• Arkangel : "Prayers upon deaf ears"

Donald Trump déclare la guerre à la Nature

Donald Trump a tenu un discours hier où il a été tout fier de dénoncer les accords de la COP 21, les « accords de Paris ».

C’est ni plus ni moins qu’un acte de guerre : les États-Unis représentent 19 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui fait qu’on devine aisément les conséquences…

Ne nous voilons pas la face : le temps commence à être compté.

La défense de la Nature et des animaux n’a aucun sens si les destructions deviennent exponentielles.

Emmanuel Macron a bien pu répondre dès hier soir par un petite vidéo où il affirmait même « Make our planet great again » («Rendons sa grandeur a notre planète»), par opposition au « Make America great again », ce ne sont que des mots car les faits sont là.

La consommation de « viande » explose à l’échelle mondiale, la déforestation continue avec son ampleur terrifiante, le refus de la Nature reste général par une humanité anthropocentriste, et voilà que la première puissance économique du monde a placé à sa tête un fou furieux niant le réchauffement climatique.

Le Figaro donne une anecdote en disant long à ce sujet :

La scène se déroule le 8 février 2016 à Manchester, dans le New Hampshire… dans un autre siècle.

Deux mois plus tôt, le président des États-Unis, Barack Obama, venait de parapher l’accord de Paris sur le climat, et Donald Trump n’était encore qu’un électron libre à la popularité grandissante.

Dans le Palais des congrès surchauffé où se pressent 5000 à 6000 inconditionnels, le trublion new-yorkais fait une apparition tardive.

Les congères et le blizzard ont contrarié son arrivée par la route. Faisant mine d’épousseter son costume bleu nuit impeccable, Trump se gausse: «Alors il est où le réchauffement climatique dont “ils” parlent tant? On en aurait bien besoin, là maintenant!»

2016 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée et en 2017, Donald Trump fusille publiquement un accord au sujet du réchauffement climatique, devant toute la presse mondiale.

Et en fait rien n’a changé, puisqu’il s’agit de la défense d’un mode de vie, ainsi que d’intérêts économiques. La Croix note cette continuité :

1992. À Rio, les négociations sont lancées en vue d’un accord mondial sur le climat qui passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Le mode de vie américain ne se négocie pas. Point final », déclare George H. Bush.

1997. Pour Washington, les pays en développement doivent assumer une part du fardeau. Le traité de Kyoto, signé par le vice-président démocrate Al Gore, est du coup rejeté par le Sénat. Le protocole de Kyoto entrera en vigueur en 2005 sans les États-Unis.

2007. À Bali, alors que la délégation américaine est huée, un « plan d’action » fixe l’objectif d’un accord mondial en 2009. Mais la COP de Copenhague, cette année-là, est un échec.

2015. Les États-Unis de Barack Obama jouent un rôle moteur dans l’adoption de l’accord de Paris, qui allie principes contraignants et « contributions » nationales sur la base du volontariat.

2017. Le 1er juin, après avoir fait de la sortie de l’accord de Paris un argument de sa campagne électorale, Donald Trump rend publique sa décision.

Le Parisien souligne l’importance des intérêts économiques dans la décision de Donald Trump :

La puissante US Chamber of Commerce, plus grande fédération patronale du monde, arguait que la mise en place de l’accord coûterait plus de 3.000 milliards de dollars à l’économie américaine d’ici à 2040.

L’organisation politique conservatrice Americans for Prosperity, financée par les frères milliardaires Koch, à la tête d’un empire industriel et chimique, soutenait aussi le retrait, tout comme des dizaines de groupes conservateurs, qui eux-mêmes financent largement les campagnes des républicains.

Il faut lutter! Il ne faut pas que des nations se mettent en avant, il ne faut pas que des individus se mettent en avant, il faut la Nature avant tout!

Concluons donc sur l’image du dernier numéro de la revue d’Earth first ! aux Etats-Unis.

Donald Trump s’y fait symboliquement attaquer par des animaux. Le tuyau est une allusion aux autorisations faites par le président américain de construire un oléoduc géant appelé Keystone XL, reliant les champs de sable bitumineux de la province canadienne de l’Alberta au golfe du Mexique, ainsi que l’olédoc Dakota Access du Dakota du Nord à l’Illinois.

Nicolas Hulot avoue sa position sur la COP 21

Après le show pour l’opinion publique, la « vérité » pour les décideurs, hauts fonctionnaires et cadres d’entreprises, dans le journal Le Monde! Nicolas Hulot n’aura pas été démocratique jusqu’au bout.

On aurait bien aimé l’entendre dire ce qu’il ose expliquer dans le Monde… A savoir que rien n’a été mis en place, que les dirigeants ne veulent pas, que l’écologie n’est présente nulle part!

Cela aurait été franc et son appui consensuel factice n’aurait pas contribué à désarmer la population sur cette question… Mais justement il n’est pas démocratique, il se contente de reproches aux « décideurs », de quémander aux grandes entreprises…

« La vaste farce de la COP 21 »

Voici une intéressante lettre du courrier des lecteurs de Clicanoo, un journal de la Réunion. Elle synthétise bien ce que tout observateur un tant soit peu sérieux peut comprendre de la COP 21.

Mieux encore, elle doit inspirer: nombreuses sont les personnes ayant compris que la COP 21 avait failli. Que vont faire ces personnes? Vont-elles se replier sur elles-mêmes, ou se lancer dans la bataille pour la planète? Comment ont-elles saisi les enjeux?

Pour les gens sans conscience, la COP 21 a été un fait divers parmi d’autres. En réalité, son impact va être immense, tant positivement que négativement : le soulèvement pour la Nature est inévitable.

La vaste farce de la COP 21

Une très longue ovation a clôturé la fin de la comédie écolo de la COP 21 aboutissant à des obligations non contraignantes telles que :

– Tous les 5 ans,un mécanisme de contrôle du respect des engagements sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre pris par les États s’effectuera en 2025 sur la base du volontariat. Les méchants contrôleurs seront… les États eux-mêmes !

– Un fonds de 100 milliards de dollars sera abondé par les pays riches,sur la base du volontariat pour aider les plus pauvres à réguler leurs émissions à partir de 2020 ! La Chine (la nation la plus riche et la plus polluante au monde) s’est exclue de ce dispositif ! Au vu des délais, autant dire que c’est renvoyé aux calendes grecques.

Pour rappel,10% des États parmi les plus riches sont responsables de 50% des émissions polluantes de la Terre.

– Les 195 États ont jusqu’à avril 2017 pour signer ce traité et,ensuite, devront le faire ratifier par leur parlement. Enfin,cerise sur le gâteau (c’est là qu’on s’aperçoit de la force des multinationales dans leur travail de lobbying), cet accord contraignant sur la base du volontariat (sic) ne s’appliquera que si au moins 55 États représentant 55% des émissions le ratifient.

Avant la Conférence, chaque État devait dire qu’elle serait sa contribution volontaire de réduction d’ici 2030 (pourquoi pas 2060 ou 2080 ?).

Mais aucune sanction n’est prévue. Sur proposition des USA (2e pollueur mondial), une mauvaise publicité serait faite à l’encontre du pays réticent à respecter ses pseudo-engagements pour qu’il ait honte !

C’est tellement ridicule qu’on se croirait dans une cour de récréation de maternelle et ce serait risible s’il n’y avait pas l’enjeu de la survie de l’espèce humaine.

Et dire que les USA sont capables de faire signer des accords commerciaux comportant de très fortes pénalités pour les États et de les faire juger par des tribunaux internationaux de coquins à leur solde.

En cas de signature du TAFTA (Europe/USA), si un État veut restreindre l’exploitation de gaz de schiste ou veut favoriser par des incitations fiscales le développement de l’énergie solaire, toute multinationale pollueuse pourra lui demander de très importants dommages et intérêts pour tout risque de diminution de profits possibles.

L’Union Européenne a adopté un double langage au cours de cette COP 21 : favorable dans le discours, mais très réticente en coulisses vis-à-vis de toute réglementation climatique qui pourrait entraver le libre-échange commercial entre blocs économiques signataires.

La montagne a encore accouché d’une souris,elle-même déjà mal barrée pour un renouvellement de la future espèce intelligente à l’instar de celle qui a vu notre émergence (suite à une très longue évolution des espèces) après l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années.

Le citoyen pas si naïf

« Fin de la Cop21 : un accord universel à suivre de près… »

Voici le point de vue d’Europe Ecologie Les Verts sur la COP 21. On remarquera qu’il est présenté de manière très technocratique, et pour cause : son auteur, Lucile Schmid, a fait Sciences-Po et l’ENA, travaillant à de multiples postes de haut fonctionnaire, membre du Parti Socialiste pendant des années, avant de rejoindre EELV en 2010.

À 19h29 le 12 décembre 2015, les 195 pays réunis à Paris ont adopté à l’unanimité un accord pour limiter le réchauffement climatique. Après 24 heures de prolongation, les points de blocage ont été surmontés.

L’accord reflète dans son équilibre général la persistance de réelles divergences dues à la très grande diversité des situations nationales.

Mais c’est un véritable succès d’avoir réussi à obtenir une approbation universelle – l’accord de Kyoto ne portait au final que sur 15% des émissions de CO2 mondiales – cet accord de Paris permet donc de trouver un socle commun de discussion et de dynamique vers une économie décarbonée pour l’avenir.

L’accord sera définitivement signé en avril 2016 et entrera en vigueur en 2020.

On peut en retenir la garantie d’un financement à hauteur d’un plancher de 100 milliards de dollars à compter de 2020 qui était un sujet essentiel pour que la confiance soit établie entre les pays occidentaux et le groupe des 77, la confirmation du mécanisme de révision tous les 5 ans à compter là encore de 2020, ou la confirmation du principe de responsabilité commune mais différenciée qui fonde l’approche des COP et conduit à reconnaître que les efforts à mener pour aboutir à l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent être proportionnés aux responsabilités et moyens de chaque pays.

Les Etats insulaires ont obtenu que l’accord mentionne l’objectif de contenir en dessous de 2 degrés le réchauffement climatique si possible à à 1,5 degrés, limite au-dessus de laquelle de nombreux états insulaires seront en effet submergés.

C’est une surprise lorsqu’au début de la négociation seul l’objectif de 2 degrés était communément évoqué.

Mais cette victoire a un prix. L’objectif de réduction des émissions à long terme est particulièrement flou et ne constitue pas une contrainte.

Il est juste prévu de « viser un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre dès que possible «.

Pour mémoire le GIEC juge nécessaire de baisser de 40 à 70% les émissions de GES d’ici 2050 pour se situer dans une trajectoire de réchauffement à deux degrés.

Jean Jouzel,  ancien vice-président du GIEC, a dans les heures qui ont suivi l’adoption de l’accord alerté sur le fait que se fixer un objectif de 1,5 degrés sans y adjoindre les contraintes correspondantes n’avait pas de sens. Il a également rappelé que le scénario de réchauffement à deux degrés était déjà extrêmement difficile à atteindre.

Il faut également remarquer que l’accord devant entrer en vigueur en 2020 et le mécanisme de révision prenant effet tous les 5 ans, l’addition de ces deux éléments nous emmènerait beaucoup trop loin dans le temps sans revue des engagements par rapport à la situation (15 ans de délai alors que le GIEC a estimé dans son dernier rapport que c’était les 20 prochaines années qui étaient décisives).

C’est pour cette raison que le groupe de pays qui s’est formé pour porter une haute ambition sur le climat (high ambition) et qui comprend l’Union européenne comme les Etats-Unis ( qui ont fait le choix de s’y joindre au cours de la négociation de Paris) ou le Brésil et des pays particulièrement vulnérables au réchauffement s’est engagé à une révision de ses engagements avant 2020.

Au vu de cette situation plusieurs orientations se dégagent :

–        D’abord la nécessité de faire d’un accord universel mais peu contraignant le point de départ d’une dynamique ce qui ne va pas de soi ;

–        Ensuite l’importance pour l’Union européenne de retravailler rapidement sur sa cohésion et son rôle de leadership et de médiation entre le Nord et le Sud dans la perspective de la Cop22 qui aura lieu au Maroc ;

–        Ensuite encore la nécessité de donner aux pays les plus impactés aujourd’hui par le dérèglement climatique (Afrique, pays les moins avancés, Etats insulaires) les moyens d’une adaptation concrète, rapide et efficace. Attendre 2020 pour mettre en place les outils d’une adaptation efficace serait criminel ;

–        Enfin le travail à effectuer rapidement pour faire le lien entre les engagements de l’accord et ceux des collectivités locales et des entreprises, comme des initiatives citoyennes.

Lucile Schmid, membre du Bureau exécutif chargée de la COP21

Les végans et la COP 21 : un ratage

C’est l’un des aspects qui nous aura le plus frappé : il n’y a pas eu d’intérêt pour la COP 21 à s’être exprimé de la part des gens. Les médias en ont parlé, les ONG se sont beaucoup investis, mais par obligation, étant donné qu’être liés aux institutions est dans leur ADN.

Mais la passivité a été complète, notamment chez les jeunes. La COP 21 n’a absolument pas parlé chez eux, elle n’a signifié rien du tout. Chez certaines personnes, l’intérêt pour l’écologie s’est renforcé, mais c’est totalement individuel.

Il n’y a aucun mouvement de masse à s’être élancé sur la base d’une révolte contre ce qui se passe. C’est extrêmement grave et c’est quelque chose qu’on regrettera et paiera amèrement dans l’avenir.

En un certain sens, il s’est passé en France pour l’écologie ce qui s’est passé pour le véganisme : les idées ont été récupérées par les personnes ayant du savoir et des moyens financiers.

Il ne faut pas se voiler la face : le véganisme est devenu une sous-culture annexe aux hipsters et aux bobos et les couches populaires méprisent cette approche qui ne leur parle absolument pas, qui leur semble totalement étrangère.

Cette tendance était nette, mais encore pouvait-on penser qu’émerge un contre-courant, allant dans un sens alternatif : cela n’a pas été le cas. C’est au mieux la culture zadiste – éloge du terroir qui a avancé comme modèle faussement alternatif. La responsabilité des anarcho-antispécistes totalement folkloriques est ici importante d’ailleurs ; leur vidéo porno « la Terre déviante » a été un exemple tout à fait révélateur de leur approche nihiliste et contre-productive.

Il y a donc énormément de choses à penser après la COP 21, non seulement en raison de l’échec de celle-ci comme proposition historique pour freiner le réchauffement climatique, mais aussi de par l’échec des gens à se mobiliser en faveur de la planète.

Il semble vraiment que les personnes les plus âgées aient capitulées, que les gens de 40-50 ans ont conscience de la situation mais considèrent qu’ils ne peuvent plus vraiment se remettre en cause, que ceux de 25-35 ans préfèrent vivre leur vie, alors que les plus jeunes sont en dehors de toute culture de la responsabilité et de l’engagement.

Le véganisme va subir d’ailleurs un contre-coup terrible de la COP 21. Les vegans ont été inexistants, d’un silence complet. C’était pourtant l’occasion ou jamais de proposer une utopie, mais comme le véganisme est porté surtout sur un mode individualiste, de « témoignage », de réformes à la L214 c’est-à-dire sur 250 années au mieux, rien n’a pu émerger.

Les vegans ont fait comme si la question du véganisme était imperméable à la société, en dehors de la réalité. Comme si la COP 21 n’avait pas eu lieu, comme si le réchauffement climatique n’avait pas eu lieu…

Sauf que le véganisme a tout à voir avec l’écologie, car l’écologie authentique, radicale, c’est la défense de la Nature, et les animaux c’est la Nature aussi ! En résumant le véganisme à une posture individuelle de « refus », en se limitant aux élevages, les vegans français ont montré qu’ils rataient la dimension réelle de la lutte.

On ne peut pas rater une dynamique comme la COP 21 impunément. La portée historique de la COP 21, ou de ce qu’elle aurait dû être, ne peut pas être niée ou considérée comme une sorte de fait divers.

Quant au fait d’apprécier comme incroyable les avancées du véganisme en France, c’est se voiler la face sur le fait que c’était inéluctable et que cela se déroule avec des années voire des décennies de retard sur les autres pays d’Europe équivalents comme l’Angleterre ou l’Allemagne.

Tout cela montre à quel point tout reste à faire pour un véganisme démocratique, porté par la population et non pas par une minorité infirme et urbaine, faisant du véganisme une tendance semi-fashion semi-bobo, avec un zeste de témoignage chrétien et un autre de misanthropie.

Quand on voit un vrai torchon bourgeois bohème comme Libération faire un éditorial pour dénoncer le foie gras ainsi que le spécisme, et appeler le gouvernement et à avoir la « décence de se pencher sérieusement sur les questions de l’élevage, du végétarisme et du statut des animaux », on croit rêver : c’est du grand bourgeois grand guignol.

Le véganisme est en train d’être happé par les institutions, d’être transformé en sous-culture de bobos, afin d’être neutralisé : voilà ce que révèle « l’oubli » par les vegan de la COP 21 comme problématique mondiale pour les animaux.

Aux personnes conscientes de cela de faire en sorte de préserver les fondamentaux et d’aller dans une autre direction !

Les quatre lacunes principales de l’accord de la COP 21

« COP21 : pourquoi l’accord ne suffira pas pour sauver la planète » : c’est le titre très france d’un article du site Francetvinfo, lié aux chaînes publiques en France.

Cela a le mérite d’être franc. On notera la précaution prise dans l’introduction :

« Le texte de l’accord de Paris, adopté samedi par les 196 parties au Bourget, suscite de nombreux espoirs. Pourtant, certains spécialistes et ONG doutent de son efficacité. Francetv info vous explique pourquoi. »

En pratique, il s’agit cependant d’une présentation très précise des grands points faibles de l’accord final.

Francetv info se penche, lundi 14 décembre, sur les lacunes de ce texte. Autant de points qu’il faudra trancher pour faire de l’accord de Paris un succès.

Il ne dit pas comment « décarboner » l’économie

Les ONG sont unanimes : pour atteindre les objectifs validés par l’accord, il faut entrer dans l’ère du 100% renouvelable, et donc renoncer immédiatement aux énergies fossiles. Or, les pays dont l’économie dépend du pétrole et du charbon ne l’entendent pas de cette oreille. L’Arabie saoudite, fer de lance de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), et le Venezuela sont ainsi parvenus à exclure toute référence à l’instauration d’un prix du carbone.

Il est à peine évoqué en préambule, à l’alinéa 137, avec la formulation suivante : les Etats reconnaissent « combien il importe de fournir des incitations aux activités de réduction des émissions, s’agissant notamment d’outils tels que les politiques nationales et la tarification du carbone. » « Une formulation vague, décevante pour le monde économique qui s’était fortement mobilisé sur la question, » relève Challenges.

De même, l’objectif de 100% d’énergies renouvelables, qui doit être atteint d’ici à 2050 (soit le recours au solaire, à l’éolien, à la biomasse, etc.) ne figure pas dans le texte de l’accord. Au grand dam des ONG.

Il élude la question des transports

Le texte ne fait, par ailleurs, pas mention de l’enjeu des transports aériens et maritimes, lesquels pourraient, selon les experts, représenter un tiers des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Au moment le plus critique des négociations, le 9 décembre, la question a été retirée du projet de texte.

Le commissaire européen à l’Energie, Miguel Arias Cañete, a eu beau « se battre pour qu’[elle] soit réintégrée », le paragraphe qui la concernait a sauté. « De nombreux pays dépendent trop du transport de marchandises et de l’aviation pour tolérer la mention de ces deux secteurs, les Etats-Unis et la Chine en premier lieu », a expliqué 20 Minutes.

L’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre des avions et des bateaux de marine marchande a longtemps été inscrit dans les projets d’accord. Certes, l’aérien contribue à 2,5% des émissions mondiales de CO2 et le maritime à 2,2%.

Mais leurs rejets augmentent deux fois plus vite que ceux de la moyenne mondiale depuis 1980, rappelle la revue Nature Climate Change, citée par Le Figaro. Or, « selon les professionnels, le trafic aérien de passagers devrait doubler, le fret aérien tripler et le trafic maritime de conteneurs quadrupler d’ici à 2030 », explique le quotidien.

Il n’est pas intégralement contraignant

L’accord de Paris n’est pas véritablement contraignant, déplorent les ONG. Elles auraient notamment souhaité la création d’un « comité de contrôle du respect des dispositions [prises par chaque Etat] », ainsi que la mise en place d’un mécanisme de sanctions, capable de pénaliser les pays récalcitrants à tenir leurs promesses.

Mais attention, cela ne signifie pas que l’accord n’a pas de force juridique. « Les contributions nationales livrées par les pays (…) n’ont pas de valeur contraignante, étant volontaires dans leur ambition et ne faisant pas partie de l’accord stricto sensu, explique Le Monde.fr. En revanche, chaque Etat a malgré tout l’obligation d’en établir une, de la mettre en œuvre, et surtout de la réviser à la hausse tous les cinq ans, selon les articles 3 et 4 de l’accord. »

Le quotidien met par ailleurs en lumière l’article 13 du texte, lequel « prévoit un mécanisme de transparence, qui conduira un comité d’experts internationaux à vérifier, publiquement, les informations fournies par les pays en termes de suivi de leurs émissions et des progrès accomplis pour les réduire. »

Il ne sécurise pas à long terme les pays les plus vulnérables

Pendant quinze jours, les négociateurs ont débattu autour de l’épineuse question du financement de la transition et de l’adaptation dans les pays en voie de développement. Et pour cause, ils sont bien souvent les plus violemment impactés par les conséquences du réchauffement climatique (sécheresse, typhons, etc.). Un fonds vert de l’ONU, alimenté par les pays riches à hauteur de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020, doit permettre aux pays pauvres de réaliser les investissements dont ils ont besoin. Problème : le texte indique que ce fonds doit être réévalué en 2025. A la hausse ? Pas forcément, s’inquiètent encore les ONG.

La COP 21 et les objectifs pour 2100

La COP 21, comme on le sait, a eu lieu en considérant qu’il fallait freiner le réchauffement climatique. C’est l’année 2100 qui sert de référence, tout au moins c’est ce qu’ont expliqué les médias et les commentateurs.

Quand on parle des fameux 2°C, on veut dire par là qu’il s’agit des 2°C de plus entre l’ère pré-industrielle – avant la révolution industrielle, environ autour de 1870-1880 – et l’année 2100.

Voici les passages de l’accord abordant cette question. On notera que l’accord ne cache pas du tout que les promesses faites par les États de baisse des émissions de CO2 ne suffisent pas du tout pour cet objectif de 2°C, qui est en plus présenté comme une sorte d’étape vers un autre objectif qu’il serait idéal d’atteindre et qui serait de 1,5°C.

« Insistant avec une vive préoccupation sur l’urgence de combler l’écart significatif entre l’effet global des engagements d’atténuation pris par les Parties en termes d’émissions annuelles mondiales de gaz à effet de serre jusqu’à 2020 et les profils d’évolution des émissions globales compatibles avec la perspective de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C »

« Note avec préoccupation que les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés sur la base des contributions prévues déterminées au niveau national ne sont pas compatibles avec des scénarios au moindre coût prévoyant une hausse de la température de 2 °C, mais se traduisent par un niveau prévisible d’émissions de 55 gigatonnes en 2030, et note également que des efforts de réduction des émissions beaucoup plus importants que ceux associés aux contributions prévues déterminées au niveau national seront nécessaires pour contenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à 40 gigatonnes ou en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à un niveau devant être défini dans le rapport spécial mentionné au paragraphe 21 ci-après »

On remarquera la taille de la phrase précédente, qui en dit long sur le caractère technocrate et non démocratique de l’accord final de la COP 21…

« Invite le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat à présenter un rapport spécial en 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre »

« Contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques »

Sans parler de la question de comment – nous avons vu qu’ici c’est vide – la COP 21 a affirmé l’objectif de 2°C de réchauffement climatique entre 1880 et 2100. C’est considéré par les ONG comme la très bonne nouvelle, le point de départ psychologique d’un nouveau cours (psychologique, car rappelons qu’il n’y a rien de contraignant pour aucun État).

N’est-ce pas pourtant contradictoire que les mêmes qui disent qu’il faut aller à 2°C, voire 1,5°C, comme objectif aient rendu des listes d’objectifs de leur part qui permettent seulement d’avoir comme objectif au moins 3°C ?

Les mêmes disent qu’ils regrettent que leurs propres efforts sont insuffisants : n’est-ce pas là quelque chose d’absurde, voire de franchement démagogique ?

On peut alors voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Une anecdote très parlante consiste justement ici en deux communiqués du 12 décembre 2015 de l’AFP au sujet de la COP 21, qui se contredisent dans leur évaluation. L’AFP ne savait pas trop s’il fallait pencher dans un sens ou dans l’autre, alors elle a fait les deux!

Le titre du premier communiqué était le suivant, dans une veine triomphaliste :

Accord historique à Paris pour sauver la planète du désordre climatique

Le titre du second communiqué dit précisément le contraire :

COP21: 187 pays ont fait des promesses, insuffisantes pour tenir les 2°C

Voici, enfin, deux graphiques permettant de mieux comprendre ce qui se passe sur ce plan.

Le premier montre les émissions de CO2 et leur évolution malgré les conférences de Rio, Kyoto, Copenhague et Doha. Nous sommes en 2015 et donc Paris est à mettre à ce niveau. On voit que la tendance ne va pas dans le sens des 2°C…

Cet autre graphique est sans doute plus parlant. Au-delà des discours, ce qu’il faut c’est la science. Il est très compliqué de comprendre tous les aspects du réchauffement climatique, surtout quand on nie Gaïa comme concept. Mais on a tout de même différents scénarios…

On remarquera que ce graphique montre que même si on arrive à commencer à stocker du CO2 en plus de ne plus en produire, on aura tout de même un réchauffement climatique.

Gaïa, inéluctablement, fait face à la folie humaine, se rappelant à l’humanité au-delà de sa vaine prétention à vivre coupée, séparée, voire contre la Nature.

Bilan de la COP 21 selon la Fondation Nicolas Hulot

Elargissons notre horizon et approfondissons notre compréhension de la COP 21, en voyant ce que dit la Fondation Nicolas Hulot. C’est un point de vue bien sûr très différent du nôtre.

LES POINTS POSITIFS :

+ Pour la première fois, un accord universel sur le climat impliquant 195 pays qui devront tous agir pour lutter contre les changements climatiques.

+ Des contraintes différentes selon le niveau de développement et de responsabilité des Etats, les pays développés continuant à assumer le leadership de l’action et des financements.

+ Une ambition forte : limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C en poursuivant les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C par rapport à l’époque pré-industrielle. Au delà des 1,5°C certains des pays les plus vulnérables pourraient purement et simplement disparaître.

+ Pour atteindre cet objectif, la science (GIEC) a démontré que les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront diminuer de 70 à 90 % d’ici 2050 bien que ce ne soit pas explicitement dit dans l’accord qui reste regrettablement très flou sur ce point.

+ Des Etats qui devront tous soumettre des contributions nationales contenant des engagements détaillés et vérifiables de réduction de leurs émissions de gaz à effet des serre. Aujourd’hui, 187 pays ont déjà soumis une première contribution qu’ils devront confirmer ou mettre à jour en 2020. Ces contributions devront être renouvelées tous les 5 ans à partir de 2025, toujours à la hausse.

+ Les pays développés devront continuer à faire acte de solidarité, après 2020, en finançant à part égale le développement soutenable et l’adaptation aux conséquences du changement climatique des pays en développement. Ce financement sera au moins de 100 Milliards par an jusqu’en 2025 et devra continuer ensuite. Au delà, d’autres pays, dont la richesse a augmenté ces dernières années, sont invités eux aussi à financer le développement des pays du Sud. La Chine a par exemple déjà promis 3 Milliards.

+ Les pertes et dommages (catastrophes naturelles accentuées par le réchauffement, déplacement de population etc) déjà subis par les pays les plus vulnérables sont reconnues dans l’accord. Un soutien financier et une meilleure gestion des déplacés climatiques sont prévus.

+ Pour la première fois, 195 Etats reconnaissent l’intérêt de donner un prix au carbone pour accélérer la réduction des émissions de GES. En marge de l’accord, de plus en plus de pays rejoignent la coalition pour un prix du carbone et mettent en place de telles politiques au niveau national.

LES POINTS NEGATIFS :

– Si l’accord contient de nombreuses dispositions contraignantes (transparence, soumissions régulières de nouveaux engagements de réduction et de nouveaux engagements financiers entre autres), il n’introduit pas de contraintes sur le respect des engagements pris ni de sanctions.

Il ne permet pas non plus de s’assurer d’une cohérence entre l’ambition de l’accord et celles des engagements nationaux. Ainsi, les contributions nationales soumises par les Etats avant le sommet de Paris ne sont pas cohérentes avec l’ambition de l’accord. Si elles étaient respectées, elles entraineraient un réchauffement de plus de 3°C. L’accord ne prévoit pas d’en réhausser l’ambition avant 2025 bien que chaque Etat puisse décider, à n’importe quel moment, d’augmenter son effort.

Ce n’est donc évidemment pas un accord miraculeux qui va résoudre à lui tout seul le problème du changement climatique. Certains le lui reprochent. Mais la FNH n’attendait pas un tel miracle de l’accord de Paris ! Comment l’espérer quand cet accord réunis des pays pétroliers ou les Etats Unis qui ont un congrès plus ou moins climato-sceptique ?

Obtenir un outil commun à l’ensemble des Etats qui transcrive dans le droit international une mobilisation sans précédent de toutes les composantes de la société, voilà ce qu’était notre objectif ! Cet outil nous l’avons.

Cette mobilisation ne devra pas faiblir, et c’est elle qui nous permettra de réussir ce à quoi les Etats ne peuvent pas s’engager sans elle ! Le métier est prêt, il ne reste plus qu’à tisser les motifs de la transition énergétique point après point. Partout les citoyens doivent continuer à faire pression ! Nous sommes le fil conducteur.

La COP 21 et les énergies fossiles

Voici un thème qui, logiquement, devrait être bien plus facile à expliquer et bien moins « polémique » que d’autres thèmes, aux yeux de certains : les énergies fossiles.

Qu’est-ce qu’on entend par cette expression ? Voici la définition de wikipedia, bien synthétique :

« On appelle combustible fossile tous les combustibles riches en carbone — essentiellement des hydrocarbures — issus de la méthanisation d’êtres vivants morts et enfouis dans le sol depuis plusieurs millions d’années, jusqu’à parfois 650 millions d’années. Il s’agit du pétrole, du charbon, de la tourbe et du gaz naturel. »

Ce sont des énergies qui, comme on le sait, ont massivement été employées par l’humanité, tout au moins certains pays, ceux ayant connu la révolution industrielle, à part pour le nucléaire qui est plus tardif et ne produit pas directement de CO2 en tant que tel, ce qui est d’ailleurs le grand argument des industriels de ce secteur pour la valoriser.

Aujourd’hui encore, ce sont les énergies les plus communément utilisées : 35 % environ de l’énergie utilisée dans le monde provient du pétrole, 25 % du charbon, 20 % du gaz naturel. On les utilise d’ailleurs toujours davantage, comme le montre le graphique suivant.

Voici les projections pour le futur, avec différents scénarios.

Or, l’utilisation de ces énergies a joué et joue encore un rôle essentiel dans le changement climatique. Voici un graphique montrant comment le réchauffement climatique correspond directement à la révolution industrielle.

Enfin, voici un graphique montrant les émissions globales de carbone fossile par type de combustible, de 1800 à 2000, ce qu’il est toujours utile de connaître.

On peut donc s’attendre à ce que la COP 21 ait abordé de front cette question. Selon Nicolas Hulot, la COP 21 a été un succès sur ce plan là : « Le glas des énergies fossiles a été sonné » a-t-il expliqué.

C’est même une « révolution » qui est en cours selon lui :

« Le coup est parti. Vous allez voir qu’on est à l’aune d’une révolution. Mais est-ce qu’elle ira assez vite, parce que la fenêtre est très étroite et le temps est compté ? Seul l’avenir le dira. »

Thierry Lepercq, président de Solairedirect, développeur et exploitant de centrales photovoltaïques acquis par Engie récemment, a expliqué de la même manière à l’Usine nouvelle, une très importante revue du milieu industriel :

« On peine à trouver dans le texte d’accord mention des énergies renouvelables…

Le terme « énergie » ne figure pas dans le texte, le mot « carbone » à peine… On peut le regretter mais il y a un point qui me paraît en revanche très clair, c’est que l’arrêt de mort des énergies fossiles a été décrété. L’accord vise la neutralité carbone dans la seconde moitié du siècle.

Or, en l’état actuel des technologies, la neutralité carbone veut dire ne plus émettre de carbone, donc ne plus brûler d’énergies fossiles. C’est la première fois qu’on a un message stratégique radical porté par toute la communauté internationale.

Ce message qui annonce la fin des énergies fossiles, sera-t-il entendu ?

Il sera entendu par les financiers, les investisseurs. Quand ils investissent dans un projet de centrale électrique, c’est un investissement sur trente ou quarante ans. L’accord parle de la seconde moitié du siècle, mais ce n’est pas si lointain pour les investisseurs. Cette échéance concerne leurs investissements aujourd’hui à l’étude. Le message de la COP21 ne peut que les détourner des fossiles. »

Tout cela est très bien et très joli, mais ce sont là les propos d’un agent commercial, qui déduit que même si on ne parle pas de son produit, c’est d’autant plus une raison qu’il soit le meilleur.

Car on si regarde l’accord de la COP 21, tout est bien différent. Ce qui compte, au-delà des intentions finales, ce sont les moyens. Or, là, comme il est constaté dans l’interview cité, il n’est pas parlé des énergies fossiles dans l’accord de la COP 21.

N’est-ce pas, là aussi, totalement fou ?

Il serait très facile, pour des scientifiques sérieux, des humanistes, de dire : bon, puisque ces énergies fossiles contribuent en grande majorité au réchauffement climatique, il faut s’en passer le plus vite possible.

Mais comme les représentants de nos pays ne sont ni l’un ni l’autre, ils ne le disent pas. Ils ne peuvent pas le dire, car leur modèle économique s’appuie dessus fondamentalement, ils ne veulent pas le dire, quand il s’agit de pays comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Venezuela, la Russie, etc.

On peut alors bien sûr faire des contorsions intellectuelles comme on veut et dire qu’on peut en déduire qu’il faut cesser d’utiliser des énergies fossiles, sans quoi la COP 21 ne rime à rien.

Mais selon nous, de manière cohérente, il faut plutôt dire que la COP 21 ne rime rien justement parce qu’elle n’affronte pas cette question essentielle de savoir comment cesser le plus rapidement possible l’utilisation des énergies fossiles.

Et pour cela, il faut une population consciente et assumant l’écologie, donc la reconnaissance de la Nature, une humanité unie sans divisions nationales… Il y a du travail !

La COP 21, le changement climatique et les changements climatiques

Cela peut sembler une anecdote, mais ce n’en est pas du tout une. Les conséquences sont mêmes énormes sur le plan intellectuel et scientifique. Au sens strict, on peut même considérer que l’accord de la COP 21 n’a aucune valeur rien qu’avec cela !

On ne peut qu’être très surpris d’ailleurs que cela n’a pas été remarqué, tellement c’est important. Mais il est vrai que si on ne reconnaît pas la planète comme « Gaïa », comme un ensemble, on ne peut vraiment le remarquer.

De quoi s’agit-il ? En fait, le document français parle des changements climatiques, le document anglais du changement climatique. Dans un cas cela désigne par conséquent les événements relevant de modifications du climat, dans l’autre cela désigne un phénomène général et unique, avec plusieurs aspects qui en découlent.

Les deux concepts s’opposent : dans le premier cas, il y a des soucis divers ayant un dénominateur commun, devant donc être résolu séparément. C’est traditionnellement la conception française de réduire chaque problème à sa spécificité, de nier qu’il y ait un ensemble, cela remonte à Descartes, notamment.

Dans l’autre cas, on a une vision globale, on part du tout pour aller au particulier, on a une vue d’ensemble.

La COP 21 a ainsi, en français, été une « Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques », mais en anglais cela donne « United Nations Framework Convention on Climate Change ». Dans le premier cas, la page wikipedia ne donne d’ailleurs pas de lien vers l’expression « changements climatiques ».

La page en anglais le fait par contre, vers l’expression « climate change » et si l’on regarde la version française de cette page, on a bien « changement climatique », au singulier.

Il apparaît bien qu’il y a ici une erreur essentielle de traduction, remontant d’ailleurs à plus loin que la COP 21. Cela relève d’un manque de sérieux assez grossier.

On pourrait dire cependant qu’on coupe les cheveux en quatre, que c’est bien trop philosophique et que cela ne change pas grand-chose. Or, justement, nous allons voir qu’il n’en est rien et que les conséquences sont fondamentales.

Regardons, en effet, l’accord de la COP 21. On pourrait s’attendre à ce que l’expression « changement climatique », ou bien « changements climatiques » donc, revienne souvent, puisque c’est le thème même de la conférence.

Ce n’est pas le cas, justement ! Et la raison en est que le changement climatique n’est pas expliqué, conceptualisé, il s’agit d’une sorte de fourre-tout.

L’expression « changements climatiques » (« changement climatique » dans la version anglaise) ne revient que quatre fois dans le document de 39 pages…

« Reconnaissant que les changements climatiques représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines et la planète et qu’ils nécessitent donc la coopération la plus large possible de tous les pays ainsi que leur participation dans le cadre d’une riposte internationale efficace et appropriée, en vue d’accélérer la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre »

« Reconnaissant également qu’il faudra fortement réduire les émissions mondiales pour atteindre l’objectif ultime de la Convention et soulignant qu’il est urgent de faire face aux changements climatiques »

« Considérant que les changements climatiques sont un sujet de préoccupation pour l’humanité tout entière, les Parties devraient, lorsqu’elles prennent des mesures pour faire face à ces changements, respecter, promouvoir et prendre en considération leurs obligations respectives concernant les droits de l’homme, le droit à la santé, les droits des peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation vulnérable, et le droit au développement, ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité entre les générations »

« Décide d’adopter l’Accord de Paris en vertu de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (ci-après dénommé «Accord») figurant dans l’annexe »

Le terme « climatique » revient, en tout et pour tout, deux fois seulement en plus :

« Convenant de soutenir et de promouvoir la coopération régionale et international e afin de mobiliser une action climatique plus forte et plus ambitieuse de la part de toutes les Parties et des autres acteurs, y compris de la société civile, du secteur privé, des institutions financières, des villes et autres autorités infranationales, des communautés locales et des peuples autochtones »

« Invite le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat à présenter un rapport spécial en 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre »

N’est-ce pas totalement aberrant ? Il ne peut, de ce fait, y avoir qu’une seule raison : le changement climatique n’a pas été conceptualisé, il est pris au sens de « dérèglements divers et variés provoqués par les émissions de CO2 », mais sans aucune vue d’ensemble.

Comment peut-on alors résoudre cette question planétaire si, à la base même, on la fragmente, on la tronçonne, on la divise ?

C’est impossible, et cela correspond malheureusement à la logique d’une approche d’une humanité divisée en multiples nations et niant la Nature comme grand ensemble. C’est là le point essentiel.

Notons enfin, pour conclure, les quelques pages abordant la question du singulier ou du pluriel de changement climatique.

Sur la page de discussion consacrée à la page wikipedia sur la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatique, une personne répond à la question de savoir s’il faut un singulier ou un pluriel de la manière suivante :

« La traduction des Nations unies est belle et bien Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Voir ce lien : http://unterm.un.org/dgaacs/unterm.nsf/WebView/584E8ECC6D9176CD852569FA0000DB06?OpenDocument. Par ailleurs, comme le climat n’évolue pas également à la grandeur du globe, il est préférable d’utiliser le pluriel. »

Cette personne se contredit, pour au moins deux raisons.

D’abord, pourquoi ne pourrait-on pas considérer qu’il existe un climat général pour la planète, dont les autres climats sont des expressions secondaires ? Ensuite, s’il faut obéir au choix de l’ONU, pourquoi prendrait-on la version française plutôt que la version anglaise ?

De plus, si la version française est bonne, la version anglais est alors fausse et la personne devrait le dire, ce qu’elle ne fait pas car elle prétexte l’ONU – en français – pour justifier son interprétation !

C’est la même interprétation qu’on a sur une page avec quelques articles d’une traductrice français-anglais, avec un petit topo sur cette opposition singulier/pluriel de l’expression, qu’elle a également remarqué. Elle dit qu’au niveau local (ville, région, etc.) il y a un changement climatique, et que si on parle de ces multiples changements climatiques, forcément on utilise le pluriel.

Sauf que c’est là, également, nier l’unicité du phénomène, c’est encore le tronçonner, et donc perdre sa substance même, qui est générale, tout comme la planète est une et non pas composée de plusieurs éléments indépendants…

Mais on aura compris que pour saisir cette unicité du changement climatique, il faut avoir saisi la planète comme « Gaïa »…

En voici une preuve de plus avec le site Planète saine, qui n’est plus mis à jour, et qui aborde dans un article plus simplement la question et de manière bien plus pertinente.

L’article de ce site explique que l’expression « changement climatique » peut être utilisé de deux manières, soit comme chez la traductrice mentionnée plus haut, comme ensemble des changements climatiques différents, soit comme nous nous pouvons le faire, comme vision générale.

L’article, au nom du slogan « Think global, act local », considère qu’il faut parler de « changements climatiques » au pluriel, ce qui est évidemment contradictoire puisqu’on est censé penser globalement, et donc en terme de « changement climatique » comme phénomène général !

Encore une fois, on en revient à la question du général et du particulier. Et on voit que pour combattre les changements climatiques, encore faut-il subordonner ce concept à celui de « changement climatique », à considérer la planète non pas comme un gros caillou où les phénomènes existent indépendamment, tous comme les pays existeraient indépendamment, mais comme un grand tout, une seule entité : Gaïa.

La COP 21 et l’élevage

La COP 21 a abouti à un accord visant à freiner le réchauffement climatique. Si l’on regarde les choses de manière objective, alors on peut penser que, en toute bonne logique, l’élevage serait particulièrement étudié.

Si l’on prend l’alimentation, la fermentation gastrique, le transport, etc., l’élevage est la cause de 14,5% des émissions anthropiques (c’est-à-dire ayant comme origine des activités humaines) de CO2.

Il serait donc logique de penser que la COP 21 a abordé cet aspect, surtout si l’on pense que la COP 21 raisonne à l’horizon 2100.

Même sans considérer, comme nous nous le faisons, que l’élevage devrait être aboli, on pourrait s’imaginer qu’au moins la COP 21 demanderait à ce que cela soit mieux gérer. C’est ce qu’a fait la FAO par exemple en 2013.

Pourtant, il n’y a strictement rien à ce sujet dans l’accord de la COP 21. Pas une ligne, pas un mot, absolument rien, aucune indication.

N’est-ce pas totalement illogique ? C’est bien le cas pour quiconque est rationnel. C’est forcément choquant, au moins étonnant. Et il ne peut s’agir d’un oubli, vu les panels d’experts!

Il y a ici une contradiction fondamentale, qui ne peut avoir qu’une seule explication. C’est la suivante : l’exploitation animale est une composante même du capitalisme et de ce fait, elle est invisible ou intouchable. Le capitalisme ne peut pas se mutiler.

Nous avons toujours été d’une clarté complète sur ce point, contrairement à bien d’autres niant les faits pour masquer leurs faiblesses, leur capitulation : l’exploitation animale est en croissance pratiquement exponentielle.

Voici deux graphiques présentant l’extension de l’exploitation animale à l’horizon 2050, dans les pays développés et dans les pays en voie de développement.

Ce qui en découle est inévitable : l’exploitation animale va être généralisée comme système mondial, avec toujours plus d’animaux dans les élevages, toujours plus de ressources dédiées à cette production criminelle.

Le seul obstacle est, pour utiliser une formule un peu grandiloquente mais tout à fait juste dans son contenu, est l’insurrection généralisée, la révolution.

A part cela, strictement rien ne peut s’opposer à cette tendance de fond.

Il est très hypocrite, par conséquent, d’imaginer que la cause avance parce qu’une petite partie de la population devient végane dans les pays développés, alors que l’exploitation animale gagne en même temps des parties toujours plus significatives du reste du monde !

Découpler l’analyse de l’exploitation animale de la situation mondiale est vide de sens.

Voilà pourquoi la COP 21 n’a pas parlé de l’élevage : si elle aborde la question, la contradiction avec ce qu’elle était censée défendre sauterait aux yeux, et de toutes manières l’exploitation animale est tellement présente dans la nature même des systèmes économiques des pays qu’une remise en cause n’est même pas envisageable.

L’association L214 a d’ailleurs, encore une fois, montré qu’elle était une machine à diffuser des illusions. Elle a payé afin d’avoir 170 exemplaires d’une de ses affiches dans le métro parisien pendant une semaine.

On notera que deux autres modèles d’affiches de L214 avaient été refusées par l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité), au motif que cela serait trop vindicatif, culpabilisateur, etc.

C’est là une initiative doublement fausse.

D’abord, parce que cela donne l’illusion que la COP 21 a été un lieu de débat où le réchauffement climatique a été abordé sérieusement. Or, pas une seule fois l’élevage n’a été mentionné, ce qui est logique de par la nature même des systèmes économiques.

Ensuite, parce que se concentrer sur les animaux d’élevage seulement revient à nier les animaux dans la Nature, ce qui est le grand travers des gens en France s’engageant pour les animaux, célébrant les actions-témoignages, les habits en noir, le rejet misanthrope du monde, etc.

Il faut au contraire comprendre que jamais l’affirmation positive d’une utopie à réaliser n’a été autant nécessaire, autant rendu possible. Ce système est intenable, instable, incohérent : il faut que les gens le voient, assument leurs responsabilités et la bataille pour la Nature.

La COP 21 et l’océan

Après avoir regardé les forêts dans l’accord de la COP 21, regardons ce qu’il en est de l’océan. On sait tous et toutes que la Terre est souvent surnommée la « planète bleue », de par l’importance de l’océan, qui recouvre 71,1 % de sa surface.

On s’imagine bien que le réchauffement climatique a un impact sur l’océan, qu’il existe de toutes manières dans un certain rapport à l’océan. Bref, on ne peut pas contourner cette question.

Il en va pourtant tout autrement : l’accord de la COP 21 n’en parle pas. Il ne mentionne qu’une fois le mot, comme en passant :

« Notant qu’il importe de veiller à l’intégrité de tous les écosystèmes, y compris les océans, et à la protection de la biodiversité, reconnue par certaines cultures comme la Terre nourricière, et notant l’importance pour certaines de la notion de « justice climatique », dans l’action menée face aux changements climatiques »

On notera d’ailleurs, c’est une anecdote, mais elle est significative, que la version anglaise du document, qui sert de base, n’utilise pas l’expression de « Terre nourricière ». En anglais, il y a marqué « Mother Earth ».

L’expression « certaines cultures » désigne des cultures amérindiennes, qui comme on le sait, emploient cette expression, tant en Amérique du Nord que du Sud. Cette mauvaise traduction révèle bien la mentalité des personnes ayant traduit !

Pour en revenir à l’océan, il est transformé en « les océans » et n’est mentionné qu’en passant, en tant qu’écosystème.

Cela signifie que les océans sont précisément de la même manière que les forêts dont nous parlions hier. L’océan est découpé en zones ayant comme fonction, si l’on veut, de stocks, d’entrepôts, voire de réfrigérateurs.

Comme hier, demandons nous ce que cela a comme conséquence. Ne serait-ce pas idéaliste de voir l’océan comme un grand tout, comme un ensemble qu’on ne peut pas découper ?

Absolument pas, puisqu’on sait qu’il y a le processus d’acidification de l’océan. Citons ici un document, relativement clair et tout à fait institutionnel, puisqu’il est de l’Institut océanographique qui est une fondation montée par le prince de Monaco.

« La totalité du CO2 que nous produisons tous les jours ne reste pas dans l’atmosphère. Environ un quart du CO2 émis est absorbé par nos océans.

Sans les océans, la quantité de CO2 dans l’atmosphère, et donc le réchauffement, seraient encore plus importants. On a donc de la chance d’avoir des mers et des océans ! [sic!]

Les chercheurs ont longtemps pensé que cette absorption du CO2 serait sans conséquence importante pour les océans et pour les organismes qui y vivent.

Mais ils se sont rendu compte, il y a une quinzaine d’années, que la dissolution du CO2 dans l’eau de mer entraîne des changements chimiques : une diminution du pH (mesure de l’acidité d’un liquide) et de la quantité d’ions carbonates (CO3 2– ) qui sont l’une des briques nécessaires aux plantes et animaux marins pour fabriquer leurs squelettes, coquilles et autres structures calcaires.

Vous connaissez certainement déjà des aliments acides, par exemple le citron ou le vinaigre.

Il se trouve que le CO2 est un gaz acide. Il est présent dans toute boisson gazeuse ; les petites bulles dans le soda sont des bulles de CO2.

Lorsque le CO2 est absorbé dans l’eau de mer, il se dissout et provoque une acidification. Attention, cela ne va pas dire que les océans deviendront acides (nous allons toujours pouvoir nous baigner !) [sic!], mais la chimie des océans change un petit peu (on va vers une acidité plus importante).

L’acidité d’un liquide est déterminée par sa concentration en ions H+ (protons). Ce n’est pas très pratique de parler de la concentration en protons car les valeurs sont très faibles. Pour simplifier, on utilise l’échelle de pH, qui va de 0 à 14.

Plus le pH est faible, plus l’acidité du liquide est importante. On dit qu’un liquide à pH 7 est neutre, celui avec un pH inférieur à 7 acide, et celui avec un pH supérieur basique. C

ette échelle de mesure est un peu particulière, comme l’échelle de Richter utilisée pour mesurer les tremblements de terre : un liquide de pH 6 est 10 fois plus acide qu’un liquide de pH 7, 100 fois plus acide qu’un liquide de pH 8 et 1 000 fois plus acide qu’un liquide de pH 9 !

Pourquoi ce phénomène s’appelle-t-il l’acidification des océans ? puisque les océans ne deviendront jamais acides ? L’acidification fait référence à un processus : la diminution du pH (augmentation des ions H+ et de l’acidité).

Le mot « acidification » fait référence à l’abaissement du pH de n’importe quel point de départ vers tout point final sur l’échelle de pH. On peut comparer cette terminologie avec celle que l’on utilise pour la température : si la température de l’air passe de –20 °C à –10 °C, il fait toujours froid, mais nous parlons de « réchauffement ».

L’acidité des océans a augmenté de 30 % en 250 ans (baisse de pH de 8,2 à 8,1), soit depuis le début du développement industriel. Des simulations ont montré que, au rythme des émissions actuelles, l’acidité des eaux de surface de l’océan pourrait tripler d’ici la fin du siècle.

Cette absorption du CO2 se produit à une vitesse 100 fois plus rapide que ce qui s’est produit naturellement au cours des 300 derniers millions d’années ! Impacts sur les organismes marins

Lorsque le CO2 se dissout dans l’eau de mer, cela entraîne donc une augmentation de protons (ions H+ ) mais aussi la diminution de certaines molécules, les ions carbonates (CO3 2– ), nécessaires à de nombreux organismes marins pour fabriquer leur squelette ou coquille calcaire (coraux, moules, huîtres…).

Ces plantes et animaux auront donc de plus en plus mal à fabriquer ces structures calcaires. Leurs squelettes et coquilles sont aussi menacés de dissolution. En effet, au-dessus d’un certain seuil d’acidité, l’eau de mer devient corrosive vis-à-vis du calcaire, la matière dont les squelettes et coquilles sont fabriqués. »

L’impact sur les poissons est également significatif ; l’acidification de l’océan est la boîte de Pandore de l’écocide, en quelque sorte.

On peut donc voir que l’acidification de l’océan est dûe au réchauffement climatique et que la COP 21 n’en parle pas, pas plus que de l’océan d’ailleurs en général.

On peut être certain que, vu du futur, cela paraîtra comme totalement insensé !

La COP 21, les forêts et les animaux

La COP 21 a été un événement d’une importance mondiale, aussi y a-t-il lieu de vraiment regarder la signification de chaque point en particulier. Pour commencer, regardons un point qui est essentiel à nos yeux : la situation des animaux.

Quel rapport avec les émissions de CO2 et le réchauffement climatique, demanderont certains. C’est précisément en cela qu’ils ont totalement tort, tout d’abord moralement, ensuite dans leur vision de la planète.

Ce qui compte déjà, en effet, à nos yeux, ce n’est pas simplement que les humains soient moraux et laissent les animaux tranquilles. Cela c’est très bien, mais c’est un point de vue limité, anthropocentriste, voire franchement individualiste. Être vegan pour soi-même, pour ne pas faire de mal, est quelque chose qui revient finalement à être au centre des préoccupations et non plus les animaux.

Ce qui compte vraiment, parce que nous aimons les animaux, c’est que les animaux puissent exister en tant que tel, sur une planète qui doit être bleue et verte.

Regardons justement ce qui relève de la couleur verte, avec les forêts.  Qu’en dit la COP 21?

On sait tous et toutes qu’il existe un phénomène important qui est la déforestation.Voici ce que dit le parlement européen à son sujet dans son rapport aux émissions de CO2 :

« Le rôle des forêts dans la lutte contre le changement climatique n’est plus à démontrer. Elles stockent le dioxyde de carbone. Cela va cependant au-delà : la déforestation provoque des rejets de CO2 à hauteur de 20 % des émissions mondiales. »

Soit, mais voyons les choses de manière plus concrète encore. Qu’est-ce que la déforestation ? C’est la destruction de la vie végétale et de la vie animale qui va avec.

Et que voit-on ? Que la COP 21 n’en parle pas. Or, on sait tous et toutes que le réchauffement climatique trouble la vie des animaux, tout comme des végétaux. Cela amène des déséquilibres, des perturbations, dont la figure la plus tristement célèbre est la situation de l’ours polaire.

Cela est donc également vrai pour les forêts, qui forment tout un équilibre, que le réchauffement climatique vient perturber. C’est un thème très complexe, qui devrait être étudié.

Ce qu’on voit pourtant est que c’est totalement oublié. L’accord de la COP 21 ne parle absolument jamais des animaux, ni de la vie sauvage, qui connaissent des situations de plus en plus terribles.

C’est là la première énorme faiblesse de la COP 21. Elle n’aborde pas la question de la vie sauvage. Les forêts sont considérés uniquement dans leur rapport au CO2.

Voici ce qu’on peut lire dans l’accord de la COP 21 au sujet des forêts :

« Reconnaît l’importance de ressources financières adéquates et prévisibles, y compris des paiements liés à des résultats, s’il y a lieu, aux fins de la mise en œuvre de démarches générales et d’incitations positives visant à réduire les émissions imputables au déboisement et à la dégradation des forêts, du rôle de la conservation et de la gestion durable des forêts et du renforcement des stocks de carbone forestiers, ainsi que d’autres modes d’action, tels que des démarches communes en matière d’atténuation et d’adaptation pour la gestion intégrale et durable des forêts »

« Les Parties devraient prendre des mesures pour conserver et, le cas échéant, renforcer les puits et réservoirs de gaz à effet de serre comme le prévoit l’alinéa d) du paragraphe 1 de l’article 4 de la Convention, notamment les forêts. »

« Les Parties sont invitées à prendre des mesures pour appliquer et étayer, notamment par des versements liés aux résultats, le cadre existant défini dans les directives et les décisions pertinentes déjà adoptées en vertu de la Convention pour : les démarches générales et les mesures d’incitation positive concernant les activités liées à la réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation des forêts, et le rôle de la conservation, de la gestion durable des forêts et de l’accroissement des stocks de carbone forestiers dans les pays en développement; et d’autres démarches générales, notamment des démarches conjointes en matière d’atténuation et d’adaptation pour la gestion intégrale et durable des forêts, tout en réaffirmant qu’il importe de promouvoir, selon qu’il convient, les avantages non liés au carbone associés à de telles démarches. »

Tout cela veut dire que les forêts n’existent que dans leur rapport au CO2 et jamais en tant que forêts. Les animaux ne sont jamais mentionnés dans l’accord de la COP 21, pas plus que la reconnaissance d’une valeur en soi à la vie végétale.

C’est là un problème essentiel, cela montre que la COP 21 est incapable de rompre avec la manière dominante de voir les choses, qui consiste à considérer la Nature comme une sorte de puissance se résumant à fournir des ressources dont on peut faire ce qu’on veut.

Certains diront alors : oui, mais la COP 21 ne s’intéresse qu’au réchauffement climatique, voire même en fait seulement au CO2. C’est déplacer la question que de raisonner en termes de forêts en tant que lieux de vie des animaux, voire en tant que vie végétale.

A quoi il y a une réponse toute simple qui peut être faite. Le fait que les forêts ne soient pas reconnues comme nous nous le faisons a une conséquence essentielle : elles n’apparaissent pas dans l’accord de la COP 21.

Il y a les passages que nous avons cités ici, mais il n’y  a aucun chiffre et aucune forêt du monde n’est mentionnée.

Quelle est la raison de cela, si ce n’est que la forêt est considérée abstraitement, de la même manière qu’un supermarché gère ses stocks ?

Le fait de ne pas parler des animaux et des végétaux anéantit la possibilité de parler des forêts en ce qu’elles sont des forêts, que ce soit en Amazonie, en Indonésie ou au Congo. Cela empêche de les protéger.

La COP 21 échoue déjà sur un plan essentiel : en ne reconnaissant pas les forêts, les animaux des forêts, elle ne comprend pas le sens réel de la déforestation et ne peut donc pas s’opposer aux émissions de CO2 qui en découlent.

COP 21 : le treizième jour

La version finale du document officiel de la COP 21 a été publiée, enfin. Un dernier contre-temps a été provoqué par les États-Unis, exigeant qu’un « doit » soit remplacé par un « devrait » concernant le fait d’aller dans le sens de la réduction des gaz à effet de serre, afin que la majorité républicaine au congrès ne bloque pas le texte.

Cela sous-tend que le document issu de la COP 21 n’a pas de valeur légale, juridiquement contraignante, sinon le congrès des États-Unis devrait le voter. Or, bizarrement cette contrainte légale a été le grand mot d’ordre de la COP 21 depuis le départ : c’est donc bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Essayons de résumer cela de manière très simple, car pas facile de s’y retrouver dans 39 pages de discours juridiques abscons. Nous allons revenir dans les jours qui suivent sur les différents points importants, un par un.

Voyons cependant quelle est la ligne générale, l’optique choisie. Si on prend la version finale du document comme une sorte de témoignage qu’il faut aller à une transition vers une économie durable, alors c’est un bon document, voire un excellent, de ce point de vue.

En forçant le trait à la Nicolas Hulot (et il ne s’en prive pas, jusqu’à l’absurde), on peut effectivement y voir un poteau indicateur pour la suite. Il y a beaucoup d’appels à faire ceci ou faire cela dans les prochaines années, des invitations à aller de l’avant, etc.

On peut idéaliser la lecture du document et les médias ne s’en sont pas privés, les ministres à la COP 21 non plus, se congratulant les uns les autres, s’embrassant, etc.

Pour résumer, dans cette logique, cela donne : enfin les pays du monde sont ensemble, ont décidé d’aller dans le bon sens, même si c’est insuffisant c’est un début, etc.

Voici un extrait, la toute fin précisément, du discours final de François Hollande, à la clôture de la négociation :

« Mesdames et messieurs, la présence ici aujourd’hui de 196 délégations -vous êtes le monde- après tant de mois de travail, est sans précédent dans l’histoire des discussions sur le climat. Un espoir considérable s’est levé.

Le monde s’est mis en marche, pas seulement dans cette salle mais bien au-delà. Des actions immédiates ont été engagées par les collectivités locales, les citoyens, les chercheurs, les entreprises.

Des coalitions se sont formées, des initiatives ont été prises dans tous les continents et je pense notamment sur les énergies renouvelables à ce qui a été fait pour l’Afrique, ce que l’Inde a porté. Je sais aussi combien nous nous sommes mobilisés sur le prix du carbone. Nous sommes donc capables d’assurer la lutte contre le réchauffement climatique et le développement.

Voilà ! L’Histoire arrive, l’Histoire est là, toutes les conditions sont réunies et elles ne le seront plus avant longtemps. Nous sommes, vous êtes sur la dernière marche, il faut se hisser encore à la hauteur de l’enjeu.

Il n’y aura pas de report, il n’y aura pas de sursis possible, l’accord décisif pour la planète c’est maintenant. Et il ne tient qu’à vous, à vous seuls au nom de ce que vous représentez, l’ensemble des nations du monde, d’en décider.

Le 12 décembre 2015 peut être un jour non seulement historique mais une grande date pour l’humanité. Le 12 décembre 2015 peut être un message de vie et je serai personnellement heureux, presque soulagé, j’en serai même fier que ce message-là soit lancé de Paris, parce que Paris a été meurtrie il y a tout juste un mois, jour pour jour.

Alors mesdames et messieurs, la France vous demande, la France vous conjure d’adopter le premier accord universel sur le climat de notre Histoire.

Il est rare d’avoir dans une vie l’occasion de changer le monde, vous avez cette occasion-là, de changer le monde. Saisissez-la pour que vive la planète, vive l’Humanité et vive la vie. »

Les slogans employés à la fin par François Hollande ne peuvent que laisser un goût amer…

Maintenant, soyons sérieux et non pas dupes des apparences et de la mise en scène. Si on regarde le document en y cherchant des choses concrètes, on n’en trouve aucune. Au sujet des émissions de CO2, il n’y aucun chiffre de donné, aucune date concrète, aucune contrainte légale.

On peut chercher comme on veut, le document n’engage à rien du tout. Peut-être qu’il engagera… à condition que les prochaines réunions décident de quelque chose, et que les pays l’acceptent.

Voilà déjà pour l’esprit général, nous allons dans les prochains jours regarder cela point par point.

COP 21 : le douzième jour

Le document final de la COP 21 sera finalement rendu demain, on peut s’attendre au pire.

Car, finalement, qu’aura-t-on vu dans les journaux ? Des centaines de gens, parfois en chaussettes ou assis par terre, en train de tapoter sur leur ordinateur.

Mais que peuvent-ils bien être en train de faire ? En quoi cela a-t-il un sens ?

L’ambassadrice sud-africaine Nozipho Mxakato-Diseko a expliqué qu’elle ne dormait que « 2 heures et demie au plus par jour ».

Comment est-ce possible ? La COP 21 n’a-t-elle pas été prévue depuis bien longtemps ? Le contenu des discussions n’est-il pas connu, depuis plus de quatre années ? Mais qu’ont-ils bien pu négocier ?

En quoi ces milliers de personnes négociant changent-ils vraiment les choses, dans le document et dans la réalité ? Quelle peut être la mentalité de quelqu’un qui, les yeux fixés sur son écran, fait défiler des données, envoie des mails ?

Tout cet étalage d’activités est écoeurant dans la mesure où, demain soir, on pourra s’apercevoir que le document rendu est vide de sens.

On sent que la nuit de jeudi à vendredi, il y a une offensive de la part de certains pays, comme l’Arabie Saoudite, qui a refusé d’accepter le principe de « bien en-dessous de 2°C ». Le Koweït s’est mis dans la partie, la Russie a dit qu’il n’y avait aucune base scientifique pour 1,5°C seulement, etc. Si ce n’est pas du sabotage, qu’est-ce que c’est ?

Il faut arrêter les illusions (tout comme il ne suffit pas de nier la COP 21 pour supprimer les problèmes, comme l’ont fait les zadistes).

Sylvain Angerand, de l’ONG les Amis de la Terre, a accordé une interview à Libération. Voici ce qu’il explique quand on lui demande son avis sur la dernière version du document encore en cours d’élaboration :

« Je m’inquiète. Il n’y a rien visant à laisser les énergies fossiles dans le sol. Rien non plus permettant de réduire concrètement les émissions de gaz à effet de serre dès l’an prochain. C’est donc se foutre de nous que de brandir l’objectif de 1,5 ou 2 degrés. Aujourd’hui, personne ne peut dire que ces limites suffiront. Mais rester sur l’objectif de 1,5 degré permet de minimiser les risques.

C’est pour ça qu’on le réclame depuis des années. Il s’agit de ne pas franchir le seuil d’emballement climatique, car à un moment, on ne contrôlera plus la machine. C’est vraisemblablement dans les dix prochaines années que ça se joue. Ensuite, les impacts seront impossibles à gérer pour les pays vulnérables.

Deux degrés de réchauffement, ça signifie clairement que des zones deviendront inhabitables, qu’il y aura d’importantes vagues de migration, que l’insécurité alimentaire s’aggravera… On pousse donc pour que chaque pays fasse sa part. »

C’est là reconnaître que c’est la catastrophe, et « espérer ». Voici une question que Libération pose et sa réponse :

Vous appelez la société civile à se mobiliser samedi. Qu’en espérez-vous ?

« Samedi, on ne sera pas là pour s’amuser. Ça fait vingt ans que les négociations n’avancent pas. On veut avoir le mot de la fin. »

Cela ne va pas être le mot de la fin, mais bien le début d’une nouvelle époque. Les leçons de la COP 21 sont faciles à tenir :

– la division de l’humanité en nations est un obstacle ;

– un gouvernement mondial est inévitable ;

– il faut centraliser les initiatives et les imposer ;

– il faut des chiffres, des bilans, le tout de manière publiée, disponible, avec des discussions à ce sujet dans toute la population mondiale ;

– tout cela passe par une remise en cause de l’anthropocentrisme et la reconnaissance de la Nature.

Voici, pour conclure en attendant demain, une image tirée de la bande dessinée « Mother Sarah », un manga qui permet une très profonde réflexion sur l’engagement pour la défense de notre mère la Terre. Elle exprime ce qui se produira certainement : la condamnation des générations qui n’ont rien fait, qui ont trahi la vie sur la planète !

COP 21 : le onzième jour

On avance vers le dénouement de la COP 21. Son président, Laurent Fabius, a ainsi déclaré hier :

« Nous sommes extrêmement proche du terme, et il nous faut désormais accomplir les derniers mètres pour aboutir à un accord universel, juste, ambitieux, juridiquement contraignant et durable. Nous le devons et nous le pouvons. »

C’est assez étrange comme formulation puisqu’on sait déjà qu’il n’y aura rien d’universel, ni de juridiquement contraignant, voire même pas de durable…

Hier soir, à 21 heures, on avait en effet une nouvelle version du texte final disponible. Initialement, elle devait être rendu public à 15 heures, puis à 17 heures, finalement elle est arrivée en soirée.

Elle aurait dû être la version finale en tant que telle, mais elle est présentée comme l’avant-dernière, avant le document final censé être présenté aujourd’hui, la COP 21 fermant dimanche.

Cette version fait 27 pages, avec 26 articles, dont une dizaine sont déjà considérés comme « acquis », étant par conséquent envoyés aux commissions traduction d’un côté, vérification juridique de l’autre.

On peut remarquer, outre les choses mentionnées hier, que la référence aux droits humains a été enlevé, ainsi que celle concernant l’égalité des sexes, ou plus exactement des « genres » dans le texte. L’appel à une transition vers une économie durable qui soit « juste » a été éliminé du document également.

On ne sait toujours pas qui financera quoi et comment.

Le document dit qu’il faut aller « bien en-dessous des 2 degrés » et faire des « efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 degré ». En même temps, on ne trouve aucun chiffre concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Et rappelons que les chiffres donnés par les pays pour la conférence ne permettent en aucun cas un tel objectif…

En tout cas, on aura normalement aujourd’hui en soirée la version finale.

Voici, pour conclure, une précision très intéressante donnée par Les échos concernant la différence de 0,5°C à l’horizon 2100 :

« Encore non résolu, jeudi, le choix du niveau d’ambition sur le réchauffement – 1,5 degré Celsius (objectif A) ou 2 degrés (objectif B) – a des conséquences bien différentes.

En 2100, selon la récente étude d’Earth System Dynamics Discussions, le niveau de la mer aura augmenté de 40 centimètres dans le premier cas (A) ou de 50 centimètres dans le second (B). L’intensité des fortes précipitations augmenterait de 5 % (A) ou de 7 % (B) environ.

Concernant l’accès à l’eau dans les pays méditerranéens, d’Amérique centrale et d’Afrique du Sud, la réduction serait de 15 à 20 % avec un objectif de 1,5 degré et de 25 % à 30 % si l’on vise 2 degrés.

La durée moyenne des canicules s’élèverait à un mois ou un mois et demi, au niveau mondial. Sous les tropiques, elle pourrait atteindre jusqu’à deux mois (A) ou trois mois (B).

Sur le plan des récoltes, il faut s’attendre à une baisse de 14 % (objectif A) à 19 % (B) de la production de blé pour la moitié des pays producteurs. Les chiffres s’élèvent à 8 % et 12 % respectivement pour la production de maïs et, pour le soja, de 10 % et 12 %. »

En fait, on connaît les grandes lignes de la catastrophe en cours. Mais l’humanité ne se donne pas les moyens de faire face aux défis… ni à elle-même. Elle n’est pas prête, encore, à abandonner son anthropocentrisme…

COP 21 : le dixième jour

Les élections régionales – et l’ambiance délétère à laquelle elles correspondent dans ses résultats – fait que la COP 21 est passée à la trappe. Alors que justement c’est un événement d’une importance capitale, dont le contenu devrait captiver tout le monde !

Il est vrai que rien ne filtre et que tout est parfaitement rendu lisse. C’est une question de prestige pour l’Etat français. Anne-Laure Barral, journaliste de France Info, confie ici au Nouvel Observateur :

« Au fur et à mesure que les jours passent, c’est de plus en plus tendu avec les Français. On sent qu’ils veulent qu’on dise du bien, que tout se déroule parfaitement, qu’il n’y a aucune anicroche, que tout le monde est tombé d’accord.

Évidemment, on interroge d’autres sources pour avoir d’autres éclairages. Mais le fait est que les langues se délient peu. Il n’y a pas de coup de gueule. »

Hier, une nouvelle version du document final a été rendu public. Il reste 320 mots ou expressions entre crochets, donc quatre fois moins qu’au départ.

Il reste donc beaucoup de travail, cela ne présage rien de bon. On sait que les discussions se prolongent tard dans la nuit et que la fatigue prédomine largement chez les membres des négociations…

Où en est-on, pour ce qu’on en sait?

Il apparaît pour l’instant qu’on en reste aux engagements annoncés par chaque État, ce qui est en contradiction avec l’objectif des 2°C, sans même parler de 1,5°C, puisque avec les chiffres fournis, on aura au moins 3°C de plus à l’horizon 2100, par rapport à 1880.

Tout cela sera réévalué… d’ici 2020. On repousse donc ce qui devait être fait justement à la COP 21.

Il en va de même pour la question du financement : tout est repoussé concrètement à l’horizon 2020. Les contradictions semblent trop fortes et le document ne fixera rien.

Dans un même ordre d’idée, un bilan mondial sera effectué… en 2024. Il aurait peut-être fallu commencer par là, pourrait-on dire! Mais rappelons que les pays devaient en accepter le principe pour éventuellement en reconnaître les résultats… La division de l’humanité saute ici aux yeux.

Pareillement, la réévaluation régulière de la situation de chaque pays semble très mal partie. Pour formuler la chose plus clairement : on a quand même le tour de passe-passe en ce moment que la COP 21 accepte le principe d’une réévaluation tous les cinq ans, sans que ce qui soit évalué à la base ne soit décidé!

Et sans qu’un organisme puisse contraindre à ce que chaque pays obéisse à ce qu’il a signé… Car, de toutes manières, il n’est pas prévu d’organisme mondial ayant un pouvoir décisionnaire ou servant d’arbitre, comme par exemple l’Organisation Mondiale du Commerce.

Dans tous les cas, les pays seront contraints… à ce qu’ils auront eux-mêmes choisis de faire…

Conformément à cela, la nécessité de procéder à une évaluation du carbone, pour lui donner un « prix », est en train de passer à la trappe. Cela serait rendre universelle la question, alors que chaque pays est censé participer pour ainsi dire individuellement, chaque cas se voulant particulier.

Les énergies renouvelables ne sont pas présentées comme un objectif nécessaire de manière concrète, de manière chiffrée. Mais comment alors avancer vers une production conforme à l’écologie?

Donc pour résumer, en l’état actuel des choses, on peut déjà penser que le bilan sera vraisemblablement :

– il n’y aura pas de données chiffrées précises sur ce que chaque pays devra faire, le tout devant être évalué ;

– il n’y aura aucune instance contraignante obligeant à quoi que ce soit ;

– la question des financements ne sera pas réglé, ce qui sera masqué derrière une future évolution de la situation générale, ainsi que de chaque pays.

En fait, tout le monde est d’accord… pour être d’accord, ce qui a donné un démarrage assez bon, mais les contradictions ont primé, et surtout personne n’est prêt à donner de chiffres, et encore moins à accepter une dimension contraignante.

La division de l’humanité et la non-reconnaissance de la Nature semblent l’emporter clairement… comme on pouvait malheureusement s’y attendre.

COP 21 : le neuvième jour

Aujourd’hui, à midi, devrait être présentée une nouvelle version du « brouillon » rendu public samedi ; la nouvelle version est censée être plus claire et, surtout, avec moins de ces fameux crochets.

On peut se demander franchement dans quelles conditions tout cela est mené ; voici par exemple ce que le Nouvel Observateur est parvenu à trouver comme information : c’est édifiant !

« En effet, il arrive fréquemment que lesdits ministres (de l’Environnement, de l’Energie ou des Affaires étrangères, selon  le choix du pays qui les mandate) n’aient pas hérités d’un maroquin pour leurs compétences ou leur goût pour les dossiers ardus, mais parce qu’ils appartiennent à tel parti de coalition. Ou, plus prosaïquement, parce qu’ils font bien dans le tableau sans faire de l’ombre au chef de l’exécutif…

« Les diplomates, rodés aux négociations diplomatiques – certains y travaillent depuis une décennie – suent un peu pour expliquer les subtilités des textes à ces ministres-là. Disons qu’ils ne comprennent pas tout très vite… »

Certains ministres se sont, par exemple, étonnés de voir trois hashtags envahir le texte qu’on leur a fourni. Il fallu leur expliquer que ces bidules remplacent « INDC » (qui désignent les engagements de chaque pays), des termes qui provoquaient une telle nausée chez les les négociateurs à force d’avoir été répétés qu’ils les ont transformés en « ### ». Pas facile d’expliquer cette private joke, très humour-de-diplomate (ça existe) aux politiques qui débarquaient.

C’est que les logiques des diplomates (donner sa peau pour sauver la moindre virgule, quitte à laisser un texte impraticable) n’est pas celle des ministres (briller dans les médias ou à défaut, ne pas avoir donné l’impression de s’agenouiller devant les injonctions des Nations Unies). Alix Mazounie, de l’ONG Réseau Action Climat France :

Certains sont clairement déconnectés des enjeux. Quand c’est le ministre des Mines qui a été envoyé par son pays, je vous laisse imaginer quelle est son ouverture face aux efforts à fournir ! »

Et de fait, lors des réunions, des ministres font surtout preuve de leur extraordinaire capacité à faire traîner en longueur les débats. C’est fait exprès. Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas-Hulot, explique :

Chaque pays a le droit de s’exprimer autant qu’il le souhaite, mais certains confisquent le micro pour faire perdre du temps à tout le monde. La très incisive représentante du Venezuela, pays pétrolier qui n’a aucune envie de voir son modèle économique remis en cause à Paris, est passée experte dans l’art de souligner tous les problèmes de méthode, aussi minuscules soient-ils. Elle finit par faire rire tout le monde car lorsqu’elle prend la parole pour la énième fois, elle dit au coprésident : ‘Ne stressez pas !’' »

Quant à l’émissaire de l’Arabie Saoudite, autre pays pétrolier de très mauvaise volonté, il a, dit-on, parlé trois à quatre fois plus que tous les dirigeants européens réunis !

Il en arrive encore à nier la nécessité de parvenir à un accord où le réchauffement n’excéderait pas 1,5°C car, dit-il, tous les climatologues ne sont pas d’accord – argument éculé, mais qui permet de faire perdre quelques précieuses minutes. »

L’exemple de l’Arabie Saoudite est très parlant et rappelle les contradictions qui existent. Hier, il y a d’ailleurs eu une conférence de presse des représentants de plusieurs pays – la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud – exigeant que les pays développés financent davantage les pays en voie de développement face au réchauffement climatique.

Le représentant indien a exprimé cela en disant :

« Nous continuons à être déçus par le faible niveau d’ambition et de soutien des pays développés. (…)

Il est impératif qu’en raison de leur responsabilité historique et leurs plus grandes capacités, ils soient à la pointe en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et d’aide financière et technologique au monde en développement. Malheureusement, ça ne prend pas le chemin que ça devrait prendre. »

Les plus « riches » des pays en voie de développement entendent bien profiter au maximum de leur statut, sans pour autant un jour passer à la caisse…

On a une autre fumisterie assez exceptionnelle avec la signature hier d’une « Charte d’engagement de la mode pour le climat », parrainée par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, dans le cadre d’une sorte de petit « show » au sein de la COP 21.

Elle a été signée par l’Union des industries textiles et la Fédération de la maille et de la lingerie. La voici : on peut voir qu’il n’y a aucune dimension contraignante, il sera fait « autant que possible », « au maximum », on « favorisera », on « encouragera », on « oeuvrera »…

C’est un excellent exemple de « greenwashing ».

1 Concevoir autant que possible des vêtements faits pour durer et pour renaître

2 Utiliser au maximum des matières premières locales faiblement consommatrices d’eau, et de pesticides pour respecter la biodiversité

3 Favoriser les procédés de production économes en eau, en énergie tout en contrôlant les rejets dans l’eau, dans l’air et dans le sol

4 Encourager des modes de distribution générant le moins de gaz à effet de serre (privilégier par exemple le transport fluvial et la fabrication locale)

5 Informer le consommateur sur les méthodes d’entretien de ses vêtements et textiles de maison afin de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique (affichage environnemental, fréquence et température de lavage, mode de séchage, produits lessiviels)

6 Œuvrer au développement des filières de recyclage et proposer une nouvelle vie aux vêtements et textiles de maison

7 Favoriser toute innovation textile permettant de réduire l’impact sur l’environnement des activités de production, de transport, de distribution et de consommation textile et habillement

8 Partager nos bonnes pratiques à l’international

Aucun engagement, aucun esprit d’engagement : comment s’attendre à autre chose avec des mentalités individualistes, égocentriques, sans franchise ?

COP 21 : le huitième jour

Nous voici depuis hier dans la seconde phase de la COP 21 : des ministres de 195 pays négocient autour du « brouillon » établi la première semaine. Le texte final est censé être voté vendredi, et donc avoir été terminé mercredi soir ou jeudi matin, pour que les traductions soient effectuées.

Bien peu d’informations ont circulé sur ce qui s’est passé hier, rappelons que tout a lieu à huis-clos. On peut cependant entrevoir quelques points, ici et là.

Par exemple, la ligne appelant à remplacer l’objectif de 2°C par 1,5°C a de plus en plus d’écho, de plus en plus de pays modifient leur ligne à ce sujet. On est pourtant libre de penser que c’est du pur opportunisme et que c’est fait en toute connaissance que la COP 21 n’exigera rien de contraignant pour en arriver là…

Parler de 1,5°C est tout à fait irréaliste, voire ouvertement absurde, si l’on regarde les propositions faites par les pays et données pour la COP 21 : la conséquence serait un réchauffement d’au moins entre 2,7 et 3,7°C en 2100, et en attendant, à court terme, une hausse d’entre 16 et 22% de l’émission de CO2 entre 2010 et 2030 !

On sent déjà venir le principe d’annoncer qu’il faut 1,5°C en disant que d’ici 2020 un plan contraignant va être établi et que celui-ci sera repoussé, etc.

Surtout qu’on sait qu’il y avait hier encore 567 expressions ou phrases entre crochets, contre 1035 au départ. Les supprimer et arriver à un accord va demander que rien de contraignant ne soit décidé, aucun chiffre imposé, etc.

On a également appris que le délégué d’Arabie Saoudite a refusé « toute discrimination des énergies fossiles vis-à-vis des autres énergies », ce qui souligne les contradictions. Cela en dit long sur les obstructions, avec comme nous le disions les pays pétroliers d’un côté, les BRICS de l’autre, la Chine ou les Etats-Unis qui ne veulent pas d’objectif trop bas, etc.

A cela s’ajoute qu’une question qui se pose est de savoir s’il faut établir un plan pour arriver à l’absence de production de CO2 à l’horizon 2060 – 2080. C’est ce qui devrait être au cœur de la question, mais dans un système de pays capitalistes, il est impossible de prévoir, donc impossible à organiser.

On ne sait d’ailleurs toujours pas comment trouver 100 milliards d’euros d’ici 2020, et encore moins ce qui va se passer après : y aura-t-il une hausse des contributions, qui paiera ?

Notons également au passage que la COP 21 a un grand absent : le pape François. Finalement, il n’est pas venu en « guest star » (comme l’aurait espéré Nicolas Hulot) et donc l’écologie n’est plus une actualité pour lui.

Cela aura été une opération de communication, rien de plus. Il y a deux jours, Radio Vatican fournissait d’ailleurs cette information :

« A l’issue de la prière de l’angélus, le Pape a évoqué une nouvelle fois la conférence mondiale sur le climat qui se poursuit à Paris, priant pour que les responsables qui s’y réunissent trouvent des solutions justes pour réduire l’impact des changements climatiques, et garantissent la protection de la dignité humaine.

François a cité un extrait de son encyclique Laudato Si’. Voici ses mots:

« Je suis avec une vive attention les travaux de la conférence mondiale sur le climat en cours à Paris, et me vient à l’esprit une question que j’avais formulée dans mon encyclique Laudato Si’: « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? » (LS, 160).

Pour le bien de la maison commune, de nous tous et des générations futures, tout effort à Paris devrait être orienté pour atténuer les impacts des changements climatiques, et dans le même temps, pour contrer la pauvreté et faire fleurir la dignité humaine.

Prions pour que l’Esprit Saint illumine ceux qui sont amenés à prendre des décisions aussi importantes, et leur donne le courage de toujours prendre en compte le critère de choix du meilleur bien pour l’entière famille humaine ». »

Comme on le voit, seule la question humaine est ici mise en avant. La prétention catholique à parler de la Nature n’aura pas duré bien longtemps !

COP 21 : le septième jour

Il n’y avait hier pas de réunions officielles dans le cadre de la COP 21. Toutefois, on peut déjà avoir un aperçu sur l’impact du « brouillon » qui a été rendu samedi.

Nicolas Hulot était par exemple l’invité du « Grand Jury » du 6 décembre 2015, sur RTL.

A l’écouter, on devine la catastrophe. « Paris peut être le début d’une dynamique », « Il faudra accélérer derrière » : il exprime très clairement que rien d’exceptionnel ne va sortir de la COP 21, en reprenant son refrain du « c’est mieux que rien ».

Il est obligé de raconter qu’on est en train de découvrir de superbes nouvelles technologies, qu’on va vers une nouvelle ère de paix car les guerres depuis plusieurs décennies seraient liées à la bataille pour les énergies fossiles, etc.

Du grand n’importe quoi, qui vise à masquer la faillite qui se profile. Nicolas Hulot peut bien dire « Les Etats ne sont pas venus pour faire de la figuration », il sait très bien que le problème fondamental, ce sont les contraintes.

Ce qui s’annonce, c’est l’absence de contraintes clairement établies – on retombe sur la question de la division de l’humanité et de la négation de Gaïa.

Voici comment formule cela un avocat, docteur en droit et enseignant à l’université Paris I, sur Terra eco, qui a exactement le même point de vue que Nicolas Hulot :

« Une lecture juridique tout d’abord. De ce point de vue, le bilan n’est pas réjouissant.

L’accord, de rédaction assez médiocre et truffée de dispositions très générales et de termes mal définis, s’en remet pour l’essentiel à la bonne volonté des Etats eux-mêmes pour réduire le niveau insoutenable de nos émissions de gaz à effet de serre.

Sur des sujets clés comme le mécanisme de suivi des engagements des Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ou le volume et les moyens de financement de la lutte de contre le changement climatique, l’accord demeure et demeurera sans doute assez évasif.

Cet accord n’entrera pas en vigueur avant cinq ans et il faudra sans doute encore du temps avant que la nouvelle Conférence des Parties à l’accord de Paris soit au complet et en mesure de forger les instruments de mise en œuvre de ce qui aura été convenu en 2015 à Paris.

Cette situation interpelle les juristes en droit de l’environnement. Le droit international de l’environnement doit être modernisé et, notamment, il doit être possible de mieux s’en prévaloir, directement, devant les juges nationaux.

Pourtant, la lecture politique de ce projet d’accord permet d’être optimiste sans être béat.

Elle permet aussi d’agir maintenant et sans attendre. Que le monde entier se soit donné rendez-vous au même endroit pour discuter d’un même texte à la même table pendant quinze jours est, en soi, historique. »

C’est totalement ridicule. On peut bien avoir l’esprit qu’on veut, le discours politique qu’on veut, ce qui compte ce sont les faits, la base, la réalité. Celle-ci ne permet pas d’affronter le réchauffement climatique, question planétaire, de par la division de l’humanité, l’anthropocentrisme.

COP 21 : le sixième jour

C’est donc, pour reprendre l’expression des médias, un « brouillon » qui a été remis à midi hier samedi, comme base de discussion pour un accord sur le climat. Or, le document ne devait justement pas être tant une base pour négocier, qu’un document à vérifier et à signer…

Il va donc y avoir une semaine de négociations très rudes, s’appuyant sur la base suivante : le document fait 48 pages, avec 20 pages de présentation, 21 de décisions, 5 de notes d’informations.

L’un des problèmes est le suivant : il y a  939 phrases entre crochets, à sélectionner ou enlever, ce qui fait beaucoup de choses à discuter en une semaine, à partir de lundi.

Toutefois, ce n’est qu’un aspect, un autre devant être mentionné. Il y a en effet certains passages qui sont ambigus. On a par exemple l’expression :

sustainable development in harmony with nature

En Français, cela donne :

« développement durable en harmonie avec la nature »

Sauf que le problème, bien sûr, est qu’il n’y a pas de définition du « développement durable ». A la limite on peut deviner de quoi il s’agit, mais qu’en est-il de la Nature? Quelle est sa définition? Quels sont les critères?

On voit l’ampleur du problème, de notre point de vue, quand on sait que ce terme ne revient d’ailleurs qu’une seule fois dans tout le document !

N’est-ce pas un terrible symbole de l’impuissance intellectuelle à comprendre notre planète ? Peut-on aborder la question du changement climatique sans parler de l’évolution de la Nature, de la protection de la vie?

Notons d’ailleurs que, évidemment, le mot « animal » ne revient pas une seule fois. On sait déjà à quoi s’en tenir.

Par contre, on a une expression très particulière, qui nous est chère, qui apparaît. A un moment il est parlé de promouvoir les droits au développement, à l’égalité entre hommes et femmes, mais également… « l’intégrité des écosystèmes et de la Terre-Mère » (« the integrity of ecosystems and of Mother Earth »).

Là, on a quelque chose d’encore plus problématique. On se doute bien qu’il n’y a pas de définition de la part de la COP 21 de la notion de « Terre-Mère ».

C’est de la rhétorique, du folklore, et d’ailleurs on a pu régulièrement voir à la COP 21 des gens habillés en tenues d’aborigènes, pour donner une impression de « respect » de la Terre à ce qui est une réunion de gens qui n’ont en tête que le maintien de leurs intérêts. C’est clairement par là qu’il faut chercher l’emploi de cette expression.

Car il est évident que le concept de « Terre-Mère » (et le mot d’ordre « la Terre d’abord ! » d’ailleurs) a une signification absolument opposée à la « gestion des ressources selon le développement durable » comme le veut la COP 21.

C’est à ce genre de détails qu’on voit qu’on rentre dans une ère nouvelle, et que la reconnaissance de Gaïa, et la bataille pour elle, vont être la prochaine grande ligne de démarcation.

Du côté des crochets, où les choix restent à faire, les négociateurs devront discuter pour savoir s’ils visent seulement 1,5°C ou bien « bien en-dessous de 2°C ». De ce côté là, cela semble franchement irréaliste.

Voici un autre exemple, plus compliqué, de ce qui est très problématique :

[Recognizing that Parties should take action to address climate change in accordance with evolving economic and emission trends, which will continue to evolve post-2020,]

Cela signifie que les parties signataires doivent agir par rapport au changement climatique en accord avec les tendances économiques et d’émission de CO2 qui évoluent, et continuant à évoluer à partir de 2020.

Or, c’est lourd de conséquences. Si on doit adapter les décisions selon les évolutions – qui ne sont pas définies – n’importe qui peut demander une remise en cause, à n’importe quel moment.

N’importe qui peut dire : nous avons dit qu’il faut agir selon les évolutions économiques, or mon pays a une crise économique, donc je ne dois plus faire ceci ou cela. Un autre peut dire : il y a une amélioration, on peut ralentir les efforts, etc. etc.

Peut-être est-ce fait exprès, pour garder une porte de sortie. Plus simplement, il faut y voir une impossibilité à assumer la question écologiste, la question de la Nature, la question de l’anthropocentrisme.

La COP 21 annonce son échec : elle est une gestion bureaucratique, sur une base totalement dépassée, d’un problème qui exige une refonte totale de notre manière de voir la vie.

COP 21 : le cinquième jour

Aujourd’hui, samedi, la version finale devait être rendue à midi. Vue d’hier soir, difficile de penser que cela sera le cas.

Quelle a été la situation de ce cinquième jour de la COP 21, hier ? Selon Le Figaro, « les négociations patinent ». Les contradictions deviennent plus profondes entre les pays ayant connu un  » développement » et les autres.

La Fondation Nicolas Hulot formule cela de la manière suivante :

« Qu’est-ce qui bloque ? Evidemment les questions centrales de la différentiation et du financement (atténuation, adaptation, pertes et dommages), notions intimement liées. Par exemple, certains pays développés veulent que soit indiqué, dans l’article sur les financements, que tous les pays qui le peuvent doivent contribuer, alors que d’autres veulent qu’au contraire les pays développés paient leur dette écologique et remplissent déjà seuls leurs engagements. »

Un pays comme le Qatar, par exemple, refuse catégoriquement de payer en disant qu’il n’est pour rien dans le réchauffement climatique, qu’il n’a donc par conséquent rien à payer. Un pays comme la Chine est sur une position similaire.

C’est tout à fait logique, puisqu’ils raisonnent en termes de nations, et non d’humanité, et encore moins de manière planétaire.

C’est là le fond du problème, le coeur du problème ; c’est cela que la COP 21 est censée dépasser, et on voit mal comment. On ne peut rejeter la Nature et diviser l’humanité sans qu’il y ait un impact, une contradiction.

Voici un petit témoignage d’anthropocentrisme typiquement français justement, avec des éléments synthétiques censées imiter la Nature dans l’espace de la présidence française… Que dire?

Ce ne sont évidemment pas les opérations de communication qui vont changer, comme par exemple la venue à la mairie de Paris de 1000 maires. Cela disperse plus qu’autre chose. La « bonne volonté » n’est pas ce qui est en jeu : c’est toute une vision du monde, ainsi que des intérêts économiques, c’est une humanité divisée, niant la Nature.

Il en va de même pour l’ouverture au Grand Palais d’une sorte d’exposition d’entreprises présentant leurs démarches vertes, appelée « forum « Solutions COP21″ ».

Qu’attendre d’EDF, Coca-Cola, GdF-Engie, Carrefour, Sanofi, Suez, etc. ? Rien du tout quand on a conscience de la réalité. Cela n’a pas empêché des ONG, comme Attac ou Les Amis de la Terre, d’être allé à l’inauguration de l’exposition, qui doit durer quelques jours, pour organiser à l’intérieur un « Toxic tour » en anglais et en français, pour présenter l’hypocrisie de ces entreprises.

Naturellement, la trentaine de gens présents s’est fait expulser manu militari, ainsi que les journalistes présents. A quoi pouvait-on s’attendre d’autre et à quoi sert de dire que les grandes entreprises sont hypocrites et méchantes ? Il faut croire que l’idée de révolution n’est pas encore parvenue à la conscience de ces gens qui « témoignent ».

En ce qui concerne les débats, finalement hier on est arrivé à un texte de 38 pages. Auparavant, il y avait encore 50 pages, et qui plus est avec deux modèles.

Cette histoire étrange est présentée de manière suivante par la Fondation Nicolas Hulot, qui la révèle pour mieux en atténuer le caractère à la fois ridicule et grave :

« 10h ce matin [donc, hier] ont été conjointement publiées deux versions du projet de texte d’accord :
la première avec le texte compilé des différentes options proposées par les pays
la seconde intégrant les propositions de rédaction de compromis proposées par les co chairs et les co-facilitateurs.

C’est une bonne solution pour que les pays puissent dépasser plus facilement leurs formulations initiales.

Nb : Nous ne sommes pas du tout dans le scénario de Copenhague, où un second texte, complètement déconnecté du premier, avait été rédigé « en secret » par quelques-uns, en dehors des salles de négociation.  A Paris, il y a donc pour l’instant deux versions du projet de texte, mais servant à préparer le même accord au final car les propositions de compromis acceptées seront réintégrées dans le projet initial, en toute transparence. »

On n’est pas dans un texte secret, mais tout de même dans une démarche où deux lignes se montrent et s’opposent radicalement, avec l’espoir d’un « compromis ». Ce n’est pas une négociation collective, mais une bataille pour bricoler un texte commun.

Concluons avec une anecdote, une information de RFI. On y apprend que les chefs d’État et les premiers ministres eux-mêmes seraient en train de négocier dur, et que la COP 21 partirait à la conquête des citoyens…

Mensonge et langue de bois réunis en un seul package… Finalement, voilà ce qu’aura été la COP 21 réalisée par la France.

« Tandis que les 150 chefs d’Etat et de gouvernement négocient dur depuis le 30 novembre au Bourget pour parvenir à un accord visant à limiter à deux degrés le réchauffement climatique, la COP21 déborde du lieu des discussions officielles pour gagner Paris et aller au contact des citoyens. »

COP 21 : le quatrième jour

Cette fois, c’est relativement plus clair : les négociations sont en retard. Il y a encore plein d’options qui n’ont pas été débriefées et d’autres qui sont des points d’achoppement, par exemple la question de la vérification de ce que fait chaque pays ou encore la question de savoir qui va fournir les financements pour les aides.

Il y a donc pour l’instant un document-brouillon de 50 pages, avec 1400 expressions ou phrases entre crochets, c’est-à-dire encore en suspens.

La Fondation Hulot a annoncé hier avoir eu l’information selon laquelle il y a eu une réorganisation des méthodes de travail :

« La nouvelle méthode proposée par l’Afrique du Sud (pour le G77) et la Chine, complétée par le Guatemala (groupe AILAC) a été acceptée par tous : moins de groupes spin-off en parallèles (12 réunions seulement programmées ce jour), plus de travail transversal du groupe de contact, incitation aux facilitateurs pour qu’ils proposent des rédactions de compromis/convergence (ils ont d’ailleurs fait de nouvelles propositions ce matin). »

Tout cela est d’un terrible amateurisme ; en même temps cela reflète les contradictions entre les uns et les autres. Parmi les pays qui font du blocage d’ailleurs, on a pu apprendre que cette fois c’est l’Arabie Saoudite qui a fait le forcing pour qu’il soit hors de question que l’objectif passe de 2°C à 1,5°C de réchauffement climatique.

Il y a aussi l’Indonésie, qui dans ses comptes a « oublié » dix millions d’hectares de forêt, afin de relativiser la déforestation… Elle a également « oublié » ses feux de forêt massifs (et organisés), qui ont fait de ce pays par moments un plus grand producteur de CO2 que la Chine…

D’une certaine manière, on peut dire qu’il y a quatre grands blocs :

– les pays pétroliers (et gaziers), qui comptent profiter de la manne des énergies fossiles ;

– les pays « en voie de développement » du type BRICS (Brésil, Inde, Chine…) qui comptent à tout prix avancer ;

– les pays intermédiaires cherchant à temporiser (comme la France), parce qu’ils peuvent se le permettre et que c’est dans leur intérêt (avec le nucléaire par exemple) ;

– les pays alliés aux États-Unis, comme l’Australie, et donc les États-Unis eux-mêmes, qui entendent surtout garder leur autonomie.

Tous ces pays sont donc égoïstes, mais pas de la même manière. Au final, l’absence d’unité, de vision commune de l’écologie, de la Nature, fait que les uns et les autres participent au grand renoncement…

A côté de ces négociations qui donc partent très mal, d’autres initiatives montrent que tout cela ne ressemble pas à grand-chose. Voici par exemple ce dont nous informe FranceTV info :

« Une vingtaine de villes du monde, dont Paris, ont signé une promesse d’engager 10% de leur budget à renforcer les actions de prévention ou de lutte contre les risques, qui peuvent être climatiques, mais aussi sociaux ou terroristes. »

Quel rapport entre les différents « risques » ? Aucun, on voit bien que l’écologie est un thème comme un autre. On a encore une autre incohérence avec « Ice Watch Paris » d’Olafur Eliasson.

18 gros morceaux de glace – leur poids total est de 80 tonnes – ont été pris au Groenland, amené au Danemark par container, pour rejoindre Paris par l’autoroute pour un parcours d’au moins 1200 km.

Puis, douze gros morceaux de glace ont été placés place du Panthéon à Paris, hier pendant la nuit (18 avaient été transportés au cas où il y aurait un souci dans le transport). Le tout étant censé formé une installation d’art contemporain permettant soi-disant une réflexion, etc. Selon « l’artiste », cela permettrait de voir les choses concrètement :

« Ce qui fond à Paris, c’est un dixième de ce qui fond chaque seconde l’été au Groenland. C’est un moyen de rendre les données (du réchauffement climatique) réelles. »

Non seulement tout cela a coûté une petite fortune en CO2, mais de toutes manières à part quelques touristes et quelques grands bourgeois du quartier, personne ne verra rien… C’est une sorte de fiasco sur tous les plans !

D’une certaine manière, c’est le symbole de la COP 21 : elle n’a pas réussi à mobiliser les gens en France, il n’y a pas de mobilisation, il y a seulement maintenant un petit débat… On est très loin de ce qu’exige la Nature de notre part.


COP 21 : le troisième jour

« Mon message est tout à fait clair : il faut accélérer le processus parce qu’il nous reste beaucoup de travail » : c’est ce qu’a dit hier le président de la COP 21, Laurent Fabius, également ministre des affaires étrangères. En effet, samedi midi, les « copies » doivent être remises, avant que les ministres n’arrivent deux jours après…

Le processus existe en deux temps : il y a des « contact groups » qui discutent thème par thème, puis après un premier debriefing, des « spin off » négocient au mot près. C’est un processus douloureux pour aboutir à quelque chose et l’Américain Daniel Reifsnyder, l’un des deux présidents du groupe de travail, de son côté, a déclaré que « Sur aucun point, nous ne faisons les progrès qui seraient nécessaires ».

Surtout que, pour ce que l’on sait de ce qui a filtré, il apparaît que les contributions publiées par 183 pays ne permettraient que d’arriver à 3°C de plus entre 1880 et 2100, alors qu’on est censé viser 2°C, et que Hollande parlait même de 1,5°C seulement…

Le G77 a également publié un communiqué hier qui a encore accentué la pression. Le G77 regroupent 134 pays du tiers-monde ; à la base, dans les années 1960, il y en avait 77, d’où le nom. On y retrouve des pays comme l’Inde, l’Indonésie, l’Argentine, l’Algérie, etc.

Ce communiqué des G77 a également été signé par la Chine – c’est dire l’importance de ce qui est dit. On y lit surtout un appel à la clarification des soutiens financiers que recevront les « pays en voie de développement » après 2020. Jusqu’à présent, il avait été prévu que 100 milliards de dollars seraient versés chaque année : il est désormais expliqué que ce n’est pas assez.

Il est expliqué également, en filigrane en quelque sorte, qu’il est hors de question que les « pays en voie de développement » paient quoi que ce soit, tout étant de la faute des pays ayant connu la première révolution industrielle.

On lit donc dans le document :

« Le soutien financier des pays développés est lié aux impacts (du changement climatique) dus aux émissions historiques (de gaz à effet de serre). »

C’est grosso modo ce que disait le premier ministre indien dans l’article de lundi du journal britannique le Financial Times. Et l’Inde compte d’ailleurs doubler puis tripler sa production de charbon dans les prochaines années…

Un autre pays s’est exprimé complètement en faveur du refus de la suppression totale des énergies fossiles : le Brésil. L’Arabie Saoudite est naturellement sur une position similaire.

On peut résumer la problématique qui est apparue à la surface ce troisième jour de manière aisée. Si l’on veut que le réchauffement climatique reste à 2°C entre 1880 et 2100, il faut que 80% des réserves connues de pétrole, charbon et gaz ne soient pas utilisées.

Les pays développés s’imaginent pouvoir s’en passer, notamment à coups d’énergie solaire ou hydraulique (comme l’Autriche qui a aboli l’énergie nucléaire dans sa constitution), ou surtout avec l’énergie nucléaire, comme la France.

Hier, à l’université de la Sorbonne, il y avait d’ailleurs une conférence d’Elon Musk, fondateur de Paypal, s’occupant depuis de l’entreprise Space X (une entreprise de vol spatial) et de Tesla (constructeur d’automobiles de luxe 100 % électriques). Il y a fait l’éloge du nucléaire, surtout dans un pays stable pour l’environnement comme la France, à l’opposé donc de la Californie ou du Japon, en raison des tremblements de terre.

Il a bien entendu soulevé l’idée de la taxe carbone… dont justement les « pays en voie de développement » ne veulent pas entendre parler et encore moins ceux qui ont précisément du pétrole, du charbon, du gaz.

C’est également vrai pour des pays comme le Canada ou les Etats-Unis, notamment avec le fameux gaz de schiste. Symboliquement, car la Maison-Blanche pourra faire un veto, la chambre américaine des représentants a voté contre deux nouvelles réglementations de l’agence de protection de l’environnement. La première visait à réduire de 30 % le CO2 produit d’ici 2030, la seconde à instaurer des normes de pollution sévères pour les centrales thermiques à venir.

La France a toujours été un pays qui se voulait une sorte d’impérialisme sympathique, « pas pareil » que les Etats-Unis. Cela permet une diplomatie avec l’apparence de la « juste mesure ». C’est le jeu joué à cette COP 21 et pour l’instant, c’est loin d’être gagné, ne serait-ce qu’à court terme. Car tout le monde sait bien qu’à un moment de toutes façons il y aura rupture et les pays feront chacun pour soi.

COP 21 : le premier jour (inofficiel)

Nous avons bien fait de préciser depuis le départ que les violences anti-COP 21, ce serait n’importe quoi : nous n’aurions pas apprécié d’avoir à assumer l’arrestation, pour rien au final, de 170 personnes (sur les 1500-2000 présentes) place de la République à Paris, sans parler de l’utilisation lamentable de bougies et de pots de fleurs (comme projectiles anti-policiers) volés au petit mémorial pour les victimes des attentats islamistes…

De manière plus sérieuse, et malheureusement institutionnelle, la COP 21 a connu sa première journée. Ce qui est étrange ici, pour le coup, c’est que les négociations ont donc commencé hier… mais que la COP 21 n’ouvre officiellement ses portes qu’aujourd’hui, avec la venue des chefs d’État.

C’est vraiment très formel, mais il est vrai que les représentants des États risquent très gros et que pour eux il s’agit d’assurer au moins la communication. S’ils n’apparaissent pas comme efficaces, il y aura une révolte écologiste, ce qui peut sembler utopique vue de France.

Mais un pays comme la Chine, qui produit 28 % de CO2 dans le monde, subit de plein fouet les dégâts climatiques, la pollution, et le peuple commence sérieusement à gronder là-bas. C’est pareil en Inde : d’un côté, 300 millions de personnes n’ont pas encore l’électricité dans ce pays qui a l’arme nucléaire, de l’autre côté les menaces sont là, depuis la Mousson qui se voit modifier jusqu’à la fonte des glaciers.

Les effets se font déjà sentir et la prise de conscience de l’ampleur de la situation grandit. C’est une problématique mondiale et d’ailleurs il y a eu 2300 « marches pour le climat » qui ont eut lieu ce week-end, mobilisant 570 000 personnes dans une atmosphère « bon enfant ». Voici une photographie du Japon.

Le futur c’est inévitablement une unité mondiale sur ce sujet. Ségolène Royal n’a vraiment rien compris lorsqu’elle a dit hier que :

« L’histoire n’a jamais vu et ne reverra sans doute jamais un tel moment. »

Elle n’a rien compris, ce qui n’est guère étonnant. C’est le contraire qui va se dérouler à l’avenir : la COP 21 ne va pas réussir, mais la tendance est forcément aux décisions mondiales. Finie l’humanité fragmentée, divisée, s’opposant à la Nature… Ou bien finie l’humanité tout court. Le choix sera fait, malheureusement en catastrophe.

Cette difficulté de la division entre pays amène que le risque d’échec est vraiment dans l’air. D’où le fait que le moindre jour compte, d’où par conséquent l’ouverture in-officielle un jour avant. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et président de la COP 21, a d’ailleurs prévenu hier les responsables :

« Si on voulait s’en remettre au pseudo miracle de la dernière nuit, je crains que ce ne soit pas la bonne solution. »

Jusqu’à présent, en effet, les délais ont toujours été dépassés et c’est en catastrophe, en pleine nuit, que de pseudos accords ont été signés. C’est précisément ce qui doit être évité, alors qu’en plus le protocole de Paris est censé remplacer celui de Kyoto. C’est une nouvelle base générale qui est censée être formulée.

D’ailleurs, les négociations, en elle-même, n’ont pourtant pas duré longtemps hier, commençant à 17 heures, après une minute de silence en raison des attentats. Mais elles étaient interdites aux médias quand même, puisqu’on est là dans le noyau dur : l’ADP, c’est-à-dire le « Ad Hoc Working Group on the Durban Platform for Enhanced Action », la « plate-forme de Durban pour une action renforcée ».

Il s’agit de la structure négociatrice, la matrice de la COP 21, celle qui doit parvenir au plan établissant la réduction de l’émission des gaz à effet de serre à partir de 2020, pour que le réchauffement ne dépasse 2°C en 2100 par rapport à 1880.

Elle va devoir donc établir des chiffres, mais aussi organiser le moyen de contrôler que les pays respectent les chiffres… Trouver des financements pour cela, ainsi que pour soutenir les pays subissant de graves problèmes climatiques. Les jours à suivre s’annoncent rudes.

Finissons avec quelques images du groupe anglais Brandalism, qui a annoncé avoir modifié 600 panneaux publicitaires dans Paris.

Ouverture de la COP21

La COP21 commence une journée plus tôt que prévu, officiellement à la demande des deux co-présidents du groupe de rédaction du protocole devant être signé à la fin des discussions. L’idée est de :

« permettre un meilleur usage possible du temps très limité dont disposent les délégués pour finaliser le projet d’accord. »

Est-ce déjà le grand stress, la peur de l’échec que tous les observateurs attentifs redoutent ? En tout cas, il y a déjà une porte de sortie de trouvée : les accords ne seront pas signés le 11 décembre, mais seulement « avalisés », la signature se déroulant un mois après, lors d’une cérémonie organisée par l’ONU.

En cas de souci, il y aura donc de la poudre aux yeux le 11 décembre, puis des négociations derrière, avec une hypothétique signature. On peut bien se douter, en effet, que les négociations ont déjà eu lieu et que si tout allait bien, la confiance régnerait… S’il y a déjà de la crainte, c’est qu’on sait que les intérêts sont trop divergents.

Trop de nations, trop de concurrence économique, trop de divergences égoïstes : l’humanité n’est clairement pas en mesure d’affronter le changement climatique et cela en raison de sa vision anthropocentriste du monde. Il faut se soumettre à Gaïa, mais cela, l’humanité n’y est pas prête…

Donnons un exemple de ce qu’il faudrait faire. La page officielle de la COP21, à la page entreprises et mécènes, nous explique que :

« Les entreprises contribuent directement ou indirectement au réchauffement climatique et sont donc naturellement des acteurs incontournables dans l’élaboration de solutions efficaces qui permettront de rester sous la limite d’une augmentation des températures de +1,5 à +2°C. »

Ce qu’il faudrait donc, c’est prévoir et exiger, afin d’empêcher de continuer à produire des gaz à effets de serre. Le problème est que le capitalisme, par définition, s’oppose tant à « prévoir » que « exiger »…

L’irrationalité des individus et des entreprises et des nations s’oppose à la rationalité écologiste d’une humanité unifiée, forcément pacifiée, logiquement végane…

Pour en revenir au programme, la COP21 commence aujourd’hui, alors qu’hier, le lieu de négociations au Bourget, en périphérie de Paris, non loin de l’aéroport, a été remis symboliquement à l’ONU, le ministre des Affaires étrangères et futur président de la COP21 Laurent Fabius remettant des clefs à Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la CCNUCC (Convention des Nations unies sur les changements climatiques).

Ce lieu de discussion est appelé « zone bleue » et est désormais supervisé directement par l’ONU, avec des gardes bleus, équivalents des casques bleus en quelque sorte. Y sont attendus 20 000 personnes : les délégations des 196 « parties » (195 États et l’Union européenne), les journalistes, mais aussi lundi les chefs d’États, etc.

Pour cette raison, en raison de la sécurité exigée en ces cas là, l’État a demandé aux gens de ne pas se déplacer du tout, fermant des tronçons d’autoroute, faisant en sorte que les transports soient gratuits à Paris jusqu’à lundi, tout en demandant en même temps… de ne pas les utiliser.

Dans la foulée de l’état d’urgence, mais en passant donc des islamistes à l’extrême-gauche, l’État a également assigné à résidence 24 personnes, accusées de vouloir perturber l’ordre public à l’occasion de la COP21. Cela signifie qu’elles ne pourront plus sortir de chez elles pendant quinze jours…

Au passage, la police ne s’est pas privée de mener de multiples opérations de perquisitions en même temps, rentrant par la force, menottant, menaçant par les armes, intimidant, utilisant du matériel sophistiqué pour inspecter les téléphones, les ordinateurs, etc. etc.

Tout doit être le plus lisse possible : la COP21 ne doit être rien d’autre qu’une opération de communication, servant à renforcer la légitimité de l’État et des entreprises.

Mais l’État fait ici une lourde erreur, tout autant que les zadistes d’ailleurs. Un statu quo est impossible, tout comme le fait de revenir en arrière à la petite production. Le changement climatique est la preuve du défi qui se formule, et qui exige un changement radical : c’est pourquoi l’idée nouvelle, celles de la défense de notre mère la Terre par une humanité unifiée, est la seule qui tienne et elle va se diffuser inéluctablement…

Cop21 : assignation à résidence et appel à un « rassemblement » illégal

Le grand cinéma commence! Au lieu de parler d’écologie, au lieu que les thèmes soient abordés démocratiquement, qu’il y ait des débats sur comment changer le monde, on a des « opérations de comm ».

Voici les deux du jour : tout d’abord, profitant de l’état d’urgence contre les islamistes, l’Etat assigne à résidence un militant de la coalition climat 21. De l’autre, il y a un appel pour braver l’état d’urgence et manifester à Paris ce dimanche.
Le rapport avec l’écologie de tout cela? Rien, bien entendu.

Voici le communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme pour la première information.

Le ministre de l’Intérieur perd ses nerfs, confond et assimile le mouvement associatif au terrorisme

Après avoir interdit les manifestations citoyennes autour de la COP21, voici que le ministre de l’Intérieur assigne à résidence M. Joël Domenjoud, en charge de la « legal team » de la coalition au motif qu’il ferait partie de l’ultra-gauche parisienne qui veut remettre en cause la tenue de la COP. M. Domenjoud est tenu de pointer trois fois par jour au commissariat.

Si l’on avait besoin d’une confirmation que l’état d’urgence est un danger pour les libertés publiques, cette mesure en attesterait tant elle révèle que la lutte contre le terrorisme n’est ici qu’un prétexte pour interdire toute voix dissonante.

Comme nous l’avions craint, l’état d’urgence s’accompagne de mesures de plus en plus arbitraires.

D’ores et déjà nous demandons la levée immédiate de l’assignation à résidence de M. Joël Domenjoud.

Tout cela est sans doute vrai, mais en même temps on voit qu’un voile pudique a été jeté sur le fait que « l’ultra-gauche » annonce depuis plusieurs semaines vouloir tout casser. Ce qui n’a, à nos yeux, comme nous l’avons déjà dit, strictement aucun intérêt, en l’absence complète de projet positif, réellement écologiste derrière.

Guère étonnant d’ailleurs qu’il y ait une belle convergence entre cette ultra-gauche zadiste et les bobos. C’est dans Libération qu’on lit entre autres cette tribune, appelant à prendre d’assaut la place de la République à Paris ce dimanche…

On ne trouvera dedans aucune référence à l’écologie. Seulement à l’esprit français, et il est dit d’ailleurs que « S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police ».

Ce qui est franchement pittoresque quand on voit que l’histoire de France, c’est historiquement la domination par un « homme fort » au sein d’un Etat ultra-centralisé avec une police ultra-efficace. Mais bon, du moment que les intellectuels bobos refont le monde devant un café et que les anarchistes peuvent jeter quelques pavés tous les 4-5 ans…

Bravons l’état d’urgence, manifestons le 29 novembre

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour comprendre que l’état d’urgence décrété pour trois mois n’allait pas se limiter à protéger la population française contre de nouveaux attentats.

Ce week-end, une grande partie de la ville de Sens (Yonne) a été soumise à un couvre-feu, sans rapport clair avec les attentats. C’est la perquisition d’un appartement – dont les locataires n’auraient finalement pas été inquiétés – qui a justifié cette punition collective.

Parmi les 1072 perquisitions nocturnes diligentées hors de tout cadre judiciaire par les préfets, moins d’une sur dix a abouti à une garde à vue. À Nice, c’est une fillette de six ans qui a été blessée lors d’une opération de police : les policiers intervenus en pleine nuit avaient enfoncé la mauvaise porte. Dimanche en Loire-Atlantique, c’est une caravane de 200 vélos accompagnée de 5 tracteurs qui a été bloquée par les forces de l’ordre : il s’agissait de dissuader les cyclistes de rejoindre Paris pour la COP21.

Pendant ce temps, le gouvernement reprend sans scrupule des mesures promues hier encore par l’extrême droite. Les journaux nous l’assurent : les sondages confirment l’adhésion massive des Français à cet état d’exception sans précédent depuis cinquante ans.

C’est une victoire pour Daesh que d’être parvenu, avec moins d’une dizaine d’hommes, à faire sombrer l’État dans ses pires réflexes réactionnaires. C’est une victoire pour Daesh que d’avoir provoqué la mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière.

Le dimanche 29 novembre, une gigantesque manifestation était prévue dans les rues de Paris pour faire pression sur les gouvernants mondiaux, à qui personne ne faisait confiance pour trouver une solution au réchauffement climatique. Des centaines de milliers de personnes étaient attendues de toute l’Europe. Manuel Valls, certainement lucide sur le caractère dérisoire des accords qui sortiront de la COP21, craignait beaucoup cette manifestation.

Il a donc décidé de l’interdire, au prétexte que la foule risquerait d’être la cible d’un attentat. M. Valls jouerait-il avec le feu en laissant les Français risquer leur vie en faisant leurs courses de Noël ? Il se donne en tout cas les grands moyens : ceux qui voudraient manifester encourent 6 mois de prison. M. Valls va-t-il nous mettre en prison pour nous protéger des attentats ?

La proposition que nous faisons, nous savons que dans les circonstances actuelles nous aurons du mal à la faire entendre. Depuis dix jours, les écrans ressassent la gloire des « valeurs » françaises. Nous prenons cela au pied de la lettre. S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police. La mobilisation à l’occasion de la COP21 est un enjeu primordial et nous n’acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester.

Dimanche 29 novembre, nous appelons à braver l’état d’urgence et à nous retrouver à 14h sur la place de la République.

P.-S.
Pétition en ligne : https://www.change.org/p/la-rue-bravons-l-etat-d-urgence-retrouvons-nous-le-29-novembre-place-de-la-republique

Paris, le 26 novembre 2015