• Le bilan de la COP23

L’armée des douze singes ou comment caricaturer les activistes

[Voici un article publié sur l’ancêtre de LTD, à savoir VeganRevolution. L’article date d’avril 2006.]

L’armée des douze singes est un film de Terry Gilliam datant de 1995, le scénario est repris du film La jetée, de Chris Marker. Dans ce film on retrouve l’atmosphère oppressante de Brasil, que cet ancien Monty Python avait déjà réalisé. Sauf que là, les partisans de la défense animale et de la protection animale sont caricaturés au possible.

Tout le scénario du film de Gilliam part en effet du principe (nouveau par rapport à La jetée) que les défenseurs des animaux sont des marginaux totalement à l’écart de la société, pratiquant des actions clandestines parallèlement à une façade faussement sympathique de “hippies défenseurs des animaux”.

Dans le film le chef de “l’armée des douze singes”, un groupe de défense animale, est joué par Brad Pitt, fils d’un scientifique millionnaire pratiquant l’expérimentation animale. On le voit la première fois dans un asile de fous, ne cessant de s’exciter et de faire des gestes saccadés, tenant un discours “typiquement gauchiste” (les vrais fous sont à l’extérieur, le monde est une prison).

Naturellement dans ce premier passage les animaux ne l’intéressent pas; quand on le retrouve quelques années plus tard on voit que sa rébellion se situe surtout contre son père, qu’il veut enlever avec l’armée des douze singes pour le placer dans un zoo dont on aura libéré des animaux.

Les défenseurs des animaux sont ainsi de doux dingues parfois très dangereux, notamment quand ils libèrent des lions et des girafes en pleine ville, ce qui est une grave caricature des libérations comme celle faite par le front de libération des animaux.

A la fin du film on comprend que Bruce Willis s’était trompé quand il avait cru que ces “écolos” menés par Brad Pitt voulaient exterminer la race humaine par un virus pour la livrer aux animaux. Il s’agissait d’un responsable de labo devenu fou.

Mais c’est trop tard pour que le spectateur n’ait pas acquis une foule de préjugés à l’encontre d’une culture “folklorique” et “potentiellement dangereuse”. Le réalisateur de Brazil a bien assimilé la culture du type Hollywood et son idéologie opposée aux idées progressistes, contribuant par ce film à donner une image misérable de la libération animale.

“Totally spies”, les dauphins et la défense de l’océan

Totally spies ! est un dessin animé existant depuis 2002 qui a un très grand succès et est désormais présent dans 150 pays. On y suit les aventures de trois jeunes espionnes, lycéennes puis étudiantes, qui sont très superficielles, mais aiment l’aventure et profitent de gadgets high tech dans leurs missions.

Celle qui intéresse plus particulièrement se situe dans l’épisode 5 de la saison 4. Une des espionnes a des mauvaises notes et va être envoyée dans un pensionnat en Angleterre, l’Académie dorsale.

Le nom de cette école ne doit rien au hasard, puisque son fondateur apprécie beaucoup les dauphins. En fait, c’est le « méchant » de l’histoire, qui transforme les pensionnaires de l’Académie en êtres mi-humains mi-dauphins…

Portons donc notre attention sur ses motivations, dans la scène retranscrite ici (visible à la 13ème minute dans la vidéo).

« [Le méchant prend une photo où on le voit tout jeune dans l’eau avec des dauphins.]
– Ah je vois que vous avez fait connaissance avec ma famille.

– Quoi ! Ils sont de votre famille ces dauphins ? Définitivement particulier [prononcé ironiquement].

– Quand j’avais dix ans, je suis tombé du bateau de mes parents, et ces dauphins m’ont élevé. Ils ont pris soin de moi. Et nous, qu’offrons-nous à ces créatures d’une extrême gentillesse ? Des océans pollués, des filets de pêches, des collisions avec des bateaux, Mais ils vont réagir !

– J’ai deviné : vous voulez faire de tout le monde des êtres mi-humains mi-dauphins, pour qu’ils respectent plus la Nature.

– C’est juste, au moyen de mon dolphinator. D’où vous vient cette intuition ?

– J’ai côtoyé tellement de perturbés, que maintenant j’arrive à finir leurs phrases. »

Après s’être moqué du méchant, les espionnes le battent bien sûr à coups de karaté et de gadgets. Elles retransforment alors les êtres mi-dauphins mi-humains en humains, procédant bien sûr finalement à l’arrestation du méchant dont elles se moquent, car lui est resté mi-humain mi-dauphin.

On a donc une démarche fondamentalement anti-écologiste, où une personne s’engageant en faveur des animaux est présentée comme forcément perturbée et potentiellement dangereuse.

Il n’y même pas un semblant de reconnaissance de la problématique de l’océan, qui ne sert que de prétexte pour une aventure de jeunes femmes dont la préoccupation est le shopping et le rangement de leur maison.

C’est littéralement catastrophique, et bien sûr guère étonnant, même si parfois les dessins animés se targuent justement de jouer dans les « bons sentiments ».

Pourtant, au-delà du caractère aberrant et criminel du ton de cet épisode, on a ici quelque chose de très révélateur sur l’idéologie dominante, qui a parfaitement compris la menace pesant sur l’anthropocentrisme, et qui fait tout pour le défendre coûte que coûte, jusqu’aux dessins animés !

Le film “Mission G”

« Mission-G » est un film de 2009, où des cochons d’Inde agissent en « espions », profitant de moyens technologiques très avancés. En apparence, on a un film typique produit par Walt Disney, où les animaux sont présentés dans une ambiance « nunuche » et vaguement divertissante.

En pratique, les cochons d’Inde sur deux pattes et se comportent comme des humains; ce n’est que quand ils courent, à quatre pattes, qu’on reconnaît que de vrais cochons d’Inde ont été filmés et les images intégrées au film.

Pourtant, il s’avère que c’est plus compliqué que cela, car il y a deux scènes très marquantes qui vont vraiment dans le bon sens et qui valent le coup d’être connues.

Dans le film, il y a une taupe en informaticien génial jouant un rôle clef dans l’équipe d’espions. A un moment, il disparaît, et on comprend plus tard que c’est lui le méchant du film !

Cet informaticien fou a intégré des puces électroniques dans des cafetières, car il en veut au genre humain… Voici comment la taupe répond à Darwin, un cochon d’Inde espion, et explique son action.

« Je suis le méchant, mon cher Darwin. Allons, tu avais réellement cru que j’avais péri dans le camion poubelle ! Ah ! Je me suis caché dans une boîte de conserve. J’ai fini par atterrir dans les égouts de la ville (…). Entre nous deux, tu peux m’appeler monsieur Yanchu (…).

Yanchu veut dire taupe en chinois. Saber n’était qu’une couverture ! J’ai créé une immense armée d’appareils robotisés, qui ont constitué tout un réseau de nœuds electro-magnétiques reliés les uns aux autres. Et ces nœuds sont capables d’attirer tous les déchets spatiaux qui flottent en orbite autour de la Terre, et d’enterrer l’humanité sous des tonnes et des tonnes de ferraille ! »

Darwin lui demande pourquoi il l’a trahi, pourquoi il fait cela, et la réponse est ici exceptionnelle, d’une portée critique véritable.

« Est-ce que tu as déjà fait une recherche sur internet pour le mot taupe? Trois millions de résultats, et aucun pour comment s’en occuper, comment les élever ou les aimer ! Noooooon ! Trois millions de résultat que pour tous les exterminer !

[On voit des humains en train de projeter des produits dans la Nature.] Les humains sont venus et ont détruit nos foyers !

[On voit une cage avec des parents taupes et leur enfant.] « Mon fils ! Si un jour tu as l’occasion de mettre à genoux l’espèce humaine, fais le ! »

Ils n’ont aucune pitié pour nous, Darwin ! Alors c’est à mon tour de procéder à une petite extermination. »

Il y a un autre moment intéressant. Les cochons d’Inde pensent être génétiquement modifiés, et non pas de “vulgaires” rongeurs. L’humain savant raconte alors cependant la vérité aux espions…

« Darwin, je vous ai menti. La vérité, c’est que vous n’êtes pas génétiquement modifiés. Aucun de vous ! (…) Toi, Juarez, on t’a trouvé dans une sorte de bar à tapas sur la route des Pyrénées. Je crois que là-bas tu es un plat très recherché [confusion sans doute des traducteurs avec les Andes!]

Toi, Blaster, on t’a trouvé dans un laboratoire qui testait des shampoings et des gels de toutes sortes pour éviter les allergies. Quant à Speckles [la taupe], on l’a trouvé devant son terrier qui venait d’être détruit pour construire un golf.

Et toi Darwin, je t’ai acheté dans une animalerie. Tes parents t’avaient abandonné parce que tu étais le plus faible de la portée. »

Il va de soi qu’il y a de très grandes limites à un tel film. Mais ces éléments rappellent l’actualité inévitable du 21e siècle. La guerre contre la Nature, absurde et impossible, doit cesser! Entre les taupes et le golf, il faut choisir le camp des taupes!

Article “Bêtes” du Dictionnaire philosophique

Voici l’article “Bêtes” écrit par Voltaire pour le Dictionnaire philosophique publié en 1764. S’appuyant sur la critique faite dès le départ de la vision “mécaniste” de Descartes,  Voltaire défend un point de vue radicalement différent des animaux, au nom de l’expérience.

BÊTES.

Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc. ?

Quoi ! cet oiseau qui fait son nid en demi-cercle quand il l’attache à un mur, qui le bâtit en quart de cercle quand il est dans un angle, et en cercle sur un arbre : cet oiseau fait tout de la même façon.

Ce chien de chasse que tu as discipliné pendant trois mois n’en sait-il pas plus au bout de ce temps qu’il n’en savait avant tes leçons ? Le serin à qui tu apprends un air le répète-t-il dans l’instant ? n’emploies-tu pas un temps considérable à l’enseigner ? n’as-tu pas vu qu’il se méprend et qu’il se corrige ?

Est-ce parce que je te parle que tu juges que j’ai du sentiment, de la mémoire, des idées ?

Eh bien ! je ne te parle pas ; tu me vois entrer chez moi l’air affligé, chercher un papier avec inquiétude, ouvrir le bureau où je me souviens de l’avoir enfermé, le trouver, le lire avec joie. Tu juges que j’ai éprouvé le sentiment de l’affliction et celui du plaisir, que j’ai de la mémoire et de la connaissance.

Porte donc le même jugement sur ce chien qui a perdu son maître, qui l’a cherché dans tous les chemins avec des cris douloureux, qui entre dans la maison, agité, inquiet, qui descend, qui monte, qui va de chambre en chambre, qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu’il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses.

Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte si prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques.

Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal afin qu’il ne sente pas ? a-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature.

Mais les maîtres de l’école demandent ce que c’est que l’âme des bêtes. Je n’entends pas cette question.

Un arbre a la faculté de recevoir dans ses fibres sa sève qui circule, de déployer les boutons de ses feuilles et de ses fruits ; me demanderez-vous ce que c’est que l’âme de cet arbre ? Il a reçu ces dons ; l’animal a reçu ceux du sentiment, de la mémoire, d’un certain nombre d’idées.

Qui a fait tous ces dons ? qui a donné toutes ces facultés ? celui qui a fait croître l’herbe des champs, et qui fait graviter la terre vers le soleil.

Les âmes des bêtes sont des formes substantielles, a dit Aristote ; et après Aristote, l’école arabe ; et après l’école arabe, l’école angélique ; et après l’école angélique, la Sorbonne ; et après la Sorbonne, personne au monde.

Les âmes des bêtes sont matérielles, crient d’autres philosophes. Ceux-là n’ont pas fait plus de fortune que les autres.

On leur a en vain demandé ce que c’est qu’une âme matérielle : il faut qu’ils conviennent que c’est de la matière qui a sensation ; mais qui lui a donné cette sensation ? c’est une âme matérielle, c’est-à-dire que c’est de la matière qui donne de la sensation à la matière ; ils ne sortent pas de ce cercle.

Écoutez d’autres bêtes raisonnant sur les bêtes : leur âme est un être spirituel qui meurt avec le corps ; mais quelle preuve en avez-vous ? quelle idée avez-vous de cet être spirituel, qui, à la vérité, a du sentiment, de la mémoire, et sa mesure d’idées et de combinaisons, mais qui ne pourra jamais savoir ce que sait un enfant de six ans ?

Sur quel fondement imaginez-vous que cet être, qui n’est pas corps, périt avec le corps ? Les plus grandes bêtes sont ceux qui ont avancé que cette âme n’est ni corps ni esprit.

Voilà un beau système. Nous ne pouvons entendre par esprit que quelque chose d’inconnu qui n’est pas corps : ainsi le système de ces messieurs revient à ceci, que l’âme des bêtes est une substance qui n’est ni corps ni quelque chose qui n’est point corps.

D’où peuvent procéder tant d’erreurs contradictoires ? de l’habitude où les hommes ont toujours été d’examiner ce qu’est une chose, avant de savoir si elle existe.

On appelle la languette, la soupape d’un soufflet, l’âme du soufflet. Qu’est-ce que cette âme ? c’est un nom que j’ai donné à cette soupape, qui baisse, laisse entrer l’air, se relève et le pousse par un tuyau, quand je fais mouvoir le soufflet.

Il n’y a point là une âme distincte de la machine. Mais qui fait mouvoir le soufflet des animaux ? Je vous l’ai déjà dit, celui qui fait mouvoir les astres. Le philosophe qui a dit : Deus est anima brutorum, avait raison ; mais il devait aller plus loin.

Dialogue du chapon et de la poularde

Voici un texte qui intéressera beaucoup de gens et qui a une dimension fascinante. Écrit par Voltaire, ce tout petit conte reflète la remise en cause de l’anthropocentrisme, et notamment de sa forme religieuse, qui est née avec les Lumières,

Le combat contre les religions a alors été porté par les athées d’un côté (avec Diderot par exemple), les déistes de l’autre.

Voltaire appartenait à ces derniers. S’il ne parvenait pas comme les athées à saisir la Nature comme “grand tout”, il a pu aborder cette question sous l’angle de l’empirisme, c’est-à-dire la connaissance issue de l’expérience. Et il a regardé les animaux de manière réaliste…

Pour cette raison, le “Dialogue du chapon et de la poularde”, écrit en 1763, est une oeuvre qui mérite d’être connue… Ce petit conte a une approche qui va dans le bon sens, on devine qu’il faut en prolonger la logique…

Précisons ici ce que sont un chapon et une poularde, avec une définition de wikipédia (qui fait frémir d’horreur):

Un chapon est un coq de l’espèce Gallus gallus domesticus qui a été castré afin d’atteindre une plus grande tendreté et une plus grande masse. Ses pattes sont bleues, sa peau fine et nacrée.

Les testicules des volailles étant à l’intérieur du corps, il faut deux incisions pour enfoncer les doigts et arriver à les arracher avec des pinces à castrer (technique du chaponnage).

Une poularde est une jeune femelle de l’espèce Gallus gallus domesticus, c’est-à-dire une poule domestique qui n’a pas encore pondu. Elle est destinée à l’engraissement. Elle a la chair blanche et tendre au goût très fin.

Voici le conte de Voltaire.

LE CHAPON.

Eh, mon Dieu! ma poule, te voilà bien triste, qu’as-tu?

LA POULARDE.

Mon cher ami, demande-moi plutôt ce que je n’ai plus. Une maudite servante m’a prise sur ses genoux, m’a plongé une longue aiguille dans le cul, a saisi ma matrice, l’a roulée autour de l’aiguille, l’a arrachée et l’a donnée à manger à son chat. Me voilà incapable de recevoir les faveurs du chantre du jour, et de pondre.

LE CHAPON.

Hélas! ma bonne, j’ai perdu plus que vous; ils m’ont fait une opération doublement cruelle: ni vous ni moi n’aurons plus de consolation dans ce monde; ils vous ont fait poularde, et moi chapon.

La seule idée qui adoucit mon état déplorable, c’est que j’entendis ces jours passés, près de mon poulailler, raisonner deux abbés italiens à qui on avait fait le même outrage afin qu’ils pussent chanter devant le pape avec une voix plus claire. Ils disaient que les hommes avaient commencé par circoncire leurs semblables, et qu’ils finissaient par les châtrer: ils maudissaient la destinée et le genre humain.

LA POULARDE.

Quoi! c’est donc pour que nous ayons une voix plus claire qu’on nous a privés de la plus belle partie de nous-mêmes?

LE CHAPON.

Hélas! ma pauvre poularde, C’est pour nous engraisser, et pour nous rendre la chair plus délicate.

LA POULARDE.

Eh bien! quand nous serons plus gras, le seront-ils davantage?

LE CHAPON.

Oui, car ils prétendent nous manger.

LA POULARDE.

Nous manger! ah, les monstres!

LE CHAPON.

C’est leur coutume; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir.

On nous apporte devant eux dans une large pièce d’argent; chacun dit de nous ce qu’il pense; on fait notre oraison funèbre: l’un dit que nous sentons la noisette; l’autre vante notre chair succulente; on loue nos cuisses, nos bras, notre croupion; et voilà notre histoire dans ce bas monde finie pour jamais.

LA POULARDE.

Quels abominables coquins! je suis prête à m’évanouir. Quoi! on m’arrachera les yeux! on me coupera le cou! je serai rôtie et mangée! Ces scélérats n’ont donc point de remords?

LE CHAPON.

Non, m’amie; les deux abbés dont je vous ai parlé disaient que les hommes n’ont jamais de remords des choses qu’ils sont dans l’usage de faire.

LA POULARDE.

La détestable engeance! Je parie qu’en nous dévorant ils se mettent encore à rire et à faire des contes plaisants, comme si de rien n’était.

LE CHAPON.

Vous l’avez deviné; mais sachez pour votre consolation (si c’en est une) que ces animaux, qui sont bipèdes comme nous, et qui sont fort au-dessous de nous, puisqu’ils n’ont point de plumes, en ont usé ainsi fort souvent avec leurs semblables.

J’ai entendu dire à mes deux abbés que tous les empereurs chrétiens et grecs ne manquaient jamais de crever les deux yeux à leurs cousins et à leurs frères; que même, dans le pays où nous sommes, il y avait eu un nommé Débonnaire qui fit arracher les yeux à son neveu Bernard.

Mais pour ce qui est de rôtir des hommes, rien n’a été plus commun parmi cette espèce. Mes deux abbés disaient qu’on en avait rôti plus de vingt mille pour de certaines opinions qu’il serait difficile à un chapon d’expliquer, et qui ne m’importent guère.

LA POULARDE.

C’était apparemment pour les manger qu’on les rôtissait.

LE CHAPON.

Je n’oserais pas l’assurer; mais je me souviens bien d’avoir entendu clairement qu’il y a bien des pays, et entre autres celui des Juifs, où les hommes se sont quelquefois mangés les uns les autres.

LA POULARDE.

Passe pour cela. Il est juste qu’une espèce si perverse se dévore elle-même, et que la terre soit purgée de cette race. Mais moi qui suis paisible, moi qui n’ai jamais fait de mal, moi qui ai même nourri ces monstres en leur donnant mes oeufs, être châtrée, aveuglée, décollée, et rôtie! Nous traite-t-on ainsi dans le reste du monde?

LE CHAPON.

Les deux abbés disent que non. Ils assurent que dans un pays nommé l’Inde, beaucoup plus grand, plus beau, plus fertile que le nôtre, les hommes ont une loi sainte qui depuis des milliers de siècles leur défend de nous manger; que même un nommé Pythagore, ayant voyagé chez ces peuples justes, avait rapporté en Europe cette loi humaine, qui fut suivie par tous ses disciples.

Ces bons abbés lisaient Porphyre le Pythagoricien, qui a écrit un beau livre contre les broches.

O le grand homme! le divin homme que ce Porphyre!

Avec quelle sagesse, quelle force, quel respect tendre pour la Divinité il prouve que nous sommes les alliés et les parents des hommes; que Dieu nous donna les mêmes organes, les mêmes sentiments, la même mémoire, le même germe inconnu d’entendement qui se développe dans nous jusqu’au point déterminé par les lois éternelles, et que ni les hommes ni nous ne passons jamais!

En effet, ma chère poularde, ne serait-ce pas un outrage à la Divinité de dire que nous avons des sens pour ne point sentir, une cervelle pour ne point penser? Cette imagination digne, à ce qu’ils disaient, d’un fou nommé Descartes, ne serait-elle pas le comble du ridicule et la vaine excuse de la barbarie?

Aussi les plus grands philosophes de l’antiquité ne nous mettaient jamais à la broche. Ils s’occupaient à tâcher d’apprendre notre langage, et de découvrir nos propriétés si supérieures à celles de l’espèce humaine.

Nous étions en sûreté avec eux comme dans l’âge d’or. Les sages ne tuent point les animaux, dit Porphyre; il n’y a que les barbares et les prêtres qui les tuent et les mangent. Il fit cet admirable livre pour convertir un de ses disciples qui s’était fait chrétien par gourmandise.

LA POULARDE.

Eh bien! dressa-t-on des autels à ce grand homme qui enseignait la vertu au genre humain, et qui sauvait la vie au genre animal?

LE CHAPON.

Non, il fut en horreur aux chrétiens qui nous mangent, et qui détestent encore aujourd’hui sa mémoire; ils disent qu’il était impie, et que ses vertus étaient fausses, attendu qu’il était païen.

LA POULARDE.

Que la gourmandise a d’affreux préjugés! J’entendais l’autre jour, dans cette espèce de grange qui est près de notre poulailler, un homme qui parlait seul devant d’autres hommes qui ne parlaient point; Il s’écriait que « Dieu avait fait un pacte avec nous et avec ces autres animaux appelés hommes; que Dieu leur avait défendu de se nourrir de notre sang et de notre chair ».

Comment peuvent-ils ajouter à cette défense positive la permission de dévorer nos membres bouillis ou rôtis? Il est impossible, quand ils nous ont coupé le cou, qu’il ne reste beaucoup de sang dans nos veines; ce sang se mêle nécessairement à notre chair; ils désobéissent donc visiblement à Dieu en nous mangeant.

De plus, n’est-ce pas un sacrilège de tuer et de dévorer des gens avec qui Dieu a fait un pacte? Ce serait un étrange traité que celui dont la seule clause serait de nous livrer à la mort. Ou notre créateur n’a point fait de pacte avec nous, ou c’est un crime de nous tuer et de nous faire cuire il n’y a pas de milieu.

LE CHAPON.

Ce n’est pas la seule contradiction qui règne chez ces monstres, nos éternels ennemis. Il y a longtemps qu’on leur reproche qu’ils ne sont d’accord en rien. Ils ne font des lois que pour les violer; et, ce qu’il y a de pis, c’est qu’ils les violent en conscience. Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions.

Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices, et n’emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées.

Figure-toi que, dans le petit pays où nous vivons, il est défendu de nous manger deux jours de la semaine: ils trouvent bien moyen d’éluder la loi; d’ailleurs cette loi, qui te paraît favorable, est très barbare; elle ordonne que ces jours-là on mangera les habitants des eaux ils vont chercher des victimes au fond des mers et des rivières.

Ils dévorent des créatures dont une seule coûte souvent plus de la valeur de cent chapons: ils appellent cela jeûner, se mortifier. Enfin je ne crois pas qu’il soit possible d’imaginer une espèce plus ridicule à la fois et plus abominable, plus extravagante et plus sanguinaire.

LA POULARDE.

Eh, mon Dieu! ne vois-je pas venir ce vilain marmiton de cuisine avec son grand couteau?

LE CHAPON.

C’en est fait, m’amie, notre dernière heure est venue; recommandons notre âme à Dieu.

LA POULARDE.

Que ne puis-je donner au scélérat qui me mangera une indigestion qui le fasse crever! Mais les petits se vengent des puissants par de vains souhaits, et les puissants s’en moquent.

LE CHAPON.

Aïe! on me prend par le cou. Pardonnons à nos ennemis.

LA POULARDE.

Je ne puis; on me serre, on m’emporte. Adieu, mon cher chapon.

LE CHAPON.

Adieu, pour toute l’éternité, ma chère poularde.

Sarolta Ban : aider les chiens des refuges avec des images numérisées

Il est indispensable de rappeler constamment l’importance d’aider les animaux des refuges.

Aider est facile et à la portée de tout le monde, rappelons une fois de plus les diverses aides possibles : adoptions, dons financiers (même une petite somme a son importance), dons de matériel, dons de nourriture, se proposer comme famille d’accueil, aller chercher un animal en danger, faire du transport jusqu’au refuge ou jusque chez la famille d’adoption, parrainer un animal, donner un peu de son temps dans un refuge (que se soit pour laver, nourrir, sortir les animaux, ou bien s’occuper de tout ce qui est administratif ou encore faire un site web pour le refuge).

Les solutions sont là et ne manquent pas !

Si l’on a la fibre artistique et que l’on veut mettre son talent au service des animaux, des solutions existent aussi ! Tout comme l’excellente initiative américaine an Act of dog, qui peint les portraits des chiens euthanasiés dans les refuges et reverse les fonds aux refuges. Un projet merveilleux qu’il faut diffuser, soutenir et aller dans la même direction !

C’est dans cette même branche que l’artiste Sarolta Ban (Facebook) œuvre pour les chiens des refuges, avec un projet nommé Help Dogs with Images (aider les chiens avec des images). Le principe est simple : Sarolta Ban travaille à partir de véritables photos et les retouche avec Photoshop. Pour voir le travail avant/après ainsi que l’histoire de chaque chien à adopter c’est ici.

Patti

Sur chaque toile vendue, 50 $ (soit environ 37 euros) seront reversés au refuge qui abritent le chien représenté sur l’image. La plus petite impression rendue sur châssis coûte 179 euros. Pour acheter une impression, voir sur cette page.

Certes, avec environ 1/5 reversé du prix total, on pourrait se dire que c’est peu, surtout que cette initiative a une durée (très) limitée dans le temps (du 07 mars au 30 juin 2014), mais c’est une question de principe. Le tout étant de faire quelque chose pour les animaux des refuges, de s’investir pour eux.

Si les artistes pouvaient s’engager ainsi au nom des animaux, une nouvelle culture pour la libération animale pourrait se développer très facilement, mais surtout très vite, car les animaux ne peuvent plus attendre…

Jasmine

Et ce projet artistique a un minimum d’impact car Jasmine, par exemple, a trouvé un foyer suite à cette réalisation. Jasmine avait passé 4 terribles années dans un refuge de Hongrie, sans que personne ne veuille l’adopter (c’est elle qu’on voit sur la photo juste au-dessus).

Zé et Phébo

On peut apprécier ou non le travail de Sarolta Ban, mais l’idée est là : aider les animaux des refuges en les mettant en avant. Même si ce travail est de courte durée, l’on peut bien espérer que cette initiative se reproduira, que ce soit par Sarolta Ban ou bien par d’autres personnes de France, du monde entier. Que l’on se prétende artiste ou non, les animaux ont besoin de notre voix, de notre soutien, de notre aide, de notre combat.

Jober

Le veau, la vache et l’Alliance écologiste indépendante

Parlons de la seconde profession de foi, des élections européennes de la semaine prochaine, qui parle des animaux (la première ayant été celle du Front National). Cette fois, il s’agit de l’Alliance écologiste indépendante, avec l’incontournable Jean-Marc Governatori.

Pour le coup, on sent que Notre-Dame-des-Landes est passé par là et que la mode est à la petite production. La profession de foi raconte la même chose que les gens de Notre-Dame-des-Landes, les décroissants ou les Hare Krishna : le monde moderne est mauvais et il faut retourner en arrière.

Vive la petite production donc, et c’est cela qui permet l’ambiguïté concernant les animaux. On a ainsi une image d’un veau et d’une vache, avec écrit :

« Une Europe sans élevage en batterie ni expérimentation animale. L’agriculture et la pêches industrielles sont à stopper. »

Cela ne veut nullement dire qu’on arrêtera de tuer les animaux. Cela veut dire qu’il faut freiner et reculer dans l’industrialisation. Cela ne va par conséquent pas du tout dans le bon sens. Bien sûr, les gens refusant le véganisme et prônant le réformisme, le « bien-être », trouveront que c’est un pas en avant.

Cependant, quand on veut la libération animale, on ne peut que vouloir que les choses aillent de l’avant : que l’on dépasse un système totalement… dépassé. Revenir en arrière nous amènerait forcément à devoir refaire le même parcours…

Sans compter que de toutes manières, on ne peut plus trop revenir en arrière, avec les problèmes écologiques, la population mondiale qui s’agrandit : il faut le véganisme à l’échelle mondiale, et vite !

La profession de foi prône ainsi le bien-être animal surtout pour, en réalité, bloquer l’exigence du dépassement de la société actuelle. Plutôt que de dire : mettons un terme à l’exploitation animale du grand capitalisme, l’Alliance écologiste indépendante propose de se cantonner à rêver du moyen-âge… Ce n’est pas comme cela qu’on changera les choses.

Tout le reste du discours de la profession de foi se fonde évidemment sur ce même principe de proposer un modèle dans le passé, au nom du « ni droite ni gauche » et du retour aux valeurs « régionales », avec des concepts farfelus comme le « Bon Sens Paysan » ou bien « Lenteur, de la Simplicité et du Petit ».

Pas la peine de s’y connaître beaucoup pour ne pas reconnaître les thèmes traditionnels de l’extrême-droite des années 1930, avec ses solutions « locales ». La libération animale demande quant à elle une solution universelle et une organisation mondiale de la production alimentaire.

A l’échelle locale, l’exploitation animale a été une condition obligatoire pratiquement dans l’histoire, en termes alimentaires. Aujourd’hui, cela n’a plus aucun sens alors que l’humanité a largement les moyens de vivre de manière végane.

La photo avec la vache et le veau est donc fondamentalement hypocrite. Montrer des animaux en prétendant les défendre, alors que la démarche consiste à les tuer de manière « éthique », à les manger, tout cela n’est pas correct.

Quand on assume de montrer des êtres vivants, alors il faut assumer leur protection également, et déjà Lucrèce, au premier siècle de notre ère, nous parlait de l’amour de la vache pour son petit (dans De rerum natura) :

Devant les temples magnifiques, au pied des autels
où fume l’encens, souvent un taurillon tombe immolé,
exhalant de sa poitrine un flot sanglant et chaud.
Cependant la mère désolée parcourt le bocage,
cherche à reconnaître au sol l’empreinte des sabots,
scrute tous les endroits où d’aventure elle pourrait
retrouver son petit, soudain s’immobilise
à l’orée du bois touffu qu’elle emplit de ses plaintes
et sans cesse revient visiter l’étable,
le coeur transpercé du regret de son petit.
Ni les tendres saules ni l’herbe avivée de rosée
ni les fleuves familiers coulant à pleines rives
ne sauraient la réjouir, la détourner de sa peine.
La vue d’autres taurillons dans les gras pâturages
ne peut la distraire ni soulager son chagrin,
tant elle recherche un être singulier, connu.

Cette exigence de ne plus voir un être vivant « le coeur transpercé du regret de son petit » est désormais réalisable. Mais il ne faut pas compter sur l’Alliance écologiste indépendante pour cela.

13 ans après la free party à la piscine Molitor, les drogues ont tout emporté

Hier, la piscine Molitor à Paris a réouvert, étant devenu un hôtel de luxe, l’accès à la piscine coûte 180 euros par jour ou à peu près 3000 euros par an.

Mais la piscine Molitor rappellera surtout autre chose à beaucoup de gens : la fameuse free party du 14 avril 2001, apogée du mouvement qui à partir de là sera criminalisé.

Dans la seconde moitié des années 1990, les free partys sont absolument incontournables pour toute la jeunesse populaire. Cela a été un engouement incroyablement positif, organisé par en bas, dans un esprit festif et solidaire, dans le refus de la violence et dans un esprit très constructif de partage.

Il faut s’imaginer, pour les plus grandes fêtes, de longs cortèges de voitures, les gens se reconnaissant à leurs habits et leurs regards, roulant à travers les campagnes peu éclairées… Jusqu’à aboutir à une sorte de mini ville éclairée, rassemblant les « sons », avec des centaines et des centaines de gens continuant d’arriver.

Le tout sans que les gens ne se sentent inquiets ou quoi que ce soit du genre !

Mais cela a aussi été quelque chose qui a basculé dans la fuite dans les drogues et tout le business qui va avec. En l’absence de projet, la fête pour la fête s’est combinée avec le trafic de drogues, particulièrement lucratifs. Ecstasy, puis cocaïne ou gaz hilarant, voire LSD ou speed, il était finalement impossible d’aller dans une free party sans se droguer.

Et finalement, les drogues n’ont plus été un à côté d’une soirée techno, mais la préoccupation centrale, la musique n’étant là que comme arrière-plan.

Les très rares personnes ne se droguant pas étaient d’ailleurs tout à fait à l’écart du cœur du mouvement. Les free partys sont devenues des lieux de défonce où les vendeurs de drogues savaient qu’ils avaient un marché captif à leur disposition, avec possibilité illimitée de vendre sans surveillance.

L’une des expressions de cette tendance a été la fin du nettoyage des lieux où se déroulaient les soirées, l’arrivée de très nombreuses personnes coupées fondamentalement de la culture rave historique, et surtout un orgueil démesuré quant à ce que représenterait le mouvement des free partys.

En l’occurrence, la soirée à la piscine découverte de Molitor était un piège. Plusieurs jours auparavant, la rumeur parlait déjà d’une soirée à Paris, dans une piscine, le 14 avril. Sur place, la piscine avait été nettoyée, des murs cassés, des places de parking bloquées, tout avait été organisé minutieusement par le collectif « Heretik ».

Le jour dit, les policiers étaient évidemment déjà présents sur les toits dès la fin de l’après-midi, et ils ont laissé faire. Ils prétendent bien entendu le contraire aujourd’hui… La raison est simple : surfant sur le scandale d’une telle soirée en plein Paris et en plein quartier bourgeois, à Auteuil juste à côté de Passy, les free partys se sont faites officiellement illégalisées, ouvrant la voie à la répression tout azimut et aux négociations avec l’Etat (le fameux teknival légal, surnommé « Sarkoval » car Sarkozy a joué un rôle central pour « intégrer » les free partys).

Des centaines de personnes arrivant en l’espace d’une demi-heure, 5000 au total, et la soirée se finissant à… onze heures du matin, il était évident que tout cela arrangeait bien l’État, et c’est ce qui a permis justement que la piscine, classée monument historique, soit par la suite liquidée et transformée en hôtel de luxe…

C’était là la contradiction des free partys : chercher une reconnaissance officielle, par incompréhension de leur propre nature. La tentative de passer du “rat des champs”, des soirées dans les champs, au “rat des villes”, était vouée à l’échec. Il ne restait plus alors qu’à se replier pour les puristes, à tout lâcher pour les opportunistes, qui n’allèrent pas bien loin, étant trop loin de la dimension commerciale.

Tout cela fut un terrible gâchis. Et la raison fondamentale, c’est la fuite dans les drogues, comme si on ne pouvait pas faire la fête autrement, comme si la convivialité et l’agréable auraient moins de valeurs que la défonce.

Voici un reportage sur la fameuse soirée à la piscine Molitor.

Ici, un documentaire très intéressant sur l’aventure qu’a été le collectif Heretik.

Enfin, bien sûr, l’incontournable “Sarko skanking” de l’époque.

“en imposant nos normes nationales aux produits importés sur notre territoire”

Les professions de foi des prochaines élections européennes, à la fin de la semaine, ont été envoyé et on peut remarquer qu’il y a deux listes qui abordent la question animale. Voici le premier cas, celui du Front National, qui exprime le point de vue suivant.

Le Front National promet beaucoup de « transformations » et il y a des personnes aimant les animaux qui se font beaucoup d’illusions à ce sujet. La défense du « mode de vie » que l’on voit dans la profession de foi relève d’une conception fondamentalement réactionnaire et hostile au changement. Or pour changer la situation des animaux, il faut du changement, beaucoup de changement…

Mais sans aller dans la philosophie, regardons simplement ce que signifie cette phrase :

assurer la sécurité sanitaire et alimentaire, le respect de l’environnement et du bien- être animal en imposant nos normes nationales aux produits importés sur notre territoire

Elle est en effet très problématique. Elle sous-tend dans les faits que le « bien-être animal » – un concept par ailleurs critiquable car réformiste – serait applicable dans la mesure où l’on s’oppose à ce qui nuit à ce bien-être et qui, par définition ici, viendrait de l’étranger.

Or, les animaux ne souffrent pas seulement dans les autres pays et la souffrance n’est nullement « importée ». Personne ne s’intéressant aux animaux et désirant leur « bien-être » ne peut soutenir une pareille proposition.

Le Front National se pose en défenseur de la France face à l’Europe. Partant de là il oppose le « maintien » national face à une sorte d’envahisseur extérieur. Seulement voilà : les « normes nationales » concernant les animaux ne sont évidemment pas du tout en leur faveur.

Cela montre bien que c’est de la simple récupération. Il fallait une ligne mêlant écologie et animaux, alors hop une phrase a été bricolée, et comme la sécurité alimentaire (et sanitaire) est une « inquiétude » également, tout a été mis ensemble.

Mais c’est totalement incohérent avec la question du bien-être animal… Sur ce plan, les lois de l’Union Européenne forment d’ailleurs parfois des avancées pour la condition animale en France, comme lorsqu’elle dénonce le manque d’entrain de l’Etat français, comme récemment avec la protection du hamster d’Alsace.

Par contre, l’Union Européenne, c’est aussi des des reculs dans la mesure où cela modernise l’exploitation animale. Les exigences d’améliorations renforcent le grand capitalisme qui peut s’occuper de cela, coulant les petites entreprises qui ne peuvent pas suivre.

Dans tous les cas, il faut reconnaître que la question du « bien-être animal » est de toutes manières largement arrivée en France depuis l’étranger, pour la question des idées, mais également de l’Union Européenne elle-même qui prétend même assumer cela.

L’Union Européenne dit ainsi elle-même, de manière institutionnelle:

Bien-être des animaux
L’Union européenne reconnaît que les animaux sont des êtres sensibles qui méritent une protection. La législation communautaire fixe des exigences minimales afin d’épargner aux animaux toute souffrance inutile dans trois domaines principaux: l’élevage, le transport et l’abattage. D’autres questions sont également abordées, comme l’expérimentation animale et le commerce de fourrure. Le plan d’action 2006-2010 établit les grandes lignes de l’intervention européenne dans ce domaine, tant au sein de l’Union qu’au-delà de ses frontières.

Ce paragraphe fait partie des sommaires législatifs de l’Union Européenne, dans la catégorie… « sécurité alimentaire ». Et le Front National parle des animaux pareillement. Dans sa propre logique, le Front National devrait donc soutenir l’Union Européenne sur cette question.

Mais sa mise en avant du « bien-être animal » relève de l’opportunisme. Il s’agit de gagner des voix et de manipuler des dizaines de milliers de personnes, voire des centaines de milliers par ailleurs, profondément choqués par la condition animale en France.

Ainsi, quand il est parlé par le Front National de « bien-être animal », il n’est pas parlé des animaux en général bien sûr, mais seulement des animaux dans les abattoirs, et ici on devine que le Front National va utiliser l’argument du refus de l’abattage halal et casher pour se prétendre en faveur du « bien-être animal ».

Mais les animaux sont ici une simple abstraction, un outil électoral, une vague revendication intégrée pour renforcer une vision du monde préexistante. De la même manière que les anarchistes antispécistes ne s’intéressent pas du tout aux animaux mais utilisent ceux-ci dans leur vision du monde « anti-oppressions », le Front National les utilise afin de renforcer le nationalisme en accusant la condition animale d’être rendue mauvaise depuis « l’étranger ».

Mais quiconque aime les animaux sait bien qu’on ne peut pas assurer leur « bien-être » simplement en « imposant nos normes nationales aux produits importés sur notre territoire ». Ce n’est pas du tout la question, c’est totalement à côté du sujet.

Le problème de fond, c’est l’anthropocentrisme, expression de toute une situation où l’exploitation animale est un outil dans la quête de profit.

“Sos oiseaux” et Titeuf

Nous avions déjà parlé de la bande dessinée Titeuf à l’occasion d’un sandwich au tofu et d’une visite au zoo; voici de nouveau une planche, publiée dans Télé loisirs, et qui est extrêmement problématique. Il suffit de cliquer pour l’obtenir de taille plus grande.

Titeuf se veut être un portrait décalé, humoristique mais également un peu philosophe. L’image tout à la fin vise par exemple à montrer un Titeuf outrancier et donc au comportement erroné. Cela se veut une note humaniste.

Par contre, le thème du sauvetage de l’oiseau est complètement raté. Par exemple, lorsque l’ami de Titeuf dit qu’il ne faut pas toucher l’oiseau, en raison des odeurs, il met en avant un argument véridique. Seulement, ce que les gens comprendront, c’est l’attitude tout à fait classique et irrationnelle disant qu’il ne faut pas toucher un oiseau en raison des maladies, etc.

Cette impression d’un rapport “impossible” est ensuite renforcé par le fait que l’oiseau a un comportement “erratique” et qu’il repart aussi sec, comme s’il n’avait pas été possible de savoir comment l’aider.

Si la bande dessinée avait été réellement progressiste, en faveur des animaux, alors l’auteur aurait réussi une pirouette pour mettre en avant le sauvetage des oiseaux, l’amour pour les oiseaux, etc.

Au lieu de cela, on passe de “sos oiseaux” à Titeuf et un sdf. Comme si au final, il valait mieux rester dans son coin.

Évidemment, on peut interpréter la planche de cette bande dessinée de manière totalement différente, mais ici il faut se rappeler que chacun va l’interpréter à sa manière, selon ses valeurs. Or, ce qu’il faut voir, c’est l’impact culturel en général, le message qui passe.

Et il est évident que ce message ne va pas réellement dans le sens de la compassion authentique. Au lieu que Titeuf soit prétexte à une réflexion globale, c’est un thème d’importance qui devient prétexte pour montrer Titeuf.

Les “cochons tirelires”

Nous connaissons tous et toutes les tirelires en forme de cochons, bien souvent sympathiques et plutôt rigolos. Malheureusement, si on y pense, cette histoire de cochon-tirelire révèle une idéologie utilitariste très critiquable…

On peut lire ici et là que l’association entre cochon et tirelire viendrait de l’anglais, plus précisément du moyen-anglais, où le terme « pygg » signifie argile, matière de la tirelire. En pratique bien évidemment ce qui est en fait vrai, c’est que le cochon est associé à la richesse, dans la culture paysanne.

Le cochon est nourri de restes donc il ne coûte pas cher, il a de nombreux descendants et surtout, une fois « engraissé » suffisamment, on le tue et on le mange en hiver. La tirelire qui « grossit » en quelque sorte est l’équivalent direct de ce cochon qu’on assassine une fois qu’il est assez gros, et preuve en est que normalement, on est obligé de casser la tirelire, de la même manière qu’on tue le cochon.

Aujourd’hui pourtant les « cochons tirelires » ont une ouverture permettant de récupérer l’argent, on n’est plus obligé de le casser, et la tradition paysanne n’est devenue qu’une lointaine mythologie. Peut-on donc considérer qu’avoir ou offrir une tirelire en forme de cochon est acceptable ? On rejoint ici la question de la représentation d’animaux associée à quelque chose d’utile ; normalement, c’est fondamentalement critiquable.

Pour ajouter à la complexité, dans certains pays le cochon est un porte-bonheur, ainsi dans les pays germaniques on offre un petit cochon de quelque centimètres comme symbole de « richesse » pour la nouvelle année. Ici encore on retrouve l’idée du cochon symbole d’animal engraissé et source de richesse. En même temps, il y a l’idée du cochon sympa et mignon.

Difficile d’y voir clair, par conséquent (même si bien entendu il y en a beaucoup pour trouver très moche et inutile ces tirelires cochons, le problème étant alors réglé). En tout cas cela montre encore une fois que pour le véganisme avance, la question de la culture est fondamentale. On ne peut pas échapper au fait de se confronter à la question de la représentation des animaux.

Un cheval à bascule, par exemple, est absolument inacceptable, de par ce qu’il représente, ce qu’il sous-entend. Le cochon-tirelire qu’il faut casser est également inacceptable, car il se rapporte directement au cochon « engraissé » et tué. Mais qu’en est-il du cochon-tirelire « moderne » ? Est-il quelque chose d’intégré dans quelque chose de différent, ou bien une trace du passé à supprimer ?

Sibi Jâtaka ou le “don de la chair”

Composés entre les IIIème siècle avant JC et le IIIème siècle après JC, les Jâtakâs sont des contes et histoires relatant les vies antérieures du Bouddha.

Sibi Jâtaka est l’histoire d’un fameux roi de la mythologie hindouiste, il en existe plusieurs versions. Dans l’histoire, Sibi a été mis à l’épreuve par les divinités Indra et Agni.

Indra ayant pris l’apparence d’un épervier poursuivait une colombe (Agni) en vue de la manger. C’est ainsi que la colombe pris refuge auprès du roi Sibi, tandis que l’épervier voulait s’emparer de la colombe car il en allait de sa propre survie.

Ci-dessous le croquis présente Sibi et la colombe qui s’est réfugiée dans sa main droite.

Refusant de donner la colombe et de la condamner à une mort imminente, l’épervier demanda donc à Sibi de se couper de la chair d’un poids équivalent à celui de la colombe.

En accord avec cette proposition, Sibi s’exécuta et pesa sa propre chair sur une balance, mais étrangement la colombe devenait de plus en plus lourde…

Voici ici une représentation indienne avec Sibi se découpant la chair afin d’égaler le poids de la colombe qu’il veut sauver.


Sibi continua de se couper la chair, et tandis qu’il allait placer tout son corps sur la balance l’épervier et la colombe reprirent leurs apparences de Devas, terme employé pour désigner les divinités.

Ce Jâtaka reflète le don de soi et le sacrifice en vu de sauver l’autre. Le roi Sibi était prêt à mourir afin de sauver la vie de la colombe.

Nous avions parlé d’une histoire semblable, où le Prince Mahâsattva se donne la mort afin de sauver de la famine une tigresse et ses petits.

Cela fait partie de toute la tradition bouddhiste authentique qui, en quête de compassion, fait face à des difficultés, des contradictions dans l’action pour la compassion, qui aboutissent au sacrifice de soi pour combler les manques.

Il y a ainsi dans une même idée l’histoire d’Asanga. Ce dernier avait prié et médité pendant douze ans dans une grotte pour parvenir à communiquer avec la divinité le bodhissatva Maitreya.

Finissant par se décourager, il abandonna et il découvrit à la sortie de la grotte une chienne recouverte de vers. Les chiens en général, et les chiennes en particulier, étaient alors très mal vu, y compris historiquement par les bouddhistes, et jusqu’à aujourd’hui: les animaux sont considérés comme des réincarnations “basses”.

Asanga, donc, décide de se sacrifier dans les différentes versions existantes. Dans tous les cas en effet, une forme de vie va être perdante: les vers s’il les enlève du chien ou le chien s’il laisse les vers.

Il ferme les yeux pour recueillir les vers avec sa langue  (pour ne pas les blesser) et en devenir l’hôte en se faisant une plaie pour les déposer. Alors apparaît Maitreya à la place du chien, qui testait en fait Asanga.

C’est bien sûr une pirouette. Mais c’est un témoignage historique sur la tentative de généraliser la compassion.

Pour conclure, voici une représentation de Sibi et la colombe (dans sa main droite), extraite d’une peinture murale qui se trouve dans la grotte de Dunhuang en Chine.

Expo “chienne de guerre” à Clermont-Ferrand

A la veille de la Première Guerre mondiale les animaux occupent une place importante dans la société civile, en grande partie rurale. Un grand nombre d’entre eux (chevaux, ânes, chiens, pigeons…) sont mobilisés dès le début des hostilités. Leur présence dans l’armée implique des métiers spécialisés : vétérinaires, maréchaux-ferrants, selliers…

Les animaux exercent de multiples fonctions : monture pour la cavalerie, traction de pièces d’artillerie, surveillance, transmission de messages, portage de charges diverses, recherche des blessés sur le champ de bataille.

Ils sont également de fidèles compagnons pour les soldats, au point que certains deviennent la mascotte d’un régiment ou d’un bataillon. L’animal est également essentiel pour assurer la subsistance des soldats, tant alimentaire que vestimentaire. Certains animaux nuisibles, tels que les rats, les poux ou les puces, doivent au contraire être combattus. L’absence des animaux réquisitionnés se fait cruellement sentir dans la vie civile, notamment dans le domaine de l’agriculture.

L’animal occupe aussi une place importante dans les représentations artistiques et symboliques. On le retrouve fréquemment sur les objets fabriqués par les soldats, mais aussi dans les œuvres de propagande. Ainsi, sur les affiches, les différents belligérants sont souvent symbolisés par un animal (coq français, aigle allemand par exemple).

La BCU Sciences et Techniques vous propose de partir à la rencontre de ces compagnons d’infortune à travers une exposition conçue par le Conseil Général de la Marne.

Date : du 17 mars au 19 avril 2014
Lieu : Bibliothèque des Sciences et techniques – Campus des Cézeaux à Aubière

Shiva et Nandi

Les religions nées en Inde sont marquées par un rapport particulier aux animaux, avec d’un côté un certain pacifisme, de l’autre des mysticismes liés aux traditions locales et ancestrales. Comme toutes les religions, il s’agit de cultes inventés par les humains, dans leur tentative de comprendre leur rapport avec la Nature.

Voici un exemple intéressant avec le dieu Shiva (ou Siva, si l’on compte que le “s” se prononce “ch”). Il est le fruit de différents mélanges de différents cultes. Et il est présenté comme ayant un rapport avec tous les animaux.

L’univers de Siva est par excellence celui du monde animal. Ce dieu terrible habite les espaces sauvages ; ses parures, ses attributs, son entourage rappellent cet univers qui lui est familier, celui de la forêt peuplée d’animaux dangereux.

Siva se pare de serpents, se vêt d’une peau de tigre et erre en compagnie de troupes malfaisantes. Siva est aussi appelé le « maître du bétail », Pasupati, mais derrière ce nom se dissimule le maître des êtres vivants, le berger guidant son troupeau sur la voie du salut. (…)

Les spéculations les plus anciennes sur pasu et Pasupati semblent se trouvent dans le Satapathabrahmana. Il y a tout d’abord un lien entre cinq animaux (homme, cheval, taureau, bélier et bouc) qui sont appelés Pasu car Prajapati voit (« pas ») Agni qui s’est dissimulé en eux.

Dans un autre passage, Pasupati est identifié aux herbes médicinales (osadhi) pour des raisons qui ne sont pas claires, mais l’explication du nom est que le bétail (pasu) devient puissant (patiy-) lorsqu’il mange des herbes. (…)

L’un des rappels les plus frappants du lien que Siva entretient avec le monde de la forêt se trouve dans la chasse (mrgayatra, vanayatra), une des cérémonies de la grande fête du temple.

Cette chasse simulée se déroule dans la forêt avec hommes en armes, animaux de combat (éléphants ou chevaux) et une image de Sica (Tripurantaka, ou Kiratarjuna). Le Rauravagama précise que : « Cherchant la mort des bêtes sauvages, la forme terrible apporte la terreur. Lors de cette chasse, toute créature, – bête ou homme – si elle est tuée, atteindra l’union avec Siva. »

Ce Siva, à la fois terrifiant et magnanime, rappelle que le Pasupati auquel on sacrifiait une victime pour le bien de la communauté mais également celui à qui s’offrent ses dévots pour s’assurer individuellement leur salut. (…)

Siva porte, s’il est vêtu, une peau de bête qui est bien souvent une peau de tigre, mais qui peut aussi être une peau d’éléphant, d’antilope, voire de lion. (…)

Le taureau, Vrsa ou Vrsabha, souvent appelé Nandin (« Réjouissant »), est l’animal le plus présent auprès de Siva : littéralement couché à ses pieds on le voit dans tous les temples de Siva devant la porte de la cella [la partie fermée]. (…) Si le Taureau est le seul animal de l’entourage de Siva à être toujours présent dans un temple sivaïte, c’est aussi le seul à être l’objet d’un culte.

Ce dernier ne se limite pas aux hommages rendus à la statue installée en face de la porte de la cella de Siva. Le Taureau est aussi figuré sur l’étendard du dieu levé lors de la grande fête annuelle du temple de Siva : ce lever de drapeau (dhvajarohana) constitue une fête à part entière qui marque le début de celle consacrée à Siva.

Que l’achèvement de la fête du dieu soit marqué par l’affalement de ce drapeau identifié par Vrsa souligne bien le caractère indispensable de la présence de ce dernier. (…)

Siva est devenu le Maître et le Sauveur d’un troupeau d’âmes liées par la souillure. Cette mutation ne l’a pas éloigné de son entourage animal initial : Vrsa, le taureau est pour lui beaucoup plus qu’une simple monture, des gazelles écoutent son enseignement, des serpents ou une peau de tigre accentuent son aspect terrible.

Lui-même prend la forme de l’oiseau-lion Sarabha, quand il s’agit d’affirmer la suprématie de sa doctrine sur celle de Visnu. (Le bestiaire de Siva : de Pasupati à Sarabha, article de l’ouvrage « Penser, dire et représenter l’animal dans le monde indien », paru en 2009)

Marvin Gaye: Mercy Mercy Me (The Ecology)

Une catastrophe comme celle de l’Erika fait partie d’une longue série, et bien entendu la dimension de ce genre de catastrophe a été sentie dès les années 1960-1970.

Ainsi, l’un des albums qui a bouleversé l’histoire de la musique est “What’s Going on” de l’américain Marvin Gaye. Cet album a amené la soul sur de nouveaux terrains musicaux, mais est également le témoin d’une prise de conscience sociale comme elle a pu existé alors.

Les chansons parlent du problème des drogues, de la pauvreté, mais aussi de l’écologie, avec justement la chanson (très connue) Mercy Mercy Me (The Ecology).

Une chanson qui parle déjà du pétrole qui saccage l’océan! On peut écouter cette chanson ici.

Marvin Gaye a été élevé de manière religieuse, et le texte s’en ressent bien entendu. Malgré cela, vu d’aujourd’hui en 2010 il n’est pas bien difficile de voir la formidable valeur de cette chanson de 1971. Non seulement dans l’histoire de l’écologie, mais également par rapport à la dimension de la lutte pour la libération de la planète!

Oh, mercy mercy me
Oh, things ain’t what they used to be
No, no
Where did all the blue sky go?
Poison is the wind that blows
From the north, east, south, and east
Oh, ai pitié, ai pitié de moi
Ah les choses ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois
non, non
Où est passé tout le ciel bleu ?
Le poison est le vent qui souffle du nord au sud et à l’est

Oh, mercy mercy me
Oh, things ain’t what they used to be
No, no
Oil wasted on the oceans and upon our seas
Fish full of mercury
Oh, ai pitié, ai pitié de moi
Ah les choses ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois
non, non
Le pétrole a saccagé l’océan et dans nos mers, des poissons plein de mercure

Oh, mercy mercy me
Oh, things ain’t what they used to be
No, no
Radiation in the ground and in the sky
Animals and birds who live nearby are dying
Ah oh ai pitié, ai pitié de moi
Ah les choses ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois
non, non
La radiation sous le sol et dans le ciel
Les animaux et les oiseaux qui vivent à proximité sont en train de mourir

Oh, mercy mercy me
Oh, things ain’t what they used to be
What about this overcrowded land?
How much more abuse from man can you stand?
My sweet Lord
My sweet Lord
My sweet Lord
Oh ai pitié, ai pitié de moi
Ah les choses ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois
Qu’en est-il de cette terre surpeuplée
Combien d’abus de l’homme peut-elle encore supporter ?
Mon tendre Seigneur
Mon tendre Seigneur
Mon tendre Seigneur