• Le bilan de la COP23

Le débat aux USA sur le queer et la transsexualité

Il y a une semaine, le week-end dernier plus précisément, des écologistes radicaux de « Deep Green Resistance » (DGR) ont été attaqué par un groupe de « queers » lors d’un festival dans la ville américaine de Portland.

Rien de bien méchant à part des insultes et des livres abîmés au marker au départ, puis des quolibets et enfin des menaces de mort et d’agressions physiques, notamment contre des femmes militantes à DGR.

Naturellement, cela a amené des réactions de part et d’autres, car DGR est une organisation assez décriée pour de multiples raisons, même si finalement cela fait partie des questions qui concernent les gens aux Etats-Unis, dans la scène écologiste radicale.

Pour ceux et celles ne connaissant pas, DGR est une organisation écologiste radicale d’orientation primitiviste, mais hiérarchisée, et tentant de promouvoir une opinion publique en faveur d’un changement radical, pour ne pas dire violent.

L’une des principales personnes de DGR est Lierre Keith, très violemment anti-vegan; après l’avoir été elle-même, elle considère que le véganisme est anti-écologiste car exigeant une agriculture de masse: DGR est pour un retour à une très petite population de personnes pratiquant la chasse et la cueillette (bref, c’est du primitivisme).

Ce qui nous concerne directement ici, c’est par contre la question en arrière-plan. Les personnes du groupe queer ont en effet attaqué les gens de DGR en les accusant de « transphobie. »

En fait, il y a une énorme scission en train se créer aux Etats-Unis au sein du féminisme radical, et de ce fait dans l’écologie radicale.

D’un côté, il y a donc les queer qui rejettent le principe du « genre », les définitions d’homme et de femme. Contrairement à ce que beaucoup pensent en France, la théorie du « queer » ne remet pas en cause la manière d’être homme ou femme, mais le fait même d’être homme ou femme.

Il ne s’agit pas que d’une critique des manières d’être, comme nous (ou d’autres) pourrions le faire, mais d’une négation des définitions mêmes de la notion d’homme et de femme.

De l’autre côté, il y a ceux et celles s’opposant à la théorie du queer, pour deux raisons différentes :

a) il y a les « essentialistes », qui acceptent bien entendu la remise en cause des « traditions » du partriarcat, mais refusent de nier qu’il y ait des hommes et des femmes ;

b) il y a les féministes radicales qui considèrent que le transsexualisme est une démarche ultra-individualiste consistant finalement à « contourner » le patriarcat (un peu comme si une personne pauvre pourrait prétendre en fait être une personne riche coincée dans le corps d’une personne pauvre).

Comme on le voit, ce sont trois positions très différentes, fondées sur des visions du monde différentes, voire opposées ou même antagoniques.

Le queer est pour supprimer toute définition d’homme et de femme alors que le féminisme radical et l’essentialisme considèrent que les définitions existent et qu’il faut viser le patriarcat (et non « l’hétéro-normativité »).

On comprend que les positions finissent ici par être antagoniques, alors que la différence entre le féminisme radical et l’essentialisme est philosophique, ce sont des conceptions opposées mais pas antagoniques.

Il ne faut pas sous-estimer les conflits qu’il y a ici ; les féministes radicales et les queers mènent une bataille idéologique ultra-violente en ce moment.

Les féministes radicales (les « radfem ») considèrent qu’un transsexuel reste un homme et considèrent la théorie du queer comme violemment anti-féministe.

Les lesbiennes radicales, contrairement à ce qui s’est bien souvent passé en France par ailleurs, sont très violemment opposées au queer.

Inversement, les queers considèrent par contre les « radfem » comme transphobiques et réactionnaires.

Quel rapport avec l’écologie radicale ? Naturellement la question de la Nature elle-même. Il y a tout le débat sur la question de la libération de la Terre qui est en jeu.

Soit les personnes transsexuelles sont un produit « post-moderne » de l’ultra-libéralisme, car la Nature produit des êtres vivants « entiers », sans séparation entre le corps et l’esprit. C’est notre position, par exemple.

Soit les personnes transsexuelles sont une minorité naturelle, qui a toujours existé, par exemple dans les communautés indigènes de par le monde. C’est la position du collectif du journal d’Earth First ! aux États-Unis, par exemple.

Encore une fois, il ne faut pas sous-estimer les très violents conflits sur cette question, qui vont faire d’ailleurs que l’extrême-gauche américaine va forcément s’effondrer, ou plutôt est déjà en train de s’effondrer sur cette question.

Bien évidemment, ce débat se reportera en France. Mais expliquons ici notre point de vue en quelques points :

a) il est évident que le capitalisme impose par en haut des attitudes et des traditions selon qu’on soit un homme ou une femme. Qu’il faille remettre cela en cause est bien sûr une évidence.

Mais de notre expérience avec les gens prônant des conceptions du « queer », nous avons bien constaté qu’il y avait une négation complète de la Nature, comme si les corps flottaient au-dessus de la réalité matérielle, n’existant que dans les définitions de la société.

Plus des gens allaient dans les théories du queer, plus ils s’éloignaient du véganisme, et encore plus des animaux et de la reconnaissance de la Nature.

Précisons bien ici que nous ne parlons pas forcément de gens alternatifs se disant queer par refus des valeurs patriarcales, mais surtout de gens ayant étudié et assumé la philosophie queer telle qu’elle a été développée dans les facultés américaines.

Le « queer » n’est pas un mouvement pour la libération totale, c’est une idéologie universitaire qui se considère déjà comme absolue, qui a ses théoriciens et théoriciennes, et qui rejette la Nature au profit d’une définition uniquement sociale de la réalité.

b) Nous ne considérons pas que la prise de drogues soit utile, pourquoi trouverions-nous bien d’en prendre pour en plus dérégler son corps, sous prétexte qu’un psychiatre prétend qu’on s’est « trompé » de corps ?

Et comment pourrait-on se tromper de corps ?

Nous ne considérons donc pas qu’il soit « naturel » que des gens se mutilent ou prennent des hormones (dans la théorie, dès l’âge de 12 ans selon les exigences des partisans de la transsexualité comme étant naturelle).

C’est une théorie « post-moderne » qui nie la réalité corporelle au profit d’une psychologie qui serait indépendante du corps, ce qui nous semble totalement religieux.

C’est cela le reproche que nous faisons aux queers en France : ils ont trop lu Descartes et son « je pense donc je suis », « comme maître et possesseur de la nature. » La théorie du queer est fondamentalement opposée à la reconnaissance de Gaïa: c’est une conception totalement anthropocentrique.

Le film Soylent Green (Soleil vert)

Le film Soylent Green (Soleil Vert dans sa version française) est un “classique” des films d’anticipation; sorti en 1973, il a bien entendu largement vieilli dans la forme mais sa problématique fait qu’il reste extrêmement intéressant, en plus d’avoir largement marqué les esprits.

Le scénario du film s’appuie sur un roman, intitulé en anglais “Make Room! Make Room!”, de Harry Harrisson, qui imagine un futur marqué par une surpopulation massive. Mais il y ajoute différents éléments: l’utilisation massive du soja tout d’abord, et l’utilisation des cadavres humains comme source de protéïnes complémentaires.

L’influence culturelle sur le film de l’utilisation massive du soja aux USA, à partir de la première guerre mondiale et jusque les usines des voitures de Ford, mérite un article à part.

Disons simplement que la situation dans le film est la suivante: l’humanité a totalement saccagé la planète. Ceci nous est présenté au début du film, dans une succession d’images où l’on voit la “conquête de l’ouest” (américain) puis la construction des villes, des autoroutes avec des voitures partout, les usines et la pollution, etc.

Dans ce contexte, il y a surpopulation et la ville de New York a 40 millions de personnes s’y entassant comme elles peuvent. Seule une petite élite s’en sort (en ayant l’eau courante, des biens de consommation courants, des appartements, de la nourriture comme “avant”, etc.), en étant protégée par une police à son service et qui forme une sorte de classe moyenne.

Le film tourne autour d’un policier “intègre” justement, qui va découvrir comment est fabriqué le “Soylent Green.” Car les masses qui ne connaissent ni “viande” ni légumes se nourrisent d’aliments produits par la compagnie “Soylent”. “Soylent” est la contraction de “soybean-lentil” (“Soja – Lentilles”).

Théoriquement le Soylent Green est produit à partir de soja et de plancton, mais en réalité les océans ont été assassinés. C’est ce que le policier découvre lors de son enquête. Ce qui fait qu’il y a en fait récupération des cadavres, tant des gens morts que des gens allant dans des centres spéciaux pour se suicider, ou encore des gens ramassés par de véritables bulldozers lors des émeutes de la faim.

L’univers de Soylent Green est ultra violent et ne montre aucune perspective pour s’en sortir, les êtres humains ayant anéanti la planète. La génération “Soleil Vert” ne connaît qu’une bataille pour la survie, et seuls s’en sortent les riches et le personnel à leur service (tant les policiers que les “femmes-mobiliers” servant de faire-valoir et de prostituées).

Le film oscille entre deux perspectives: d’un côté, une critique sociale, et de l’autre une nostalgie pure et simple. On voit ainsi le policier voler des aliments lors de son enquête, et son ami plus âgé lui cuisine la viande de boeuf volée, qu’ils consomment en buvant de l’alcool également volé. Cet ami plus âgé est ici une figure réactionnaire, qui cultive le passé, qui a la nostalgie d’avant.

Il y a une tonalité fataliste dans le film: avant on pouvait vivre, mais l’humain est ainsi fait qu’il détruit. La morale du film pourrait se résumer à “Dieu crée, l’homme détruit.” Le prêtre a une grande importance culturelle dans le film: il est terriblement choqué par la découverte de ce qu’est le Soylent Green, alors que son église est déjà pleine de personnes sans abri.

Dans la même idée, mais de manière plus critique, on voit que l’ami du policier décide de se suicider quand il apprend la vérité. Il veut rejoindre Dieu qui l’a créé (quitte à se suicider, ce à quoi en tant que juif il n’a pas le droit), mais c’est également une critique de l’humanité elle-même.

D’ailleurs lorsque ce vieux bibliothécaire juif va dans le centre consacré au suicide, il est montré comme une sorte de Socrate buvant un poison. On le voit ainsi pleurer le temps que le poison agisse, alors qu’il est dans une salle diffusant sur tous les murs un film montrant la nature telle qu’elle était avant: les oiseaux, les forêts, les cascades, les océans…

On remarque d’ailleurs que les seules autres personnes critiques sont des vieilles femmes dans des bibliothèques, ce qui donne une tonalité assez féministe dans un film malheureusement tournant sinon toujours autour du personnage principal, joué par Charlton Heston.

La fin est justement marquée par la figure de Charlton Heston, dont le personnage très grièvement blessé explique en quelque sorte avant de mourir que le Soylent Green consiste en des cadavres (“Soylent green is people”), et qu’il y a le risque que les humains soient élevés comme du bétail.

Il apparaît ainsi comme le “seul humain” se rebellant alors que les gens seraient une sorte de brute collective, sans mémoire ni conscience, sans volonté ni morale. Il n’est donc pas étonnant que la question animale ne soit pas posée, alors qu’en fait elle se pose dans tout le film!

Un remake de ce film est en cours et devrait sortir en 2012.