• "Une amende forfaitaire en cas d’usage de stupéfiant"

Aymeric Caron demande un strapontin pour l’antispécisme à Jean-Luc Mélenchon

C’est une chose étrange et décalée qui serait insignifiante si elle n’en disait pas long sur beaucoup de choses.

On connaît bien Aymeric Caron, il n’est pas la peine de revenir dessus. Celui-ci a publié une tribune dans le journal bobo Libération, intitulée « Jean-Luc Mélenchon, faites entrer le Parti animaliste à l’Assemblée ».

Ce qui frappe déjà, c’est que sur son facebook il s’est fait copieusement dénoncé par les « fans » de Jean-Luc Mélenchon, en raison de l’appel à voter contre Marine Le Pen au second tour. On sait à quel point il y a ici deux points de vue totalement opposés, entre les abstentionnistes et les gens voulant bloquer Marine Le Pen, parce que quand même il faut savoir raison garder…

Et donc là Aymeric Caron publie une tribune, en demandant une chose assez farfelue.

Il explique qu’il n’apprécie pas la France insoumise, qu’il trouve trop timorée sur la question des animaux, expliquant par exemple que le fait de ne pas vouloir par exemple supprimer la corrida ou les animaux dans les cirques témoigne d’un refus de faire un pas même minime…

« Le refus de Mélenchon de condamner la corrida et la présence d’animaux dans les cirques m’a définitivement convaincu de m’abstenir de lui donner ma voix.

En effet, je peux comprendre qu’un candidat à une élection présidentielle hésite à promouvoir la fin des élevages et la transition vers un modèle agricole entièrement végétal, tant le chantier est audacieux.

En revanche, tout opposant à la souffrance animale se doit a minima de réclamer la fin des pratiques barbares qui n’ont pas le soutien des Français et dont la disparition immédiate ne causera aucune gêne à la bonne marche du pays.

La corrida, qui vit largement de subventions, et qui n’existe que par la tolérance d’une exception à la loi générale, peut être supprimée demain sans que cela entraîne des grèves générales dans le pays, ni ne provoque de crise économique majeure.

Idem pour les animaux-objets prisonniers des cirques. La frilosité de la France Insoumise sur ces deux évidences m’a semblé suspecte. »

Et pourtant Aymeric Caron demande à Jean-Luc Mélenchon d’abandonner deux postes de députés au « parti animaliste ».

« Dans les tractations que vous menez en ce moment-même avec d’éventuels partenaires en vue des législatives, réservez au moins deux postes au Parti animaliste.

Il vous suffit pour cela de présenter, dans deux circonscriptions acquises, en lieu et place du représentant de la France insoumise, un(e) candidat(e) des Animalistes. »

Pour autant, ces deux postes de députés seront totalement indépendants et les députés du « parti animaliste » ne soutiendraient pas Jean-Luc Mélenchon…

« Evidemment, ce geste en faveur du Parti animaliste doit s’accomplir sans l’exigence de la moindre contrepartie: les élus animalistes seraient indépendants dans leurs votes à l’Assemblée, puisqu’ils ne souhaitent se prononcer que sur les sujets qui ont des conséquences directes sur les animaux. »

C’est ahurissant : quel mouvement politique se présentant aux élections, espérant former une majorité au parlement, serait assez fou pour abandonner deux postes de députés ?

Et d’ailleurs quelle est cette notion de démocratie où les gens voteraient localement pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui donneraient alors deux postes de députés à des gens ne les représentant même pas ?

C’est là l’idée d’une sorte de « cadeau » qui serait octroyé par le « prince » Jean-Luc Mélenchon !

Et le pire, c’est que cela reflète le point de vue de toute une frange des gens défendant les animaux, qui dans l’esprit bobo – hipster espèrent obtenir un strapontin auprès de la « mode » actuelle que représente Jean-Luc Mélenchon…

Aymeric Caron a cependant bien tort de prétendre que « les militants de la protection animale ont en majorité reporté tous leurs espoirs » sur Jean-Luc Mélenchon. C’est là nier l’influence très importante de l’extrême-droite, mais il est vrai que vu depuis le point de vie bobo parisien, cela ne doit pas vraiment se voir…

Au fond, tout cela est une anecdote, sans grand intérêt. Mais cela révèle que la mise en vente du véganisme a déjà commencé.

En glissant du véganisme à l’antispécisme, les bobos, hipsters, commerçants et intellectuels tentent de nier l’universalisme de la question pour insérer leur pseudo-rébellion dans l’ordre établi.

La conclusion de la tribune d’Aymeric Caron reflète tout à fait cette tentative de mise en vente du véganisme transformé en accessoire :

« Il y a au Parti animaliste suffisamment de femmes et d’hommes investis de tout leur être dans le combat pour les droits des animaux.

Ils sont eux aussi des insoumis qui refusent l’ordre établi et combattent l’injustice faite aux plus faibles.

Je sais que parmi les représentants de la Nation, leur voix sera le signal fort du bouleversement idéologique en cours. Merci, Monsieur Mélenchon, de favoriser cette opportunité. »

Le véganisme, en tant qu’universalisme, est balayé au profit d’un antispécisme qui serait, en fin de compte, une « insoumission » comme une autre, et aurait donc sa place parmi les « insoumis » en général.

C’est exactement la position qu’avait, par exemple, la « commission antispéciste » de Nuit Debout, au nom de la « convergence des luttes ».

A cela, il faut répondre « non ! ». Le véganisme est un universalisme et nécessite de réfléchir à comment établir un projet utopique réellement révolutionnaire, transformant entièrement le monde.

Les animaux ne sont pas une thématique à part!

Ceux qui cherchent à l’assouplir et à contourner sa diffusion, en le diluant, en l’adaptant, en en faisant un accessoire, en détruisent sa nature profonde.

Le Monde, Libération et Aymeric Caron

La double opération du Monde et de Libération a été saluée très largement dans le mouvement, au sens très large, en faveur des animaux.

Tous les discours radicaux s’effacent immédiatement devant la possibilité d’une reconnaissance institutionnelle…

Notons d’ailleurs que la question de la chronologie qu’on lit dans la réaction ci-dessus est profondément erronée.

L’idée des réformistes de la question animale est qu’il y aurait eu une avancée des cinq dernières années, que c’est donc unilatéralement une bonne chose.

Or, en réalité la grande apparition du véganisme date de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Nous sommes donc fondamentalement en retard par rapport au moment où la question est posée et aurait dû se développer…

Si Le Monde ou Libération peuvent faire l’apologie du véganisme, c’est justement en raison de ce retard et des faiblesses énormes du véganisme « à la française »…

Voici également comment Aymeric Caron a réagi, avec également la fausse idée qu’il y aurait un progrès « dans les temps », et non un retard terrible par rapport à quand la question a commencé à être posée…

Aymeric Caron a d’ailleurs très mal pris l’appel publié dans Le monde. Voici sa réaction tout à fait juste, à ceci près que lui-même a correspondu, voire correspond encore, exactement à ce qu’il critique !

A savoir des gens ne parlant pas du véganisme, puis le faisant subitement, sans qu’on puisse lire réellement où cela en est au niveau de la pratique…

Voir Aymeric Caron regretter que le véganisme soit à la mode, alors qu’il a évité d’utiliser le terme pendant si longtemps, pratiquant un flou extrême à ce niveau, alors qu’il a pratiqué la médiatisation à outrance en tentant de formuler un « antispécisme » sans réel contenu dont il serait le représentant, tout de même…

Aymeric Caron a en tout cas compris qu’à côté de L214, il n’y aurait pas de place : il lui faudra soit participer à cette « marche dans les institutions », soit assumer la libération animale comme morale intransigeante. Mais l’exigence de cette morale ne pourrait que l’amener à rompre avec son fan club issu de sa médiatisation…

Aymeric Caron et le véganisme à 90 %

Je refuse tout accessoire en peau… à part les ceintures. Mes habits sont végans… sauf mes chaussures. Quant à ceux qui veulent la vertu en soi, ce sont des nazis, car de toutes manières, nul n’est parfait.

Petit extrait de « Antispéciste » d’Aymeric Caron, du chapitre « Pourquoi les vegans extrémistes sont en réalité spécistes », dont nous conseillons la lecture intégrale dans son ouvrage.

« Monsieur Caron, vous défendez les droits des animaux. Mais êtes-vous vegan au moins ? Cette question, elle m’a été adressée des centaines de fois.

Sans compter Untel qui se plaint sur les réseaux sociaux que j’ai raconté dans un précédent livre ne pas avoir encore réussi à me passer totalement de chaussures en cuir ou Unetelle qui délire en certifiant que je mange du foie gras…

Il m’a même été reproché ma participation à un jeu télévisé au prétexte que des animaux y étaient, non pas tués, mais utilisés : des insectes dans des bocaux, des serpents et des tigres dans le décor… Mes contempteurs fermaient les yeux sur le plus important : le fait que j’étais le capitaine d’une équipe qui a, ce soir-là, joué pour une association de protection animale antispéciste pour laquelle nous avons remporté 13 000 euros, et qui a eu les honneurs du prime time sur la plus grande chaîne publique, ce qui ne s’était jamais vu auparavant. Ne pas comprendre le bénéfice pour les animaux d’une telle action relève de l’aveuglement.

[Nous avons nous-même dénoncé cette participation, voir l’article « Manger des cerveaux à Fort Boyard serait-il subitement justifié? » – LTD]

Entre les interrogations accusatrices des uns et les affabulations des autres, il n’est pas toujours simple de faire partie de la grande famille des défenseurs des animaux. Certains militants ont la désagréable manie de chercher à démontrer que vous n’êtes pas assez vertueux et, donc, que vous êtes indigne de la Cause.

Chacun peut entrevoir les dangers d’un tel tribunal. Être antispéciste ne signifie pas que l’on a signé une charte de bonne conduite en 20 ou 30 points. Cela implique une cohérence, mais laisse également des questions en suspens. (…)

La production commerciale de lait, quelle que soit la taille de l’exploitation, entraîne donc souffrance et mort. Mais imaginons une petite ferme où aucun animal n’est envoyé à la boucherie. Les animaux se reproduisent naturellement, et chacun meurt de sa belle mort. Qu’est-ce qui nous empêche dans ce cas de prélever un peu de lait pour notre consommation personnelle ?

La vache n’en souffrira pas, ni son veau. Cette configuration relève sans doute de l’utopie dans notre monde actuel, mais elle n’est pas irréaliste dans un futur proche. (…)

En ce qui concerne les œufs, c’est une autre histoire. Il existe à la campagne de petits élevages de poules en liberté, dont aucune n’est maltraitée ou tuée lorsqu’elle devient moins productive. Pourquoi ne pas récupérer leurs œufs ?

Aucune souffrance engendrée, les poules sont nourries et protégées des prédateurs en retour, et les œufs sont une source de protéines pour l’homme. En tout cas, cela me semble cohérent.

Encore un mot sur le cuir : j’ai récemment attristé une amie qui m’avait offert un porte-cartes en cuir en lui expliquant que je ne pourrai pas utiliser son cadeau et qu’il fallait par conséquent le rapporter. Voilà près de vingt-cinq ans que je refuse tout accessoire en peau, à part les ceintures que j’ai longtemps portées, faute d’alternative satisfaisante.

En revanche, pour les chaussures, je reconnais ma faiblesse : je possède encore quelques paires en cuir. La raison est simple : il est toujours compliqué aujourd’hui de trouver des chaussures vegans dans les magasins.

Il existe bien des sites Internet qui les commercialisent, mais acheter des chaussures par correspondance s’est toujours révélé un fiasco pour moi : une paire de chaussures s’essaye, c’est même le principe premier. Mais ce n’est qu’une question de temps : très prochainement, il n’y aura plus du tout de peau morte dans mon appartement, à part celle de mes pieds passés à la pierre ponce.

De toute façon, nul n’est parfait. On pourrait toujours faire mieux. Mais les militants des droits des animaux qui semblent vouloir décrocher un brevet de pureté en envoyant à l’échafaud ceux qui dévient de la ligne du Parti font fausse route.

Toute personne qui se bat contre l’exploitation animale mérite d’être considérée, sauf si bien sûr ses actes sont en contradiction flagrante avec son discours. Avant de mépriser un végétarien ou un flexitarien, en l’accusant d’incohérence ou de faiblesse, il faut d’abord considérer l’effort que celui-ci fournit par rapport à un carnivore indifférent. (…)

Je côtoie ainsi de nombreux vegans en transition qui s’accordent encore un bout de brie ou de chèvre de temps en temps. Faut-il les excommunier pour autant ? Je ne le crois pas.

Je lis aussi les commentaires de certains vegans qui reprochent violemment à d’autres vegans de ne pas vérifier systématiquement la composition de tous les produits qu’ils achètent (alimentaires ou autres) afin de contrôler qu’aucune substance d’origine animale ne s’y est insidieusement cachée – il est vrai qu’il s’en trouve dans certains endroits inattendus comme le shampoing ou le dentifrice.

La discipline vegan observée avec précision implique de rejeter tous les biens de consommation qui contiennent des bouts d’animaux (il faut passer en revue la composition de chaque produit), mais également ceux qui ont pu être testés sur des animaux.

Donc il est nécessaire de se procurer une liste détaillée et de la consulter avant chaque achat douteux, ce qui demande un temps considérable, autant pour la nourriture que pour les produits cosmétiques ou ménagers. On ne peut reprocher à certains de ne pas avoir toujours le temps.

Être vegan à 90 % ou 95 %, dans une société où les produits de l’exploitation animale sont omniprésents, représente déjà un effort considérable. (…)

De la même manière, un vegan puriste ne devrait plus lire de livres sur papier, puisque pour fabriquer ce papier des arbres ont été abattus, et des vies minuscules qui habitaient ces arbres en ont forcément pâti. (…)

J’irai même plus loin : les militants antispécistes intransigeants qui s’en prennent aux non-vegans sont en réalité spécistes. En effet, il y a chez les défenseurs des droits des animaux plusieurs espèces, des plus modérées aux plus radicales. Or, les radicaux intolérants se présentent comme les représentants de l’espèce supérieure, plus intelligente et sensible que les autres pour lesquelles ils n’affichent que dédain.

Cela ne vous rappelle rien ? L’antispéciste, pour sa part, ne méprise pas la différence. Il essaye de la comprendre. Cela commence évidemment par les humains. »

Nous qui avons une certaine expérience du véganisme, nous disons ici franchement que nous ne pouvons que penser qu’Aymeric Caron ne restera pas végan longtemps, encore est-il d’ailleurs qu’il faut déjà qu’il le devienne vue cette histoire de chaussures.

Car une fois la fenêtre du relativisme ouverte, le bâtiment s’effondre inévitablement. Il faut être strict, suivre une voie stricte, le moindre libéralisme se transformant en plaie béante faisant s’écrouler tout l’édifice moral.

Il ne s’agit pas d’insulter les gens qu’il s’agit de convaincre, comme le prétend Caron afin de décrédibiliser ceux et celles assumant la morale comme un ensemble inébranlable, mais de dire aux petit-bourgeois relativistes qu’ils n’ont pas leur mot à dire.

Aucun amour pour les animaux, relativisme et esprit de « tolérance »… C’est tout autant illusoire, improductif et décalé que les propos de la porte-parole de L214 qui proposait hier des réformes à la commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs, avec encore une fois le thème du halal et du casher…

L’antispécisme d’Aymeric Caron : de la morale pour bobos

Aymeric Caron a publié un ouvrage intitulé « Antispéciste » et nous sommes heureux et heureuses d’avoir, de notre côté, toujours réfuté l’emploi de ce terme en raison de son contenu totalement erroné.

Et, tant qu’à faire, précisons également que nous ne sommes pas du genre à faire confiance à Aymeric Caron qui, il y a quelques mois encore, continuait sa démarche consistant à ne jamais répondre à la question de savoir s’il était vegan ou pas.

Ces derniers jours, à l’occasion de la parution de son ouvrage, il le déclame par contre haut et fort, se présentant aussi comme un « abolitionniste ».

Tout cela est bien trop contorsionné pour être honnête, mais il faut juger sur pièce et, plutôt que de juger ses propos dans des interviews ou encore dans l’émission « On n’est pas couché », regardons ce qu’il dit dans « Antispéciste ».

Rien qu’avec la première phrase et sa justification, à notre sens tout est dit :

« Je n’aime pas les animaux. Je les respecte, tout simplement. L’amour est un sentiment parfois irrationnel, une inclination subjective, une expression trop passionnelle pour être tout à fait sensée. »

Ce qui nous distingue des autres courants de pensée et d’action en faveur des animaux, c’est que nous aimons les animaux et que nous considérons qu’il est absurde d’opposer la raison aux sentiments.

Nous méprisons Descartes et sa vision séparant le corps et l’esprit ; nous pensons qu’il est naturel d’aimer, et nous n’opposons pas les cinq sens à nos raisonnements.

Pour cette raison, même si nous considérons que le véganisme est incontournable, nous avons le plus grand respect pour les activistes des refuges, la « vieille femme aux chats », le SDF qui nourrit les pigeons, toutes ces personnes qui, sans être vegan, relève pour nous d’une tendance naturelle à la compassion.

Nous trouvons insupportables ces intellectuels, bobos et autres hipsters qui nous ennuient avec leur « droit », leur questionnement sur la « justice », tout cela pour faire carrière, dans un esprit bien français. Rappelons qu’en chinois, l’idéogramme désignant la France signifie au sens strict « pays de la loi ».

Aymeric Caron est quant à lui d’un formalisme odieux ; comme le montre les lignes suivantes :

« Mais si je ne mange pas d’animaux, si je refuse de consommer des produits issus de leur souffrance, si je m’oppose à leur détention et si je milite pour la fin de la chasse et de la corrida, ce n’est pas en raison d’une sensibilité exacerbée à leur égard. Seule une exigence de cohérence et de justice motive mon refus de tuer et de faire souffrir un animal.

Avant de sauter dans un lac pour sauver un homme en train de se noyer, vous ne vous demandez pas si vous aimez cette personne. Le médecin et le pompier n’ont pas non plus besoin d’aimer les individus auxquels ils viennent en aide : ils agissent en fonction de leur conscience et de leur sens des responsabilités. Il n’y a pas d’affect dans leur comportement. »

Nous disons de notre côté : voilà exactement l’horreur de notre monde. Le manque d’affect est insupportable et l’exemple du médecin ou du pompier est bien choisi. Qui ne connaît pas l’arrogance hautaine du médecin qui nous voit comme un objet à réparer, du pompier dans sa version militaire qui prend le peuple pour un ramassis d’inconscients et d’écervelés.

On a à peine commencé l’ouvrage d’Aymeric Caron que la messe est dite : voilà encore de l’existentialisme à la française, du catho cherchant à se donner bonne conscience.

Quant au concept d’antispécisme employé, qu’Aymeric Caron s’approprie de manière éhontée afin d’asseoir sa carrière médiatique de bellâtre, il n’a rien de nouveau.

Il s’agit d’une simple catégorie bobo de plus, à côté de la grossophobie, de la transphobie, de l’âgophobie et autres termes délirants pour désigner ce qui relève d’un manque d’humanité, d’éducation, de savoir.

Citons Aymeric Caron, qui encore une fois dès le début de l’oeuvre le dit ouvertement :

« Je suis antispéciste. C’est-à-dire que je considère qu’il n’y a aucune justification à discriminer un être en raison de l’espèce à laquelle il appartient.

Autant le préciser tout de suite : l’antispécisme n’est pas juste un cri de défense en faveur des animaux maltraités. Il est un combat social pour l’égalité, qui présente la particularité de dépasser le simple cas des humains.

L’antispécisme est donc en réalité un nouvel humanisme, qui reconnaît notre parenté avec les autres espèces animales et qui en tire les conséquences. »

Quarante années exactement après la naissance de l’ALF, il faut encore avoir à supporter un tel anthropocentrisme, refusant de faire de la libération animale une cause sacrée, devant s’imposer car elle est d’une justesse absolue ?

Nous répondons non, nous répondons : non, la place est prise, par une démarche sérieuse qui sait qu’il faudra arracher les animaux à leurs ennemis, qu’il faudra se confronter à tout prix aux promoteurs de l’écocide en cours.

La cause animale n’est pas un simple ajout universitaire à la liste des combats sociétaux que seraient la cause des femmes, des personnes homosexuelles, des minorités, des personnes subissant le racisme, etc.

La cause animale est une cause qui dépasse l’humanité, qui la replace dans l’ensemble de la Nature, qui la fait se soumettre à la planète compris comme un grand tout.

Nous disons qu’Aymeric Caron n’a rien compris à la cause quand il dit :

« Il ne s’agit pas de décréter que tous les animaux sont les égaux des hommes.

Cela n’aurait aucun sens. Mais nos différences avec les autres espèces ne peuvent plus justifier le refus de leur accorder à tous des droits minimaux. Lesquels ? Le débat est ouvert. Selon moi, quatre droits fondamentaux s’imposent : nous ne devons plus manger les animaux, ni les enfermer, ni les torturer, ni en faire le commerce. »

Nous, nous disons : « en défense de toute vie ! » et nous affirmons que chaque être vivant est une composante liée à l’ensemble de la vie, dont l’existence est sacrée car l’ensemble est sacré, chaque élément étant indissociable de l’ensemble.

Nous n’avons pas besoin de gens qui ne sont pas spécistes. Nous avons besoin de gens dans les refuges, nous avons besoin de gens pour libérer les animaux des laboratoires, nous avons besoin des gens pour détruire les abattoirs, nous avons besoin de gens pour admirer les oiseaux !

La Nature subit une offensive généralisée : elle n’a pas besoin d’existentialistes se comportant de telle manière à avoir bonne conscience, mais de gens se lançant dans la bataille, à ses côtés !

Aymeric Caron et la troisième voie

La réponse est non, non et encore non. Et la question, c’est : la libération animale et la libération de la Terre sont-elles à vendre, intégrables pour une démarche de réformiste, de hippie, voire de facho?

Il y a six mois, nous avions critiqué le groupe Vegan Pays Basque pour pratiquer le pillage des mots sans en assumer le sens. Ils ont promis une explication de leur concept d’écocentrisme, nous avions dit qu’ils ne le feraient jamais, et pour cause, le faire les amènerait à dire la même chose que l’extrême-droite des années 1930.

Cette fois, c’est Aymeric Caron qui s’y met. On sait qu’il y a exactement un an il a expliqué qu’il allait devenir vegan, l’est-il nous ne le savons pas, il ne le dit jamais (et en tout cas il ne peut pas l’être en acceptant d’aller à Fort Boyard comme en septembre 2015).

En tout cas, le facebook des Cahiers Antispécistes – groupe lyonnais à la base de la Veggie Pride, de L214  – a publié l’information comme quoi il allait sortir un livre intitulé « antispécisme ».

On a droit encore une fois à la même approche du type « troisième voie » : rejet du capitalisme et du communisme, prétention « révolutionnaire », négation des classes sociales, affirmation d’une modernisation de la pensée « occidentale »…

De la même manière qu’on a « la terre, elle, ne ment pas » chez Pétain, ici on a l’appel à une « symbiose » avec son entourage, bref ce vieux discours faisant la promotion d’une société « organique ».

Cahiers antispécistes

La parution le 17 mars prochain du livre d’Aymeric Caron « Antispéciste » est annoncée. Nous n’en savons pas plus que le descriptif de l’éditeur reproduit ci-dessous:

Un jour, les animaux auront tous des droits. L animalisme figure le prochain projet idéologique révolutionnaire, qui réconcilie les hommes avec eux-mêmes et avec leur avenir.

Certains en possèdent déjà : les animaux de compagnie, les espèces protégées et les animaux d élevage. Mais les droits que nous leur avons consentis sont minimaux et incohérents. Nous traitons différemment les chiens, que nous considérons comme des membres de la famille, des cochons, réduits au rang d objets produits en masse et abattus dans d indignes conditions. Pourtant cochons et chiens possèdent une sensibilité et une intelligence similaires. Comment en sommes-nous venus à les classer dans des catégories si différentes ? C est que nous sommes spécistes.

Le terme, peu connu en France, fera bientôt partie de notre vocabulaire. À l instar du racisme et du sexisme, dont il poursuit la logique. Le spécisme consiste à traiter différemment, et sans la moindre raison valable, deux espèces qui présentent les mêmes caractéristiques.

Tout comme nous avons longtemps dénié aux femmes les mêmes droits que les hommes. L affirmation de l antispécisme sera celle de l animalisme, un mouvement philosophique qui promeut la nécessité d accorder des droits à tous les animaux, en raison de leur capacité à souffrir. Loin d être anecdotique, l animalisme incarne le mouvement idéologique le plus révolutionnaire ; pour la première fois depuis deux mille ans, il entend sortir nos systèmes de pensée occidentaux de leur logique anthropocentriste et reconnaître que nous, qui sommes des animaux, avons des obligations morales à l égard de nos cousins.

Surtout, l animalisme s inscrit dans une logique d écologie politique éloignée de celle incarnée par les élections. Non plus une écologie superficielle, qui se soucie seulement de préserver les écosystèmes, les ressources et quelques espèces en péril, mais une écologie profonde, qui repense complètement la place de l homme dans le monde. Pour que ce dernier ne vive plus en parasite mais en symbiose avec toutes les formes du vivant.

Cela oblige à une refonte de nos institutions et à briser la vision à court terme du temps politique. Cela nous oblige aussi à une réforme intellectuelle qui remette en question la notion de « profit ». Le capitalisme, le socialisme, le communisme, le néolibéralisme sont aujourd hui discrédités, si ce n est dépassés.

Sale époque où pullulent ces discours sur une troisième voie, dans la négation de l’opposition gauche/droite. Sale époque où l’on doit supporter ces bourgeois passant à la télévision et prétendant changer le monde. Sale époque où un tel personnage peut se prétendre révolutionnaire…

Raison de plus d’écouter des gens non vegans, mais qui au moins vont, eux, dans le bon sens, comme le groupe Luke : « Il est ou le signal d’alarme il n’y a même plus de colère génération MTV génération somnifère », « ici c’était triste putain où est passé la gauche! »

On ne laissera pas les valeurs de gauche, de révolution, de véganisme, se faire galvauder par des gens comme Caron !

Manger des cerveaux à Fort Boyard serait-il subitement justifié?

Fort Boyard est quelque chose que nous connaissons tous et toutes : c’est du divertissement ultra bas de gamme, racoleur comme pas possible, avec l’utilisation massive d’animaux pour jouer sur l’irrationnel, bref c’est insupportable.

C’est tellement odieux que rien que ça c’est une preuve qu’il faut une révolution et se débarrasser d’un certain nombre de barbares appelant aux plus bas instincts, jouant sur les pires préjugés.

Ne suivant donc pas l’actualité de cette horreur, ce qui est une erreur vu que des animaux y sont impliqués et que donc il faut étudier cela et lutter, nous avons raté ce qui s’y est passé au tout début juillet.

Voici un premier aperçu – en fait on peut se passer de visionner cela – avec Gérard Vives et Carinne Teyssandier qui doivent manger des cerveaux d’animaux qui ont été bouillis.

Infâme, mais on dira : LTD découvrirait-il le principe de Fort Boyard ? C’est toute la « culture » de cette émission, rien de nouveau.

Oui, mais ce qu’il y a, c’est que les animateurs Gérard Vives et Carinne Teyssandier appartenaient à une équipe… L214, conduite par Aymeric Caron, aux côtés également de Hélène Gateau (présentatrice d’Hélène et les animaux), Laurent Maistret (vainqueur de Koh-Lanta 2014) et Damien Thévenot (animateur).

12 000 euros y ont été récoltés, 12 000 euros pour ni plus ni moins que vendre son âme.

Participer aux institutions, c’est selon nous erroné, mais cela a un sens. Manifester dans les rues avec des animaux morts c’est selon nous moralement inacceptable, mais on peut penser que cela doit marquer, que c’est une confrontation au réel.

Mais Fort Boyard ? Là c’est carrément insulter les gens, c’est participer aux pires entreprises culturelles qui font de ce monde un enfer. Fort Boyard, c’est par essence quelque chose d’opposé à l’intelligence, au véganisme, à la rationalité…

Encore, à la limite, si c’était une émission « spéciale », mais non, et c’est logique : on est dans la banalité de la vie quotidienne d’une société décadente tournée entièrement vers le profit, où la vie ne compte pas.

Le « soutien » à L214 est ici une démonstration du fait que, en pleine expansion mondiale de l’exploitation animale, des idiots utiles sont savamment utilisés et orchestrés pour donner une image d’ouverture à un système intolérable, inacceptable.

C’est également une démonstration de plus, s’il en fallait une, que le pragmatisme est une horreur, qu’on ne peut pas contourner le peuple, que seul le travail à la base, tourné vers la population, fonctionne. Les initiatives par en haut, jouant sur l’irrationnel, le sensationnel – comme l’a fait PeTA, comme le fait L214 – n’aboutissent qu’à des résultats en surface, sans jamais remuer le fond du peuple, de la jeunesse.

Voici quelques réactions Facebook au sujet de cette sordide affaire de Fort Boyard.

[Voici le communiqué en question]

Du rêve à la réalité
À Fort Boyard, ce qu’on aime, c’est le sport, les énigmes, les casse-têtes, les joueurs qui se donnent à fond et les émotions qui vont avec. Le décor est magique, on se croirait dans nos rêves de gosses, avec ce bâtiment majestueux en plein milieu de l’océan, ces personnages hauts en couleur.
Et puis, il y a les animaux.
Rarement, nous nous posons la question de leur présence : elle va de soi, elle est partie intégrante du décor et du jeu.
Si on peut avoir du mal à appréhender les émotions d’une araignée ou d’un asticot, celles des tigres et autres souris sont à notre portée. Et leurs désirs aussi : le besoin d’espace, l’envie de liberté, l’envie de vivre leur propre vie.
Nous avons de nombreuses pratiques à remettre en question. Celle d’enfermer des animaux pour notre divertissement en est une.



Le véganisme est-il soluble dans l’exploitation animale et l’anthropocentrisme?

Quand on a envie d’aider les animaux, on se dit logiquement que plus il y a de gens qui font des choses en leur faveur, mieux c’est. C’est cependant trompeur et l’enfer est pavé de bonnes intentions. Il y a mille manières en effet pour faire en sorte qu’une bonne idée se perde dans les marais, se retourne en son contraire, soit freinée, modifiée, abandonnée, etc.

Pour qui a une expérience un minimum sur le long terme du véganisme, ou tout simplement en étant réaliste d’ailleurs, il est évident que la libération animale s’oppose radicalement aux valeurs institutionnelles. Toute une économie est fondée sur l’exploitation animale; l’anthropocentrisme est la norme dominante.

C’est comme lorsque le Vatican prend d’assaut la conférence sur le climat de l’ONU à Paris à la fin de l’année: il faut être naïf pour penser que cela va contribuer à faire avancer les choses… Bien au contraire!

Tout est une question de contenu. Aussi, on ne peut pas croire que soit crédible la dernière affiche de l’association L214, qui prône le véganisme, comme si cette association portait entièrement le véganisme, alors que justement elle se veut un rassemblement large en laissant ouverte la porte au véganisme, voire en le soutenant.

Mais le revendiquer, cela demande un tel niveau d’exigence, qu’il y a forcément un décalage entre ce qui est dit formellement et ce qui est fait à la base. Et là, c’est contradictoire.

L’association organise également à Paris une conférence… sur la libération animale, concept que justement elle ne peut pas et ne veut pas assumer. L214 appartient au courant welfariste, du « bien-être »; elle pourrait parler d’égalité animale, d’antispécisme (et d’ailleurs les « cahiers antispécistes » co-organisent la conférence).

Mais la « libération animale », c’est un concept révolutionnaire, assumé par l’ALF et bien d’autres, et c’est précisément ce que réfute l’association L214… C’est là un hold-up intellectuel et culturel.

Voici la présentation de la conférence, avec notamment la présence de personnes présentées comme des « ténors » de la cause animale.

La libération animale : et après ?
Une conférence unique à ne pas manquer
Samedi 30 mai • de 14h à 18h (ouverture des portes à 13h30, début de la conférence à 14h précises)
Cité des sciences et de l’industrie • Paris 19e

L’association L214 organise, en partenariat avec Les Cahiers antispécistes, une conférence à Paris avec trois invités d’exception : Peter Singer, Aymeric Caron et Matthieu Ricard.

Conférence L214 Les Cahiers antispécistes à Paris

Les trois conférenciers exposeront leurs réflexions sur le thème La libération animale : et après ? Inventer une société sans exploitation des animaux.

Peter Singer : philosophe et professeur de bioéthique. Il est l’auteur du best-seller La libération animale, considéré comme l’ouvrage fondateur du mouvement contemporain des droits des animaux.
Aymeric Caron : journaliste de télévision et de radio. Dans son livre No Steak, il explique pourquoi, un jour, la viande disparaîtra et l’humanité deviendra végétarienne.
Matthieu Ricard : docteur en génétique cellulaire et moine bouddhiste. Dans son récent Plaidoyer pour les animaux, il expose les raisons et l’importance d’étendre notre bienveillance à tous les êtres sensibles.

Ce qui est significatif aussi, c’est la présence de Peter Singer, auteur justement de la « libération animale », mais qui s’oppose historiquement à l’ALF s’étant développé parallèlement à ses activités. Que dire aussi d’un moine bouddhiste ou d’un chroniqueur télé: c’est cela l’utopie?

En vérité, il s’agit simplement là de montrer le caractère « institutionnel », acceptable, non radical, non rupturiste… Il s’agit d’amener les gens sincères vers une voie de garage, gaspillant leurs énergies à coups de réformes alors que, comme on peut le constater aisément, l’exploitation animale s’intensifie et s’élargit sur la planète, dans des proportions gigantesques.

Le « véganisme » ne serait alors qu’un repli intellectuel de gens habillés en noir constatant la « tristesse » du monde, bref rien d’autre qu’une « conscience malheureuse »… Alors qu’en réalité notre devoir est de tout bouleverser de fond en comble!

Le magazine Le Point consacré aux animaux

Le magazine Le Point a consacré son numéro actuel, de début décembre 2013, aux animaux, dans un dossier se voulant « actuel » quant à la « question animale ».

Tout cela vaut le coup d’oeil, parce qu’on apprend des choses par-ci par-là : le dossier entend en effet jouer de « l’effet de surprise » en présentant « l’intelligence » ou les « émotions » de tel ou tel animal, et raconte des choses qu’on ne sait pas forcément.

Le dossier commence d’ailleurs avec la description d’un public dans un zoo qui est subitement éberlué en comprenant qu’un orang outan était en train de construire un hamac, en faisant même un nœud.

Sur ce point, il y a une remise en cause en effet nécessaire, et donc il y a des choses à prendre.

Malheureusement, le tout est présenté au moyen de sortes d’anecdotes au sujet d’animaux « extraordinaires » pris individuellement.

Ces exemples servent à proposer une sorte de remise à plat du rapport aux animaux. Cependant, l’esprit est seulement à l’ouverture, il ne faut pas s’attendre à une affirmation du véganisme, ni à une remise en cause de l’anthropocentrisme, qui est « critiqué » mais simplement pour être réorganisé, relancé sous une forme plus moderne et plus « adaptée. »

On retrouve dans le dossier évidemment Elisabeth de Fontenay, dont le discours est de pire en pire dans le relativisme (nous avons parlé d’elle à plusieurs reprises et rappelons qu’elle assume ouvertement de n’être même pas végétarienne), mais également Luc Ferry, le grand « philosophe » anti-écologie en France…

Inévitablement, et nous l’avons plusieurs fois expliqué également, on retrouve les variantes religieuses, qui tentent de profiter de l’écologie ou des animaux pour saluer la « création » et Dieu, etc. etc.

Le discours de tous ces gens consistent à dire qu’il faut modifier les limites, c’est-à-dire de notre point de vue, faire semblant de changer les choses. Ils ne défendent pas le véganisme, ni la libération animale, ils sont bornés par leur refus de reconnaître la Nature.

Il faut noter ici le rôle traditionnellement néfaste d’Aymeric Caron. Dans son texte, on croirait lire LTD : tant que les animaux seront des marchandises, ils seront échangés et leur situation ne changera pas.

Quelle est alors la conclusion ? Le véganisme, la révolution, la lutte sans compromis, jusqu’à la victoire ? Aymeric Caron lève-t-il le drapeau de la justice, de la libération animale ? Deviendra-t-il le porte-parole de l’ALF ?

Eh bien, non, bien sûr. Il reprend le même discours qu’au Paris Vegan Day, une sorte de mélange indigeste, un gloubi boulga juridique ne rimant à rien et bien entendu présenté comme une sorte d’étape.

Bref, il nous fait le coup classique des escrocs qui prétendent que changer la loi permettrait de changer la réalité, alors qu’évidemment c’est l’inverse qui est vrai… Seulement, un journaliste écrivant dans Le Point ne peut bien entendu pas expliquer que la société dépend de rapports de force…

Aymeric Caron se contredit: il dit que changer des mots du code civil ne change rien, puis il appelle justement à changer les mots du code civil! « Refonte totale » cela ne veut rien dire, car tout cela reste des mots qui dépendent de la réalité, des rapports de force. On sait bien qu’une loi n’est appliquée que selon des rapports de force précis. Ce qui se passe avec l’écotaxe en ce moment est un bon exemple…

L’origine de l’incohérence d’Aymeric Caron est facile à comprendre. Il est dans une position contradictoire, car on n’explique pas dans une revue lue par la bourgeoisie urbaine qu’il faut « changer » les choses, tout en faisant l’apologie de l’autobiographie du responsable pour la France de McDonald’s quelques pages plus loin…

Soit on assume que des entreprises ont intérêt à l’exploitation animale et alors on les affronte, on veut la révolution, soit on soutient des réformes. Mais prétendre qu’on peut changer les choses par le « droit », et cela nous l’avons déjà dit et nous le répéterons sans cesse, c’est de l’hypocrisie, c’est surtout de la trahison vis-à-vis des animaux.

Le végétarisme français, cet anti-universalisme

Quand des gens ont une grande entreprise d’exploitation animale, ils sont très contents des réformes qui sont faites concernant les tailles des cages. Cela leur permet en effet de profiter de l’effondrement des petites entreprises qui ne peuvent pas suivre.

C’est ce qui s’est passé notamment avec la rentrée des pays de l’Est dans l’Union Européenne, et c’est le principe des réformes et autres améliorations : aider les gros à écraser les petits ne pouvant pas suivre le rythme.

De la même manière, les entreprises de l’exploitation animale ont tout intérêt à produire un contre-véganisme. Ce contre-véganisme, ce faux véganisme, c’est le « végétarisme. »

Et le dernier numéro de l’hebdomadaire « Le point » lui est totalement consacré, sous le titre racoleur de : « Viande : la nouvelle guerre de religion. »

Pour voir la nullité de tout cela, voici ce que dit par exemple Aymeric Caron, journaliste ayant déjà invité Brigitte Bardot à la radio, juste avant le Ramadan, en 2010 :

Ce type découvre le véganisme en 2013 ! C’est un sacré témoignage de l’arriération culturelle française : on a un hebdomadaire pour qui la « grande alternative » c’est le végétarisme, et le véganisme est mentionné de manière marginale.

Et encore ce véganisme se résume à des sportifs et des personnalités…

D’ailleurs, le grand designer à la mode Philipe Starck est mis en avant, pour « essayer » :

Monsieur Starck « essaie. » Voilà la grande radicalité proposée par l’hebdomadaire Le Point : il suffirait d’aller dans ce sens, d’essayer.

D’ailleurs, le grand problème, ce serait l’excès :

Et pour ceux et celles n’ayant pas compris, voilà le programme :

On a là une barbarie terrible, dont le végétarisme est le meilleur allié. Car le végétarisme n’attaque pas l’exploitation animale, alors que le véganisme le fait.

Le véganisme refuse impitoyablement toute exploitation animale, il ne permet pas à celle-ci de réapparaître sous d’autres formes. Le végétarisme, lui, est une conception élastique, manipulable, cautionnant une partie de l’exploitation animale et ainsi étant largement manipulable sur le plan théorique et pratique.

D’ailleurs, si le véganisme est un principe aisément compréhensible, la grande masse des gens en France ne discerne pas du tout les fondements et limites du végétarisme.

Dans un pays comme la France où les gens pensent qu’une personne végétarienne peut manger un poisson, de toutes manières, seul le véganisme est une position correcte indiquant la voie.

Et l’industrie de l’exploitation animale ne veut pas de cette voie, d’où son ouverture tactique au végétarisme, d’où son acceptation du « débat. »

La mise en valeur du végétarisme va de pair avec la tactique de remettre l’exploitation animale en avant, comme là avec « le steak tartare » comme « acte de résistance » !

On peut lire d’ailleurs que le boucher est content qu’une vache soit mère, car comme cela il peut la tuer, puisqu’elle aura meilleur goût…

Et comme il faut des chercheurs et autres intellectuels pour théoriser et empaqueter toute cette construction, on trouve des gens comme Marcela Iacub.

Elle est notamment connue pour sa défense de la prostitution, et voici ce qu’elle dit :

 

Ce qui est intéressant, c’est qu’ailleurs (dans Le Figaro Madame, qui la présente comme une « intello végétarienne »), elle dit exactement le contraire :

Ma philosophie de la viande : « C’est plutôt une utopie ! Je voudrais que l’on intègre les animaux à l’humanité. Tracer une frontière entre eux et nous n’a plus aucun sens. L’humanité se réconciliera avec elle-même si elle intègre les animaux en son sein. Si elle leur accorde le droit à la vie. »

Car c’est ce qui caractérise tous ces gens : le flou, la défense de certains animaux, mais pas d’autres.

Le végétarisme, c’est le refus de l’universalisme, c’est le refus du véganisme, le refus de reconnaître l’exploitation animale, le refus d’assumer des positions strictes et fermes.

Au lieu de cela, il y a le fameux « place au débat », l’esprit de discussion et de tergiversation, la mise en avant d’individus « intellos », etc.

Notons qu’évidemment, Le Point se permet également d’en rajouter une couche dans le halal, dans le prolongement de ses fameux dossiers ces derniers temps.

Là est également le caractère honteux du végétarisme : aider les fachos à utiliser la question animale pour leurs visées populistes.

Le végétarisme a tous les défauts en France : il va dans le sens du libéralisme à la française, il donne de l’espace aux bobos et à leur consommation « respectable », il brouille les exigences morales du véganisme.

Si un hebdomadaire conservateur comme Le Poinr fait l’apologie du végétarisme, cela veut tout dire !