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La rancoeur de Nicolas Hulot

Nicolas Hulot est un mauvais perdant, mais à ce petit jeu là, c’est toute l’écologie qui trinque. Parce que rien n’est pire que la personnalisation. Bien sûr, des gens peuvent représenter des idées et donc alors parler de ces gens c’est parler des idées qu’ils représentent.

Mais là, on a beau chercher, on ne voit pas de contenu. Ainsi, Nicolas Hulot a accordé une interview à un magazine, « Bretons », qui est sorti hier en kiosques (mais l’interview date… du 10 juillet, soit deux jours avant la victoire d’Eva Joly (dont il se doutait néanmoins bien entendu).

Il se plaint de plein de choses, notamment de ces personnes membres d’EELV:

«conditionnés par la façon traditionnelle de faire de la politique». «Ils aiment les formules, ils aiment les ennemis désignés. Prononcez cinq fois le mot Sarkozy dans un discours: vous provoquez des orgasmes…»

Il faut dire que quand le Canard enchaîné révèle que Hulot continue d’utiliser son appareil électrique l’aidant à avoir des abdominaux, cela ne fait pas très crédible niveau chasse au gaspi…

Mais, surtout, ses plaintes sont personnelles. Il ne se plaint pas comme quoi il aurait des idées différentes, par exemple comme quoi les gens d’EELV n’en ont rien à faire des animaux ou de la Nature, comme quoi il y a urgence, etc.

Non, il exprime simplement de la rancoeur:

A quoi bon me faire la danse du ventre pendant des années pour que je vienne les rejoindre ?

C’est tout le paradoxe de leur attitude, affirme Nicolas Hulot en parlant des cadres de la formation politique.

De Jean-Vincent Placé à Dany Cohn-Bendit, en passant par Cécile Duflot et Noël Mamère, ils n’ont eu de cesse de me demander de les rejoindre.

Mamère m’a dit que j’étais le seul candidat possible. Et pourtant, il fut le premier à m’envoyer des banderilles à partir du moment où je me suis présenté.

On a ici une complainte tout ce qu’il y a de plus personnel, or dans l’ordre des choses, on devrait parler de contenu: tant Cohn-Bendit que Duflot ou Mamère représentent des points de vue différents sur l’écologie, et d’ailleurs Hulot ne se « plaint » pas du fait qu’une de ces grandes « figures » d’EELV l’ait rejoint: José Bové!

Ce qui casse tout de même la démarche de Hulot de se plaindre, car il a « joué », et il a perdu, voilà tout!

Est-ce que cela veut dire justement que Hulot va abandonner Eva Joly et EELV? Il le laisse planer:

«Si je ne leur apporte pas grand-chose, cela ne sert à rien d’insister. Il vaut mieux que je reprenne une autre forme d’engagement. »

Ce qui montre bien non seulement que toute cette « primaire de l’écologie », a été du n’importe quoi, mais qu’en plus, des gens comme Stéphane Lhomme et les « décroissants », qui ont critiqué Hulot mais jamais Joly, ont aidé à ce que « l’écologie » bobo ait un boulevard….

Alors qu’en plus on va continuer à avoir Hulot dans les pattes!

Tout cela en raison du refus d’avoir du contenu, de donner des définitions, de prétendre servir l’écologie en général, sans avoir aucun critère de vérification.

Mais quand on nie la Nature, l’existence même des animaux, comment justement ne pas vouloir de définitions? Car sinon il ne serait plus possible de masquer son opportunisme et son carriérisme derrière l’urgence qu’il y a: notre planète est train d’être assassinée!

Eva Joly, candidate « écologiste » qui se perd dans la savane

C’est depuis l’ultra – bobo local La Bellevilloise de l’est parisien qu’Eva Joly a annoncé sa victoire aux « primaires de l’écologie » (58,16% des voix contre 41,34% à Nicolas Hulot) et tenu un discours truffé d’incohérences démontrant sa nullité écologiste.

Pour résumer simplement : au lieu d’avoir un faux écolo avec Hulot, on aura droit à quelqu’un qui ne l’est même pas pour faire semblant. Eva Joly veut être ministre de la justice du prochain gouvernement dirigé par le Parti Socialiste et ses alliés.

L’écologie ? Ce n’est pas son truc, comme on dit, et d’ailleurs elle a failli tout aussi bien terminer au MODEM (elle en est l’invitée vedette lors du grand meeting pour lancer la campagne des élections européennes en 2008).

Elle n’est arrivée à Europe Écologie que « par en-haut », en étant directement éligible pour les prochaines élections, grâce à l’invitation de Daniel Cohn-Bendit.

Écologiste, donc ? Pas du tout ! Et ses propos tenus après sa victoire hier sont donc très parlants. On y cherchera vainement une référence à l’écologie, à la nature, sans même parler des animaux ! Pour elle, voici ce qu’est l’écologie :

« L’écologie, c’est l’économie au service de l’homme et non l’homme au service de l’économie. »

Non, cela n’est pas l’écologie. L’écologie, c’est une société humaine au service de Gaïa, dont l’espèce humaine n’est qu’une composante.

Mais voici les grands axes de son discours d’investiture (une vidéo ici), que nous présentons point par point, après l’avoir « savamment décortiqué »:

1.Eva Joly délire sur la savane

2.La « décroissance » version bobo

3.Un esprit « républicain »

4.Stéphane Lhomme, le décroissant qui a fait fonction d’idiot utile

1.Eva Joly délire sur la savane

Dans son discours, il n’y a qu’un petit passage qui parle d’écologie au sens strict. Le voici :

« Nous sommes pour la modération énergétique et la sortie du nucléaire.

Nous devons engager la conversion de l’économie, passer d’une société jetable à une société durable. Nous ne pouvons continuer à enfouir dans nos campagnes des machines à laver et des frigos qui sont fabriqués pour tomber en panne au bout de 3 ans.

Forêt amazonienne qui devient une savane où pousse le soja transgénique qui va être transporté à travers les océans pour nourrir le bétail. La savane africaine qui devient un désert. Ou la pêche industrielle qui anéantit les fonds marins. »

a) Où Eva Joly a-t-elle vu que la savane africaine devient un désert ? Dis comme cela, cette phrase ne veut rien dire du tout !

En effet, la désertification concerne principalement le Sahel, la zone juste en-dessous du Sahara (on parle des pays sub-sahariens). Les pays africains où se trouvent les savanes sont eux-même en dessous des pays sahéliens…

Pays sahéliens qui effectivement affrontent la désertification… Mais pas, au sens strict, « la savane africaine » !

b) Tout aussi incohérent : « Forêt amazonienne qui devient une savane où pousse le soja transgénique. »

Ici, Eva Joly montre encore une fois que son écologie est de pacotille. En effet, elle confond deux phénomènes : tout d’abord la destruction de la forêt amazonienne pour les plantations de soja (qui ne sont nullement des « savanes »).

Et ensuite, le réchauffement climatique, qui risque d’ici une centaine d’années de transformer la forêt tropicale amazonienne en savane, en raison d’une très importante baisse des pluies…

C’est vraiment n’importe quoi!

c) Nous ne savons pas où Eva Joly a vu que des machines à laver étaient accumulées dans des pyramides poubelles dans les campagnes françaises… En Inde, il existe en effet de telles poubelles, mais en France ce n’est pas le cas.

Les campagnes sont même justement de plus en plus rurbanisées : la nature perd du terrain !

Bref, c’est du grand n’importe quoi ! Mais cette mise en avant a une fonction idéologique. Lorsqu’elle parle de « la pêche industrielle qui anéantit les fonds marins », c’est pour justifier sa décroissance version bobo…

2. La « décroissance » version bobo

Voici le passage qui traite de la décroissance :

« Chacun sent bien que le monde change, que l’économie ne fonctionne plus comme avant.

L’économie française produit trois fois plus de richesses matérielles qu’il y a 30 ans. Sommes nous trois fois plus heureux ?

Ce sont des richesses matérielles souvent factices.
Cette richesse supplémentaire est d’abord mal répartie.
Nous sommes arrivés à l’épuisement d’une logique qui maltraite les hommes, une logique qui maltraite la planète.
René Dumont l’affirmait en 1974. Les faits donnent raisons à l’écologie dans tous les domaines : eau, agriculture, énergie, finance, industrie, santé. »

Là est un point très important. Nous à LTD disons que ce qui est produit répond à une logique anti-naturelle et même anti-humaine. Eva Joly ne dit pas cela, elle dit juste que les richesses sont mal réparties…

Ce qui est ici révélateur, c’est que la seule fois où elle parle des animaux, c’est en utilisant le terme de « bétail » : elle n’est pas pour l’abolition de l’exploitation animale. Elle veut seulement « temporiser », aller à un rythme moins rapide.

C’est la décroissance:

« Je représenterai la France de l’écologie. La France qui travaille pour les générations futures. La France qui place l’intérêt général au-dessus de celui des lobbies et du profit immédiat. La France qui change de modèle, qui retrouve le souffle de l’avenir.

L’écologie, c’est l’économie au service de l’homme et non l’homme au service de l’économie.

La croissance sans fin qui serait le remède à nos maux est une chimère. Non, la croissance n’est pas la réponse au chômage et à la pauvreté. Nous sommes pour la redistribution des richesses.

Nous sommes pour la modération énergétique et la sortie du nucléaire (…).

Il y a la droite libérale et il y a une gauche productiviste.
Les écologistes sont porteurs d’une nouvelle vision du monde. »

La « décroissance » donc, comme idéologie afin d’éviter que les pauvres ne s’énervent trop, voilà ce qu’est l’écologie pour Eva Joly. Rien à voir avec la nature et une remise au vert de la planète…

3.Un esprit « républicain »

Une grande attention est donc portée à la « république » qu’il faudrait moderniser afin de sauver ce qui peut l’être. On a donc droit à un long passage, qui dit la même chose que le futur candidat socialiste à la présidentielle:

« Je représenterai la France qui n’accepte pas les discriminations et les ghettos.
La France du XXIème siècle, dont l’identité n’est pas la nostalgie d’un âge d’or imaginaire, mais un projet ouvert, riche de ses différences.
Je représenterai la France des régions souvent niées dans leurs traditions. La France des accents et des sangs mêlés. La France des banlieues, des chômeurs, et des petits salaires.

Je représenterai la France qui pense que la fraternité est notre bien le plus précieux. La France qui refuse de vivre sous le régime des privilèges. Celle qui désire de toutes ses forces retrouver l’esprit de la République (…).

Oui nous sommes partisans de la sixième république, et fiers de l’être.
Nous défendrons le scrutin proportionnel, le non-cumul des mandats, la parité, le droit de vote des résidents étrangers, et le référendum d’initiative populaire.
Oui nous refusons l’impunité et nous en sommes fiers.
Nous ferons de la France le fer de lance de la lutte contre les paradis fiscaux, qui volent les ressources des citoyens et vident les caisses des États. »

Pas de reconnaissance de Gaïa, d’une question mondiale, planétaire, mais simplement une modernisation des institutions… Bref, le mot « écologie » qui a comme fonction de moderniser la « social-démocratie »!

4.Stéphane Lhomme, le décroissant qui a fait fonction d’idiot utile

Que va-t-il alors advenir de Nicolas Hulot ? Stéphane Lhomme a tout fait pour le torpiller. Il soutient même Eva Joly, dans un grand délire mégalomane, il s’attribue même la victoire de celle-ci, comme il explique dans un communiqué :

« Stéphane Lhomme se félicite que son slogan de campagne, l’écologie de combat, lancé dès le 8 avril (cf http://stephanelhomme.free.fr ) ait été récupéré en cours de campagne par Eva Joly, qui a remonté la pente face à Nicolas Hulot à partir de ce moment là. »

Stéphane Lhomme se révèle bien ici avoir été l’idiot utile. Parce que non seulement il a aidé à ce que la « décroissance » devienne la théorie officielle d’EELV comme on vient de le voir, mais en plus il y aura Hulot, puisque Eva Joly a expliqué hier:

« Je remercie d’abord tous ceux qui m’ont choisie. Mais je remercie aussi tous ceux qui ont voté pour mes trois concurrents, notamment pour Nicolas Hulot. Ma légitimité d’aujourd’hui repose sur un scrutin ouvert aux écologistes venus de tous les horizons (…).

Ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous divise. Je veux rendre hommage ici à Nicolas Hulot qui a quitté un certain confort pour s’engager en politique et défendre l’écologie.

Il a, avec son équipe, un rôle de premier plan dans la mobilisation générale qui commence.

EE-LV est notre maison commune. C’est une maison ouverte et j’affirme avec joie notre unité. »

La boucle est bouclée. Eva Joly n’a pas renversé Hulot, elle le prolonge… Elle est le symbole d’une fausse écologie, qui se moque de la nature, pour qui les animaux n’existent même pas !

Tout le contraire de ce dont nous avons besoin… Gaïa a besoin qu’on la serve de la manière plus humble, la plus moralement correcte, la plus radicalement possible : pas de compromis dans la défense de notre mère la Terre!

Les résultats des « primaires de l’écologie »

Les « primaires de l’écologie » – en réalité les primaires d’Europe écologie les Verts et ses alliés – sont terminées et on a maintenant les résultats. Voici les chiffres officiels :

A l’issue du dépouillement, voici les résultats du premier tour de la Primaire de l’écologie.

Eva Joly : 12571 votes, soit 49,75 %
Nicolas Hulot : 10163 votes, soit 40,22 %
Henri Stoll : 1269 votes, soit 5,02 %
Stéphane Lhomme : 1172 votes, soit 4,44 %
bulletins blancs : 94 votes, soit 0,37 %

Si nous parlions des écologistes version bobo, il y a quelques jours, c’est justement pour cela. Il existe une véritable culture écolo bobo, qui a été sous-estimée par Hulot, et qui a même réussi à le mettre dans les cordes.

Hulot considère en effet que l’écologie consiste en de l’accompagnement du gouvernement avec la réalisation de mesures ; pour EELV, il s’agit d’une vision du monde, celle de quartiers urbains pacifiés où l’on peut vivre agréablement quand on dispose de certains moyens…

Hulot est-il dupe de cela ? Pas si sûr. Il y avait déjà sa petite phrase sur Borloo, lors de la campagne des primaires. Et, dans un même registre, il y a sa fondation qui a pris hier une décision… pour le moins étrange.

En effet, la Fondation pour la Nature et l’Homme (auparavant la « Fondation Nicolas Hulot ») a décidé de revenir dans le comité de suivi du Grenelle de l’Environnement…

La Fondation l’avait quitté en mars 2010 en raison du report de la fameuse « taxe carbone », report sans date d’ailleurs.

Qu’est-ce qui a changé depuis ? En fait, la Fondation se justifie par la création par Sarkozy d’un « groupe de travail sur la constitutionnalité de la fiscalité écologique. »

Ce qui ne veut strictement rien dire, n’est même pas une mesure concrète, et montre bien qu’il s’agit d’un prétexte pour se replacer au cœur des institutions, comme « porte de sortie » pour Hulot qui, à défaut d’EELV, pourra donc avoir toute légitimité pour devenir ministre de l’écologie d’un Sarkozy (éventuellement) réélu !

Notons au passage que Sarkozy vient d’annoncer un programme de 35 milliards d’euros d’investissements pour l’énergie du futur, un mélange de nucléaire et de développement durable…

Et faut-il rappeler que le Grenelle de l’environnement ne parle pas de nucléaire ? Hulot n’en a parlé que très récemment lui-même, et encore pour dire que Fukushima l’avait fait changer d’avis…

Pas difficile de voir quelles alliances peuvent se profiler ici ! Il y a là un jeu politique très subtil, une belle preuve d’ailleurs de la bataille d’appareils que constituent tous ces gens se goinfrant sur l’écologie.

Pas difficile de voir non plus les conséquences.

Car au sein du « milieu » (au sens le plus large possible) pour les animaux, nombreux étaient les structures rêvant d’un triomphe de Hulot, afin de faire passer en contrebande leur proposition « apolitique » des « droits pour les animaux. »

L’échec de Hulot coule totalement cette option ridicule et ne reposant sur strictement rien à part un désir de reconnaissance médiatique, une volonté d’effectuer des bénéfices commerciaux et la perspective d’une intégration des Universités comme professeurs et autres chercheurs !

On peut être certain que tout ce petit monde soutiendra Jean-Marc Governatori, qui se présentera également à la présidentielle, au nom de l’Alliance écologiste indépendante dont la secrétaire est désormais l’ancienne « star du porno » Zara Whites (qui troque donc PeTA contre Governatori). Vegmag joue bien entendu déjà son rôle de « soutien indirect »…

Governatori, évidemment soutenu par Bardot, « se paie » sa candidature, comme il explique dans une interview:

C’est vrai que je suis l’un des principaux contribuables de France, mais une campagne présidentielle ne coûte pas cher. Je suis outré par les budgets des partis classiques de plusieurs millions d’euros, payés par les contribuables. Une campagne présidentielle coûte au maximum 300 000 euros, essentiellement des frais de déplacement. Le budget est raisonnable, donc on n’aura pas de problèmes à ce niveau-là.

Le cynisme complet de ses propos n’est même pas à expliquer, et choquera comme il se doit toutes les personnes bataillant au quotidien pour conquérir une vie digne tant pour eux et elles-mêmes que pour les animaux… Mais finalement, pourquoi être choqué? Ces propos sont typiques des « appareils » et de ceux qui veulent faire carrière dans les institutions.

Mais l’échec de Hulot est également le triomphe d’Eva Joly, et cela ne va pas aider les « décroissants » qui justement sont censés rejeter les institutions. La candidature de Stéphane Lhomme était symbolique, mais elle se fondait sur le succès triomphal de Hulot…

Elle devait permettre une recomposition grâce à cette résistance symbolique. Maintenant, Stéphane Lhomme apparaît comme celui qui a aidé Eva Joly, celui qui est comme Eva Joly mais en plus dur, en plus idéaliste, etc.

Avec une victoire de Hulot, Stéphane Lhomme aurait pu se laver les mains d’EELV, maintenant il est coincé, et avec lui tous les « décroissants »… On pourra longtemps lui reprocher cette photographie, qui le montre à côté d’Eva Joly (tout à gauche), et prouve qu’il considère au moins avoir des choses en commun avec elle !

Quant à l’écologie, on en n’entendra pas parler. Eva Joly ne vient même pas des Verts, elle hésitait à aller au MODEM avant de rejoindre EELV pour être directement élue. Elle est là car elle représente l’idéal d’un capitalisme écolo et sans corruption, social et sans préjugés.

C’est cela, l’écologie d’EELV, une sorte de grand nettoyage, de réfection… Nullement l’annonce d’un grand retour à la nature, pourtant tant nécessaire !

Jean-Marc Governatori

Europe Ecologie – les Verts : même pas un mois d’activité, et déjà les clans s’affichent

C’est totalement fou : les élections présidentielles sont dans une année et demi, et déjà Europe écologie – les Verts se déchire, alors que le congrès de fondation a eu lieu il y a même pas un mois !

Le gâteau électoral a l’air tellement grand que cela part dans tous les sens, avec un opportunisme débridé incroyable, et bien entendu sans rapport aucun avec l’écologie et l’urgence pourtant nécessaire.

Le premier coup d’éclat a été fait par Jean-Paul Besset. Trotskyste (à la direction de la LCR pendant onze ans), puis rédacteur en chef du quotidien Le Monde pendant dix ans, Besset est le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Il est député européen, et évidemment proche de Nicolas Hulot – Nicolas Hulot qui était justement présent lors du congrès de fusion Europe Ecologie – Les Verts, à la mi-novembre. Fusion dans laquelle il a joué un grand rôle, et il devait même devenir président de leur « parlement ».

Pourquoi donc claque-t-il la porte ? Voici ce qu’il a expliqué, dans une lettre rendue publique dans le magazine très anti-écolo Marianne :

Pourquoi j’abandonne

J’ai décidé de renoncer à toute responsabilité au sein d’Europe Ecologie-Les Verts. Cette décision est mûrement réfléchie. Elle n’est le fruit ni d’un coup de tête ni d’un coup de blues. Elle révèle l’impuissance que je ressens de plus en plus douloureusement face à une situation de conflit interne qui m’apparaît, en l’état, dominante, indépassable, broyeuse d’énergie et d’espérance. Elle vise aussi à dissiper l’illusion fédératrice que ma présence entretient dans la direction du mouvement, entre marteau et enclume.

Autrement dit, j’avoue l’échec, personnel et collectif : je ne souhaite plus m’épuiser à construire des passerelles alors que l’essentiel des préoccupations consiste à entretenir les suspicions ou à rêver d’en découdre pour affaiblir tel courant, détruire tel individu ou conquérir tel pouvoir. Je n’assumerai pas plus longtemps la fiction et l’imposture d’un rôle revenant à concilier l’inconciliable.

Si ma mise à l’écart volontaire, dont je pèse amèrement le sens négatif aux yeux des militants sincères, peut servir à quelque chose, c’est de dissiper le rideau de fumée et chasser l’hypocrisie: que les masques tombent ! Que les couteaux sortent s’ils doivent sortir ou que les convictions l’emportent enfin sur les ambitions, mais qu’au moins il se passe quelque chose, qu’Europe Ecologie-Les Verts échappe à ce climat délétère de guerre froide et de paix armée !

I have a dream… Oui, j’avais fait le rêve que les Assises de Lyon, le 13 novembre, seraient une date « constituante », consacrant l’aboutissement d’une démarche de dépassement collectif pour construire une force alternative, responsable et désirable, indispensable aux enjeux de l’époque. Cette journée devait marquer les esprits au point de les transformer grâce à un sentiment d’appartenance commune, emportés par une dynamique qui submergerait les inévitables aigreurs, les petits calculs, les préjugés stupides, les médiocrités recuites. J’ai cru que la force de l’essentiel l’emporterait sur les turpitudes usuelles. Qu’il y aurait donc un avant et un après Lyon…

Je me suis trompé. Lourdement. Il est impossible de parvenir à faire la paix entre ceux qui aspirent à la guerre.

Il y a bien un après Lyon… mais, à l’image du nom retenu (Europe Ecologie-Les Verts), il reproduit ce que nous avions eu tant de mal à contenir dans l’avant Lyon : le scénario des crispations et des jeux claniques, la comédie du pouvoir, le monopoly des territoires. Règlements de compte, délices du déchirement, obsessions purificatrices et procès en sorcellerie saturent à nouveau l’espace, au point de rendre l’air interne irrespirable et le travail politique secondaire.

La fusion-dépassement n’a pas eu lieu. Le fossé des défiances reste plus béant que jamais entre ceux supposés vouloir rester en famille et ceux suspectés de chercher le divorce pour la recomposer, rendant impossible toute entreprise commune. D’un côté, le parti où nombre de Verts verrouillent une reproduction à l’identique, avec les mêmes têtes, les mêmes statuts, les mêmes pratiques, les mêmes courants, la même communication pseudo radicale, la même orientation servile vis à vis de la gauche; de l’autre côté, la Coopérative que certains veulent instrumentaliser en machine de guerre contre le parti. Dans ces conditions, aucune discussion sereine, aucun désaccord rationnel ne peut exister. Chaque choix est hypothéqué, chaque initiative s’avère lourde de conflits.

Par bonheur, la dramaturgie de nos luttes fratricides en reste aux simulacres. Elle ne tue pas vraiment mais elle use, elle ronge, elle épuise, elle désespère. Certains bâtisseurs, comme mon vieux complice Pascal Durand, ont déjà pris leurs distances. A mon tour de déclarer forfait et de refuser d’assumer plus longtemps un rôle d’équilibre alors qu’on me somme chaque instant de choisir un camp, de dénoncer machin ou de sacrifier truc, de justifier le moindre acte des « autres », de prendre parti dans le choc des ego, de participer au grand concours des détestations, bref de faire tout ce que je déteste.

J’ai contribué à construire un mouvement que je juge désormais métastasé et auquel, pas plus que quiconque, je ne sais apporter de remèdes. Je n’entretiens aucun ressentiment, j’apprécie les qualités individuelles des un(e)s et des autres, je ne regrette rien du chemin. Mais, sous l’impact de trop fortes pesanteurs internes engendrées par les coutumes du vieux monde politique dont toutes – je dis bien toutes! – les sensibilités d’EELV portent les stigmates, la mayonnaise collective a tourné et déprécie maintenant les énergies.

C’est humainement insoutenable. C’est en tout cas à mille lieux du projet qui m’habitait. Je renonce donc sans rien sacrifier de mon espérance dans l’écologie politique comme horizon de survie et d’émancipation. Sous réserve, peut être, d’un sursaut durable et d’un ressaisissement collectif que mon retrait pourrait favoriser.

6 décembre 2010

Jean-Paul Besset

C’est bien beau, mais c’était clair depuis le départ. Là où il n’y a pas de contenu, il y a surtout de la carrière. Et Jean-Paul Besset peut critiquer comme il veut: il a démissionné d’Europe écologie, mais il reste député européen, ce qui est pour le moins incohérent!

Et puisqu’on parle d’incohérence, lors du congrès de fusion entre Europe Ecologie et les Verts, il y avait deux écrans géants, dans ce qui était une sorte de grand show dans une tradition totalement éloignée de l’esprit alternatif qui doit être celui de l’écologie.

Noël Mamère a même eu besoin de se retenir : « Pendant que les photographes se pressent autour de nos responsables et de nos vedettes… même si ce mot n’est pas très apprécié par le monde de l’écologie. »

Car lors de ce show, on a également eu droit au grand retour médiatique de Nicolas Hulot (voir la vidéo de son discours, avec les journalistes au premier rang), après le flop de son film. Et comment Besset justement a justifié cette présente médiatique au sein d’un show :

« Il a choisi cette occasion pour faire sa rupture de jeûne médiatique parce que pour lui, c’est un moment important. Il connaît l’histoire de ce mouvement et sait que son action n’est pas pour rien dans sa naissance. »

Besset est donc sacrément gonflé de tenir ces propos sur Europe Ecologie, car lui-même a fait partie de cette guerre de cliques, lui représentant la tendance Nicolas Hulot…

Mais Besset n’est pas le seul à « se placer » par un coup d’éclat. Daniel Cohn-Bendit a fait de même…. Il y a quelques jours, il a lancé de manière officieuse sa « coopérative politique » avec une soixantaine de sympathisants.

Parmi les personnes invitées à cette soirée : Eva Joly, Laurence Vichnievsky, Noël Mamère, Corinne Lepage, Stéphane Gatignon ou Marie Bové.

Qui sont ces gens? Eva Joly, l’ancienne magistrate, dont nous avons déjà parlé (voir également là) et dont nous avons déjà critiqué son absence de position écologique. Laurence Vichnievsky est elle encore magistrate, et on pourrait faire la même critique.

Stéphane Gatignon : nous en avons déjà parlé également, il a quitté le PCF afin de faire carrière ailleurs (voir ici également au sujet, le mois dernier, d’adhésions « de dernière minute »). Marie Bové : nous en avons parlé aussi, elle est la fille de José Bové, elle n’a pas de parcours écologiste. Quant à Noël Mamère et Corinne Lepage, ce sont des écologistes en version « light »…

Bref, que des gens dont le rapport avec l’écologie est tout sauf franc, clair et net, ou alors dans une version édulcorée, acceptable par les institutions, et en tout cas sans projet de bouleversement des valeurs dans le sens de la libération de la Terre et de la libération animale.

Et pour corser la chose, Daniel Cohn-Bendit a affirmé qu’il soutenait la candidature de Dominique Strauss-Kahn lors des primaires du Parti Socialiste. Alors qu’il avait soutenu Ségolène Royal en 2006, contre Dominique Strauss-Kahn justement !

Sauf que maintenant Daniel Cohn-Bendit a sa petite équipe, et peut rouler tout seul comme un grand, ou tout au moins avoir sa propre figure de proue avec Eva Joly…

Voilà donc ce qu’est Europe écologie. Aucun débat n’est impulsé dans la population, aucune culture écologiste n’est produite. L’écologie est ici prise en otage, de manière éhontée, pour un jeu électoral… aux dépends de la planète !

Encore et toujours les magouilles d’Europe Écologie, alors qu’Eva Joly assume le nucléaire…

Stéphane Gatignon est un écologiste du même type qu’Eva Joly. Devenu maire de Sevran en Seine Saint-Denis en 2001, il passe avec armes et bagages… à Europe Écologie en 2009.

C’était en novembre… Quelques mois plus tard, en mars 2010 ; il conduit la liste départementale d’Europe Écologie en mars 2010.

Du parachutage qui montre le haut niveau d’engagement écologiste… Nous en avions d’ailleurs déjà parlé dans l’article Stéphane Gatignon adopte l’écologie pour faire carrière.

On peut d’ailleurs constater sur son blog que niveau écologie, ce n’est toujours pas cela, même pas pour la forme…

Mais par contre les médias parlent beaucoup de lui depuis hier. La raison ? En fait, le jeudi de la semaine dernière (le 30/09/2010), c’était la veille de la clôture des inscriptions pour participer au processus de fusion des Verts et d’Europe Écologie.

Et comme par hasard, il y a eu 400 adhésions nouvelles, payées collectivement ou en liquide… Dont 200 émanant de la communauté tamoule de Sevran, dont Stéphane Gatignon est proche.

Il a eu beau jeu ensuite de critiquer le « racisme » des réactions outrées à ce genre de magouilles politiques absolument typiques. Multiplier les adhérents avant un congrès est un grand classique, et à ce jeu sans scrupules tous les moyens sont bons.

Tout cela est lamentable et absolument parlant de ce qu’est Europe Écologie : un moyen pour certains de faire carrière (on peut relire par exemple notre article Martine Billard, un parcours exemplaire de bobo faussement écologiste).

La couleur est d’ailleurs déjà annoncée, le mouvement anti-nucléaire constatant en ce moment des propos d’Eva Joly à Canal +, datant du 31 août. Eva Joly explique tout simplement :

« Nous allons promouvoir beaucoup d’énergies alternatives, éoliennes, photovoltaïques. Nous maintiendrons les centrales nucléaires existantes et puis nous verrons. »

Entre le « on verra » et « la Terre d’abord! », il faut savoir choisir…

Eva Joly: un projet qui n’est pas « axé que sur le sort des abeilles ou des fleurs »

Hier, des étudiantes à l’école de Journalisme de Grenoble ont posé des questions à Eva Joly (voir notre critique de cette figure politique), dont une particulièrement intéressante.

Question : L’écologie, un projet suffisant pour la présidentielle ?

Réponse d’Eva Joly : « Nous avons un projet écologique qui est un projet holistique c’est-à-dire qu’il traite tous les aspects de la société.

Il traite de l’économie, de la conversion écologique de l’économie, il traite de la justice, il traite du traitement des inégalités dans la société, donc c’est un projet politique complet.

Mais il n’est pas axé que sur le sort des abeilles ou des fleurs, si vous voulez. Il traite de l’homme dans son environnement. »

Ces propos sont très intéressants, et doivent être bien compris. En effet, la stratégie d’Eva Joly est d’éloigner au maximum l’écologie de… la Nature !

Voilà pourquoi elle se dédouane, de manière moqueuse, des abeilles et des fleurs, à la fin de sa réponse. Ce qui est tout de même un sacré comble quand on se dit écolo !

De la même manière évidemment, son « projet politique » aborde tous les aspects de la société, dit-elle… sans un seul mot sur les animaux.

Alors qu’il est évident que la question animale est une question d’une importance essentielle au 21ème siècle ! Tout comme évidemment la défense de la nature sauvage.

Avec Eva Joly, c’est comme si tout allait bien ou pas trop mal, comme si la situation n’empirait pas chaque jour. Son rôle est éminemment négatif, totalement contre-productif pour l’écologie!

Eva Joly, une carriériste « écolo »

L’apéro géant «saucisson-pinard» qui devait se tenir ce vendredi à Paris a été annulé par la préfecture en raison du risque de « troubles à l’ordre public. »

Il est vrai qu’une provocation bien « beauf » de l’extrême-droite dans le quartier populaire de la Goutte d’Or ne risquait pas d’amener grand chose de bien…

Mais les revendications passéistes de l’extrême-droite ne sont pas les seules choses ridicules. Si la « culture » du cochon assassiné et des paradis artificiels est quelque chose de bien traditionnel, l’opportunisme électoral l’est bien aussi.

En quoi sommes-nous concernées en tant que personnes s’intéressant à la cause animale ? Eh bien, c’est simple : la candidature d’Eva Joly pour la présidentielle de 2011 semble de plus en plus une chose entendue.

Et cela, c’est le symbole du torpillage absolu de l’écologie telle qu’elle s’est développée ces dix dernières années. Une écologie avec plein de limites, mais un petit état d’esprit s’installait.

Là, l’état d’esprit va être anéanti. Déjà, la remise en cause du Grenelle de l’environnement au nom des impératifs économiques avait été un rude coup. Il faut en plus affronter l’influence de l’extrême-droite qui veut une écologie de façade, juste prétexte à un repli national.

La candidature d’Eva Joly serait alors un point culminant d’un processus déjà mal parti…

Eva Joly n’est en effet en rien écolo : elle est une opportuniste. Initialement elle est proche de Bayrou et du MODEM.

Et finalement, elle se présente sur la liste Europe Ecologie, où elle est directement placée en deuxième position sur la liste des écologistes en Ile-de-France pour les élections européennes de 2008.

Elle vient d’ailleurs d’ouvrir son blog, et on peut y lire dans le dernier article, Pourquoi faut-il adhérer à Europe Ecologie?, du 11 juin 2010:

Nous nous intéressons évidemment à notre planète, à son environnement, à son écosystème ; mais nous ne prétendons pas connaître tous les remèdes et encore moins faire des miracles.

Nous prétendons bien plus modestement chercher à prendre en compte tous les problèmes qui sont posés à nos sociétés et à n’en laisser aucun de côté, en proposant les idées qui nous paraissent les plus à même de remettre du sens, de la justice, de l’espoir là où il y n’en a pas ou de moins en moins.

Eva Joly ne parle pas de l’écologie, ni évidemment des animaux, en fait elle ne parle de rien du tout, parce que pour elle Europe Ecologie est une plate-forme électorale.

Les Verts sont d’ailleurs en train de disparaître en tant qu’organisation, pour être avalés par cette plate-forme électorale.

Voilà pourquoi Eva Joly a pu déclarer il y a quelques jours au sujet de la présidentielle:

« Si tout un mouvement me sollicite, je me présenterai. »

Eva Joly n’est en rien une écolo, elle est en réalité une nouvelle figure de proue politique parce que c’est quelqu’un en qui les bobos, les bourgeois bohèmes, peuvent avoir confiance.

Elle a en effet été magistrate, elle a été juge d’instruction au pôle financier au Palais de Justice de Paris, et s’est occupé de l’affaire Elf. Elle est une spécialiste de la lutte contre la corruption et la délinquance financière internationale, voilà pourquoi elle est « appréciée. »

Le rapport avec l’écologie ? Avec les animaux ? Avec la lutte pour notre planète ? Rien du tout, et même pire : son attitude est celle d’une libérale, qui explique n’avoir aucune solution.

Eva Joly se présente en « porte-drapeau », mais de quoi ? Les seules solutions qu’elle propose concernent les paradis fiscaux et la lutte contre la corruption… Toutes ses études et travaux portent là-dessus!

Malheureusement il ne faudrait pas croire qu’il existe une véritable opposition à Joly au sein des Verts. Jean-Vincent Placé, leur numéro 2, était un centriste de gauche, avant de passer du jour au lendemain chez les Verts…

Quant à Cécile Duflot, nous avions déjà rappelé que lors de la conférence de Copenhague, elle était partie en train devant les journalistes au nom de la lutte anti-CO2… pour revenir en douce en avion le lendemain, histoire d’être là pour une télévision…

Et au sujet de ses vacances de Noël aux Maldives, elle a expliqué… «C’est vrai qu’on ne peut pas y aller en pédalo.»