On notera que par la suite, le groupe xDestroy Babylonx a repris cette chanson, en partie.

Le “jus de viande” “viandox”

Lorsque la viande est devenue une production industrielle, au fur et à mesure du 19ème siècle, il est apparu des entreprises proposant des « extraits » de viande. L’une d’elle, très connue, est la « Liebig’s Extract of Meat Company », fondée en 1865 en Angleterre.

Le Liebig en question est Justus Liebig, un chimiste allemand qui participe de plain-pied à l’agriculture nouvelle qui s’élance. Voici quelques publicités typiques du genre pour les « extraits de viande »…



Ces images sont frappantes d’irrationnel… Et c’est tout un arrière-plan.

Prenons par exemple le « bovril ». C’est un « extrait de boeuf » produit par Unilever, et l’origine du nom est tout un symbole. Si « bov » fait penser au bœuf, le terme « vril » fait référence à un roman de science-fiction où une race humanoïde supérieure utilise une énergie magique, appelé justement « vril ».

Le succès du roman d’Edward Bulwer-Lytton, « Vril, le pouvoir de la race à venir », fut énorme dans les milieux mystiques d’extrême-droite, et ceux jusqu’à aujourd’hui… On est dans la logique de la “viande” comme moyen de se dépasser physiquement…

On notera qu’Unilever possède, en plus de Bovril, également la « Marmite » (prononcer « marmaïte »), cette pâte à tartiner végétalienne très connue en Angleterre, et par ailleurs également inventée par Liebig, à partir de levures de bière.

Et Unilever possède aussi, par l’intermédiaire de Knorr, le fameux « Viandox ».

Il s’agit d’une sauce salée avec notamment des exhausteurs de goût (glutamate monosodique etc.) et justement de « l’extrait de viande ».

Voici les conseils « officiels » d’utilisation :

« Pour la cuisson des pâtes, du riz, des pommes de terre et des légumes : versez 2 cuillères à soupe d’assaisonnement Viandox dans l’eau de cuisson.
Pour vos soupes et vos plats de viande ou poisson, versez quelques gouttes d’assaisonnement Viandox pendant la cuisson ou directement dans l’assiette.
Pour une boisson chaude réconfortante : versez 2 cuillères à café d’assaisonnement Viandox dans 20 cl d’eau bouillante. »

Car le viandox, c’est un ancien « classique » du bistro, au point d’avoir été immortalisé dans une chanson de Renaud décrivant cette ambiance « blouson de cuir » :

« Un p’tit Rocky barjo
Le genre qui s’est gouré d’trottoir
Est v’nu jouer les Marlon Brando
Dans mon saloon
J’ai dit à Bob qu’avait fait tilt
Arrête j’ai peur c’est un blouson noir
J’veux pas d’histoires
Avec ce clown

Derrière ses pauv’ Raybane
J’vois pas ses yeux
Et ça m’énerve
Si ça s’trouve i’m regarde
Faut qu’il arrête sinon j’le crève
Non mais qu’est ce que c’est qu’ce mec
Qui vient user mon comptoir
L’a qu’à r’tourner chez les Grecs
Se faire voir

Avant qu’il ait bu son viandox
J’l’ai chopé contre l’juke-box
Et j’lui ai dit
Toi tu m’fous les glandes
Pis t’as rien à foutre dans mon monde
Arrache toi d’là t’es pas d’ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l’ombre »

Voici des images typiques de l’esprit « viandox », encore une fois assez terrible…






Tout cela relève de la logique du « pour avoir du muscle il faut manger du muscle » propre à l’idéologie de la viande. Et on peut être bien heureux que le viandox se soit totalement ringardisé, et même c’est un bon exemple à utiliser pour se moquer de tout cela !

Des tablettes de chocolat au sang

De tout temps, le sang et la viande ont été considérés comme des matières premières pour le traitement d’affections multiples.

La Bible dit « le Sang est la vie ». Maurice Bouvet, dans “Histoire de la pharmacie en France” montre le rôle fondamental qu’ont joué les médicaments d’origine animale ou humaine en médecine, avec un engouement particulier au début du XVIIe siècle : le sang humain, la momie, le sang de bouc, le sang de lièvre, font partie des produits énumérés par Jean de Renou.

L’intérêt pour ces produits s’atténue au XVIIIe siècle et le nombre des produits cités dans les formulaires et les pharmacopées, nous dit Maurice Bouvet, s’amenuise peu à peu. En réalité, certains produits issus du sang ou de la viande vont rester très populaire, ou le redevenir à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

C’est ainsi que les publicités pharmaceutiques vantent en 1905 les mérites de la « poudre de viande crue de Catillon », de « l’hémoglobine Deschiens », de « la poudre de bifteck Adrian » ou encore de « la poudre de viande de Trouette-Perret ».

En 1986, il existait encore, dans le Vidal, 228 spécialités d’origine bovine dont 128 ont disparu du Vidal 1996. Pratiquement toutes ont disparu aujourd’hui. (…)

Les spécialités pharmaceutiques à base de sang et de viande à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle

Le boeuf (Bos taurus) fait partie très tôt des produits pharmaceutiques : chair, os, moelle et bile (ou fiel) figurent au Codex de 1837.

La fin du XIXe siècle voit s’affronter, dans une concurrence parfois ouverte et agressive, différentes formes de médication issues de la viande ou du sang ; ce sont trois formes surtout qui retiennent l’attention (et qui vont persister au-delà de 1945) : les sucs et jus de viande, voire les extraits ; les peptones, qui résultent de l’action de la pepsine sur la viande ; l’hémoglobine et diverses compositions associées. (…)

En 1875, Duroy propose à son tour une spécialité à base « d’extrait minéral et organique de sang de boeuf » sous forme de pilules. Ce nouveau médicament remplace, selon lui, avec supériorité « les ferrugineux, les phosphates, le quinquina, la pepsine, l’huile de foie de morue, la viande crue, l’extrait de viande, etc. ».

Duroy développe toute une argumentation sur le boeuf, « le plus robuste et le plus sain » des animaux utilisés pour l’alimentation et dont le sang « est identique en tout point au sang humain ». (…)

La troisième approche pour utiliser le sang et ses dérivés va se concentrer autour de l’hémoglobine, découverte en 1864. Crinon développe une spécialité (cachets ou chocolats) dès 1876 à base d’hémoglobine, « qui remplace avantageusement les ferrugineux et la viande crue ».

Pour son auteur, c’est la préparation la plus ancienne de toutes celles qui sont présentées sous le nom d’hémoglobine et « elle a rencontré, depuis, de nombreux imitateurs ». Le produit est présenté sous forme de cachets et de tablettes de chocolat. Byla date également à 1876 l’utilisation de l’hémoglobine par Lebon qui présente à la Société de thérapeutique une préparation liquide contenant de l’hémoglobine en solution sucrée. (…)

Cette brève revue des médicaments à base de sang et de viande montre que le XIXe siècle et le début du XXe siècle ont été riches en utilisations médicales de ces matières premières d’origine animale. Le plasma musculaire sera à l’origine de la zomothérapie.

Les peptones et l’hémoglobine, découverte en 1864, seront également très utilisés. L’une des principales indications sera bien sûr l’anémie, mais aussi la tuberculose. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que cet usage va peu à peu disparaître au profit des antibiotiques. La plupart des médicaments dérivés du sang aujourd’hui sont fabriqués à partir du sang ou de plasma humain.”

(Revue d’histoire de la pharmacie: Quand le sang et la viande étaient des médicaments)

“On peut le remonter vivant et le saigner”

« On peut le remonter vivant et le saigner » : voici ce qu’on peut lire en 2014 sur la page « style » du journal Le Monde (lié à M le magazine du Monde), dans l’article « Du beau, du bon, de la BONITE » :

« Pour les marins marseillais, la différence est majeure : “Le bonitou, c’est pas terrible. Nous les pêcheurs, on ne le mange pas, confie Christian Guarino, qui pêche la bonite depuis plus de trente ans, au vallon des Auffes, à Marseille. Ce poisson-là est surtout bon à faire des pâtés.”

En revanche, le pêcheur raffole de pélamide, ou “palamide”, comme on dit chez lui. “C’est un poisson moins sanguinolent, la chair est rose clair, moelleuse et ferme à la fois, il survit plus longtemps dans les filets, donc on peut le remonter vivant et le saigner. Son goût est incomparable”, affirme celui qui vend ses prises sur le Vieux-Port et fournit des grands chefs comme Gérald Passédat (Le Petit Nice).

Le chef étoilé comme son pêcheur la préfèrent crue, tant sa texture est fine, fondante, soyeuse. L’un la prépare avec des zestes de bergamote et des légumes en julienne, l’autre avec un trait de jus de citron, un peu d’échalote ou un fruit exotique. »

Voilà une barbarie exemplaire de modernité. Car il ne s’agit nullement de nourriture, d’alimentation, mais bien de style, masqué derrière le « goût ». Et ce goût, ici, c’est celui du meurtre.

Voilà pourquoi justement les produits simili-carnés sont une honte : ils ont le goût du meurtre, même s’ils ne sont pas fondés sur le meurtre. C’est toute une culture qui est à refaire, et faire un fétiche d’un goût lié au meurtre, c’est inévitablement, un jour, y retourner.

Même si tout le monde mangeait des produits simili-carnés, un jour forcément un retour à « l’authentique » verrait le jour, et là fini le pseudo véganisme, tout cela rien qu’avec la question culturelle du goût.

Soit le véganisme est un nouveau goût, un saut de civilisation, soit il n’existe pas.

Pour en revenir à la question du goût, voici également ce que dit l’article du monde consacré au « style », et c’est très intéressant de par cet ignoble mélange d’ultra-modernité et de terroir, de « style » et d’irrationel magique :

« En Turquie, le lakerda est un mezze de bonite en saumure dont la recette remonte aux premières heures de l’Empire ottoman. Sur les marchés d’Istanbul, à la belle saison, les bonites (palamut, en turc) sont les trésors des étals. En direct du Bosphore, elles sont présentées avec les ouïes retournées, dont le rouge vif témoigne de leur fraîcheur.

Tandis qu’en Océanie, dans les îles Salomon, certaines populations vouent un véritable culte au beau poisson moiré. Ainsi, pour le peuple Owa d’Aorigi, la bonite est porteuse du mana sacré, une énergie vitale symbolisée par la brillance et l’iridescence. “La bonite a un statut très particulier dans l’archipel, explique l’anthropologue Sandra Revolon. Quand elle est en vie, sa peau est irisée ; une fois morte, c’est sa chair qui se pare de reflets arc-en-ciel. C’est un phénomène puissant à leurs yeux.”

Chez les Owa, une cérémonie d’initiation voit les jeunes garçons, futurs grands pêcheurs, se frotter avec les bonites, pour s’enduire de leurs cellules iridophores. “La bonite, ce n’est pas seulement une nourriture, conclut le chef Christian Qui. Elle ajoute du merveilleux, du magique dans l’assiette.” »

Magique et ancestral: voici ce que ces gens sont obligés d’inventer pour légitimer le crime. Tout cela relève de principes, de valeurs, de traditions. Peut-on aider les animaux si on ne connaît pas ces pfincipes, si on n’est pas capable de les vaincre ?
En 2014, ne doit-on pas être prêt à tout renverser pour en finir avec des propos aussi infâmes que : « on peut le remonter vivant et le saigner » ?

Du singe oisif et sans souci à l’homme anxieux et désaxé

Pas facile d’ancrer la reconnaissance de la Nature dans la culture: il faut avoir l’oeil, un oeil local, avec une vue prolongée. Voici un article portant sur une simple pancarte du Muséum d’Histoire Naturelle de Lille, qui est en fait lourde de signification…

L’article vient du site l’Amicale progressiste de Lille, qui a la même démarche d’ancrage dans la culture et l’histoire locales donc que Vegan Edge Antifa Nord (VEAN) et Nantes-Loire vegan straight edge (NALO).

Sur les quelques pancartes du Muséum d’Histoire Naturelle de Lille, on trouve une petite citation bien étrange. Elle est en bas de la pancarte intitulée « L’homme : une espèce animale pas tout à fait comme les autres ? » la conclusion suivante :

« Le processus par lequel le singe oisif et sans souci s’est transformé en homme anxieux et désaxé a reçu le nom d’évolution. » (d’après M. Price)

Une citation aussi cynique laisse une impression de décalage dans un musée dédiée à la science. Elle semble dénigrer l’être humain et également le processus d’évolution, ce qui est particulièrement curieux pour un Muséum d’Histoire Naturelle dont l’objectif premier est de montrer la théorie de l’évolution (des petites brochures sous forme de jeux expliquant la théorie de Darwin aux enfants sont d’ailleurs distribuées à l’entrée du musée).

Mais peut-être que la citation est sortie de son contexte, qu’elle traduit un cri du cœur écologiste, que son auteur est un scientifique méconnu qui avait développé toute une pensée autour de cette citation. Voyons ce qu’il en est.

Une première recherche sur l’auteur montre qu’en réalité il ne se nomme pas M. Price mais Roger Price. Cela peut paraître négligeable mais le Muséum d’Histoire Naturelle est censé être un lieu dédié à la science, un lieu où le savoir scientifique est célébré. Comment un musée qui n’est même pas capable d’écrire correctement l’auteur d’une citation peut-il être crédible ?

Mais ce n’est malheureusement pas tout ! En effet, Roger Price n’est pas du tout un scientifique. Roger Price était un humoriste américain, auteur de comédies, écrivain, dessinateur et éditeur. Le problème n’est pas tant que Roger Price ne soit pas un scientifique mais que le musée n’ait même pas pris la peine de préciser qui était cet homme. Cette pratique tient quasiment de la tromperie !

Voyons maintenant la signification de la citation. Elle est tirée d’un livre nommé Cerveau à sornettes, de l’évitisme en général et de ses rapports avec l’art de la traduction en particulier. Et la citation n’est pas entière, il manque la conclusion. La voici :

« Le processus par lequel le singe oisif et sans souci s’est transformé en homme anxieux et désaxé, a reçu le nom d’évolution. L’évolution est une imposture ! »

Même si la citation a été tronquée – pour ne garder que la partie la moins gênante pour un établissement scientifique – il est inadmissible qu’un muséum puisse mettre en avant de tels propos !

Car même si l’auteur se voulait caustique, il y a un sens profond derrière cette déclaration apparemment humoristique. Le livre Cerveau à sornettes par exemple est considérée par le Wikipédia anglophone comme la Bible de l’« évitisme » qui, pour faire simple, serait un mouvement qui consiste à tout éviter sauf manger, respirer et métaboliser.

L’idée est de ne surtout pas devenir quelqu’un, de ne surtout pas produire quoique soit et, par conséquent, de ne surtout pas connaître de succès. C’est donc une démarche totalement opposée à la science !

Comment faire avancer la science sans vouloir réaliser quelque chose ? Comment améliorer le monde, aider les animaux et vivre toujours plus en harmonie avec la nature en ne voulant surtout pas rencontrer de succès ? C’est impossible bien sûr.

Nous avions déjà parlé de son caractère morbide, de son absence de transmission de connaissance sur la nature, mais le Muséum d’Histoire Naturelle de Lille, en affichant cette citation, montre également que c’est un bien piètre transmetteur de la culture scientifique en général, qui ne fait preuve d’aucune rigueur.

“Vous avez détruit la beauté du monde!”

Aujourd’hui la chanteuse québecoise Diane Dufresne a 70 ans. Elle est bien connue en France, c’est une artiste “à l’ancienne” : entière, inspirée, pas toujours dans la réussite, mais avec l’exigence de contribuer à l’art. Même si c’est parfois idéaliste, cela parle… Comme sa très célèbre et belle chanson intitulée “L’hymne à la beauté du monde”.

Voici les paroles:

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas la beauté du monde

Ne tuons pas la beauté du monde
Chaque fleur, chaque arbre que l´on tue
Revient nous tuer à son tour

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas le chant des oiseaux
Ne tuons pas le bleu du jour

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas la beauté du monde

Ne tuons pas la beauté du monde
La dernière chance de la terre
C´est maintenant qu´elle se joue

Ne tuons pas la beauté du monde
Faisons de la terre un grand jardin
Pour ceux qui viendront après nous
Après nous

Ne tuons pas la beauté du monde
La dernière chance de la terre
C´est maintenant qu´elle se joue

Ne tuons pas la beauté du monde
Faisons de la terre un grand jardin
Pour ceux qui viendront après nous
Après nous

En fait cette chanson a une dimension terrible. Elle n’est qu’une partie d’une chanson plus longue composée par Luc Plamondon, à l’origine notamment du fameux “Starmania”, et qui s’appelle “Le monde est fou”.

Elle a été chantée par Renée Claude, et la voici, avec les paroles aussi. Mais l’inspiration pour cette chanson a un arrière-plan historique ô combien parlant, et encore plus tellement d’années après où les choses ont empiré.

Le 4 juin 1972, la poétesse Huguette Gaulin s’asseoit à Montréal, sur la place Jacques Cartier, juste en face de la mairie. Elle s’arrose d’essence et s’immole, ses dernières paroles étant une accusation terrible: “Vous avez détruit la beauté du monde!”

Le monde est fou
On s’en va où?
On s’en va où?
On s’en va où?

J’ai mal aux pieds
Dans mes souliers
J’ai trop marché
Sur le ciment

Déshabill’-moi, libère-moi, emmène-moi
Déshabill’-moi, libère-moi, emmène-moi
Courir nue dans les champs

J’ai mal aux yeux
Je n’vois plus rien
L’soleil est loin
Donn’-moi la main

Emmène-moi au fond des bois ou n’importe où
J’ai l’impression d’être arrivée au bout de tout

Le monde est fou
On s’en va où?
On s’en va où?
On s’en va où?

J’ai mal au coeur
J’ai l’mal de terre
J’ai besoin d’eau
J’ai besoin d’air

Déshabill’-moi, libère-moi, emmène-moi
Déshabill’-moi, libère-moi, emmène-moi
Au milieu de la mer

J’ai mal à moi, j’ai mal à toi, j’ai mal à vous
J’ai mal à moi, j’ai mal à toi, j’ai mal à vous

Arrêtons-nous, arrêtons-nous!
Arrêtons-nous, arrêtons-nous!

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas la beauté du monde

Ne tuons pas la beauté du monde
Chaque fleur, chaque arbre que l’on tue
Revient nous tuer à son tour

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas le chant des oiseaux
Ne tuons pas le bleu du jour

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas la beauté du monde

Ne tuons pas la beauté du monde
La dernière chance de la terre
C’est maintenant qu’elle se joue

Ne tuons pas la beauté du monde
Faisons de la terre un grand jardin
Pour ceux qui viendront après nous
Après nous…

Maurice de Guérin et le centaure

Aujourd’hui a lieu un pique-nique pour marquer le coup suite à l’opération de destruction du Testet…

En hommage à ce patrimoine culturel et naturel qu’était la zone humide du Testet et toutes les espèces qu’elle abritait, nous invitons tous les participants au désormais traditionnel pique-nique du dimanche à apporter des croix avec comme inscription “Patrimoine tarnais 2014” et/ou des linceuls (draps blancs). Pour venir, voir le plan ici.

Et comme la journée s’y prête, rappellons les mots de Maurice de Guérin (poète des forêts autour de son Cayla natal, tout proche de Sivens) :

« J’habite avec les éléments intérieurs des choses, je remonte les rayons des étoiles et le courant des fleuves jusqu’au sein des mystères de leur génération. Je suis admis par la Nature au plus retiré de ces divines demeures, au point de départ de la vie universelle; là je surprends la cause du mouvement et j’entends le
premier chant des êtres dans toute sa fraîcheur » (décembre 1834)

Détruire la zone humide du Testet, détruire la nature de Maurice de Guérin est un symbole fort. C’est faire insulte au Patrimoine culturel Tarnais et ne pas être digne de le représenter devant l’histoire.

Il est vraiment intéressant de relier Nature et culture: en France, c’est rompre avec toute l’idéologie dominante. Et c’est redécouvrir une culture totalement différente de celle qui est imposée, car au service des valeurs dominantes…

Voici un extrait d’un poème de Maurice de Guérin, intitulé Le centaure. Le poète y célèbre la vie à travers un centaure philosophant sur la Nature, et passant lui-même de la jeunesse à la vieillesse.

Je me délassais souvent de mes journées dans le lit des fleuves. Une moitié de moi-même, cachée dans les eaux, s’agitait pour les surmonter, tandis que l’autre s’élevait tranquille et que je portais mes bras oisifs bien au-dessus des flots.

Je m’oubliais ainsi au milieu des ondes, cédant aux entraînements de leur cours qui m’emmenait au loin et conduisait leur hôte sauvage à tous les charmes des rivages. Combien de fois, surpris par la nuit, j’ai suivi les courants sous les ombres qui se répandaient, déposant jusque dans le fond des vallées l’influence nocturne des dieux !

Ma vie fougueuse se tempérait alors au point de ne laisser plus qu’un léger sentiment, de mon existence répandu par tout mon être avec une égale mesure, comme, dans les eaux où je nageais, les lueurs de la déesse qui parcourt les nuits.

Mélampe, ma vieillesse regrette les fleuves ; paisibles la plupart et monotones, ils suivent leur destinée avec plus de calme que les centaures, et une sagesse plus bienfaisante que celle des hommes. Quand je sortais de leur sein, j’étais suivi de leurs dons qui m’accompagnaient des jours entiers et ne se retiraient qu’avec lenteur, à la manière des parfums.

Une inconstance sauvage et aveugle disposait de mes pas. Au milieu des courses les plus violentes, il m’arrivait de rompre subitement mon galop, comme si un abîme se fût rencontré à mes pieds, ou bien un dieu debout devant moi.

Ces immobilités soudaines me laissaient ressentir ma vie tout émue par les emportements où j’étais. Autrefois j’ai coupé dans les forêts des rameaux qu’en courant j’élevais par-dessus ma tête ; la vitesse de la course suspendait la mobilité du feuillage qui ne rendait plus qu’un frémissement léger ; mais au moindre repos le vent et l’agitation rentraient dans le rameau, qui reprenait le cours de ses murmures.

Ainsi ma vie, à l’interruption subite des carrières impétueuses que je fournissais à travers ces vallées, frémissait dans tout mon sein. Je l’entendais courir en bouillonnant et rouler le feu qu’elle avait pris dans l’espace ardemment franchi. (…)

Mes regards couraient librement et gagnaient les points les plus éloignés. Comme des rivages toujours humides, le cours des montagnes du couchant demeurait empreint de lueurs mal essuyées par les ombres. Là survivaient, dans les clartés pâles, des sommets nus et purs. Là je voyais descendre tantôt le dieu Pan, toujours solitaire, tantôt le chœur des divinités secrètes, ou passer quelque nymphe des montagnes enivrée par la nuit.

Quelquefois les aigles du mont Olympe traversaient le haut du ciel et s’évanouissaient dans les constellations reculées ou sous les bois inspirés. L’esprit des dieux, venant à s’agiter, troublait soudainement le calme des vieux chênes. (…)

Pour moi, ô Mélampe ! je décline dans la vieillesse, calme comme le coucher des constellations. Je garde encore assez de hardiesse pour gagner le haut des rochers où je m’attarde, soit à considérer les nuages sauvages et inquiets, soit à voir venir de l’horizon les hyades pluvieuses, les pléiades ou le grand Orion ; mais je reconnais que je me réduis et me perds rapidement comme une neige flottant sur les eaux, et que prochainement j’irai me mêler aux fleuves qui coulent dans le vaste sein de la terre.

Des photos pétillantes de chiens dans Underwater Dogs

Lorsque l’on veut faire un cadeau éthique, il est souvent difficile de trouver un cadeau vegan et original. Offrir un roman, un livre d’arts, un livre sur la faune et/ou la flore peut être une très bonne idée, surtout que le choix est large !

En 2007, un homme passionné par les chiens, Seth Casteel (sa page Facebook) faisait de la photographie bénévole afin d’aider les chiens des refuges à trouver un foyer.

Il pense, à juste titre, que la beauté des animaux des refuges n’est pas mise en avant, ce qui ne pousse pas aux adoptions.

Suite aux clichés talentueux de cet homme engagé, le nombre d’adoptions a augmenté et Seth Casteel a commencé une carrière de photographe animalier.

Mais ce ne fût qu’en 2010 que commença cette découverte pour les photos sous l’eau, et ce fût aussi grâce au chien nommé Buster qui devait initialement se faire photographier sur le sol, mais Buster s’obstinait à aller chercher sa balle dans la piscine, ce qui donna l’idée à Seth Casteel de prendre des portraits sous-marins.

C’est ainsi qu’il travaille en collaboration avec des dizaines d’éditeurs et présente ses œuvres dans des galeries du monde entier, qu’il publie dans les revues et journaux célèbres telles le National Geographic, le New York Times et aussi dans des centaines d’autres magazines, de journaux et de calendriers.

C’est en 2012 qu’est sorti son fameux livre « Underwater Dogs » (des chiens sous l’eau), s’en est suivi un calendrier. Un nouvel exemplaire du livre sortira dans quelques jours : « Underwater puppies » (des chiots sous l’eau). Le calendrier avec les chiots est prévu pour début octobre. Ces articles sont trouvables en ligne sur Amazon par exemple.

Pour réaliser ce travail, Seth Casteel a dû travailler pour que les chiens se sentent en sécurité, et afin qu’ils ne jouent plus seulement à la surface de l’eau mais qu’ils aillent aussi sous l’eau, et plus de 1500 chiots à mettre en confiance et leur apprendre à nager était une tâche longue et ardue demandant une grande patience et respect pour les chiens.

Et le résultat est très étonnant, offrant ainsi une palette de portraits amusants, déconcertants, surprenants. Entre le mouvement de l’eau, les bulles, la vitesse des mouvements, les visages paraissent étrangers, totalement inconnus. C’est une démarche intéressante et surtout très originale pour mettre en avant les chiens sous un jour totalement méconnu !

En parallèle de son métier de photographe, Seth Casteel organise des ateliers pédagogiques dans les refuges et collabore avec d’autres organisations afin de donner une image positive aux animaux des refuges qui attendent de trouver un foyer. C’est ainsi qu’avec sa campagne One Picture Saves a Life il tente d’informer, de responsabiliser et d’améliorer l’image des animaux de sauvetage qui ont été blessés par la trahison.

L’engagement de cet homme est une démarche à suivre, prendre part pour les animaux est facile, devenir leur voix est à la portée de tout le monde. Chacun et chacune peut s’engager selon ses compétences et ses possibilités.

Ces livres de chiens dans une piscine sont aussi une excellente occasion de rappeler que les piscines peuvent être mortelles. Ne jamais laisser un enfant, une personne âgée, un animal sans surveillance autour d’une piscine. Installer aussi, par exemple, une rampe de sécurité, (bâcher la piscine lorsqu’elle n’est pas utilisée) est indispensable si un animal sauvage (un hérisson par exemple) tombe dans l’eau et que les lieux ne sont pas sous surveillance.

Il ne faut jamais perdre de vue que l’humanité n’est pas la seule forme de vie sur la planète. C’est le principe que signifie “la Terre d’abord!”.

Les Bishnois

Nous avions déjà parlé un peu des Bishnoïs, et ces communautés rurales indiennes sont relativement connus chez les personnes aimant les animaux, de par leur sens de la compassion. Leur religion est en effet éloignée en théorie du jaïnisme et du bouddhisme, mais proches en pratique.

Une image d’Epinal, pour ainsi dire, est la femme bishnoï allaitant un faon ayant perdu sa mère. Une autre est le sacrifice historique de bishnoïs afin de protéger des arbres.

Bien entendu, tout cela n’est pas sans rapport avec les conditions géographiques du nord ouest de l’Inde, qui sont désertiques. Pour autant cela reste très intéressant, même si c’est bien sûr à prendre dans un sens historique.

Si auparavant, il était très difficile d’apprendre des choses sur les Bishnoïs, désormais il existe une association organisant des voyages guidés, et leur site présente également leur histoire.

Cela vaut le coup d’oeil et il s’agit de quelque chose que certainement beaucoup de monde attendait depuis longtemps.

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre ici à du véganisme, plus à une fascination mêlant religiosité pacifiste et regard ethnique-foklorique. Reste qu’il y a des appels à l’engagement pour la protection de la nature et des animaux, et que c’est très appréciable !

Voici un article au sujet des Bishnoïs que nous avions publié en 2007, alors sur le site Vegan Revolution, ancêtre de LTD:

Il existe en Inde, dans l’Etat du Rajasthan, une communauté pratiquant végétarisme et respect strict envers les végétaux et les animaux. Les membres de cette communauté, qui fût créée par Jambeshwar Bhagavan au 15ème siècle, se nomment les Bishnoïs.

Tout comme les Jaïns, également présents au Rajasthan principalement, les Bishnoïs préservent toute forme de vie et ont une conscience écologique avancée.

Outre le végétarisme de la communauté, les femmes Bishnoïs sont connues pour allaiter au sein de jeunes antilopes – très présentes dans la région – et luttent activement contre le massacre de leurs arbres.

En effet, les corps de leurs semblables sont enterrés afin de ne pas couper d’arbres pour la crémation (les Bishnoïs étant Hindous, la coutume veut qu’un cadavre soit incinéré) et les Bishnoïs s’entourent aux arbres afin d’empêcher leur abattage, sacrifiant ainsi leur vie pour tentrer de contrer la déforestation (au 18ème siècle, le maharaja Ajit Singh ordonna la découpe d’arbres dans les villages alentours.
Amrita Devi, entre autres, s’interposa et plus de 360 personnes périrent pour avoir voulu sauver la vie de ces arbres).

Voici les 29 règles observées par les Bishnois :

1° Observer une mise à l’écart de la mère et du nouveau-né pendant trente jours après l’accouchement (pour éviter des infections et à cause de l’éventuelle fatigue de la mère).
2° Ecarter la femme de toute activité pendant 5 jours lors du début de ses règles (pour ne pas la fatiguer et respecter une certaine hygiène).
3° Tôt, chaque matin, prendre un bain.
4° Maintenir la propreté externe du corps et interne de l’esprit (par un comportement et des sentiments humbles, sans animosité, etc.)
5° Méditer deux fois par jour, en matinée et en soirée, lorsque la nuit est encore séparée du jour.
6° Chanter la gloire du seigneur et exposer ses vertus chaque soirée.
7° Offrir l’oblation quotidienne au feu saint avec un coeur rempli de sentiments de bien-être pour tout être vivant, d’amour pour la nature et le monde entier et de dévotion au seigneur.
8° Employer l’eau filtrée, le lait et le bois de chauffage soigneusement nettoyé (pour éviter que des insectes soient tués ou brûlés).
9° Etre attentif et conscient de ses paroles.
10° Pardonner naturellement.
11° Être compatissant.
12° Ne pas voler.
13° Ne pas dénigrer, déprécier derrière le dos, quelqu’un.
14° Ne pas mentir.
15° Ne pas se livrer à l’opprobre.
16° Rapidement observer et méditer la nuit sur la nouvelle lune.
17° Réciter le nom de saint de Vishnou.
18° Être compatissant envers tous les êtres vivants.
19° Ne pas détruire les arbres verts (c’est-à-dire non morts).
20° Tuer les passions de convoitises, d’irritation, d’envie, d’avarice et d’attachement.
21° Se permettre de cuisiner soi-même, ou par un fidèle d’une autre religion, en étant pur de par le coeur et le travail.
22° Fournir un abri commun (Thhat) pour les chèvres et les moutons afin de leur éviter l’abattoir.
23° Ne pas castrer le taureau.
24° Ne pas consommer ou cultiver de l’opium.
25° Ne pas consommer ou cultiver du tabac et ses dérivés.
26° Ne pas consommer ou cultiver du cannabis.
27° Ne pas boire de boisson alcoolisée.
28° Ne pas manger de plats de viande ou non-végétariens (afin de protéger les animaux).
29° Ne pas utiliser de vêtements teints en bleu (en Inde antique, cette couleur était obtenue grâce à un arbre sauvage, l’indigo, et c’est aussi la couleur de la mort).

Parallèlement aux Bishnoïs, le mouvement Chipko, qui débuta vers 1973 en Uttaranchal, s’est également sérieusement opposé à l’exploitation de leur forêt.

Majoritairement menés par des femmes les membres du mouvement Chipko s’agrippent fermement, pareillement aux Bishnoïs, aux arbres qu’ils veulent protéger.

“Horses latitude” des Doors

Au nord et au sud de l’Équateur, entre les latitudes 30 et 35 degrés de chaque hémisphère, il existe une zone appelée région des calmes subtropicaux. Il y a très peu de vent, en raison des anticyclones, et un grand ensoleillement ; on l’appelle également pour cette raison historiquement « Latitudes des chevaux ».

En effet, les bateaux espagnols s’y retrouvaient parfois coincés, à l’époque des bateaux à voile. Par conséquent, en raison du manque d’eau, ils sacrifiaient les chevaux, les jetant par-dessus bord…

Le chanteur des Doors, Jim Morrison, avait écrit dans sa jeunesse un poème à ce sujet, qu’il récite dans une chanson appelée « Horses latitude » et qu’on trouve sur l’album « Strange Days ».

L’armure dont il est parlé au début fait allusion à celle utilisée par les conquistadors. Les bateaux amenaient en effet les chevaux depuis l’Europe vers l’Amérique, il s’agissait de véritables transports d’animaux, utilisés ensuite pour la colonisation…

Bien entendu, la musique allant avec le poème tente d’imprégner de cette terrible atmosphère.

En voici les paroles :

When the still sea conspires an armor
And her sullen and aborted
Currents breed tiny monsters
True sailing is dead
Quand la mer silencieuse conspire une armure
Et ses maussades et abandonnés
Courants donnent naissance à de petits monstres
Le véritable voyage en voilier est mort

Awkward instant
And the first animal is jettisoned
Legs furiously pumping
Their stiff green gallop
And heads bob up
Instant malaisé
Et le premier animal est largué
Les jambes furieusement battant
Leur galop vert pénible
Et leurs têtes se redressant par à coups

Poise
Delicate
Pause
Consent
Maintien
Délicat
Pause
Consentement

In mute nostril agony
Carefully refined
And sealed over
Narine en sourdine agonie
raffinée avec précaution
Et scellée

“Il lisait dans les regards des bêtes, il lisait une âme comme la sienne”

Ecrivain du début du 20ème siècle, Romain Rolland a notamment écrit “Jean-Christophe”, un roman-fleuve en 10 volumes. Dans “Le buisson ardent”, on retrouve un point de vue très commun: celui de la personne qui aimerait avoir de la compassion, mais qui a comme vision du monde une Nature statique qui serait uniquement violence répétée.

En fait, cette conception erronée de la Nature ne fait que refléter le point de vue dominant, celui de la concurrence généralisée. Et elle paralyse toute tentative de compassion… Tout comme elle amène à se désocialiser des gens choisissant la compassion, mais ayant encore la conception erronée de ce qu’est réellement la Nature.

“Ces pensées, dans la vie ordinaire, restaient ensevelies au fond du cœur de Christophe. Il ne voulait pas y songer. A quoi bon? Qu’y pouvait-il? Il lui fallait être Christophe, il lui fallait accomplir son oeuvre, vivre à tout prix, vivre aux dépens des plus faibles… Ce n’était pas lui qui avait fait l’univers… N’y pensons pas, n’y pensons pas !…

Mais après que le malheur l’eut précipité, lui aussi, dans les rangs des vaincus, il fallut bien qu’il y pensât! Naguère, il avait blâmé Olivier, qui s’enfonçait dans l’inutile remords et la compassion vaine pour les malheurs que les hommes souffrent et font souffrir.

Il allait- Plus loin que lui, à présent, avec l’em­portement de sa puissante nature, il pénétrait jusqu’au fond de la tragédie de l’univers; il souffrait de toutes les souffrances du monde, il était comme un écorché. Il ne pouvait plus songer aux animaux sans un frémissement d’angoisse.

Il lisait dans les regards des bêtes, il lisait une âme comme la sienne, une âme qui ne pouvait pas parler; mais les yeux criaient pour elle :
— Que vous ai-je fait? Pourquoi me faites-vous mal?

Le spectacle le plus banal, qu’il avait vu cent fois. — un petit veau qui se lamentait, enfermé dans une caisse à claires-voies; ses gros yeux noirs saillants, dont le blanc est bleuâtre, ses pau­pières roses, ses cils blancs, ses touffes blanches frisées sur le front, son museau violet, ses genoux cagneux; — un agneau qu’un paysan emportait par les quatre pattes liées ensemble, la tête pendante, tâchant de se relever, gémissant comme un enfant, et bêlant et tendant sa langue grise; — des poules empilées dans un panier; — au loin, les hurlements d’un cochon qu’on saignait; — sur la table de cuisine, un poisson que l’on vide…

Il ne pouvait plus le supporter.

Les tortures sans nom que l’homme inflige à ces innocents lui étreignaient le coeur. Prêtez à l’animal une lueur de raison, imaginez le rêve affreux qu’est le monde pour lui : ces hommes indifférents, aveugles et sourds qui l’égorgent, l’éventrent, le tronçonnent, le cuisent vivant, s’amusent de ses contorsions de douleur.

Est-il rien de plus atroce parmi les cannibales d’Afrique? La souffrance des ani­maux a quelque chose de plus intolérable encore pour une conscience libre que la souffrance des hommes. Car, celle-ci du moins, il est admis qu’elle est un mal et que qui la cause est criminel. Mais des milliers de bêtes sont massacrées inutile­ment, chaque jour, sans l’ombre d’un remords. Qui y ferait allusion se rendrait ridicule. — Et cela, c’est le crime irrémis­sible.

A lui seul, il justifie tout ce que l’homme pourra souffrir. Il crie vengeance contre le genre humain. Si Dieu existe et le tolère, il crie vengeance contre Dieu. S’il existe un Dieu bon, la plus humble des âmes vivantes doit être sauvée. Si Dieu n’est bon que pour les plus forts, s’il n’y a pas de justice pour les misérables, pour les êtres inférieurs offerts en sacrifice à l’humanité, il n’y a pas de bonté, il n’y a pas de justice…

Hélas! Les carnages accomplis par l’homme sont, eux-mêmes, si peu de chose dans la tuerie de l’univers ! Les animaux s’entre-dévorent. Les plantes paisibles, les arbres muets sont entre eux des bêtes féroces. Sérénité des forêts, lieu commun de rhéto­rique pour les littérateurs qui ne connaissent la nature qu’au travers de leurs livres !…

Dans la forêt toute proche, à quelques pas de la maison, se livraient des luttes effrayantes. Les hêtres assassins se jetaient sur les sapins au beau corps rosé, enlaçaient leur taille svelte de colonnes antiques, les étouffaient.

Ils se ruaient sur les chênes, ils les brisaient, ils s’en forgeaient des béquilles. Les hêtres Briarées aux cent bras, dix arbres dans un arbre! Ils faisaient la mort autour d’eux. Et quand, faute d’enne­mis, ils se rencontraient ensemble, ils se mêlaient avec rage, se perçant, se soudant, se tordant, comme des monstres antédi­luviens.

Plus bas, dans la forêt, les acacias, partis de la lisière, étaient entrés dans la place, attaquaient la sapinière, étreignaient et griffaient les racines de l’ennemi, les empoisonnaient de leurs sécrétions. Lutte à mort, où le vainqueur s’emparait à la fois de la place et des dépouilles du vaincu.

Alors, les petits monstres achevaient l’oeuvre des grands. Les champignons, venus entre les racines, suçaient l’arbre malade, qui se vidait peu à peu. Les fourmis noires broyaient le bois qui pourrissait. Des millions d’insectes invisibles rongeaient, perforaient, réduisaient en poussière ce qui avait été la vie…

Et le silence de ces combats!… O paix de la nature, masque tragique qui recouvre le visage douloureux et cruel de la Vie!”

On passe ainsi de l’éloge de la compassion au social-darwinisme où la Nature consisterait en une bataille mortelle ininterrompue et cruelle…

La planète des singes, de Pierre Boulle

[Voici un article publié sur l’ancêtre de LTD, à savoir VeganRevolution. L’article date vraisemblablement de 2006.]

La Planète des singes, c’est un roman à des années-lumière du véganisme et une série de films très intéressants du point de vue du rapport entre les êtres humains et les animaux.

Initialement la Planète des singes est une nouvelle (et non pas un “roman”) du français Pierre Boulle, publié en 1963. Cette oeuvre profondément réactionnaire décrit une population humaine devenue fainéante et décadente, chassée au fur et à mesure par les singes esclaves, qui ne disposent naturellement dans la nouvelle d’aucune intelligence, leur seule faculté étant de “singer” les humains, de reproduire les actes des humains (les singes sont donc incapables de développer une quelconque technologie).

Il va de soi que, si l’on y réfléchit sérieusement, les singes représentent dans cette nouvelle les populations “arriérées” et “barbares” du tiers-monde qui viennent voler les places toutes chaudes des occidentaux devenus “mous” en raison de la “société de consommation”.

La série des films, à l’opposé de la nouvelle de Pierre Boulle, pose des remises en question essentielles, que 30 ans après on comprend largement plus qu’à l’époque.

Ainsi, dans le premier film, La Planète des singes sorti en 1968, est un véritable réquisitoire contre la folie humaine. Les astronautes américains débarqués sur la planète comprennent qu’il s’agit de la planète Terre, que les humains ont fait sauter avec les bombes nucléaires.

Les humains retournés à l’âge de pierre sont les esclaves des singes qui, ayant évolué, possèdent un début de civilisation dont la religion enseigne de se méfier de l’humain, qui “tue son frère par avidité et détruit tout ce qu’il touche”.

Allusion à l’esclavage et à la querelle religieuse de l’Europe féodale pour savoir si les “Indiens” d’Amérique ont une âme ou pas, les Rouleaux sacrés des singes expliquent que « Les hommes n’ont pas d’âme » et que « Le Tout Puissant a créé le singe à son image .

Dans Le Secret de la Planète des singes (1970), on s’aperçoit que des humains ont survécu tout en mutant horriblement, et la planète saute de nouveau avec la bombe atomique. Mais juste avant quelques singes se sont enfuis et se retrouvent dans le passé, chose racontée dans Les évadés de la Planète des singes (1971). La CIA entend naturellement stériliser les deux singes afin d’éviter la future domination des singes, mais le bébé est échangé avec celui d’un cirque, les deux singes étant assassinés.

La suite est racontée dans La Conquête de la Planète des singes (1972), où 20 ans après, alors qu’un virus a tué les chiens et les chats et où les chimpanzés, gorilles et orangs-outangs sont devenus esclaves des humains, ceux-ci se révoltent sous la conduite de l’enfant des singes venus du futur.

Enfin, dans La Bataille de la Planète des singes (1973), après moult péripéties, humains et singes fondent ensemble une nouvelle civilisation, côte à côte.

Le remake de Tim Burton, de 2001, est par contre une nullité sans nom, admirablement bien fait mais au contenu absolument nul et proche du néant du point de vue du questionnement du rapport entre l’être humain et l’animal. Un film à grand spectacle de plus, sans aucun intérêt par rapport à la série des “Planètes des singes”, qui bien que kitsch conservent une signification certaine à l’heure où l’être humain détruit la planète et asservit plus que jamais les animaux.

Le film de Tim Burton reprend en plus l’idée déjà présente dans la nouvelle de Pierre Boulle, à savoir la fascination (amoureuse) de la singe Zira, une scientifique, pour le héros humain. L’être humain reste ainsi, en définitive, un idéal de beauté, une forme “supérieure” naturellement fascinante pour les autres espèces.

C’est-à-dire qu’on en revient inlassablement à la conception religieuse de l’être humain fait à l’image de Dieu et disposant comme il l’entend de la nature et des êtres vivants.

“Labour lied Barry died”

Voici les paroles de “Labour Lied, Barry Died” (Les socialistes ont menti, Barry est mort), du groupe Active slaughter, un “classique” du mouvement anglais pour les animaux, à la suite de la mort de Barry Horne.

Barry was giving 18 years by a government full of shit
The judge said he’s a danger to us all, you are the danger you worthless prick
Laying in the prison cell, thinking what to do next
He can’t give up, he won’t give up. You know he’s gonna do his best.
He’s gonna expose the lies, expose the fraud of labours pre election pledge.
They said they would hold a royal commission,
on this barbaric evil worthless vivisection.
Did they keep their pledge? did they fuck.
So Barry was gonna try his luck.
Barry un gouvernement plein de merde lui a donné 18 ans
Le juge a dit qu’il était un danger pour nous tous, c’est toi le danger tête de noeud
Placé en prison, se demandant désormais quoi faire
Il ne peut pas abandonner, il n’abandonnera pas. On sait qu’il fera de son mieux.
Il va montrer les mensonges, prouver la trahison de la promesse pré-electorale des socialistes.
Ils ont dit qu’ils tiendraient une commission royale
au sujet de ce mal barbare et sans intérêt qu’est la vivisection.
Ont-ils tenu leur promesse? Pas un instant
Alors Barry a tenté de faire différent.

Labour lied, Barry died
He’s still with us and by our side.
We won’t give up, we won’t give in.
In the end we shall win
Les socialistes ont menti, Barry est mort.
Il est toujours avec nous à nos côtés
Nous n’abandonnerons pas plus que nous ne capitulerons
A la fin nous vaincrons.

A hunger strike for 35 days & the government agreed to talk.
A light was seen, but then it went out. Typical of labour to talk not walk
Hunger strike back on, this time for 46 days
again he got nowhere, just more issues to be raised
He knows he’s got our support and praise
Another hunger strike followed this,
this time he won’t be treated like piss.
A strike until the end this time is best
to force labour to hounour their pre election pledge
Une grève de la faim de 35 jours & le gouvernement accepta de discuter.
On voyait une lumière, mais elle a disparu. Typique des socialistes de parler mais de ne rien faire
La grève de la faim reprit, cette fois pour 46 jours
Encore une fois pour rien, juste quelques thèmes mis en avant de plus
Il sait qu’il a notre soutien et nos encouragements
Une nouvelle grève de la faim s’ensuivit
Cette fois on le ne traitera pas comme de la merde.
Une grève jusqu’à la fin cette fois c’est le meilleur
pour forcer les socialistes à honorer leur promesse électorale.

Another 60 Days went on but nothing got done
apart from the ALF around the land liberating and having their fun
The media kicked him down, went in for the kill
said he was bluffing, wouldn’t go through with it.
I hope they sold a few papers and got their thrill
In the end Barry died in prison
Now there’s going to be complete anarchism.
We won’t forget Barry Horne
WE WILL LIBERATE WE HAVE SWORN
Encore 60 jours mais rien n’est fait
si ce n’est l’ALF partout dans le pays qui libère et ne cesse d’agir à sa guise
Les médias l’ont rabaissé, s’y mirent pour qu’il meurt
dirent qu’il bluffait, qu’il n’irait pas au bout.
J’espère qu’ils ont vendu quelques journaux et ont eu leur plaisir
A la fin Barry est mort en prison.
Maintenant cela sera désormais l’anarchisme complet.
Nous n’oublierons pas Barry Horne. Nous libérerons, nous l’avons promis.

Des dents de la mer à l’invasion des rats : la propagande pour la domination

[Voici un article publié sur l’ancêtre de LTD, à savoir VeganRevolution. L’article date de juillet 2005.]

Dans le dernier Canard enchaîné du mois de juin 2005 on peut lire un entrefilet symptômatique de la logique de la société de consommation :

“Ca laisse rongeur

Patron de la fiction sur TF1, Takis Candilis prépare l’arrivée de téléfilms-catastrophes (“Le Point”, 23/6): “Imaginez des millions de rats qui envahissent Paris après une grève des éboueurs…

Pour le besoin de ce tournage, nous élevons en ce moment 450 rats à Fontainebleau. Des gros rats de la taille de petits chiens.”

Il va faire fuire la ménagère de moins de 50 ans!

Séparer abstraitement les humains des animaux, voilà l’idéologie de ces films. Dans une vision très religieuse, les animaux seraient “sauvages”, auraient des comportements “absurdes”, et seraient naturellement “agressifs”.

Il est intéressant de voir que les animaux qui sont le plus victimes de cet ostracisme sont des animaux concurrencant la gente masculine dans la “virilité”. King Kong est le symbole du grand singe plus costaud que les humains masculins et on est en plein fantasme de se faire “voler” “sa” femme par “plus viril que soi”.

Le requin est le symbole de la force brute, de la guerre; le rat lui est le symbole de la sensualité et de la sexualité, il glisse partout, il se reproduit. Il est d’ailleurs invisible et cela sera prétexte aux nazis pour assimiler les personnes d’origine juive aux rats, propagande encore actuelle. On retrouve également l’assimilation fantasmatique classique aux pieuvres envahissantes, vampires suceurs de sang, etc.

Et naturellement aux araignées, qui forment un grand classique. De tous les animaux, les insectes sont la plupart du temps considérés comme les plus “immondes” (comme dans Indiana Jones n°2 par exemple, dans le premier on aura eu les serpents, dans le troisième les rats). Et les araignées sont les pires car elles piquent avec leur dard…

Il est intéressant de voir d’ailleurs que les films montrent les animaux comme des prédateurs pervers cherchant à s’approprier des femmes. De la même manière que les nazis accusaient les personnes d’origine juive de vouloir “s’approprier” les femmes “aryennes”, il est assez symptômatique de voir les affiches de King Kong ou des Dents de la mer.

Même les affiches des oiseaux de Hitchcock reprennent cette tonalité de l’animal comme concurrent des hommes par rapport à la possession des femmes.

La domination masculine sur les femmes va de pair avec la domination masculine sur le monde. Même les piranhas, poissons ou poissons volants, sont de la partie !

Les animaux sont prétextes au courage, à l’ingénioisité d’hommes brillants, face à la “brutalité” animale, comme nous le rappelle Moby Dick !

Même les orques prennent le nom de “baleines tueuses” (alors qu’il s’agit d’un delphinidé et non d’une baleine) pour les besoins du culte du “sauvage” que l’homme civilisé parvient (ou pas) à dominer. Il est évident que les animaux représentent au fond quelque chose qu’il faut rejeter, un côté “sauvage”, qu’il soit animal ou humain lorsqu’il y a un contact non conflictuel avec la nature. Les cowboys butent les indiens, les humains butent les animaux, tout est dans l’ordre.

Et quand on ne trouve pas d’animaux assez monstrueux, on les invente. On a ainsi Godzilla le monstre issu des mutations ou encore Alien. Ce qu’il a d’intéressant avec le film Godzilla et Orca c’est qu’il y a soi disant une morale éthique derrière. Godzilla est juste issu des expériences nucléaires humaines dans le pacifique, et Orca se venge du capitaine ayant tué son enfant. Mais ce sont des animaux et ils restent monstrueux.

En fait même “humanisé” les animaux restent inférieurs. C’est clairement le cas dans La planète des singes ou dans Star Wars, avec par exemple Chewbacca ou les Ewoks.