• Le droit des pigeons à boire, ainsi qu'à prendre des bains

Earth First !

Pour en revenir à ce qu’est Earth First!, voici un aperçu historique que l’on retrouve dans la brochure “Pour la libération animale” (disponible en PDF ici).

Faisons également quelques précisions. Tout d’abord, il est évident que si nous avons repris le slogan “la Terre d’abord!” c’est que nous sommes d’accord avec le principe fondamental d’Earth First!: la planète doit redevenir bleue et verte, libre de toute interférence humaine.

Ensuite, il faut bien voir deux choses: d’abord, Earth First! n’est pas une organisation, mais un mouvement décentralisé. Et ce mouvement s’est développé principalement dans deux pays où la nature sauvage se voit reconnaître une certaine valeur par l’ensemble de la population (les USA et la célébration des grands espaces, l’Angleterre et le romantisme national ayant donné naissance à la culture anglaise).

La France est le pays des jardins à la française, et le principe de défense inconditionnelle de la nature se heurte totalement à l’opinion dominante. C’est ce qui fait que nous ne sommes pas un “Earth First!” France: il y a un énorme travail de fond à mener, alors que les éco-activistes des USA et d’Angleterre pouvaient profiter d’une base dès le départ.

Et de plus, le véganisme n’était pas une composante d’Earth First!, alors que désormais la cause de la libération de la Terre est de plus en plus reliée à celle de la libération animale. C’est un saut qualitatif très important, dans lequel nous nous retrouvons bien entendu.

a) Les origines de l’ELF dans les USA des années 1980-1990

“Nous combattons pour nous-mêmes, partant de nos propres frustrations, rage et désespoir… comme thérapie et aventure. Parce que ne rien faire ou se résigner à une vie aussi aliénante de travail et de consommation ne nous paraît pas suffisant.” (EF ! Action update, N°91, décembre 2003)

L’Earth Liberation Front (ELF) est une organisation décentralisée qui trouve son origine dans les luttes écologistes radicales de la fin des années 1970 et des années 1980, et dont la dynamique repose entièrement sur la critique du mode de développement capitaliste comme celui des USA.

Le premier groupe de l’ELF est ainsi né en Angleterre, dans la ville de Brighton, sous l’impulsion des membres d’Earth First ! (La Terre d’abord !), la principale organisation écologiste militante ayant historiquement existé dans le monde. Earth First ! fut créée en 1980 dans l’Arizona aux USA par différents activistes considérant qu’il était nécessaire de défendre les zones encore sauvages de la planète, et également d’avoir une analyse de l’environnement partant des intérêts de la planète.

Les analyses du groupe étaient publiées dans le magazine Earth First ! The Radical Environmental Journal, plus connu sous le nom de Earth First ! Journal.

L’une des références d’Earth First ! était Edward Abbey (1927-1989), l’auteur du roman « The Monkey Wrench Gang » (le gang simiesque à la clef anglaise) publié en 1975 et retraçant des aventures farfelues mais extrêmement détaillées d’un groupe menant des sabotages écologiques.

Le terme de « monkeywrenching » est désormais en anglais militant le synonyme d’ecotage (sabotage écologique). Abbey lui-même fut souvent invité aux premières réunions publiques de l’organisation et écrivit plusieurs articles.

D’autres références étaient les auteurs défendant les points de vue de la « deep ecology » (écologie profonde) comme Arne Næss, Bill Devall, et George Sessions. L’idée de base de l’écologie profonde est que toute vie sur terre a la même valeur, quelle que soit l’utilité que l’être humain pourrait en tirer.

Il s’agit de défendre l’écosystème dans son ensemble et donc d’entretenir des rapports écologiques avec la nature et les animaux, car l’humanité n’a pas le droit de toucher à l’intégrité de la biodiversité. L’écologie considère qu’il y a une trop grande interférence de l’humanité dans le monde non-humain et que la situation ne fait qu’empirer.

On retrouve une autre référence dans le nom de la réunion annuelle appelée « Round River Rendez-vous », tiré d’une phrase de « A Sand County Almanac » d’Aldo Leopold (1887-1948), un grand pionnier nord-américain de la conservation de la nature. « A Sand County Almanac » est un mélange de philosophie, de descriptions détaillées et d’histoire naturelle.

Une citation très connue est « A thing is right when it tends to preserve the integrity, stability, and beauty of the biotic community » (Une chose est juste quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique).

Dans le domaine scientifique l’époque est également celle où l’« hypothèse Gaia » commence à être sérieusement formulée et au moins relativement acceptée au sein de la communauté scientifique.

Développée dans les années 1960 par le chimiste anglais James Lovelock puis par le microbiologiste Lynn Margulis dans les années 1970, l’« hypothèse Gaia » consiste en la théorie que la planète terre est « vivante » et réagirait de manière systématiquement favorable à la vie (par exemple selon Lovelock en maintenant la température de la surface constante malgré l’augmentation de l’énergie solaire de 30% depuis l’apparition de la vie sur terre, en rendant constante la salinité de l’eau et toujours en dessous du taux de 5% ne permettant généralement plus la vie, en maintenant stable la composition atmosphérique alors que celle-ci devrait être instable).

Toute une gamme d’analyses scientifiques existe, allant de considérer que le processus de régulation est spontané et plus ou moins mécanique jusqu’au fait de considérer la terre comme une seule grande entité vivante maintenant les écosystèmes en équilibre plus ou moins consciemment.Les conclusions pratiques sont également multiples.

Pour certains il s’agit de protéger l’équilibre (position de Greenpeace voire de théoriciens historiques prônant le tout nucléaire pour empêcher le réchauffement de la planète), pour d’autres de ralentir le processus de destruction en attendant une prise de conscience, pour les partisans de l’arcologie il faut développer les techniques climatiques et architecturales pour ne plus rentrer en conflit avec la nature, pour tout un courant anarchiste appelé “primitivisme” il faut combattre l’intégralité de la civilisation et la détruire, pour d’autres anarchistes il faut décentraliser la société en un municipalisme libertaire, pour d’autres encore l’espèce humaine doit assumer un rôle spécifique de gestion de l’équilibre écologique et organiser une industrie écologique planifiée.

Ces deux dernières positions sont d’ailleurs les positions classiques communiste libertaire et marxiste, issu des deux romans d’anticipation du 19ème siècle où des militants socialistes vont dans le futur et reviennent raconter le monde nouveau : News from Nowhere (Nouvelles de nul part) de l’anglais William Morris publié en 1890, avec un monde totalement décentralisé, une pratique de l’artisanat artistique et du troc, et le modèle des communes populaires chinoises ou du projet d’« agroville » de l’URSS de Staline : Looking Backwards (Regards en arrière) du nord-américain Edward Bellamy, publié en 1885.

C’est dans cet esprit général mettant au premier plan le fait de vouloir sauver la planète que Earth First ! a été le premier groupe à avoir généralisé l’écotage – le sabotage écologique. Le slogan d’Earth First ! était très clair : « No compromise in defense of Mother Earth! » (Pas de compromis dans la défense de notre Mère la Terre !).

Au printemps 1985 l’organisation avait lancé un mouvement d’installation dans les arbres de la Willamette National Forest afin d’empêcher leur destruction. A partir de là l’organisation généralisa sa pratique de désobéissance civile et d’actions  d’oppositions aux entreprises de construction ou de destruction attaquant la nature.

Dave Foreman, un des fondateurs, publia la même année A Field Guide to Monkeywrenchig, un petit manuel de sabotage écologique. Le mouvement se radicalisa clairement et en 1990 une partie des fondateurs quittèrent Earth First ! pour fonder The Wildlands Project, un groupe associé à la revue Wild Earth.

Le noyau dur des fondateurs était en désaccord avec le tournant idéologique du mouvement, qui assumait ouvertement l’anarchisme et critiquait ouvertement certaines positions conservatrices, n’hésitant pas à remettre en cause la « vieille garde » (comme Abbey qui critiquait le complexe militaro-industriel mais était sexiste et opposé à l’immigration).

L’une des figures historiques, Dave Foreman, fit en partie ses mémoires dans « Confessions of an eco-warrior » Earth First ! cessa alors d’exister en tant qu’organisation pour devenir un mouvement ; on parle plus de partisans d’Earth First ! que d’Earth First ! en tant qu’organisation.

L’action des groupes consiste autant en des actions légales (campagnes de propagande, protestations, etc.) que de la désobéissance civile (occupations d’arbres, de routes, sabotage notamment des machines ou encore par l’installation de pointes de fer dans les arbres pour saboter les tronçonneuses, personnes s’enchaînant à des objets, encollages de serrures, etc.).

Un groupe Earth First ! se forma en Grande-Bretagne en 1990, mais de manière indépendante de l’organisation aux USA. Il existait déjà une solide tradition de lutte à la base à caractère environnementaliste, d’actions de résistance passive et de désobéissance civile. Les premières actions eurent lieu à Londres et à Liverpool (200 personnes bloquant les docks en raison de l’arrivée de bois tropical) et coïncidèrent avec une tournée de nord-américains d’Earth First ! en Angleterre.

Un camp permanent de protestation fut construit à Tyford Down dans le cadre de la lutte contre le programme gouvernemental de construction de routes, campagne très large (Newbury Baypass, l’A30, la M11 link, avec des rues entières de Londres occupées). Sur 600 projets de routes, 500 durent être abandonnés.

La première occupation d’arbres eut lieu à Jesmond Dean à Newcastle en 1993. Un document à ce sujet de l’Etat canadien présentant la menace « éco-terroriste » affirme que « des travailleurs de la construction ont été blessés par des dispositifs à fil-piège, et d’autres ont été la cible de tirs à l’arbalète ou sont tombés dans des fosses de type viêt-cong, tapissées de pieux acérés (pungee) ; du matériel a été endommagé ou incendié.

Un magazine, Éco-terroriste, a publié des plans détaillés pour la fabrication de mortiers, de bombes incendiaires et de grenades, et recommandé l’usage d’explosifs enfouis contre la police.

Earth First ! organisa également la lutte contre l’aéroport de Manchester, celle contre les OGM ; il est également considéré que le groupe est à l’origine de la formation de Reclaim the streets, parade techno contestataire dans les rues. Les dommages matériels n’étaient pas rejetés, mais c’est la désobéissance civile qui était plutôt mise en avant. Lorsque des actions dures étaient menées, elles l’étaient dans la nuit et attribuées aux « elfes » de l’ELF : l’Earth Liberation Front.

Des questions, des réponses

Qu’est-ce que La Terre d’abord?

LTD est un journal en ligne qui relève et critique les info du quotidien, mais qui compose également des articles en faveur de la libération animale et de la libération de la Terre. Le but étant de faire changer les mentalités afin de libérer Gaïa et tous les animaux.

Qu’entendez-vous par Gaïa?

Par Gaïa, nous voulons dire la Terre, ou plutôt notre « mère » la Terre. Les minéraux, les végétaux, les animaux, toutes les formes de vie sont reliées, et ne peuvent pas exister les unes sans les autres. Quand nous disons que Gaïa doit être libérée, nous voulons dire que l’existence des minéraux, des végétaux et des animaux a une valeur en soi; il n’y a pas de place pour la destruction.

Pourquoi avez-vous fait LTD?

LTD se veut être un site novateur qui associe logiquement la libération de la Terre et celle des animaux. Il s’agit de mettre des points de vue en avant, de produire de la culture, de donner naissance à des initiatives.

Il s’agit également de redéfinir la notion de véganisme qui est de plus plus bâclée par des individus opportunistes, qui profitent des progrès de la barbarie pour justifier des attitudes libérales.

Nous revendiquons une vie au service des animaux (comme l’adoption d’animaux en refuge), car nous estimons qu’être végan c’est bien plus qu’appliquer certains principes de base. Nous sommes pour un véganisme radical, cohérent, sans compromis.

Par ailleurs, il est primordial de comprendre que l’écologie radicale et le véganisme radical vont de paire et prétendre ou ignorer le contraire est sans valeur et inutile, voilà pourquoi nous informons sur la vie sensible du monde végétal.

Par écologie radicale nous entendons ainsi la prise de conscience de l’existence de Gaïa en tant que biosphère, c’est-à-dire en tant qu’espace où se déroule la vie, en tant que planète abritant la vie.

Il va de soi, donc, qu’une telle perspective s’oppose radicalement à l’écologie-bobo-à la mode : nous voulons la libération de la Terre et non pas une « réduction » des nuisances que nous lui infligeons.

Vous mettez en avant le mode de vie straight edge. Pouvez-vous préciser votre pensée?

On ne peut pas saluer l’existence de Gaïa et chercher en même temps la fuite dans les drogues, la destruction de soi-même. Notre démarche est positive, productrice et productive; elle va à l’encontre du mythe du poète maudit du 19ème siècle, qui serait drogué et tourmenté et donc créatif.

Il faut également remarquer que les drogues sont une composante essentielle de la société, tant dans la production (liées aux mafias, aux Etats, etc.) que par la consommation (volonté de se rendre « plus fort » ou au contraire de se défoncer, etc.). Et ile ne faut pas oublier que l’on ne peut pas être végan et consommer des produits issus de la vivisection tels que les cigarettes et l’alcool.

Être straight edge, c’est refuser les vains échappatoires, c’est refuser les illusions, les fuites en avant, c’est être réaliste et comprendre le sens de la vie, par rapport à Gaïa.

De quelle manière voulez-vous que les gens changent en France?

Disons tout de suite que si nous luttons pour un changement de mentalité, un changement culturel, nous n’adoptons pas pour autant une attitude passive attendant que « les gens changent d’eux même » et où le site nous servirait juste à nous donner bonne conscience…

Nous pensons que La Terre D’abord doit être un média utilisé au maximum pour diffuser des points de vue et des compte-rendus de pratiques, qui ont aujourd’hui un sens éminemment révolutionnaires.

On dit beaucoup que le mot « révolution » n’a plus de sens, qu’il est galvaudé. Pourtant, il est évident qu’assumer la libération animale et la libération de la Terre, c’est immédiatement avoir une démarche révolutionnaire dans notre société.

Nous voulons que s’ouvre cette voie, et que tout soit bouleversé dans un sens positif.

Quelle est votre opinion au sujet de la situation des animaux aujourd’hui?

Les animaux sont toujours aussi exploités, martyrisés et considérés comme des marchandises, et donc jetables. Les crises économique et climatique actuelles n’arrangent rien à la situation car les animaux sont d’autant plus abandonnés et maltraités, devenant des souffre-douleur ou bien des moyens de locomotion vantés dans les magasines « écolo » en remplacement des engins consommateurs de pétrole.

La situation de notre planète n’est pas vraiment plus enviable, l’existence de Gaïa étant littéralement ignorée et la vie sensible des végétaux étant d’autant plus ridiculisée, même chez les végans.

Notre responsabilité est donc très grande.

Que pensez-vous des théoriciens du droit d’un côté, de l’ALF et de l’ELF de l’autre?

Nous ne nous intéressons pas aux théoriciens du droit, même si certains (comme Francione) mettent en avant des choses intéressantes. Nous ne pensons pas qu’ils soient réalistes. Ils sont totalement liés aux institutions, en l’occurrence universitaires. Ils espèrent que les choses changeront d’elles-mêmes, ils pensent comme Gandhi que les gens exploitant les animaux vont devenir « raisonnables. »

Nous parlons par contre de l’ALF et de l’ELF, déjà parce que leurs documents sont bien plu compréhensibles et lisibles, et que leur démarche n’est pas élitiste. Il n’y a pas de mise en avant de personnalités, d’egos, etc. Il y a une sensibilité qui nous parle, contrairement aux textes juridiques abstraits et aux associations où un individu se met en avant, que ce soit comme théoricien ou porte-parole. C’est une question de culture et de mentalité. Après, il s’agit de mouvements clandestins pratiquant des actes illégaux, et en tant que journal légal nous ne pouvons avoir de point de vue à ce sujet.

Comment imaginez-vous le monde du futur ?

Pour en parler, il faut forcément penser à deux œuvres de littérature du 19ème siècle qui ont abordé cette question: Cent ans après ou L’an 2000 d’Edward Bellamy, et Les nouvelles de nulle part, de William Morris.
Ces livres sont liés au mouvement ouvrier du 19ème siècle, dont l’objectif était notamment que les villes et les campagnes cessent de se confronter de manière destructrice.

Nous pensons pareillement que dans le futur, l’architecture ne sera pas « urbaine » mais à la croisée des chemins entre les villes et les campagnes, permettant à la nature d’être présente partout. La vie sauvage occupera la planète, les humains occupant des îlots civilisés vivant en harmonie.

Les êtres humains planifieront leurs activités selon leurs besoins, mais aussi selon ceux de Gaïa, car toute l’humanité se verra comme une composante de celle-ci. Sans doute même que l’humanité devra assumer des responsabilités par rapport à Gaïa, non seulement pour réparer ses lourdes erreurs (ayant causé destruction et pollution), mais également par rapport à la sauvegarde de l’existence de Gaïa dans l’univers (menace de météorites, etc.).