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Vegan Reich : Stop Talking Start Revenging

L’identité vegan straight edge émerge dans les années 1990 et voici une chanson du milieu de celles-ci avec des paroles typiques, dans un esprit punk californien, de l’approche militante agressive prônée par Vegan Reich et le courant Hardline.

Every second three animals die in American laboratories
tortured by crazed vivisectors who
burn crush and mutilate starve poison and assault animals
to fulfill their sick pleasure.
Chaque seconde trois animaux meurent dans les laboratoires américains
torturés par des vivisecteurs fous
qui brûlent, écrasent et mutilent font mourir de faim empoisonnent et attaquent des animaux
pour satisfaire leur plaisir malade.

Inflicting pain and suffering to gain more money and power.
Sucking their wealth (the blood) out of others
just like the madmen at the top who fuck our lives just for profit.
Infligeant de la douleur et de la souffrance pour obtenir davantage d’argent et de pouvoir
Suçant leur richesse (le sang) des autres
tout comme les fous furieux tout en haut qui détruisent nos vies juste pour le profit.

Cant you see there’s no difference between government exploiting people,
people exploiting animals, it’s all the fucking same,
just another face of oppression in this society.
Ne peux-tu voir qu’il n’y a pas de différence entre le gouvernement exploitant le peuple,
le peuple exploitant les animaux, c’est tout simplement la même chose,
juste une autre face de l’oppression dans cette société.

Murder is murder it’s still the same.
From behind their walls come silent screams
victims of mans cruelty.
Le meurtre c’est le meurtre c’est tout pareil.
Depuis derrière les murs viennent les hurlements rendus silencieux
des victimes de la cruauté des hommes.

« For the good of man » they proclaim, their conscience eased but not the pain.
Justification from dark cold eyes (what they well is full of lies)
« A sacrifice for societies gain » whatever reason they’re still to blame.
« Pour le bien de l’humanité » qu’ils proclament, leur conscience est facile, mais pas la douleur
La justification depuis leurs yeux sombres et froids (et ils sont aussi plein de mensonges)
« Un sacrifice pour le profit de la société » quelle que soit la raison ils sont encore à blâmer

Cos animal experiments do not save human lies,
and even if they did it wouldn’t make an ounce of difference
cos we’ve no right to decide who’s to live and who’s to die.
Car les expériences sur les animaux ne sauvent pas les mensonges humains,
et même s’ils le faisaient cela ne ferait pas aucune différence
car nous n’avons pas le droit de décider qui doit vivre et qui doit mourir.

Every second we just sit and talk
three more are killed and the clock ticks on.
Those still alive just wait to die,
their blood flows red like yours and mine.
Chaque seconde où nous sommes simplement assis
trois de plus sont tués et l’heure continue de tourner.
Ceux encore vivants attendent de mourir,
leur sang coule rouge comme le tien et le mien.

The time for action is here today
but what path do we fucking take
when the animals that we liberate just always seem to get replaced?
Le temps de l’action est ici aujourd’hui
mais quelle voie devons-nous suivre
quand les animaux que nous libérons semblent toujours remplacés ?

We must put them out of commission
break their cycle of oppression
burn down their laboratories of death
and if they too get burn well they’ve had their warnings.
Nous devons les mettre hors-service
briser leur cycle d’oppression
brûler jusqu’aux fondations les laboratoires de la mort
et si eux-mêmes sont brûlés ils ont eu leurs avertissements.

Yet they still continue the bastards have it coming.
They’ve made a choice (not theirs to make) to kill and maim,
its life they take.
S’ils continuent encore les salopards auront ce qui vient.
Ils ont fait un choix (qui ne leur revenait pas) de tuer et mutiler,
c’est la vie qu’ils prennent.

Innocent? Fuck no they’re not its blood they spill.
They must be stopped
no time for love and understanding
they don’t deserve our « compassion »
Innocent ? Certainement pas qu’ils le sont, c’est du sang qu’ils font couler.
Ils doivent être stoppés
Pas de temps pour l’amour et la compréhension
ils ne méritent pas notre « compassion »

what those murdering scum deserve is a dose of their own medicine.
So let’s smash them now, once and for all, break through their walls/skulls.
Ce que ces salopards assassins méritent est une dose de leur propre médecine.
Alors détruisons les maintenant, une fois pour toutes, brisons leurs murs/crânes.

Put an end to their sick reign they’ve carried on for far too long,
we know that they’re in the wrong
so stop the talking – start revenging
and give the filth what they’ve got coming!
Mettons un terme à leur règne malade qu’ils ont eu bien trop longtemps
nous savons qu’ils sont dans le faux,
Alors stoppons les discussions, commençons la vengeance
et donner aux ordures ce qui leur revient !

Statement : « Tread the path »

La chanson « Tread the path » – « prends le chemin » – reflète l’esprit straight edge, mais de manière assez particulière, car la personne ayant monté le projet de « Statement » était straight edge avant de connaître le concept, tout en appartenant initialement à la mouvance anarcho-punk se tournant en partie vers les droits des animaux.

Statement participa ainsi, avec le groupe de musique punk américain « Vegan Reich », à populariser la démarche vegan straight edge considérée comme un ensemble de valeurs indissociablement liées. Suivra par la suite le groupe de musique « Earth Crisis », parallèlement bien entendu à toute une scène militante, activiste, combattant pour la libération animale.

Rappelons que nous sommes ici en 1990…

You’re so lame to depend on shit.
Do you not believe in yourself, doesn’t that fit?
You let yourself be controlled.
You’re in the fast lane going nowhere.
Tu es si faible pour dépendre de la merde.
Tu ne crois pas en toi, est-ce que cela ne te va pas ?
Tu te laisses contrôlé.
Tu es sur l’autoroute qui mène nulle part.

Sure life’s a bum, it doesn’t end there.
There are ways out, not through drugs.
You gotta believe in yourself, understand yourself.
Tread the path. Stay straight.
La vie est moche, mais cela ne s’arrête pas là.
Il y a des voies pour s’en sortir, pas par les drogues.
Tu as à croire en toi, à te comprendre.
Prends le chemin. Sois straight.

It’s not an easy life, we need a straight minds
– From police hassle, to right wing naziscum.
Be prepared, be straight.
See the enemy, not flying elephants.
Ce n’est pas une vie facile, nous avons besoin d’esprits clairs
– depuis les harcèlements policiers jusqu’aux ordures nazies de l’extrême-droite.
Sois préparé, sois straight.
Vois l’ennemi, pas des éléphants roses.

Statement : « The true path »

Ce qui est marquant dans l’approche « hardline » de 1990, c’est qu’elle part du principe que l’antagonisme avec l’exploitation animale est complet, qu’aucune négociation ne peut avoir lieu.

C’est une question de morale, mais également de réalisme puisque, à l’arrière-plan, il est considéré qu’il y a tout un système d’exploitation, de différentes oppressions liées à celui-ci, etc.

Il y a ici quelque chose de saisissant : le véganisme est considéré comme incontournable… en 1990, mais aujourd’hui encore, alors que c’est tellement facile, il y a des gens pour « faire des manières » !

You know what’s right, you’re not that dumb.
You understand cos it feels the same.
Inflicted on us or an animal, they scream too –
pain is pain.
Tu sais ce qui est juste, tu n’es pas si idiot.
Tu le comprends parce que c’est la même sensation.
Infligé à nous ou sur un animal, ils crient également –
la douleur est la douleur.

In the laboratory or the slaughterhouse,
they go through pain for human gain.
The blood is on your hands, you’re not clean
If you eat meat, milk, eggs or cheese.
Dans les laboratoires ou les abattoirs,
ils passent par la douleur pour le gain humain.
Le sang est sur tes mains, tu n’es pas clean
si tu manges de la viande, du lait, des œufs ou du fromage.

In the field the hunt takes place,
all dressed up and ready to kill.
Conservation is what they say.
One day well hang them, well get our way.
Dans le champ la chasse tient lieu
tous bien habillés et prêts à tuer.
La conservation est ce qu’ils prétendent.
Un jour nous les pendrons, nous trouverons notre voie.

I’ve been beaten by abusers of animals
and I’m not gonna sit back
and take it like passive shit with stubborn egos.
Animals don’t care how we save them,
would you?
J’ai été battu par des gens maltraitant les animaux
et je ne vais pas m’asseoir tranquillement
et le prendre comme des merdes passives avec des égos têtus.
Les animaux ne se préoccupent pas de comment on les sauve,
tu t’en préoccuperais, toi ?

Statement : « Beneath blood »

« Beneath blood » signifie en quelque sorte « sous le sang », « sous le signe du sang », le sang étant considéré comme étalé, comme l’arrière-plan d’une vie quotidienne marquée de l’exploitation animale.

On a ici très exactement le reflet de la morale « hardline » apparaissant au tout début des années 1990. L’idée est simple à comprendre : seule une infime minorité de gens a conscience de l’exploitation animale et assume le véganisme.

L’exploitation animale est banalisée, entièrement dominante, il n’existe aucune opposition concrète sur le plan culturel.

C’était, bien entendu, avant que n’émerge une sorte de réformisme proposant d’aménager ce qui, justement aux yeux des vegans straight edge qui apparaissent alors, est inacceptable, moralement à combattre de la manière la plus significative.

Le véganisme n’est pas ici une « tendance », ou bien une « mode » que l’on peut suivre à différents degrés. C’est une identité, allant de pair avec une mentalité de confrontation, d’engagement individuel total dans ce qui est considéré comme une bataille révolutionnaire.

Since time began animals have been enslaved
by fascist bigots of the master race.
Murdered, slaughtered, for many means.
Left rotting, dying, infected by disease.
Depuis le temps que les animaux ont été mis en esclavage
par des bigots fascistes de la race supérieure.
Assassinés, abattus, pour de nombreux buts.
Abandonné pourrissants, mourant, infectés par la maladie.

“They have no souls” say people of the cloth,
religious hypocrites forgiven of their sins.
But you who shouts there is no God
what is your reason for your barbaric behavior?
« Ils n’ont pas d’âmes » disent les gens du clergé,
hypocrites religieux oublieux de leurs péchés.
Mais toi qui crie qu’il n’y a pas de Dieu
Quelle est la raison pour ton comportement barbare?

From the dog in the stocks,
to the pig in the slaughterhouse,
to the calf deprived of its mother.
To the end of the hunted animal life…
Depuis les chiens dans les magasins,
jusqu’au cochon dans l’abattoir,
au veau privé de sa mère.
A la fin de la vie animale chassée…

Statement : « prepare for battle »

Nous en sommes en 1990 et l’anglais Patrick Poole, qui a 22 ans, lance le projet de groupe de musique « Statement ». C’est également lui qui se voit souvent attribuer l’origine de l’expression « vegan straight edge ».

Le mini-album sort alors sur le label « Hardline » de la mouvance du même nom, avec la couverture du vinyl en papier recyclé. Le symbole du groupe est résolument provocateur et aura un succès très clair dans la mouvance vegan straight edge naissant alors, témoignant de la ligne « engagée ».

Le titre de l’album est également très clair : « prepare for battle », « prépare-toi à la bataille ».

On remarquera cependant également le dos du vinyl, soulignant l’arrière-plan propre au mouvement anglais en faveur des animaux à l’époque, à savoir l’opposition décidée à la chasse.

Voici une photo de Patrick Poole, à l’époque et aujourd’hui.

Voici les paroles de la chanson éponyme, « prepare for battle ».

Pacifism views once held
no longer suit.
The World is a violent place,
oppressors everywhere –
from governments to racist nazishits,
to murdering animal abusers.
Les vues du pacifisme autrement soutenues
ne correspondent plus.
Le monde est un endroit violent,
les oppresseurs partout –
depuis les gouvernements jusqu’aux conneries racistes des nazis,
jusqu’aux gens maltraitant les animaux, les assassinant.

Fuck, I’m not gonna stand still
while innocents are being smashed.
I will use my hands or a weapon
to defend myself or animals.
I won’t be pushed by hunters in the field.
Merde, je ne vais pas rester silencieux
alors que des innocents sont brisés.
Je vais utiliser mes mains ou une arme
pour défendre moi-même ou les animaux.
Je ne vais pas être repoussé par les chasseurs dans les champs.

Pacifism views once held no longer suit.
For when I see the huntsmen fall,
for when I see the naziscum tumble,
for then I know to inflict pain
on the these oppressors of the innocents.
Death.
Les vues du pacifisme autrement soutenues
ne correspondent plus.
Pour quand je vois les chasseurs tomber,
pour quand je vois les ordures nazies renversées,
pour ce que je sais d’infliger la douleur
à ces oppresseurs des innocents.
La mort.

Vegan Reich : « Rage of a prophet »

Voici les paroles de la chanson « Rage of a prophet » de Vegan Reich, de 1995, où l’on retrouve l’expression « Forward to Eden » qui deviendra l’un des mots d’ordre hardline.

On devine ici déjà comment la tendance « religieuse » l’emporte sur le projet révolutionnaire et plus la cause semble « impossible » plus il y a du mysticisme et de la misanthropie.

C’est la contradiction : il faut à la fois revenir en arrière à notre « état originel » et aller de l’avant vers l’Eden, ce qui s’oppose et rend les propos du « prophète » qui parle dans la chanson paradoxaux.

We came onto this scene revealing truths not told by those in search of fame and gold.
Made a plea for you to change your evil ways. A warning: we won’t tolerate the way you live in a fall from grace.

Nous sommes venus dans cette scène révélant des vérités non racontées par ceux à la recherche de la gloire et de l’or.

Ayant fait un plaidoyer pour que vous changiez vos voies maléfiques. Un avertissement : nous ne tolérerons pas la façon dont vous vivez dans une chute de la grâce.

Back to our original state, forward to Eden and the way it should be.
A demand that one law’s obeyed and all transgressions cease your choice deliverance from hell or riddance by the flame.

Retour à notre état d’origine, en avant vers l’Eden et la façon qui devrait être.

Une exigence selon laquelle une loi doit être obéie et toutes les transgressions cessent, votre choix la délivrance de l’enfer ou la mise de côté par la flamme.

You made the choice to turn your back again and then blame me for what I said would come:
A prophecy of rage which foretold of coming days where you are laid to waste by the storm your evil deeds did bring.

Vous avez fait le choix de tourner le dos à nouveau et de me blâmer pour ce que je disais qui viendrait :

Une prophétie de rage qui prédit des jours à venir où vous êtes mis au rebut par la tempête qu’a amené vos mauvaises actions.

How dare you shift the blame when it’s you who wrought this pain. It wasn’t us who turned away it wasn’t I who went astray.
Our sols are pure our hands are clean we live our lives in harmony.

Comment osez-vous porter le blâme quand c’est vous qui avez forgé cette douleur. Ce ne fut pas nous qui nous sommes détournés, ce n’est pas moi qui me suis égaré.

Nos sols sont purs nos mains sont propres nous vivons nos vies en harmonie.

The laws of nature we obey from its call we never flee to break the chains from life enslaved a pledge we’ll keep to our dying day.
With wise thoughts and thoughtful deeds a higher power guides our way.

Aux lois de la nature nous obéissons à son appel nous ne fuyons pas afin de briser les chaînes de la vie asservie un serment que nous allons garder jusqu’à notre dernier jour.

Avec des sages pensées et des actes réfléchis une puissance supérieure guide notre chemin.

While you who condemn such righteous ones point those fingers with bloodstained hands in shadows – committing sins bringing darkness across the land.
That wickedness you have sewn will surely cause your blood to run. Nobodies fault but your own, remember that when you hear… The executioner’s song!

Alors vous qui condamnez de tels justes pointez ces doigts de mains entachées de sang dans l’ombre – commettre des péchés apporte l’obscurité à travers le pays.

Cette méchanceté que vous avez cousu va certainement faire couler votre sang. La faute de personne, mais la vôtre, rappelez-vous cela lorsque vous entendez … Le chant du bourreau!

« Forward to Eden »

« Forward to Eden » – « en avant vers l’Eden » – est en pratique l’un des slogans principaux du mouvement hardline. En archive voici une petite brochure au format pdf ayant ce titre et consistant en une petite présentation des valeurs de ce mouvement de la fin des années 1980 et du début des années 1990.

Le sous-titre est d’ailleurs « Un guide aux poins de vue hardline ». Il suffit de cliquer sur l’image pour avoir le PDF.

Résumons cela ici brièvement, car en anglais ce n’est pas du tout forcément évident à comprendre.

La brochure se veut une tentative de « redresser » le cours des choses alors que le mouvement a du succès mais que ses partisans ne sont pas nécessairement formés comme il se doit.

S’ensuit des paragraphes expliquant alors ce qui est considéré comme correct. Tout d’abord, le but du mouvement est « la bataille avec les forces du mal qui sont en train de détruire la Terre (et toute vie sur elle) ».

La civilisation actuelle amènerait une régression et il faudrait, par conséquent, des comportements cohérents, « purs », pour s’interposer. Avant de combattre pour la Nature, les activistes doivent se purifier des comportements destructeurs.

On ne peut donc pas lutter pour une seule cause de manière isolée, il faut prendre toute la bataille comme un ensemble.

Etant dans le contexte américain à la base, le mouvement hardline rejette donc « la société moderne qui a été construite sur le génocide, l’esclavage, et l’éco-terrorisme et perpétue le racisme, le sexisme et le spécisme ».

Le mouvement hardline est ainsi totalement coupé des traditions historiques de la gauche européenne, du mouvement ouvrier, etc. Être hardline apparaît comme une rupture, en fait, avec absolument tout ce qui est apparu dans « la culture occidentale dominante ».

C’est bien sûr cela qui a fait que le mouvement est partie en roue libre, perdant sa consistance en cherchant à tout prix quelque chose à quoi se raccrocher, ce qui fut alors la religion islamique idéalisée.

Il est intéressant de voir qu’il y a un long paragraphe pour dénoncer le patriarcat, et en même temps un autre pour rejeter l’avortement, au nom du fait que « le fœtus n’est pas un parasite ni une tumeur ».
C’est cohérent dans la mesure où le véganisme du mouvement hardline se veut pour un véganisme complet.

Le problème ici est que cela bascula dans l’idéalisme de la pureté entière comme objectif principal, même au-delà du véganisme lui-même en fait. C’est une dérive qu’on peut appeler de sectaire et c’est cela qui a fait que le mouvement s’est effondré, même si à ce moment là encore dans la brochure, tous les prophètes de toutes les cultures et périodes de l’histoire sont considérés comme ayant apporté des éléments de vérité.

Toutefois, il est frappant de voir que le mouvement hardline appelle à refuser « les aliments chimiquement raffinés et industriels comme la farine blanche et le riz raffiné, les sucres raffinés et les fructoses, toutes les couleurs artificielles et les goûts artificiels, et tous les agents conservateurs faits par l’humanité ».

Il y a là quelque chose de formidable, parce qu’aujourd’hui on voit bien le problème de l’alimentation industrielle. Or, là ce fut dit il y a plus de vingt ans…

Interview d’Earth Crisis de 1992

Ce qui caractérise la société, c’est son conformisme. Les plus riches deviennent snobs ou bobos, les plus pauvres deviennent nazis, mais tout cela est tout à fait conventionnel et balisé.

Développer une culture en rupture véritable est de fait très difficile : les jeunes qui tentent de le faire sont vite ostracisés. Il faut beaucoup de détermination et d’orientation…

Voici une petite contribution à l’esprit de résistance avec des questions-réponses d’une interview datant de plus de vingt ans. Nous sommes en 1992 et cette interview a été faite par courrier avec Karl Buechner, chanteur d’Earth Crisis, dans un fanzine.

Le groupe vient à peine de sortir un mini album de quatre chansons sur un tout petit label… Mais nous sommes ici au tout début de l’émergence de la scène vegan straight edge…

Car avec des jeunes de 16-22 ans qui écrivent des chansons appelant à la violence militante pour la libération animale, dans un esprit d’abnégation complète, tout devenait possible…

S’il te plaît donne un bref historique d’Earth Crisis.

Earth Crisis a commencé à l’hiver 1989. Je jouais de la basse, composais toute la musique et écrivait toutes les paroles que nous utilisions. Cela s’est effondré car le batteur et le guitariste étaient tous deux des salopards qui ont trahi. Les paroles avaient les mêmes thèmes que maintenant, ce qui je pense était too much pour le vieux chanteur à ce moment. D.J. est un straight edge vertueux, mais le véganisme il n’était pas dedans. J’ai repris le chant quand j’ai remonté le groupe il y a un an et on a joué depuis.

Quel âge avez-vous dans le groupe?

Karl 22 ans au chant, Scott 18 ans à la guitare, Ben 17 ans à la guitare, Bulldog 16 ans à la basse et Mike 17 ans à la batterie. Mike quitte le groupe car il n’aime pas partir en tournée. Notre nouveau batteur a 20 ans, et il est vegan straight edge.

Est-ce que tout le monde est vegan dans le groupe ?

Vegan et straight edge un « x sur la main ». Earth crisis est un groupe vegan straight edge.

S’il te plaît, donne ta position sur notre bien aimée manière de vivre, le straight edge.

« Notre bien aimée manière de vivre ». C’est précisément cela.
Tout d’abord, le straight edge n’est rien sans le véganisme. Le véganisme est l’amour pour la terre, ses créatures et toute vie innocente.

Le straight edge traite du respect pour mon corps et mon esprit. Mon corps n’a jamais été empoisonné par des maladies liées aux drogues, fumer ou l’alcool. Comme je n’ai jamais pris part à la promiscuité sexuelle, mon esprit est libre de ces folles urgences qui conduisent les faibles au désespoir et à la maladie.

Abstinence totale, séparation totale, liberté totale.

A ton avis quelle est la pire chose qui arrive dans le monde aujourd’hui ?

Les camps de la mort et les viols de masse en Yougoslavie. J’ai l’impression que personne ne s’en préoccupe parce que depuis le ciel ils larguent de la nourriture au lieu d’armes. Cela doit cesser et les démons doivent rendre des comptes.

Que penses-tu de la hardline ? Penses-tu qu’il y a quelque chose de bien qui peut ressortir de ce mouvement ?

Le mouvement hardline tangue en ce moment en raison de la manière dont la question gay a été approchée. Je soutiens tous les autres aspects de la hardline. A part pour celui-ci, cela serait parfait. La définition de ce qu’est un acte déviant a besoin d’être redéfini si la hardline doit continuer.

L’homosexualité se déroule dans la nature, ainsi dire que cela défie la loi naturelle est crétin. Est-ce que c’est issu d’avoir été abusé, d’un déséquilibre chimique, ou d’un type génétique de prédisposition, cela ne compte pas. Si deux personnes du même sexe sont engagées l’un pour l’autre et que cela donne à chacun d’entre eux de la joie, laissons les tranquilles.

Quand j’ai affirmé être hardline, je considérais les actes déviants comme étant la promiscuité et le viol, de vraies perversions. Les choses qui sont liées à la faiblesse et la maladie. Des choses qui laissent les gens détruits.

Si des gens s’aiment l’un l’autre, pourquoi une personne préoccupée interviendrait-elle ? La bisexualité et la promiscuité sont liés au sexe pour le plaisir physique, pas l’intimité et l’amour.

Quand des gens vont de-ci de-là tentant de baiser n’importe qui, cela finit en mensonges, en blessures, ou abandonnés avec une maladie. Ce sont ce genre de choses qui me préoccupent.

A part cela, la hardline semble la meilleure approche pour le changement et la justice que j’ai rencontrée. Cela a juste besoin de mettre au clair que la violence est contre ceux qui détruisent ceux que nous aimons de tout notre coeur.

Que penses-tu de l’homosexualité ?

J’en m’en moque. S’il n’y a pas promiscuité ce n’est pas un problème.

Quels changements prévois-tu, s’il y en aura, dans les prochaines quatre années ?

Le monde va devenir vraiment fou et je vais devenir vraiment violent.

Quelle est la meilleure manière selon toi d’approcher une porteuse de fourrure ?

Fourrure, cuir, suède, tout cela c’est la mort. Je crierai moi-même jusqu’à devenir fou si je tentais de me disputer avec chacun d’entre eux. D’habitude j’insulte les gens pour porter de la fourrure, car c’est extravagant et non nécessaire.

Quelle est la réponse la meilleure que tu as eu d’une porteuse de fourrures ?

Personne n’a jamais répondu. D’habitude je dis la même chose et je m’en vais. « Beau manteau pute sans valeur. »

Que penses-tu de Shelter et de 108 [qui sont des groupes de Krsnacore], et de la diffusion de la religion ?

Dieu est le même type, chacun a juste un nom différent pour lui. Si leur religion a comme thème l’amour et le respect, c’est beau et j’espère que cela amène la paix aux gens, même si je ne suis pas d’accord avec cela.

Si Ray [Cappo de Youth of today puis Shelter] était hardline, que serait le hardcore aujourd’hui ?

Ray a vu des gens aider des gens dans le monde aujourd’hui, ou quelque chose de très similaire. Je ne sais pas où il regardait mais apparemment pas le monde réel. S’il portait un regard et voyait les choses telles qu’elles sont, il réaliserait que le véganisme et que l’environnementalisme militant sont les réponses pour le changement, comme toute personne devrait le faire.

Vivre dans une communauté à la campagne est très bien mais il est temps de rendre les coups avec bien d’autres choses que des mots.

Penses-tu qu’il existe quelque chose comme un avortement nécessaire ?

Oui. Si une femme est violée. Elle ne devrait pas avoir à regarder un enfant qui ressemble à son violeur. Elle violenterait probablement l’enfant, donc c’est sans doute la meilleure chose à faire. Il y a également la vie de la femme qui est en danger.

La seule autre instance où cela deviendrait nécessaire est que cela serait le plus charitable. Si l’enfant est né tellement blessé par un accident de voiture ou les drogues que sa vie serait une complète agonie.

La prévention des grossesses non voulues est ce que nous avons besoin de promouvoir. Si vous n’êtes pas financièrement stable ou émotionnellement capable de vous occuper d’un enfant, n’ayez pas de rapports sexuels. C’est assez simple.

A côté de cela les gens n’ont pas besoin d’avoir de rapports sexuels pour avoir du sexe. Le contrôle des naissances est facile. Les gens sont juste trop fainéants et trop irresponsables pour les utiliser correctement. Tragiquement, cela doit rester légalisé pour ces raisons précises.

Les derniers mots…

Paix à tous ceux qui soutiennent Earth Crisis et apprécient ce que nous avons fait. Merci à chacun qui a fait des concerts, des interviews ou qui a écrit à Earth Crisis. Devenez vegan, c’est la chose la plus importante que vous puissiez faire. Amour total et soutien d’Earth Crisis à tous les vrais gens hardline et les vegans straight edge.

Manifeste Hardline et « Vanguard »

Nous sommes en 1993 et c’est l’émergence du mouvement vegan straight edge. Les éléments plus actifs tentent de structurer les choses et c’est l’apparition de la revue « Vanguard », « Avant-garde », dont le sous-titre est « Sur la ligne de front de la Libération de la Terre ».

L’objectif : pas moins que l’établissement d’une organisation ouvrant la bataille pour une révolution végane. Cela a échoué, pour de multiples raisons, principalement la dimension utopique et l’incapacité à s’orienter pour convaincre tout le peuple, mais naturellement c’est une chose précieuse, un ancêtre de la perspective qu’il faut avoir aujourd’hui.
Au-delà des limites, qui ne sautent d’ailleurs pas aux yeux, il y a ici une sensibilité et une compréhension qui avaient plus de 20 ans d’avance. L’avenir annonce une gigantesque bataille face à la destruction, l’écocide généralisé, systématisé.

Inévitablement surgira dans un proche avenir une génération de la rupture complète, refusant les drogues, l’alcool, la fuite en avant dans l’égocentrisme de la consommation. Une génération célébrant toutes les vies et protégeant la planète considérée comme un ensemble, comme une terre-mère.

Nous ne laisserons pas notre mère la Terre se faire assassiner !

Avant-Garde

C’est la première lutte révolutionnaire hautement organisée à être construite et à lutter pour l’égalité de la vie et sa survie, en comparaison avec beaucoup de batailles menées (certaines perdues, d’autres gagnées) par des groupes différents à travers le temps ayant été amené jusqu’à la révolution par leurs oppresseurs, ayant ramassé une arme ou une pierre afin de faire ce que les mots ont échoué à accomplir, et c’était pour gagner la libération de leur peuple (que cela soit fondé sur des lignes ethnique, de classe, religieuse ou nationale) de l’emprise d’un autre peuple qui le voyait comme adapté à être exploiter.

Bien que beaucoup de ces insurrections, rébellions et révolutions peuvent avoir lutter pour plusieurs des mêmes choses que nous, la différence est que leur première préoccupation était leur auto-préservation et la prise de pouvoir de leur peuple (qui était déjà un secteur défini de la société), alors que nous, en tant que tel, n’avons pas un tel « peuple », un secteur de la société sur lequel nous aligner en raison d’ancêtres commun, des positions économiques, un héritage culturel ou des concepts similaires de Dieu.

Plutôt, notre mouvement se fonde sur l’unité de ceux de tous les horizons de la vie qui partagent la croyance bien définie que toute vie est égale et en besoin de libération.

Évidemment, le nombre de ceux qui ont déjà pris une telle approche et de ceux qui embrasseront cette manière de penser ne sera jamais aussi grand que celui de ceux qui aimeraient avoir de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, ou de celui des nombreux peuples de couleur qui cherchent à se libérer du racisme de société oppressives.

Cela parce que la réalité est telle que – bien que notre vision complète du monde englobe de telles luttes, et une victoire d’une révolution Hardline serait une victoire pour tous secteurs opprimés de la société – la plupart des gens ne lutteront que contre l’oppression qui vient directement contre eux ou contre ceux pour qui ils ressentent des affinités.

Ainsi nous devons réaliser que notre mouvement ne sera pas avec un soutien de masse.

Acceptant cette réalité, nous devons prendre des moyens d’action afin de pouvoir arriver à la victoire sans soutien populaire. Nous devons focaliser nos énergies pour construire une avant-garde révolutionnaire dont la force et la persévérance sont si fortes que personne ne peut se mettre sur notre route.

C’est dans cet esprit que nous vous proposons VANGUARD – une revue dont le but sera de présenter l’idéologie / la philosophie / la manière de vivre et d’agir hardline, d’une manière définitive pour assurer la cohésion de la pensée parmi le mouvement hardline ; pour prolonger l’éducation de nos membres dans tous les aspects et les domaines qui se rapportent à notre lutte – tout en fournissant un forum pour la discussion sur de nouvelles révélations, de nouveaux concepts et approches au sein de la hardline – créant un boulevard pour la mise en réseau, la correspondance, l’aide mutuelle, et une action unifiée qui fera de cette force une machine bien à l’écoute dont on aura besoin si nous sommes à même d’accomplir notre destinée et achever un vrai changement révolutionnaire à l’échelle globale.

Hardline

Le moment est venu d’une idéologie et d’un mouvement à la fois physiquement et moralement assez fort pour se battre contre les forces du mal qui détruisent la terre (et toute vie sur elle).

Qui ne peut pas être acheté, ni égaré par la tentation. Un mouvement libre des vices agissant comme un sédatif sur l’esprit et affaiblissent le corps.

Une idéologie qui soit pure et juste, sans contradictions ou incohérences.

Qui juge toutes choses par une seule norme, et souligne la responsabilité personnelle et la fiabilité par-dessus tout.

Une vue d’ensemble sur la vie qui ne traite pas que de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur – comprenant qu’une entité physique de l’oppression comme le système capitaliste (où toute vie est considérée comme une ressource utilisable) est simplement une manifestation extérieure des valeurs déformées des gens qui dirigent les institutions contrôlant nos vies, influençant notre culture et détruisant la terre.

Il faut aussi reconnaître le défaut intrinsèque des causes traitant d’une seule question, où le concept de justice est toujours sélectif (avec chaque groupe d’intérêt particulier luttant pour les droits de ceux qui relèvent de leur intérêt propre, tout en négligeant ou, dans certains cas, s’opposant à ces droits pour les autres).

Et dépassant ces approches aboutissant aux échecs – devenir un système de pensée logique et un programme d’action incluant toutes les questions, pouvant et devant réussir. Cette idéologie, ce mouvement, c’est la Hardline.

Un système de croyance, et un mode de vie, vivant suivant une éthique – que toute vie innocente est sacrée, et doit avoir le droit de vivre à son état naturel d’existence en paix, sans interférence.

Cette éthique unique assure que toute vie, depuis un foetus, ou un humain devenu adulte (noir, blanc, homme ou femme), jusqu’à un animal, ou son habitat, a des droits égaux qui sont garantis, avec la liberté pour tous et toutes, indépendamment des préjugés personnels d’une personne à leur encontre.

Selon les principes de l’idéologie hardline, tous doivent être autorisés à faire comme bon leur semble tant que leurs actions ne portent pas atteinte, en aucune façon, aux droits d’autrui. Toute action qui porte atteinte à de tels droits ne doit pas être considérée comme un «droit» en soi, et donc ne doit pas être tolérée.

Ceux qui blessent ou détruisent la vie autour d’eux, ou créent une situation dans laquelle la vie ou la qualité de celle-ci est menacée ne sont dès lors plus considérés comme innocents, et, en retour, n’auront plus de droits.

Les personnes adhérant à la hardline respecteront ces principes dans la vie quotidienne. Ils vivront en harmonie avec les lois de la nature, et ne les abandonneront pas pour le désir du plaisir – depuis les actes sexuels déviants et/ou l’avortement, jusqu’à l’usage de drogues de toute nature (et tous les autres cas où la vie autour est endommagée sous le prétexte de s’endommager soi-même).

Et, suivant avec la conviction que l’on ne doit pas porter atteinte à une vie innocente – aucun produit animal ne doit être consommé (que ce soit la chair, le lait ou oeufs).

Parallèlement à cette pureté de la vie quotidienne, la véritable personne Hardline doit s’efforcer de libérer le reste du monde de ses chaînes – sauver des vies dans certains cas, et dans d’autres, rendre la justice à ceux qui sont coupables en les détruisant.

C’est seulement avec cet engagement, et notre conviction – vivre une vie qui est en harmonie avec nos objectifs annoncés et nos croyances, nous renforçant par la pureté de corps et d’esprit, tout en s’opposant activement à ceux qui se sont rendus coupables de détruire le monde avec leurs pensées, actions et pollution toxiques – que nous pourrons obtenir la victoire dans la lutte.

« Θ » comme symbole de l’écologie radicale

C’est un symbole qui vaudrait peut-être le coup d’être utilisé pour symboliser l’écologie radicale ; le problème est qu’il peut sembler un peu obscur, d’un autre côté il est déjà employé dans la scène vegan straight edge.

Voici par exemple une photographie montrant le groupe anglais actuel xrepentancex.

Pour en parler, plongeons nous dans l’histoire et regardons du côté de Ron Cobb, un Américain né en 1937. C’est un artiste ayant travaillé dans le dessin et dans le cinéma; il a travaillé pour Disney dans les années 1950 (La belle au bois dormant), dessiné la pochette d’un album des Jefferson Airplane, dessiné pour des films connus comme Star Wars, Alien, Retour vers le futur (1985), The Abyss, Total Recall, etc.

Rien de ce qui nous intéresse ici directement, sauf que durant ce parcours, Ron Cobb a fréquenté la « free press », la presse libre américaine, c’est-à-dire le milieu mélangeant hippies, contestataires, beatniks, révolutionnaires, etc. Il a notamment dessiné un drapeau en 1969 dans le plus connu des magazines de ce type, appelé The Los Angeles Free Press et ayant paru de 1964 à 1978.

Ce drapeau reprend le drapeau américain, mettant les bandes en vert, ainsi que le carré où il y a les étoiles, ces dernières étant remplacé par les lettres « o » et « e » formant un seul symbole.

Le « o » désigne le terme « organisme », le « e » l’environnement. C’est un peu le principe de Gaïa résumé par un symbole.

Voici une image faite par Ron Cobb et résumant bien l’ambiance ayant amené la naissance de ce symbole.

Le symbole a notamment été très connu car une revue à grand tirage « Look », avec environ 7 millions d’exemplaires tous les quinze jours, l’a montré dans son numéro du 21 avril 1970. Mais le journal étudiant « The cardinal » publiait un numéro spécial écologie le 22 avril de la même année, en utilisant le même symbole.

Des gens l’utilisaient alors déjà dans les manifestations.

Un groupe appelé environmental action se fondant en 1970 l’adopta, et l’utilise encore.

On remarquera que le symbole peut se confondre avec la lettre grecque Θ (Theta), devenant le symbole alors de « thanatos », la mort, la menace qui pèse sur la planète, etc.

En fait, c’est surtout que le symbole est plus facile à imprimer puisqu’on le retrouve alors dans l’alphabet grec comme symbole préexistant.

Le symbole a eu en tout cas alors un gigantesque succès aux Etats-Unis… avant de disparaître une fois la vague des années 1970 passée, à part comme symbole de l’environmental action.

Il réapparaît toutefois vraiment en 1990, lorsque le groupe vegan reich le reprend, dans son logo avec la Terre, montrant bien le sens profond de sa démarche : vegan straight edge pour la libération de la Terre!

De la même manière, le logo a été repris généralement par le mouvement hardline. Les disques qui sortent alors contiennent systématiquement le logo.

Avec le « X » entrecroisé des mitraillettes, c’est même en fait le principal symbole hardline.

Le symbole est alors popularisé dans la scène vegan straight edge et réapparaît de-ci de-là, en tant qu’expression de toute une vision du monde : la Terre est un tout, c’est notre mère à défendre sans compromis !

Abnegation – Jihad

Dans la même lignée que Day of suffering dont nous parlions il y a peu, Abnegation est un groupe important de la culture vegan straight edge apparaissant au milieu des années 1990, ici en 1995.

La chanson suivante, « Jihad », appartient également à la culture hardline et on a encore une vision terriblement noire de la situation, un appel à l’engagement, le tout utilisant une imagerie religieuse pour exprimer à la fois l’angoisse et la dimension du problème.

I cut myself upon shards of stained glass
The blood drips on the sacred scriptures
I carve into my flesh the sign of the seventh son
Past of bloody rituals, future without redemption
Je me suis coupé sur des éclats de verre teinté
Les gouttes de sang sur les textes sacrés
Je sculpte dans ma chair le signe du septième fils
Passé de rituels sanglants, l’avenir sans la rédemption

Papyrus riddled with blasphemy
No longer will I bear your crown of thorns
Red skies soar above
Kneeling before an empty cross
Papyrus criblé de blasphème
Je ne porterais plus longtemps votre couronne d’épines
Les cieux rouges planent au-dessus
A genoux devant une croix vide

Seventh seal broken
Hopes for salvation lost
No god will save you now
Slit the throat of the lamb
You stuck the sword in its side, not me
Not me
Le septième sceau brisé
Les espoirs de salut perdu
Aucun dieu ne vous sauvera maintenant
Ayant égorgé l’agneau
Vous avez coincé l’épée dans son flanc, pas moi
pas moi

Quelques réponses de Sean Muttaqi

Voici la traduction de quelques réponses par faites par Sean Muttaqi, à un magazine américain, au sujet de son groupe, « Vegan Reich », qui a joué un rôle fondamental dans l’émergence de la culture vegan straight edge, par l’intermédiaire du mouvement hardline.

Les réponses sont vraiment limpides: on voit très bien comment il y a une sortie de l’insupportable scène libérale – libertaire se prétendant révolutionnaire, comment le véganisme est assumé de manière totale et toujours avec une grande dimension sociale et par conséquent avec une méfiance vis-à-vis de la scène Krsnacore…

Et comme le mouvement ne trouve pas de voie pour avancer, il y a la retombée dans la religion…

Lorsque les membres de Vegan Reich se sont réunis, vous êtes-vous structuré pour être spécifiquement un groupe vegan straight edge ? Ou c’est venu plus tard?

Non, c’était une pensée réfléchie au préalable – je cherchais des gens pour commencer un groupe de libération animale militant. Tout ce temps, j’étais en interaction avec beaucoup de différentes communautés d’activistes, et de là une communauté soudée.

Nous causions beaucoup de controverse dans la communauté anarchiste, soulignant la contradiction de gens exigeant la liberté pour les êtres humains et opprimant les animaux en même temps.

Les gens ont commencé en plaisantant à se référer à nous comme fascistes vegans, voilà où est venu le nom |du groupe « vegan reich »]. L’idée était ; si vous allez nous appeler des fascistes vegans, alors nous allons nous appeler Vegan Reich.

Votre premier enregistrement, Hardline, allait avec un manifeste qui appelle aux gens à vivre en conformité avec « les lois de la nature », et d’éviter sciemment « les actes sexuels déviants et/ou l’avortement ». Cela a choqué – et énervé – beaucoup de gens.

Pour nous, en tant que militants de la libération animale, la qiestion de l’avortement était une question de cohérence.

Notre point de vue n’était pas le même que la vision de la droite chrétienne sur l’avortement; officiellement, le hardline ne disait pas que si une femme a été violée, elle ne pouvait pas obtenir un avortement.

Nous disions que vous devez reconnaître que la vie est la vie. C’était plus orienté vers le groupe des gens de libération animale: si vous dites que la crevette est une vie, et que vous ne devriez pas la tuer, sauf si vous avez absolument besoin de manger, au moins voyez l’avortement de la même façon.

Cela ne peut pas être utilisé comme contrôle des naissances – c’était cela la position hardline.

La question de l’homosexualité était liée à des influences différentes à l’époque. D’un côté, sortant de ce truc punk-rocker anarchiste, plein de fois l’homosexualité était une chose hédoniste pour certaines personnes.

Rétrospectivement, ces aspects ont été influencés par la morale, pas nécessairement la politique. Il y avait un moralisme conservateur, la notion que le sexe était pour la famille.

Évidemment, le groupe a utilisé des images provocatrices – comme le fameux logo avec les deux mitraillettes se croisant – et amené beaucoup de controverse. Comment étaient les concerts ?

Eh bien, nous avons eu beaucoup d’amis dans notre scène locale, et ce que nous disions n’avait pas vraiment d’importance. Mais je pense que dans différentes parties du pays que vous aviez certainement des gens choqués, comme ayant une image violente..
.
Les gens de, disons dans le Midwest, seraient comme « Ces gars-là ont des armes! ». Mais en Californie, nous connaissions des punks pacifistes qui avaient des AK-47 dans leurs maillots. Ils avaient affaire à des skinheads et toutes sortes d’autres choses.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, certains jeunes de la scène hardcore de New York se sont alliés avec le mouvement Hare Krishna, qui a également favorisé un mode de vie straight edge végétarien. Avez-vous été intrigué par la scène dite Krishnacore?

C’est arrivé à peu près au même temps que le hardline.

Eh bien, nous avons déjà eu ce truc de libération animale radicale, ce qui était en conflit avec leur dépendance par rapport aux produits laitiers.

Mais je pense que le fond du souci tenait à leur notion de réincarnation, et comment c’est attaché à l’injustice sociale et à la souffrance. Dans mon esprit, c’est cela qui at vraiment créé un conflit entre nous et eux. Nous ne gobons pas cela.

Nous ne gobons pas que les gens ou les animaux souffrent à cause de quelque chose qu’ils ont fait avant.

La plupart des gens pensaient que c’était une chose très positive, parce qu’ils étaient végétariens et ont fait toutes ces choses cool. Mais cela ne semblait pas si positif pour nous.

Quelques amis proches, qui ont été marginalement associés au hardline, ont fini par y entrer, et ils en ont en quelque sorte fait leur vie, vous savez, retourner en Inde chaque année, de la même manière qu’être musulman est une partie importante de ma vie, maintenant.

J’ai une une meilleure vision de la chose Krishna qu’alors. Je reste en désaccord avec elle, théologiquement, en tant que musulman, mais j’en ai une compréhension positive comme chemin spirituel.

« Déclaration de guerre »

Aujourd’hui, on sait à quel point la planète est attaquée. C’est une évidence, personne ne peut le nier. On ne peut qu’être frappé par conséquence de la justesse de la radicalité des gens qui, au début des années 1990, ont affirmé qu’il fallait assumer la bataille pour la planète.

Leur démarche était visionnaire, tout simplement. Bien entendu, il y avait une certaine naïveté, inévitablement quand des jeunes de 15-20 ans découvrent un nouvel horizon. Il n’en est pas moins vrai que leur démarche était authentique.

Voici un exemple avec le texte de la chanson « Declaration » de « Green Rage » (Rage verte), un groupe de musique américain parallèle aux « classiques » que furent Earth Crisis et Vegan Reich.

Ce texte date de 1993 et c’est justement marquant : plus de vingt ans après, il est d’autant plus évident que les enjeux réels étaient vus, qu’il avait été compris que tout devait changer, totalement, et qu’il fallait le dire, l’affirmer…

Notre mère la Terre a besoin de notre abnégation, pour la confrontation!

Here it is. our confrontation. to eradicate the evil.
Voilà. notre confrontation. pour éradiquer le mal.

a declaration. animals claimed to vivisection everyday. used and abused then euthanized. the earth stripped clean for its prized possesions.
une déclaration. des animaux exigés chaque jour par la vivisection. utilisés et maltraités puis euthanasiés. la terre dépouillée jusqu’au bout de ses possessions prisées.

for a brutal society filled with greed and deception.
pour une société brutale remplie de cupidité et de déception.

by any means necessary. we will attack. we will fight for them because they cant fight back. these are the truths that we hold dear.
par tous les moyens nécessaires. nous allons attaquer. nous allons nous battre pour eux, car ils ne peuvent pas répondre. ce sont les vérités qui nous sont chères.

lives may bew lost if you interfere. your change is crucial for our salvation. our future depends on your edification. join the side of justice. and you will be spared.
des vies peuvent êtres perdues si vous interférez. votre changement est crucial pour notre salut. notre avenir dépend de votre édification. rejoignez le camp de la justice. et vous serez épargnés.

to the demons of society. you will no longer be compared. declaration of war. injustice fuels the hate. your evil makes you weak. your evil is my strength.
aux démons de la société. vous ne pourrez plus comparer [au procès]. déclaration de guerre. l’injustice alimente la haine. votre mal vous rend faible. votre mal est ma force.

by devouring the death of the innocent to slavery you consent. straying from the natural law. you have no choice but to repent. all the sins that are destroying the earth and sentencing its creatures to die.
en dévorant la mort de l’innocent vous consentez à l’esclavage. vous écartant de la loi naturelle. vous n’avez pas d’autre choix que de vous repentir. De tous les péchés qui détruisent la terre et condamnent ses créatures à mourir.

for the senseless sadistic diet on which you rely. restricted by the ignorance of those all around. who encase their minds in toxins and drag us all to the ground. dealing out their poisons. making us blind to see.
du régime absurde et sadique sur lesquels vous vous fondez. limités par l’ignorance de tous ceux qui vous entourent. qui enferment les esprits dans les toxines et nous amènent tous à nous effondrer. vendant leurs poisons. nous rendant incapable de voir.

we are fighting as one team. a militant unity. this is my decree to make it well aware. against the worlds evil. it’s war that I declare
nous nous battons comme une seule équipe. une unité militante. c’est mon décret pour le rendre bien conscient. contre le mal du monde. c’est la guerre que je déclare.

On notera que par la suite, le groupe xDestroy Babylonx a repris cette chanson, en partie.

Vegan Reich: The way it is

Voici les paroles de la chanson The way it is, du groupe des années 1990 Vegan Reich, qui a eu une influence historique sur le mouvement straight edge (avec notamment la culture hardline; voir également ici pour la chanson « This is it »).
D’aucuns se moqueront de la naïveté ou de la radicalité du texte, selon. Mais ceux et celles qui agiront ainsi sont simplement des gens se voilant la face, car de la même manière qu’on ne négocie pas avec Auschwitz, on ne négocie pas avec l’exploitation animale.

Fuck you, shut your fucking mouth. We didn’t ask for your opinion.
We’re telling you the way it is so sit back and listen.
Allez vous faire foutre, fermez vos putains de gueule. Nous n’avons pas demandé votre opinion.
Nous vous disons la manière avec laquelle cela va être alors asseyez-vous et écoutez.
Your position is irrelevant to this situation, it’s black and white,
you’re wrong we’re right, and you’d better come to that realization.
Votre position est hors de sujet, c’est noir ou blanc,
vous avez tort nous avons raison, et vous feriez bien d’arriver à prendre conscience de cela.
Because it’s murder plain and simple, no justification
for the taking of a life without provocation.
Parce que c’est purement et simplement du meurtre, pas de justification pour prendre une vie sans y être incité.
You’d be guilty of crimes in courts through out the nation;
if your victim was human you could face execution.
Vous seriez coupable de crimes devant les tribunaux dans tout le pays ; si la victime était humaine vous feriez face à la peine capitale.
Laid down in stone there can be no other definition.
Meat and dairy production is torturing, is killing, for no purpose for your ego for the taste their blood you’re spilling.
Gravé dans la roche, il ne peut pas y avoir une autre définition.
La viande et la production de lait, c’est la torture, le meurtre, pour aucun autre but que votre ego pour le goût de leur sang que vous faites couler.
Belsen, Auschwitz, Dachau the similarity is frightening.
A master race mentality of liberty for those with superiority.
Belsen, Auschwitz, Dachau, la ressemblance fait peur.
Une mentalité de race supérieure, avec la liberté pour ceux qui sont supérieurs.
Your moral civilized society is built on brutality and cruelty.
Where normality is insanity and sanity extreme ideology.
Votre société civilisée morale est bâtie sur la brutalité et la cruauté. Là où la normalité est folie et le fait d’être sain d’esprit une idéologie extrême,
Like the resistance to Nazi Germany, we don’t obey laws of barbarity.
So expect no fucking mercy if you’re guilty you will pay.
Comme la résistance à l’Allemagne nazie, nous n’obéissons pas aux lois de la barbarie.
N’attendez donc pas de putain de pitié, si vous êtes coupables vous paierez.
No chances to discuss it you’re gonna fucking hang.
Terrorists and hooligans? Just you fucking wait!
Aucune chance de discuter, vous allez être putain de pendu
Terroristes et hooligans ? Juste attendez de voir !
If that’s the image you create of us you ain’t seen nothing yet.
What did you think this was a college debate?
Si c’est l’image que vous avez créé de nous vous n’avez encore rien vu. Qu’avez-vous pensé, que c’était un débat universitaire ?
This is war so stay the fuck out of the way we’re coming through that door.
And once we free those enslaved we’ll even up the score.
C’est la guerre, alors restez putain hors de la route, nous allons passer tout droit en force.
Et une fois que nous avons libéré les esclavagisés, on améliorera même les statistiques.
Guilty of murder you’ll face the new law!
Coupable de meurtre, vous affronterez la nouvelle loi !

Interview de Straight-Edge.sk

Voici une interview de Viktor, qui en Slovaquie s’occupe du site straight-edge.sk, un site actuellement en reconstruction, Viktor tentant d’améliorer et de contribuer à l’émergence d’une scène straight edge dans son pays, en Europe centrale. Une contribution sur des bases vraiment très sympathiques, comme en témoignent ses réponses (même si on pourra penser qu’elles sont très dans l’esprit ’88, expression désignant l’année 1988 et la culture allant avec, impulsée par le groupe Youth of Today et avec comme valeur le végétarisme allié au straight edge et non pas la culture « vegan straight edge »).

Voici les questions et les réponses très positives et constructives de Viktor.

En quoi consiste le projet straight-edge.sk ?

Déjà, je suis vraiment content que vous ayez trouvé mon site web et tout d’abord, je veux vous remercier de vouloir connaître quelque chose sur la scène dans mon pays et sur ​moi. J’ai commencé straight-edge.sk en octobre 2011pour plusieurs raisons.

Il n’y avait pas de site web actif (ni zines ni autres choses) sur la scène Straight Edge en Slovaquie. Il y a quelque temps il y avait le site sxe.sk, mais à ce moment-là je n’étais pas intéressé dans le Straight Edge, donc je ne sais pas ce qu’était vraiment ce projet.

De nos jours, il y a des gens actifs, mais on en est pas encore à une menace générale pour toute la Slovaquie. Je peux mentionner Carpath Bears X (carpathxbears.org) [dans la ville de Bratislava] et le collectif autour du site hard-core.sk.

Je suppose que je suis une personne relativement active, donc je veux faire quelque chose pour la scène et la meilleure façon que j’ai trouvé est de commencer des sites web et une mini distribution locale. Parce que je suis intéressé par Straight Edge, mais aussi dans le véganisme, le féminisme, l’anarchisme et beaucoup de choses ; mon point de vue sur la scène et « tout ce qui va avec » est plus politique et que c’est aussi ce qui donne un certain profil au site.

Je pense qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’ignorance dans la scène sXe et je veux changer cela.

Les gens de nos jours et notamment dans la scène Straight Edge sont superficiels, ils vous jugeront à cause de votre tatouages, de la musique que vous aimez, en raison de votre coupe de cheveux, des vêtements que vous portez… En raison de tout. « Oh, tu n’as pas un T-shirt straight edge ? Pédé »

Franchement, qui se soucie de cela ? Nous sommes juste des êtres humains! Vous le savez, il y a aussi l’influence des groupes et la propagande.

D’abord, quand j’ai vu la vidéo de « xREPRESENTx », de la chanson « The downfall », je ne sais pas s’il faut rire ou pleurer [le clip qui apparaît comme caricatural présente des straight edge faisant sortir violemment une personne d’un bar et le menaçant ; on ne comprend le fond en réalité qu’avec le texte, qui attaque les gens ayant rompu avec les valeurs straight edge].

Je pensais : « Qu’est-ce qui s’est passé dans la scène ? Que diable veut cet abruti et que fait-il dans la scène hardcore ? » Des grosses voitures, une image macho, des grands sweat-shirts noirs à capuches et une chanson sur les « traîtres de la scène straight edge » ? Des trucs comme cela me rendent dingue !

Je veux le changement et je le veux maintenant. Je veux une scène pleine d’êtres humains, pas pleine de jeunes fans de hardcore éduqués par MTV, avec les fringues à la mode et les plus petits cerveaux qu’on peut voir. Je veux l’amitié et la loyauté dans les concerts, je ne veux pas de barrières, pas de ségrégation selon les genres [hommes/femmes], bien entendu pas de racisme…

Je veux des gens qui se préoccupent de leur scène locale, de la politique, et des gens qui veulent être une partie de la scène. Et en raison de cela, j’ai décidé de commencer le changement par moi. J’ai commence le site web, où j’essaie d’écrire autant que je peux (je travaille à plein temps, et donc parfois c’est difficile).

J’ai aussi commencé avec ce « projet » ma petite distribution et je veux soutenir les groupes autant que je peux… Ainsi, en conclusion, pour une réponse à votre question – le site Web et la distrib’ sur straight-edge.sk est mon action directe contre la situation présente dans la scène Straight Edge.

A quoi ressemble la scène Straight Edge en Slovaquie ?

Eh bien… y a-t-il une scène Straight Edge ? Je ne pense pas qu’il y ait ce qu’on peut appeler une scène Straight Edge. A Bratislava, exactement à l’opposé de la Slovaquie (de Kosice où je vis il faut six heures de train pour aller là-bas), il y a des gens actifs. Comme mentionné, il y a Carpath X Bears, les gens de hard-core.sk et aussi des groupes comme Abhorrence ou Point Blank Range.

Mais, je suppose qu’il y a pas mal de concerts Straight Edge, à Bratislava et à Kosice aussi, mais cela ne veut pas dire que l’organisateur de concerts soit Straight Edge, mais il y a eu l’occasion d’inviter des groupes et cela a été fait. En outre, à Kosice, il n’ y a pratiquement pas de personnes Straight Edge à ces concerts, seulement des jeunes qui veulent s’amuser et écouter de la bonne musique et des trucs comme ça.

C’est peut-être triste de voir que personne ne s’intéresse à ces idées étonnantes d’une vie autonome. Mon opinion à ce sujet, c’est que s’il y a une scène Straight Edge, alors c’est centralisé dans l’ouest de la Slovaquie, à Bratislava… Mais à mon sens, on ne peut pas désigner cela comme une véritable scène. C’est plutôt quelque chose comme une infime partie de la scène hardcore, je pense !

Que penses-tu du véganisme ? Nous pensons que Vegan & Straight Edge cela va ensemble, quel est ton point de vue ?

Eh bien, je suppose que c’est une question pour de longues nuits d’été lorsque vous n’avez pas besoin de quoi que ce soit et que vous pouvez simplement vous asseoir avec vos amis autour du feu quelque part dans la nature sauvage et parler et beaucoup penser et parler…

Je considère le Straight Edge comme une partie de sa propre (r)évolution mentale et c’est relié à beaucoup d’autres idées et de croyances sur toute une vie, et des choses comme cela. Je suppose que quand le Straight Edge devient une chose naturelle pour soi, et que cela n’est pas forcé, qu’on réalise les choses telles qu’elles sont, alors on voit qu’on avait les yeux fermés et qu’on ne voyait pas beaucoup de problèmes sociaux.

Quand on commence à être Straight Edge, on peut voir comment sont traitées les femmes, où amène pour les gens une vie auto-destructrice et malsaine, comment son traités les animaux, et on peut en discuter toute la nuit…

Quand je parle de sa propre (r)évolution personnelle, je pense que le véganisme n’est pas directement relié au Straight Edge. Nous connaissons l’histoire et à quoi cela a ressemblé dans les années 1990, avec le Hardline et Earth Crisis et… Mais si je pense que le Straight Edge est séparé, cela va main dans la main avec le végétarisme / le véganisme.

Nous pouvons comparer cela avec l’anarchisme et l’anti-consumérisme. L’anarchisme est une sorte de manière de penser idéologique et utopique (et dans le meilleur des cas, une manière de vivre), et dans ses fondements, cela n’a rien en commun avec l’anti-consumérisme, mais c’est relié…

J’espère que vous comprenez ce que je veux dire. Je pense que le Straight Edge est une façon personnelle de vivre sa vie. Eh bien, c’est bien, mais avec cela, on en veut davantage. Vous ne voulez pas menacer les animaux, vous ne voulez pas menacer les femmes comme objet de désir sexuel…

En raison de l’histoire commune du véganisme et du Straight Edge, nous pouvons dire que cela va ensemble et que c’est connecté de manière solide.

Mais le véganisme n’est pas obligatoire pour être Straight Edge et inversement. Mais c’est juste mon avis. Enfin, je tiens également à mentionner que, lorsque j’ai utilisé le slogan « Vegan positive » en bannière de mon site, je ne voulais pas que cela soit un site orienté strictement XVX… C’était seulement (au sens complet du titre): Nous sommes Straight Edge, nous ne voulons pas faire partie de votre société auto-destructrice pleine de drogues et de liqueurs, Nous n’aimons pas les néo-nazis et le racisme et nous soutenons le véganisme.

Ici en France, nous constatons, sans avoir pour autant une vue globale, l’émergence du « hardline » nationaliste dans l’Est de l’Europe. Qu’en penses-tu ? Sont-ils réellement « Straight Edge » selon toi ?

Ici, en Slovaquie et dans la République tchèque (nous étions un seul pays, la Tchéquoslovaquie, jusqu’en 1993, nous avons pratiquement les mêmes langages et traditions, mais depuis nous sommes des États séparés), il y a le même problème… Les Nationaux Socialistes veulent attirer les jeunes et c’est pour cela qu’ils veulent se débarrasser de l’imagerie skinhead.

Les skinheads étaient rudes, ils étaient agressifs, avec des perspectives agressives et ils attiraient l’attention de la société. Cette nouvelle « vague » est plus attrayante parce qu’ils portent de beaux
vêtements, des sweat-shirts à capuches et des blue jeans bleus et des chaussures de skates et des casquettes… Ils sont davantage comme la majorité de la société. Ils cadrent très bien avec elle, et ils infiltrent.

Ils veulent lutter contre la drogue et cela a été la raison pourquoi ils ont commencé à s’associer avec les idées Straight Edge. Eh bien, ils peuvent être très dangereux. Si ils en ont l’occasion, ils utiliseront les médias dominants pour informer que ce sont EUX les Straight Edge et alors le Straight Edge sera transformé en quelque chose de vraiment différent de ce qu’il était. Je ne pense pas qu’ils soient Straight Edge.

Le Straight Edge, c’est avec le hardcore, le punk, la tolérance et l’anti-racisme. Le Straight Edge a été, est et sera lié à la culture alternative, avec des gens ouverts d’esprit, et même il n’y a pas besoin d’être lié à la musique hardcore pour être underground, cela peut être du hip hop ou du folk alternatif…

Et aussi, je pense que n’ont jamais été liés aux politiques de droite, l’activisme environnemental, la scène hardcore, les manières de vivre punk et alternative.

Ce que les nazis essaient de faire est simplement de trouver un moyen d’avoir une place dans la société. Cependant, je sais que les néo-nazis sont plus ou moins acceptés par la société. Ici en Slovaquie (mais aussi en Russie, dans la République tchèque et ailleurs…), il y a des fractions hardbass [rassemblement sur des places publiques de jeunes avec des masques et dansant sur une variante particulière musique techno hardcore].

On peut en voir sur youtube, avec des drapeaux slovaques, des habits Thor Steinar [marque pro-nazi allemande] et d’autres saloperies, mais je pense que ce n’était qu’une vague, il n’y avait rien, au bout de quelques mois il y avait des hardbass partout, puis plus rien…

Le principal « mot d’ordre » de la Hardbass est « Danse la Hardbass avec nous, vis une vie sans drogues. » Leur échec peut également être lié à nos médias dominants. Comme les néonazis et les hooligans sont des sujets très recherchés, avec beaucoup d’audience, aux informations télévisées, nos médias ont cherché et cherché sur la Hardbass et fait de nombreux reportages avec des titres comme « la Hardbass – le nouveau jeu des radicaux de droite et des hooligans »…

Cela s’est révélé contre-productif pour eux… :) Même si je pense que ce n’est qu’une nouvelle vague de néonazis et que dans quelques temps personne ne s’en rappellera, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas rester vigilants.

Nous avons également à défendre nos positions et définir ce qu’est le Straight Edge et ce qu’il n’est pas.

Et, pour ce que je sais, la majorité de ces danseurs Hardbass n’est pas straight edge, même s’ils mettent des croix sur leurs mains…

Ils veulent juste être conforme à un groupe et ils veulent lutter contre les drogues dures, comme l’héroïne, les amphétamines et les trucs comme cela, mais c’est n’importe quoi…

Comment vois-tu ton futur et celui de la scène Straight Edge ?

Difficile à dire, vous savez… Je suis un jeune homme, et j’ai beaucoup d’ambitions. Je veux monter mon label pour presser des vinyls et soutenir de bons groupes, je veux une distribution plus grande, faire quelques concerts par an et écrire un fanzine…

Mais je ne veux pas gagner de l’argent avec cela.

J’ai un bon travail, je suis programmeur à plein temps. Tout ce que je veux, c’est vivre de façon active, ne pas stagner et ne pas être passif. Je veux faire ce que je veux, je veux être beaucoup de temps dans la nature, avec mes amis, être créatif et avoir une pensée positive.

Je fais aussi de la boxe thaï en amateur, alors peut-être que j’aurais une certaine ambition dans le championnat amateur local? Je ne sais pas, le temps le dira… Et la scène Straight Edge? Je suis une personne optimiste, donc je pense que, parfois, cela ira mieux, et je vais faire beaucoup pour l’améliorer. Depuis Octobre j’ai commencé des sites webs, une distro, j’ai traduit le livret pour Mike XVX (je l’ai dans la distro donc je l’ai fait pour le rendre plus accessible aux gens) et j’ai traduit l’ensemble des documents du DVD « EDGE Perspectives on drug free culture » en slovaque.

Je peux voir que certaines personnes ont commencé à être intéressé par le sXe, ont commencé à me soutenir et je suis vraiment heureux de voir ça.

Avant que nous ayons commencé à être Straight Edge, beaucoup de nos amis ne savaient même pas ce qu’était le Straight Edge, et aujourd’hui ils le savent, et ils nous acceptent comme nous sommes et aussi parce que nous voulons être ensemble, ils ont dû apprendre à nous respecter et à ne pas nous tenter à boire de l’alcool ou des trucs de ce genre…

Mais, eh bien, cela peut sembler égoïste, mais le Straight Edge est ma façon de vivre ma vie, et ainsi je m’en moque…

Je ne veux pas de 200 jeunes avec des X sur les mains et après six mois 195 d’entre eux allant fumer et faire partie d’une autre tendance… Plutôt que cela, je veux peu de gens peu avec l’esprit clair, avec une capacité de penser et des gens qui veulent faire partie de la scène hardcore.

Ils n’ont pas à être Straight Edge, ce n’est pas important pour moi. Je ne vais pas forcer quelqu’un à quelque chose… Pour moi, le Straight Edge c’est mon choix personnel.

Je ne fais pas de différences entre mes amis qui ne sont pas Straight Edge et ceux qui le sont. Si nous pouvons être tolérants les uns avec les autres, si nous avons beaucoup en commun, et si nous partageons certaines activités, alors tout va bien. J’espère que, parfois, il y aura possibilité d’avoir son propre groupe xvx, mais c’est juste un rêve… Que j’ai juste à réaliser…

Vegan Reich: This is it!

Voici la traduction d’une chanson de « Vegan Reich », nom provocateur d’un groupe de musique hardcore/metal américain dont l’influence a été énorme dans le mouvement vegan à la fin des années 1980. La chanson s’appelle This is it et on peut l’écouter ici.

Les textes de ce groupe représentent tout l’esprit d’une époque mais aussi une grande radicalité, tout comme une idéologie qui donnera naissance au mouvement Hardline (voir ici une présentation et notre avis à ce sujet).

Pas difficile de voir une certaine dimension infantile – nous sommes à la fin des années 1980, c’est le tout début de la libération animale et il est même parlé de la libération de la Terre…. « pas d’allégeance à aucune nation, à la Terre seule va notre dévotion! »

Mais si l’on dépasse l’infantilisme par un point de vue posé et adulte, et qu’on conserve la radicalité, on a quelque chose de véritablement marquant, faisant d’ailleurs du groupe une référence historique incontournable pour les personnes vegan straight edge.

On peut également écouter ici la chanson « The way it is ».

This Is It (C’est çà)

This is no angry youth anthem singing about teen age rebellion.
Ce n’est pas ici une jeunesse en colère chantant au sujet d’une rébellion de teenager

It’s not the voice of a generation we’re not kids, this is no tantrum.
Ce n’est pas la voix d’une génération nous ne sommes pas des enfants, ce n’est pas un caprice

Nor is it a reaffirmation of the status quo of this nation, no stand for modern civilization and all it’s barbaric traditions.
Ce n’est pas non plus la réaffirmation du status quo de cette nation, pas un soutien à la civilisation moderne et toutes ses traditions barbares.

This is the final solution to mankind’s endless transgression, for earth’s liberation a vegan revolution.
C’est la solution finale à la transgression sans bornes de l’humanité, pour la libération de la Terre : la révolution végane

Beyond the confines and false divisions of alignment with color age or fashion
Au-delà du confinement et les fausses divisions de l’alignement sur la couleur, l’âge ou la mode

no alliance given to any nation to earth alone is our devotion.
pas d’allégeance à aucune nation, à la Terre seule va notre dévotion.

Guided by the purest convictions to harm no innocent life
Guidés par les convictions les plus pures de ne nuire à aucune vie innocente

for our existence self reliant and free of the addictions that lead the weak on a path of destruction.
autonome pour notre existence et libre de toutes les addictions qui conduisent le faible sur la voie de la destruction

We’ve attained perfection in ideology there’s no others of comparison.
Nous avons atteints la perfection en idéologie il n’y a rien en comparaison.

The highest stage in mankind’s evolution without question is Veganism.
Le plus haut degré de l’évolution humaine, sans aucun doute c’est le Véganisme.

And with this higher wisdom we offer you salvation but be warned, if you refuse it you’ll face extermination.
Avec cette plus haute sagesse nous vous offrons d’être sauvés, mais soyez avertis, si vous refusez vous faites face à l’extermination.

Cos it’s no personal decision nor a matter of opinion when the choice you make destroys all life in the ecosystem.
Parce que ce n’est pas une décision personnelle ni une question d’opinion lorsque le choix que vous faites détruit toute vie dans l’écosystème

Your victims have been voiceless so we’ve spoken for them.
Vos victimes ont été sans voix aussi nous parlons pour elles.

Now tired of wasting our breath there will be no more talking.
Maintenant, fatigués de gaspiller notre salive il n’y aura plus de blabla

This is it, no second chances, take heed it’s your last warning.
C’est cela, pas de secondes chances, prenez cela en compte, c’est votre dernier avertissement…

You’d better lock yourself inside because the storm is fucking coming.
Vous feriez bien de vous enfermer, car la tempête est en train d’arriver…

The storm is coming…
La tempête est en train d’arriver…

Faux Hardliners, vrais fascistes

Le forum Straight Edge, qui avait ouvert il y a quelques temps, a depuis fait son chemin, et voici un communiqué d’une très forte densité. En période de crise, il faut avoir la discipline d’esprit pour ne pas se faire avoir par la morosité, le pessimisme, les tendances destructrices, le culte narcissique du repli sur soi.

Ce communiqué, très documenté et qui tape dans le mille, rappelle que la culture straight edge, et avec elle la culture vegan straight edge, est née comme culture alternative, comme culture riche en utopies, en valeurs.

La culture vegan straight edge, mais aussi la culture straight edge bien entendu, n’est pas une « tendance négative », mais tout un état d’esprit positif, pour avancer dans sa vie, pour avancer dans la vie, pour faire avancer les gens et les choses, en général!

Faux Hardliners, vrais fascistes

Communiqué de l’administration du forum Straight Edge à l’attention de ses utilisatrices et utilisateurs, et au-delà.

Nous souhaitons clarifier notre analyse et notre positionnement quant aux individus et groupes se revendiquant ou reprenant, depuis maintenant un peu plus d’un an, le terme Hardline et, de façon plus globale, quant aux individus et groupes fascistes cherchant à se réapproprier les mouvements et cultures Straight Edge, Vegan et Hardcore.

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Rappel des événements relatifs au forum Straight Edge

Le forum Straight Edge a été créé en octobre 2008 par xEzkhx. Presqu’un an plus tard, suite à un regain d’activité du forum malgré plusieurs mois d’absence de son fondateur et administrateur, deux membres (marty et Suffox) sont parvenus à reprendre le forum en main et ont finalement accédé à son administration. Le fondateur a quitté le navire et n’a jamais refait surface.

Quelques mois plus tard, plusieurs polémiques ont éclaté à propos des positions de Suffox, notamment sur la question de l’avortement (il est ouvertement anti-avortement) mais aussi sur sa volonté d’apolitiser systématiquement le Straight Edge, la lutte de libération animale ainsi que le forum, offrant de facto ceux-ci en pâture aux fascistes avides de s’infiltrer et de s’approprier les cultures et mouvements progressistes. Sur son blog personnel, il développait également des positions clairement anti-immigration, racistes et nationalistes.

Une des conséquences des positions de Suffox fut le soutien qu’il apporta à un membre controversé du forum : HardlineR. Ce dernier débarqua sur le forum en septembre 2009, se revendiquant des mouvements Straight Edge et Hardline, cherchant à recruter des « membres » pour une mystérieuse « communauté Straight Edge du Sud-Est » [1].

Outre sa campagne de recrutement pour son organisation inexistante, il s’est illustré par la tenue de propos homophobes et anti-avortement.

Un simple tour sur son blog personnel nous révèle une pensée politique complexe qui mêle paganisme nostalgique, nationalisme, « anticapitalisme » (dans sa forme typique des mouvements de l’extrême-droite française de la décennie passée), anticommunisme primaire (autre grand classique de l’extrême-droite), reprise d’une iconographie d’Occupation, refus des clivages gauche-droite pour leur préférer une absurde « métapolitique », élitisme, darwinisme social et recherche de la pureté raciale, sexisme, virilisme et culte du corps, etc.

Une belle brochette – pas végane pour un sou – de concepts d’orientation fasciste. Il est récemment apparu que l’une des principales influences politiques de HardlineR fut (est ?) le politicien allemand Otto Strasser, membre du NSDAP avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale qui incarnait la tendance « sociale » du parti nazi. La boucle est bouclée.

L’attitude des membres du forum à l’égard de HardlineR n’a pas été très chaleureuse – avec raison ! Pourtant, Suffox a systématiquement soutenu ce dernier, au nom de la « liberté d’expression », de la « tolérance » et de l' »apolitisme » supposés régner au sein de forum et du mouvement Straight Edge.

Au-delà de cela, il y avait de réelles connivences politiques entre les deux individus.

Il aura malheureusement fallu attendre qu’un site Internet (laterredabord.fr) publie un article [2] dénonçant la présence d’un fasciste au sein de l’administration du forum pour que des mesures soient finalement prises dans le sens de la lutte contre le fascisme (au modeste niveau du forum).
HardlineR a été définitivement banni du forum et Suffox a quitté l’administration et vu son compte supprimer.

Il va de soi que de telles mesures, voire d’autres plus radicales, auraient pu être prises plus tôt. Tel n’a pas été le cas, et ce pour deux principales raisons. La première étant qu’une certaine confusion régnait à cette époque sur le forum. Malgré son ancienneté, il était encore « jeune » et ne jouissait pas d’une communauté particulièrement active et radicale. Le fait que Suffox n’était pas un simple membre mais un administrateur du forum n’a sûrement pas arrangé la confusion en donnant l’impression qu’il jouissait d’un statut qui le rendait intouchable.

La seconde raison était à la fois l’absence de positions claires sur la question du fascisme et de ce qui l’entoure (capitalisme, racisme, sexisme, spécisme) et l’absence d’objectifs et de projets pour le forum. Il était simplement « là » et essayait de survivre.

Nous regrettons beaucoup que ces mesures n’eussent été prises plus tôt. Lors des événements (et même un peu après), de nombreuses et houleuses discussions ont eu lieu sur le forum impliquant Suffox et HardlineR. Discussions qui, nous le reconnaissons aujourd’hui, n’avaient pas leur place sur ce forum ni ailleurs. En effet, en laissant parler des fascistes sur un forum public, en plus de perdre notre temps à débattre inutilement, nous leur avons fourni la possibilité de se rencontrer, de synthétiser une partie de leur idéologie commune, et surtout nous leur avons fourni une tribune publique qu’ils ont utilisée pour étaler leur propagande et propager leurs idées nauséabondes.

Ces effets indésirables sont encore d’actualité puisque ces discussions, les arguments et les liens qui les composent sont encore disponibles à la lecture sur Internet et sont encore référencées par les moteurs de recherche.

Nous travaillons doucement depuis un an, et plus activement depuis quelques mois, à ce que ces erreurs soient réparées et surtout à ce qu’elles ne puissent plus être reproduites.

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L’émergence groupusculaire des fascistes cherchant à s’approprier Straight Edge, Véganisme et Hardline

Suite à ces événements, HardlineR et Suffox ont évolué en binôme pendant plusieurs mois. HardlineR a rallié ce dernier dans son projet toujours plus mythologique de « communauté Straight Edge du Sud-Est ».

Si beaucoup de points les rassemblent, il est à noter – et cela n’en est que plus tragique – que Suffox semble d’avantage proche des idées du National-Bolchevisme (mouvement réactionnaire d’origine russe, mais cependant pas moins fasciste que les autres mouvements nationalistes traditionnellement anti-marxistes) tandis que HardlineR est plus proche des Nationalistes Autonomes, mouvement fasciste nouvellement apparu en France. [3]

Outre la tenue de leurs blogs respectifs, leur première action commune fut la création d’un « forum straight edge ouvert à tous » [4]. Ce forum, créé en mai 2010, rassembla une trentaine de membres inscrits dont moins d’une demi-douzaine fut réellement active. Il ne donne plus aucun signe de vie depuis septembre 2010.
La seconde action commune du duo fut la production et la diffusion d’un zine « Hardline » au format numérique et au titre tout à fait évocateur : « X-SélectioN-X ».

En juillet 2010, une rencontre entre plusieurs militants « Hardline » et sympathisants, glanés sur leur forum et via la propagande assidument menée sur Internet durant les mois précédents, est organisée dans un « squat Hardline » (maison abandonnée) dans une ville du sud du pays. Il n’en ressort pas grand-chose sinon la mise en place d’une vague structure nationale : Résistance Hardline. Un site Internet du même nom est créé, mais il ne semble s’agir que du nom du réseau fantôme qui lie entre eux les différents groupuscules locaux (ou « sections »).

De quels groupuscules locaux s’agit-il ? Ils sont au nombre de quatre à l’heure où nous publions ce communiqué : un en île-de-France, un en Lorraine, un en Gironde et un en PACA [5]. Seul ce dernier est réellement actif sur Internet et un peu sur le terrain. Les trois autres n’ont plus aucune activité particulière (pour autant qu’ils en eussent une à un moment ou à un autre).

Pour résumer, cette « structure nationale » de « résistance » « Hardline », ce n’est toujours et rien d’autre qu’un groupe de quelques personnes mené par un duo charismatique et basé dans le Sud-Est du pays. Rien ou presque n’a changé depuis un an.

Mais cette évolution traduit cependant une réelle tendance du fascisme à essayer de récupérer des valeurs positives, progressistes – qui sont donc à l’opposée de leurs idéologies haineuses – et à les vider de leur contenu pour mieux les détourner.

Un exemple frappant de ces tentatives de récupération a eu lieu en 2009 en Allemagne, avec la tentative du milieu néo-nazi de s’approprier le terme « Hardcore » et d’en faire une marque déposée, interdisant ainsi la libre utilisation du mot par les groupes, labels, sites, etc. Après une longue campagne antifasciste contre cette offensive, l’institut Allemand des marques a annulé le dépôt pour le mot « Hardcore ». [6] Rappelons que la Hardcore est une scène musicale trentenaire qui rassemble des milliers de groupes partout dans le monde et forme un vaste mouvement culturel de jeunesse. Il est également le milieu d’où a émergé et évolué le Straight Edge.

Aussi les animaux se retrouvent-ils pris en otage par le discours de certains groupes ou organisations fascistes. On peut citer Brigitte Bardot et sa fondation dont la dernière campagne ouvertement raciste ne cible que la viande halal et kascher.

Les Nationalistes Autonomes tentent eux aussi de s’approprier le thème de la protection animale [7], mais bien entendu le discours sonne faux. Comment peuvent-ils être sincères dans leur lutte contre l’exploitation animale et l’exploitation de la Terre alors qu’ils défendent une société reposant sur l’oppression et l’exploitation (des femmes, des « faibles », des minorités) et la hiérarchisation (de classe, de sexe, de « race ») ? Il ne s’agit en fait que d’une critique de façade, d’un discours faussement rebelle, qui relève de l’anticapitalisme romantique [8], ne s’attaquant pas au cœur du problème.

Autre exemple, HardlineR a pris – sur son blog personnel – les loups en otage (tout comme le groupe « Le Klan du Loup » [9]) ne mettant injustement en avant les loups que pour appuyer un discours social-darwiniste, d’oppression des « forts » sur les « faibles ».

Il nous semble donc important de revenir sur l’histoire du mouvement Hardline afin de mieux comprendre la manipulation et la supercherie des fascistes qui reprennent ce terme.

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Le mouvement Hardline : du Hardcore américain…

Le mouvement Hardline est apparu aux États-Unis à la toute fin des années 80 au sein de la scène Straight Edge comme radicalisation d’une partie de sa frange vegan et écologiste. Dans un premier temps sans forme et rassemblant une multitude d’individu-e-s différent-e-s et de pensées variées, le mouvement s’est concrétisé au début des années 90 sur la côte Ouest américaine, principalement autour du groupe de Punk Hardcore Vegan Reich.

C’est en 1990 que ce groupe a diffusé, en accompagnement d’une de ses productions musicales, un manifeste sur papier : le « Hardline Manifesto » [10]. C’est ce manifeste qui a formé la base idéologique du mouvement Hardline pour la décennie qui a suivi.

Le manifeste consiste en fait en un principe essentiel : la défense de toute vie contre toute forme d’exploitation ou d’oppression. Il y transparait ainsi clairement une dimension progressiste et un lien étroit avec la culture de lutte d’extrême-gauche.
Le second principe majeur du manifeste est la mise en avant d’un Ordre Naturel, dont le respect irait de pair avec la lutte contre l’exploitation totale.

Concrètement, ce manifeste – et le mouvement qui l’a produit et adopté – promeut la lutte contre le sexisme, le racisme et le fascisme, le véganisme comme mode de vie respectueux de la vie animale et de l’environnement, le Straight Edge comme hygiène de vie qui exclut les poisons tant consommateurs que sentimentaux, l’activisme de libération animale et vise à terme une existence humaine libérée de l’exploitation et dans une relation harmonieuse avec la planète et toutes les formes de vie qu’elle abrite.

Par contre, le suivi de ces principes, associé à la dimension religieuse de l’idée d’un Ordre Naturel, amena une grande partie des Hardliners à s’opposer dans la pratique à l’avortement (puisque toute vie était « sacrée ») ainsi qu’à adopter une attitude hostile envers l’homosexualité (les sexualités considérées comme « déviantes » – non-procréatrices – n’étant pas « naturelles »). [11]

Ces derniers points, ainsi qu’une attitude globalement trop radicalement militante, ont évidemment été une source de tensions entre les Hardliners et la scène Straight Edge traditionnelle. Le mouvement Hardline a rapidement laissé la place à une scène Vegan Straight Edge toujours radicale mais plus matérialiste, issue de la côte Est américaine et globalement représentée par le groupe de Metalcore Earth Crisis.

Aujourd’hui le mouvement Hardline tel qu’il a été défini par le Manifeste n’existe plus. Il a disparu à la fin des années 90 et il est à peine exagéré de qualifier de « queue de comète » les quelques groupes et publications américaines qui se revendiquent encore aujourd’hui de la pensée Hardline.

Au cours des années 1990, les individus se réclamant du mouvement Hardline ont globalement suivi deux chemins différents :

  • une partie du mouvement s’est ancrée dans l’activisme anarchiste et d’extrême-gauche et dans celui pour la libération de la Terre et des animaux (Earth First !, ELF, ALF, …)
  • l’autre partie s’est enfoncée plus avant dans la brèche « mystico-religieuse » qui caractérisait déjà le mouvement à son origine (comme en témoigne le Manifeste), suivant par là la voie d’un des membres de Vegan Reich converti à l’Islam. L’attrait et l’adoption par le mouvement Hardline de philosophies et spiritualités orientales (Islam, Bouddhisme, Jaïnisme, Taoïsme, …) fut l’une des causes de sa séparation d’avec le mouvement Straight Edge traditionnel, nettement plus orienté vers le l’athéisme et le matérialisme.

Le mouvement Hardline et sa position sur l’avortement et la sexualité ont dans une certaine mesure participé à la considération médiatique d’un mouvement Straight Edge (et Vegan) violent, extrêmiste, intolérant. Le sexisme et l’homophobie étaient évidemment présents dans la scène Hardcore / Straight Edge, allant de pair avec le virilisme cultivé dans ce milieu. De même, l’avortement a toujours fait polémique dans la société américaine – très profondément divisée à ce sujet – ainsi qu’au sein de la scène Hardcore de l’époque. Mais le fait qu’il n’ait jamais été question de valeurs « affirmées », voire revendiquées, n’a pas eu le même impact dans les médias et, par corollaire, dans la population, que les mêmes valeurs partagées et revendiquées par les Hardliners.

Aujourd’hui encore, le mouvement Straight Edge souffre de cette étiquette médiatique de mouvement conservateur, réactionnaire, voire fasciste à cause d’une minorité Hardline [12], qui pourtant se basait sur une idéologie globalement très progressiste (pour l’époque).

Un mouvement Hardline n’a donc plus de raison d’être aujourd’hui. L’émergence d’une scène Vegan Straight Edge dénuée de principes directeurs d’origine religieuse ou mystique a achevé de rendre caduque la progression du mouvement Hardline. En effet, à la lumière de l’histoire du mouvement, il est clair que l’aspect mystico-religieux présent dans le Manifeste a été l’un des principaux facteurs qui ont empêché l’émergence d’une culture populaire, unifiée et cohérente.

Il est possible de se sentir proche des thèses écologiques radicales et sociales du Manifeste, mais s’il l’on élude l’aspect religieux, alors il n’y a pas lieu de se revendiquer du Hardline. A l’opposé, si l’on se focalise sur l’aspect mystico-religieux, alors le mode de vie Vegan Straight Edge passe en second plan et on devient une sorte de post-hardliner (c’est par exemple le cas du label Path of Perfection [13]). Mais vouloir entreprendre la résurgence du mouvement Hardline est un non-sens qui ne peut avoir comme seule conséquence que l’échec.

Pourtant certains fascistes tentent aujourd’hui de reprendre le terme de « Hardline ». Au vu de leur idéologie, de leurs textes, de leurs actions – qui n’ont plus rien à voir avec les valeurs contenues dans le Manifeste Hardline -, il apparaît comme évident qu’ils ignorent tout de l’origine et l’histoire de ce mouvement, et qu’ils passent allégrement au-dessus de cette absurdité qui consiste à s’en revendiquer.

Jamais un véritable hardliner n’aurait préconisé la préférence nationale à l’embauche, la fermeture des frontières dans des zones précisément déterminées, la santé comme unique objectif du Straight Edge ou le véganisme comme « une voie parmi d’autres ». Il paraît insensé d’imaginer que des personnes puissent se revendiquer d’un mouvement (qui possède des origines, une histoire et une culture) sur la seule base de la concordance entre l’idéologie de ces personnes avec les deux principaux points polémiques et médiatiques du mouvement. Rien d’autre ne relie pourtant le mouvement Hardline américain et les fascistes français qui s’en revendiquent.

Nous allons donc tenter de comprendre l’origine de cette réappropriation du terme « Hardline », pour constater dans les faits l’absence totale de rapport avec le mouvement américain.

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… au fascisme russe et ukrainien

Depuis le début des années 2000, une partie de l’extrême-droite slave (Russie, Ukraine) [14] se revendique du Straight Edge, et parfois du Hardline, pour désigner son mouvement politique et culturel fasciste où le rejet des drogues ne vise pas à se libérer et à se réaliser individuellement mais à sauver « son peuple » de la dépendance afin d’en faire une nation supérieure aux autres, où l’opposition à la malbouffe et aux multinationales américaines n’a rien d’anticapitaliste mais tout de protectionniste, où l’opposition à l’immigration n’est plus seulement un programme politique mais un mode de vie criminel et organisé, où l’anti-communisme n’est pas une rengaine historique mais une composante logique d’une idéologie politique qui a des sympathies bien réelles pour un nazisme appliqué au monde slave.

Cette idéologie de la « santé » pour le « peuple » et de la « pureté » pour la « nation » s’est d’abord développée au sein d’une microscopique scène Hardcore / RAC [15] russe dénuée de tout ce que le Punk aurait pu lui apporter de progressiste et de contestataire.

Ce furent ensuite les tribunes des stades de football qui prirent le relais. Celles-ci sont internationalement connues pour abriter les hooligans parmi les plus violents au monde et pour être le lieu où toutes les franges de l’imposante extrême-droite russe se rencontrent, se mêlent et parfois s’organisent. De nos jours, les militants fascistes qui se revendiquent du Straight Edge et du Hardline n’ont plus besoin des stades de football pour se mettre en avant (bien qu’ils continuent d’y sévir) : ils sont suffisamment nombreux pour organiser leurs propres manifestations [16] ! Ajoutons à cela une présence très active et une propagande rondement menée sur Internet.

Nous ne pouvons pas savoir si ces personnes et ces groupes pensent réellement que le Straight Edge et le Hardline peuvent se fondre dans leur idéologie fasciste ou s’ils jouent volontairement des clichés que les médias américains ont propagé sur ces mouvements. Il y a probablement un peu des deux.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, ces gens-là sont plusieurs milliers en Russie et en Ukraine, qu’ils sont organisés en groupes/scènes locales, qu’ils sont très actifs sur le terrain, sur le plan culturel et sur Internet, qu’ils ont des liens très étroits avec les autres franges du fascisme local, de l’extrême-droite parlementaire aux néo-nazis armés, qu’ils bénéficient de la complaisance des autorités (politiciens, police, justice), des médias et qu’ils touchent une partie non-négligeable de la jeunesse de leur pays.

On ne compte plus les agressions et actions criminelles commises à l’encontre de consommateurs d’alcool ou de lieux de vente d’alcool. Très récemment, les premiers meurtres revendiqués par des membres du mouvement Straight Edge / Hardline ont été traités par les médias russes.

De telles tendances ont été récemment observées en Allemagne et aux Pays-Bas. Nous avons vu, plus haut, qu’elles avaient également touché la France. Car c’est bien de ces gens-là que les militants de « Résistance Hardline » s’inspirent. Une simple comparaison visuelle du « style » général de leurs sites et de leur propagande graphique avec celui des fascistes russes suffit à établir l’ascendance idéologique. [17]

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Prise de positions

Nous considérons non pas que le Straight Edge, le Véganisme et le Hardline sont des cultures et des mouvements qui n’ont rien à voir avec le fascisme. Nous considérons que ces mouvements sont opposés au fascisme par la nature même de leur philosophie, de leurs valeurs.

Il est donc hors de question de laisser des fascistes, quels qu’ils soient, s’approprier ces mouvements.

Le Straight Edge ne saurait être un outil politique visant à sublimer la pureté mythologique d’un peuple.

Le Véganisme ne sera jamais un prétexte à la haine raciste et antisémite.

Quoiqu’on pense du Hardline, nous ne laisserons pas l’héritage spirituel et politique qu’il laisse derrière lui être récupéré par quelques nazillons à la recherche d’une quelconque « ligne dure » et d’une image radicale. Pareillement, nous ne laisserons pas passer à la trappe la première tentative réussie d’harmonisation entre Straight Edge et Véganisme.

Le mouvement Hardline, par son état d’esprit originel, fait partie de notre héritage historique et culturel et, tout en restant extrêmement critiques vis-à-vis de la tournure qu’il a pu prendre, nous choisissons de l’assumer, au lieu de le balayer d’un revers de main en considérant qu’il ne nous concerne pas.

Comme nos camarades antifascistes, nous considérons que le fascisme « n’est pas une « gangrène », un phénomène causé par des petits groupes de gens aux idées d’extrême-droite, qu’il suffirait de « neutraliser » » mais que « le fascisme est une tendance inévitable du capitalisme en crise ». [18]

Ainsi, l’émergence de ces groupes « hardliners » fascistes, les tentatives des Nationalistes Autonomes pour récupérer le thème de la libération animale, les discours racistes focalisés sur l’industrie kascher et halal, etc. ne sont ni des hasards, ni des anecdotes.

Mais il ne s’agit pas simplement de petits groupes contre lesquels il faudrait lutter de front. Nous pensons qu’il faut développer les mouvements Straight Edge et Vegan et nos cultures associées afin de les rendre imperméables à toute intrusion fasciste théorique et pratique.

Nous devons tout faire pour les empêcher de déverser leur propagande, d’investir les différentes initiatives et manifestations (tant physiques que numériques) et nous devons dénoncer leurs revendications néfastes camouflées sous un discours Straight Edge, Vegan ou Hardline.

Nous devons arrêter d’être latents face à leurs attaques et tentatives de récupération. Nous devons réagir plus vite qu’eux !

Cela commence par cultiver et défendre une pensée positive et progressiste, liée au Straight Edge et au Véganisme, par connaître et donner la vraie signification et la véritable histoire de ces mouvements.

Cela commence par l’antifascisme.

Face au fascisme, gardons une ligne de conduite et de pensée positives !

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Notes :

[1] Sud-Est de la France, les Bouches-du-Rhône, où il réside.

[2] « Les fachos, c’est non » : http://laterredabord.fr/?p=3848

[3] On notera également la troublante coïncidence chronologique entre l’émergeance des Nationalistes Autonomes en France et celle des fascistes dont nous parlons ici. Voir cette analyse faite par l’Action Antifasciste à l’époque où les Nationalistes Autonomes n’avaient pas encore traversé le Rhin : http://documents.actionantifasciste.fr/histonaso/histonaso.html

[4] Un forum « ouvert à tous », par opposition à notre forum qui serait un lieu « d’oppression, de censure et d’intolérance pour des motifs politiques et idéologiques. » (cf. la charte de leur forum).

[5] Il existe également une sous-section drômoise nommée « Maquis 26 ».

[6] « Sauvons le mot Hardcore… et ce qui va avec ! » : http://laterredabord.fr/?p=344 et http://laterredabord.fr/?p=3492

[7] « Nationalistes « Autonomes » « Protection » se servent des animaux pour leurs actions fascistes contre les masses » : http://www.aaartois.fr/article-nationalistes-autonomes-protection-se-servent-des-animaux-pour-leurs-actions-fascistes-contre-les-masses-65344218.html

[8] « Le fascisme est un « anticapitalisme » romantique » : http://www.aaartois.fr/article-le-fascisme-est-un-anticapitalisme-romantique-58983452.html

[9] Voir cette critique de l’utilisation de la symbolique des loups par les fascistes : http://laterredabord.fr/?p=4520

[10] Version originale : http://www.angelfire.com/ok2/sxethic/hlmanifest.html
Traduction française : http://laterredabord.fr/?p=4440

[11] Il n’est pas question pour nous de tolérer des positions, quelles que soient leur argumentation, s’attaquant à la liberté des personnes homosexuelles de vivre leurs sentiments et leur sexualité librement, et à la liberté des femmes de faire des choix concernant leur grossesse. Il nous semble cependant important et juste de noter que ces deux positions dans le mouvement Hardline sont issues d’une réflexion religieuse orientée vers la défense de la vie, de toute vie, ce qui n’est pas du tout le cas des idéologies d’extrême-droite (où l’argument religieux, lorsqu’il est avancé n’est qu’un prétexte à l’oppression et au contrôle).

[12] Nous ne nions pas non plus la place de l’apparition des « gangs » Straight Edge violents aux USA dans le traintement médiatique défavorable du mouvement.

[13] Interview du label américain Path of Perfection : http://laterredabord.fr/articles1/hardline.html

[14] et de manière plus groupusculaire dans d’autres pays : Biélorussie, Pologne, ex-Yougoslavie, Roumanie, Hongrie, …

[15] Si la particularité originelle du RAC, ou Rock Against Communism, était d’être joué par des groupes anticommunistes ou de comporter des textes anticommunistes, sa raison d’être actuelle est principalement la fédération de diverses franges fascistes au sein d’une même scène musicale. Si certains groupes RAC se défendent d’être fascistes ou racistes, il reste indéniable que l’écrasante majorité de leur public l’est.

[16] Manifestations et actions qu’ils prennent toujours soin de bien filmer. Un simple tour sur des plateformes connues d’hébergement de vidéos munis des mots-clés adéquats suffit pour constater le désastre.

[17] Il va de soi que notre analyse ne débute ni ne se conclut sur de tels raccourcis. Cependant, nous accordons de l’importance à l’iconographie et à l’infographie au sein de la culture et nous pensons pertinent d’étudier celles qui sont particulièrement typiques des fascistes, afin de pouvoir les reconnaître et les identifier lorsque – comme ici – ceux-ci se cachent derrière des symboles, des concepts et des mouvements qui ne sont pas les leurs et qu’ils se sont appropriés.

[18] Présentation de l’Action Antifasciste : http://actionantifasciste.fr/?page_id=38

Sensibilités Straight Edge…

Le mouvement straight edge a connu plusieurs périodes de par sa liaison à la musique hardcore… périodes qui ont donné naissance à différentes sensibilités. Voici un petit aperçu général, que l’on peut bien entendu améliorer, mais qui est déjà pas mal parlant ! Etant Vegan Straight Edge, il est évident également que la figure vegan straight a le beau rôle…

Disons plus simplement qu’il s’agit d’une introduction des sensibilités que l’on peut rencontrer…

Le fan de hardcore des origines

Dans cette sensibilité (assez rare il faut dire), le straight edge n’est pas vraiment une identité. C’est ici un mode de vie positif faisant intégralement partie d’une scène à la fois hardcore et punk, et apprécié en tant que tel… par des gens pas forcément straight edge eux-mêmes!

Il y a une grande attention de portée aux premiers groupes américains de la fin des années 1970 et du début des années 1980 : ceux de Washington (Minor Threat, Government Issue, Teen Idles, State of Alert), de Boston (SSD, Negative FX) ou de Californie (Uniforme choice).

La figure de Ian McKaye, du groupe Minor Threat, est très respectée, et surtout son avis refusant que le terme de straight edge soit lié à des principes fixes, ou un mouvement. Ici, le straight edge, c’est une « bonne idée », pas forcément applicable, mais dans l’idéal…

Le coreux old school

Ici être straight edge est vue comme une attitude positive, bonne pour la santé et sympathique… et surtout personnelle. Il n’y a plus aucun lien culturel avec le punk et le principal centre d’intérêt est la musique.

Les techniques de danse hardcore sont particulièrement valorisées, et on considère grosso modo que le vrai hardcore est celui des années 1980, avec l’hégémonie de la vague des groupes straight edge de 1988, avec notamment les groupes Youth today et Gorilla Biscuits.

L’esprit est proche de la culture skater : bon enfant, anti-raciste, dans une démarche positive mais avec une méconnaissance assumée de la politique, la seule orientation valorisée étant le végétarisme. Le coreux old school dans sa version straight edge aime la musique et l’esprit, et selon lui… c’est déjà pas mal!

Le Vegan Straight Edge

Accordant une importance primordiale au véganisme, la sensibilité vegan straight edge est avant tout revendicative, et considère la musique comme une composante de sa culture, mais aussi comme un vecteur de ses idées (tout comme les groupes Earth Crisis, Refused…). Elle est ainsi (et se voit souvent) comme une posture punk réactualisée et avec un contenu idéal.

Trouvant finalement ainsi toujours quelque chose à redire (pas vegan / pas straight / pas contestataire / pas féministe, etc.) à la scène hardcore ou (uniquement) straight edge, cette sensibilité est très poreuse aux scènes alternatives (squatts, activisme vegan, écologie radicale, groupes anarchistes ou plus généralement d’extrême-gauche, scène « antifa »…).

Elle cultive donc sa particularité et sa démarche (vegan straight edge ? Vegan + Straight Edge ? Vegan Edge?), considérant qu’être vegan straight edge c’est plus construire un mouvement que réaliser une démarche individuelle…

Le mosheur

Le mosh est au hardcore ce que le pogo est au punk. Sauf qu’en plus d’être une danse purement individuelle, il y a en quelque sorte des figures imposées, demandant une souplesse certaine et présentant clairement un caractère violent.

Le straight edge se considère ici comme un simple élément de la communauté hardcore, dans l’esprit de sa version new yorkaise (dont les figures de proue sont les groupes Agnostic Front, Biohazard…) : du son lourd et très metal, beaucoup de muscles, et autant de tatouages. Il apprécie de ce fait tout autant le look des gangs latinos que le mode de vie hooligan européen ou l’attitude hip hop: ce qui compte c’est pour beaucoup la poussée d’adrénaline.

Le mosheur sait cependant qu’il est mal vu pour ses danses violentes et les poses virilistes, mais ne peut pas s’empêcher de céder à cette culture. Il oscille alors entre revendication assumée de sa mauvaise image et un mépris condescendant, et un esprit d’ouverture lui semblant finalement on ne peut plus conforme à l’esprit de la « communauté hardcore »…

L’ex-Hardline

Vegan straight edge issu de la culture des années 1990, l’ex-hardline conserve une sorte de nostalgie de l’époque où se profilait au sein du hardcore une culture hardline offensive et radicale, mettant à bas tout le système. Il raisonne directement en termes de mode de vie et est finalement un moraliste.

Très intellectuel il accorde une grande attention à ses envies de mettre en avant une attitude ferme et correcte. Mais très isolé voire déprimé, il a abandonné les rêves sociaux-révolutionnaires (chantés par des groupes comme Vegan Reich, Statement, Raid ou Purification) pour avoir une tendance certaine à se tourner vers certaines religions (Islam, bouddhisme, hindouisme, judaïsme).

L’ex-Hardline soutient donc une orientation alternative dans la scène hardcore, avec une grande ouverture au Do it Yourself, aux démarches de solidarité, au principe d’un retour « aux fondamentaux » du hardcore d’origine, etc. Un peu de spiritualité dans un monde de brutes!

Le raciste

Absent des concerts et de toute scène alternative où il sait qu’il se ferait rejeter brutalement, le raciste réduit l’attitude straight edge au respect de soi-même et de son corps, ce qu’il appelle la « santé. » Il pousse son raisonnement sectaire jusqu’au bout en s’imaginant faire partie d’une double élite : d’un côté une « race », une ethnie, etc. et de l’autre… les gens pensant comme lui, tant qu’à faire.

Prétendant refuser la « politique », le raciste ne cache pas pour autant sa fascination pour l’Allemagne nazie, au nom de sa quête d’une « communauté » idéale. C’est là son seul centre d’intérêt ; homophobe, anti-féministe et anti-américain, il ne connaît d’ailleurs rien à la culture historique straight edge, et elle ne l’intéresse pas.

Rejeté donc totalement par les scènes straight edge pour son nationalisme, le raciste tente alors de fédérer des gens comme lui, sous différents noms (hate edge, « hardline », hateline, etc.), mais toujours sous la seule bannière qui l’intéresse au fond: la violence, la violence et la violence (iconographie de pistolets, poings américains, anti-antifasciste, nationalisme, etc.).

Interview du groupe Purification

« Purification » est un groupe de musique vegan straight edge, dont le style est hardcore / metalcore. Il est l’un des groupes connus de la vague des groupes de ce style de la fin des années 1990, dans la lignée d’un groupe comme Earth Crisis.

Il est connu également pour ses positions radicales (voir ici nos traductions de leurs chansons Holy War et Living in an age of mass extinction). Ce qui n’empêche pas une démarche pédagogique, comme on le voit ici avec les quelques questions et réponses. A noter que ce groupe italien sera en concert dans la région parisienne le 2 août 2010.

1. Purification est un groupe de hardcore / metalcore connu pour son engagement dans la cause de la libération animale et de la libération de la Terre. Peux-tu nous parler de l’histoire du groupe?

Moi (Monster) et Maurizio, notre précédent chanteur, avons eu l’idée de monter un groupe de musique vegan sxe en 1995, mais comme nous étions occupés avec d’autres groupes à l’époque, nous n’avons commencé celui-ci qu’une année plus tard, à l’été 1996.

Nous avons enregistré une démo, appelée “Arkangel”, durant l’été 1996, et notre premier single durant l’hiver de la même année, qui est sorti aux Etats-Unis sur Catalyst Records et en Europe sur Surrounded Records (notre propre label).

Après notre single nous avons sorti un maxi avec sept chansons, un split CD avec un groupe anglais du nom d’Unborn et un album en tant que tel sur Uprising records.

Nous avons fait partie de plusieurs compilations vegan sxe et nous avons notre discographie sortie également au Japon et en Amérique latine. Je pense que la plupart de notre production est déjà vendu mais on peut toujours en trouver sur ebay.

Il y a une info complète à ce sujet ici, sur la page de biographie du site et sur la page consacrée à la discographie.

2. Dans le monde d’aujourd’hui, l’exploitation animale augmente chaque jour, et la « culture » qui va avec. Penses-tu qu’être vegan straight edge est la manière adéquate pour se rebeller contre cela – une sorte de processus de « purification » des valeurs d’oppression qui ont l’hégémonie ?

A mon sens, bien sûr que ça l’est ! Il est très important de réaliser qu’une rébellion commence tout d’abord en soi-même; changer son mode de vie, pour un mode de vie sans cruauté et sans drogues, est bien sûr bien plus intéressant, productif et révolutionnaire que causer de l’esclavage des animaux tout en continuant à manger de la viande.

Le premier pas dans la reconnaissance qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans notre société qui tue et exploite les animaux est de devenir végétarien, et pour être conscient et alerte par rapport à ce qui se passe autour de soi, et rendre les coups, il faut avoir un esprit clair, libre des faiblesses qu’amène l’addiction aux drogues et à l’alcool. Un esprit clair et un corps clair, voilà la solution!

3. Nous pensons que vegan straight edge, c’est une nouvelle culture. Ce n’est pas seulement être vegan et être straight edge. C’est comme une nouvelle identité positive, une ouverture à la Terre et aux animaux. Qu’en penses-tu ?

Eh bien, je ne dirais pas que le xVx est une « nouvelle » culture en raison du fait que cela existe depuis plusieurs années déjà. Je dirais [même] qu’il y a un besoin d’une certaine innovation et de gens jeunes, la jeune génération a besoin de sauter le pas et de prendre le contrôle.

Ce que je vois en fait ce sont plus des kids intéressés par la mode de tout le mouvement hardcore, au lieu des valeurs qui vont avec, à part dans certains endroits comme l’Amérique du Sud ou l’Est européen.

Le mouvement (ou la culture comme vous dites) a besoin de se libérer de l’erreur du passé, les gens Vegan Edge ne sont pas mieux que les autres, ils ont juste besoin d’être plus concernés et plus conscients du monde dans son ensemble, et d’amener le plus de gens possible à ouvrir les yeux et de voir la vérité sur la réalité dans laquelle nous vivons.

Une société végane est pour sûr quelque chose d’utopique, mais une personne qui fait un effort et remplace la viande par le soja fréquemment, ou qui abandonne la viande, ou qui devient végétarien, c’est déjà un bonne avancée vers un monde avec plus de compassion.

4. En Russie et en Allemagne, il y a des gens qui se prétendent « hardline » et son en fait des gens « straight edge » qui se moquent des animaux et de la planète, et ne parlent de « pureté » que pour promouvoir un mode de vie raciste et ethno-différentialiste. Qu’en penses-tu ?

Cela est extrêmement ennuyeux et faux pour plein de raisons, tout d’abord parce que le mouvement Hardline (avec tous ses bons et mauvais aspects) a toujours été anti-raciste.

L’utilisation du mouvement Straight Edge pour soutenir des idées racistes est également inacceptable. Le Straight Edge en général devrait être acceptation et essayer d’avoir le plus de gens possible impliqués, au lieu de séparer ou de juste suivre une direction plein d’ignorance.

Un second point, selon moi, est que le SxE doit toujours aller avec le végétarisme, être Drug Free est le début du chemin, si on ne se libère pas soi-même de la cruauté ou si l’on s’en moque, le SxE n’amènera que peu de choses.

Au moins en ce qui me concerne, se respecter devrait logiquement amener au respect de la Terre et des animaux, quitter la vision anthropo-centrique du monde avec laquelle on a l’habitude de vivre.

5. Comment vois-tu le futur de la culture vegan straight edge?

Pour être honnête, je ne vois pas un futur lumineux en Europe, à moins que les jeunes commencent à s’intéresser de nouveau à cela et commencent à assumer des responsabilités à ce sujet. Le fait est que je peux à peine nommer quelques nouveaux groupes Vegan Edge et que nous nous référions toujours aux anciens groupes quand on en parle est assez révélateur. Avec Purification, nous voulons simplement aider des jeunes à de nouveau aller dans le Vegan Edge, afin qu’ils puissent commencer leurs propres groupes et qu’il y ait une rénovation.

Walter Bond a été arrêté 

Parmi les interviews que nous avons faites et mises en ligne, il y a celle de l’américain Walter Bond. Nous n’avons alors pas mentionné son nom, mais c’était lui qui, âgé d’un peu plus de 20 ans, avait incendié un laboratoire de drogues de type méthamphétamine, une drogue extrêmement puissante très répandue aux États-Unis.

Son acte avait été motivé car son frère était tombé dans la dépendance à cause du dealer possédant le laboratoire ; sa mère était également droguée et son père alcoolique. Walter a passé quatre années de prison pour cela, et le groupe de hardcore Earth Crisis a fait une chanson à ce sujet pour saluer son acte (voir le clip).

Walter est vegan straight edge et a travaillé par la suite dans un sanctuaire pour animaux ; il vient de se faire arrêter pour au moins un incendie.

Le FBI considère que Walter est à l’origine de l’incendie d’une usine de peaux de moutons à Denver dans le Colorado (500.000 dollars de dégâts), mais aussi de l’usine de cuirs Tandy, dans l’Utah, et du restaurant Tiburon spécialisé dans le foie gras.

Walter a apparemment été dénoncé par une personne qui a informé le FBI de ses activités ; le FBI a ensuite monté une rencontre entre l’informateur et Walter, enregistrant la conversation afin d’obtenir des preuves.

Le FBI affirme avoir trouvé sur Walter lors de son arrestation le document « Declaration of War – Killing People to Save Animals and the Environment. »

Cela peut très bien être un montage de la police, mais Walter était connu pour ses opinions radicales et était en train de chercher à relancer le mouvement hardline (la véritable scène, pas les gens d’extrême-droite ayant volé le terme depuis quelques années en Russie).

Le document en question date justement du début des années 1990 et est un « classique » de la scène hardline et de celle autour de l’ALF ; il reflète le point de vue d’anciens activistes de l’ALF posant la question de la nécessité de la lutte armée.

Respecter tous les animaux ou bien saluer uniquement le loup comme symbole de domination?

La Terre d’abord est un site faisant la promotion du véganisme, de la libération animale!

Pensons-nous ainsi qu’il faille respecter tous les animaux? Y compris ceux qui nous apparaissent, en raison de préjugés, comme « inutiles », « répugnants », etc.?

Oui! Nous respectons tous les animaux, nous ne faisons pas de hiérarchie, nous ne faisons pas de sélection. Et nous élargissons notre compassion le plus possible aux végétaux.

Nous voulons une culture vegane, se fondant sur la compréhension de Gaïa!

Voilà pourquoi nous ne saurions évidemment être d’accord avec le mépris fondamental des autres animaux que le loup que l’on trouve sur un site se disant consacré au loup:

Pourquoi parler de ce site? Tout simplement parce que les gens de ce site nous ont laissé un mot sur le livre d’or:

Bravo pour votre défense du règne animal ! Salutations lupines. association Le Klan du Loup

Or, cette remarque est hypocrite. Il s’agit ici de faire « copain copain », mais en réalité nous savons bien qu’il s’agit d’un site d’extrême-droite, prônant une vision du monde élitiste, où le loup serait l’équivalent des « indo-européens » sur la planète terre…

L’association se veut évidemment neutre en façade, mais évidemment en creusant un peu tout cela est clair. Le logo de l’association est par exemple un blason avec un loup:

Il s’agit en fait du modèle de blason…. des divisons de la Waffen SS!

Le discours de l’association est d’ailleurs le même que les SS concernant le paganisme. L’association critique la vision du loup causée par les religions, et prône un retour en arrière à la culture païenne.

On a donc bien sûr un lien vers le principal site de diffusion en VPC de toute cette idéologie pagano-facho (geri-freki), et ce lien est à côté d’un autre logo de l’association: la rune « Wolfsangel. »

Or, cette rune – symbolisant pourtant une arme anti-loup, une sorte d’hameçon-, est un très grand standard de l’idéologie néo-nazie. Pourquoi cela?

Parce qu’elle a été utilisée par les nazis pendant leur domination (plusieurs divisions SS, la Hitlerjugend…), mais également à la fin de la guerre, comme symbole des brigades « werwolf » pratiquant la guérilla contre les forces alliées « envahissant » l’Allemagne!

Lorsque nous avons vu le commentaire de l’association, nous leur avons envoyé un e-mail pour leur expliquer qu’eux ne défendaient pas la libération animale, et qu’ils utilisaient des symboles nazies. Histoire de vérifier si nous nous trompions ou pas.

La réponse est significative:

Bonjour,

Nous pensions que nous avions à faire à des défenseurs de la Nature, désolé pour l’erreur.

L’argument Ecologistes=Nazis est une tactique vieille comme le monde. Jean Bonnard du Nouvellistes et la secte du Grand Charnier utilisent cette argument.

Nous pensions que les xXx étaient proches de la Nature, vous nous avez bien trompé avec votre site !

Vous venez de gagner 1 point Godwin…

Cette réponse est intéressante, car elle montre que les gens de cette association ont laissé un commentaire:

– sans connaître le véganisme, qui n’est même pas pris en compte;

– en ne sachant même pas que nous sommes pour la libération de la Terre et que nous nous revendiquons évidemment de l’écologie, et que donc nous ne considérons évidemment pas les écologistes comme des nazis;

– en nous considérant par contre surtout comme des straight edge, c’est tout ce qu’ils arrivent à remarquer.

Et justement, il est parlé du « point Goodwin. » Il s’agit d’une théorie fasciste visant à critiquer toute critique des fachos, en disant: « ceux qui critiquent de prétendus fachos sont les vrais fachos. »

Et qui parle du « point Goodwin »? Eh bien une personne d’extrême-droite qui postait sur le forum straight edge! Une personne qui travaille de concert avec le pseudo « hardline » (qui n’est pas hardline, et même pas vegan!)… qui met bien entendu en lien tout récemment… le site du klan du loup!

En fait, nous avions remarqué dès le départ que ce site « hardline » utilisait des loups comme symbole de sa démarche, sans pour autant mettre en avant l’association le Klan du loup, qui pourtant tenait le même discours élitiste sur « l’ordre naturel. »

On peut se douter que tous ces gens ont mené leur petite opération pas à pas… Tout en envoyant des mails de menaces et d’insultes (« vermine », « pouilleux », « gauchiste »…) à La Terre d’abord.

C’est intéressant: voilà une belle série de gens utilisant des symboles d’extrême-droite, faisant des liens avec des sites d’extrême-droite, lancée dans une grande manipulation aux dépens du loup.

Car le loup n’existe ici qu’en tant que figure de domination, de hiérarchie, de pouvoir, de force, etc.

Le site Le Klan du loup explique au sujet du loup:

Chasseur inné, rusé et puissant, il était en fait perçu comme un maître, qui montrait aux hommes les tactiques de chasse.

Rien à voir avec la libération animale, donc. Ni même avec l’écologie: ici, l’écologie dans sa version d’extrême-droite c’est un pseudo « ordre naturel » justifiant en fait la tyrannie et l’oppression!

Et on doit noter ici avec force d’ailleurs le détournement des revendications veganes!

En effet, le « non à la fourrure » devient…. « non à la fourrure du loup »! Et le symbole du poing et de la patte avec libération animale devient un poing et un loup, avec marqué « liberté pour le loup »…

Ces gens transforment un slogan de libération de TOUS les animaux à un slogan en faveur uniquement d’un animal en particulier, choisi car représentant l’élitisme…

Et on notera que cette association dispose malgré tout cela d’aides de l’État:

L’administration fiscale a reconnu cette semaine, l’association Le Klan du Loup comme étant une « association d’intérêt général ».

Ceci va nous permettre de recevoir des dons financiers qui seront, en partie, déductibles des impôts des donateurs/donatrices.

(…)

La direction régionale Centre-Auvergne des Autoroutes du Sud de la France (ASF) a contribué financièrement à ce que notre association puisse participer à la Journée du Loup le 13 septembre 2009 à Tannerre en Puisaye (89350).
Cette contribution financière (100€) nous a permis d’acheter une banderole et d’alléger, un peu, les frais de déplacement.

Ce qui montre bien comment cette association a bien réussi dans sa démarche. Et pourtant, et pourtant…. En cherchant un peu sur le site, on tombe sur une telle image:

Qui résume parfaitement toute l’idéologie de ces pagano-fachos.

Car le loup n’est pour eux qu’un prétexte pour mettre en avant l’idéologie d’extrême-droite de type païenne comme on la retrouve dans la SS. Le culte de la domination, de la mise à mort!

Voilà une chose que les personnes désirant vraiment la libération animal doivent savoir: certains animaux sont pris en otages.

Ils sont mis en avant pour les « défendre », mais sans nullement l’objectif de la libération animale!

Manifeste Hardline

Le film Soylent Green / Soleil Vert date de 1973 et pourtant soulevait déjà des problèmes qui aujourd’hui nous apparaissent comme cruciaux.

La science-fiction (ou plutôt les oeuvres « d’anticipation ») est très intéressante à ce niveau, surtout quand on pense à un film comme Silent Running (de 1972!), à Asimov avec son roman Terre et Fondation (1986!), ou bien entendu le roman Demain les chiens (1952!!) de Clifford Simak.

Mais il va de soi qu’il n’y a pas que par la science-fiction que les problèmes ont été soulevés. Voici donc comme exemple le « Manifeste Hardline », qui date de… 1990. Ce qui en fait un document traitant de la libération de la Terre et de véganisme il y a… 20 ans.

Ce Manifeste consistait en un tract, distribué avec le 45 tours de Vegan Reich intitulé « Hardline Straight Edge. »

Bien entendu, on pourra aisément voir les raccourcis dans un tel document, où l’on a l’impression que la bataille est celle d’un Soufi (mystique musulman) menant son djihad à la fois en lui et dans le monde. C’est d’ailleurs la conception que finira par avoir le mouvement Hardline, justement.

Et cette tendance religieuse allait de pair avec une refus de l’homosexualité, ainsi que le refus du droit à l’avortement.

Néanmoins, il est évident que lorsqu’on s’intéresse au véganisme et à la libération de la Terre, il faut connaître cette expérience, y compris avec toutes ses limites.

Car le véganisme n’est certainement pas né dans les années 2000 grâce à des universitaires; il a été porté par une frange de la jeunesse cherchant la rupture avec les valeurs dominantes, dans une perspective de libération totale!

Manifeste Hardline

Le moment est venu d’une idéologie et d’un mouvement à la fois physiquement et moralement assez fort pour se battre contre les forces du mal qui détruisent la terre (et toute vie sur elle).

Qui ne peut pas être acheté, ni égaré par la tentation. Un mouvement libre des vices agissant comme un sédatif sur l’esprit et affaiblissent le corps.

Une idéologie qui soit pure et juste, sans contradictions ou incohérences.

Qui juge toutes choses par une seule norme, et souligne la responsabilité personnelle et la fiabilité par-dessus tout.

Une vue d’ensemble sur la vie qui ne traite pas que de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur – comprenant qu’une entité physique de l’oppression comme le système capitaliste (où toute vie est considérée comme une ressource utilisable) est simplement une manifestation extérieure des valeurs déformées des gens qui dirigent les institutions contrôlant nos vies, influençant notre culture et détruisant la terre.

Il faut aussi reconnaître le défaut intrinsèque des causes traitant d’une seule question, où le concept de justice est toujours sélectif (avec chaque groupe d’intérêt particulier luttant pour les droits de ceux qui relèvent de leur intérêt propre, tout en négligeant ou, dans certains cas, s’opposant à ces droits pour les autres).

Et dépassant ces approches aboutissant aux échecs – devenir un système de pensée logique et un programme d’action incluant toutes les questions, pouvant et devant réussir.

Cette idéologie, ce mouvement, c’est la Hardline.

Un système de croyance, et un mode de vie, vivant suivant une éthique – que toute vie innocente est sacrée, et doit avoir le droit de vivre à son état naturel d’existence en paix, sans interférence.

Cette éthique unique assure que toute vie, depuis un foetus, ou un humain devenu adulte (noir, blanc, homme ou femme), jusqu’à un animal, ou son habitat, a des droits égaux qui sont garantis, avec la liberté pour tous et toutes, indépendamment des préjugés personnels d’une personne à leur encontre.

Selon les principes de l’idéologie hardline, tous doivent être autorisés à faire comme bon leur semble tant que leurs actions ne portent pas atteinte, en aucune façon, aux droits d’autrui.

Toute action qui porte atteinte à de tels droits ne doit pas être considérée comme un «droit» en soi, et donc ne doit pas être tolérée.

Ceux qui blessent ou détruisent la vie autour d’eux, ou créent une situation dans laquelle la vie ou la qualité de celle-ci est menacée ne sont dès lors plus considérés comme innocents, et, en retour, n’auront plus de droits.

Les personnes adhérant à la hardline respecteront ces principes dans la vie quotidienne.

Ils vivront en harmonie avec les lois de la nature, et ne les abandonneront pas pour le désir du plaisir – depuis les actes sexuels déviants et/ou l’avortement, jusqu’à l’usage de drogues de toute nature (et tous les autres cas où la vie autour est endommagée sous le prétexte de s’endommager soi-même).

Et, suivant avec la conviction que l’on ne doit pas porter atteinte à une vie innocente – aucun produit animal ne doit être consommé (que ce soit la chair, le lait ou oeufs).

Parallèlement à cette pureté de la vie quotidienne, la véritable personne Hardline doit s’efforcer de libérer le reste du monde de ses chaînes – sauver des vies dans certains cas, et dans d’autres, rendre la justice à ceux qui sont coupables en les détruisant.

C’est seulement avec cet engagement, et notre conviction – vivre une vie qui est en harmonie avec nos objectifs annoncés et nos croyances, nous renforçant par la pureté de corps et d’esprit, tout en s’opposant activement à ceux qui se sont rendus coupables de détruire le monde avec leurs pensées, actions et pollution toxiques – que nous pourrons obtenir la victoire dans la lutte.

Sang Vert, de Raid

A côté des Californiens de Vegan Reich, la scène Hardline a eu deux autres groupes de musique principaux: RAID de Memphis aux USA ainsi que Statement, un groupe d’Angleterre. Voici le texte d’une chanson de RAID, intitulée « Blood Green » (Sang Vert), le texte étant également archivé ici.

Pour la petite histoire anecdotique mais marrante au sujet des hardline, le batteur Andy Hurley a joué dans Vegan Reich avant de rejoindre Fall Out Boy. Il est toujours vegan straight edge, mais se dit désormais également « anarcho-primitiviste ». Quand on lui a fait remarqué que, quand même, Fall out boy avait vendu 12 millions de disques et que donc c’était assez éloigné d’une négation de la société, il a répondu qu’il faisait simplement cela pour gagner sa vie.

born into an age of anthropocentricity. where nature is considered an evil, a wild that must be tamed.
Né à un âge d’anthropocentrisme, où la nature est considérée comme le mal, une sauvagerie qui doit être soumise.

humanity is now a plague, a cancer to the ecosystem.stop the machine; society, before we reach total annihilation. BLOOD GREEN. BLOOD GREEN.
L’humanité est maintenant une plaie, un cancer pour l’écosystème. Stoppons la machine, la société, avant d’en arriver à l’anéantissement total. SANG VERT. SANG VERT.

Burn it down. ecotage for self defense, nature is our home that we must defend. man and earth are one. this is the final truth for global salvation.
Mets y le feu. L’écotage pour l’auto-défense, la nature est notre foyer que nous devons défendre. L’homme et la terre ne sont qu’un. C’est la vérité finale pour le sauvetage global.

This is a call to arms for those who put nature above themselves. 4 1/2 billion years of earth is on the verge of extinction. BLOOD GREEN. BLOOD GREEN.
Ceci est un appel aux armes pour ceux qui mettent la nature au-dessus d’eux. 4 milliards et demi d’années de la planète sont à la limite de la destruction. SANG VERT. SANG VERT.

Burn it Down. destroy the poison of technology that is killing the land. this is your ultimatum and you better heed our demand
Mets y le feu. Détruis le poison de la technologie qui tue la campagne. C’est votre ultimatum et il vaut mieux pour vous tenir compte nos exigences.

Frise historique écologie/véganisme

Voici donc une frise présentant les principaux faits marquant dans l’élaboration de la conception écologiste, de la conception végane, les deux étant bien entendu liées. Cette frise est également en ligne ici et sera améliorée au fur et à mesure!

1824: Fondation en Angleterre de la Société pour la Prévention de la Cruauté contre les animaux.

1847: Fondation en Angleterre de la Société Végétarienne, naissance du mot « végétarien. »

1889
: Publication en Angleterre des « Nouvelles de nulle part » de William Morris.

1903-1910: série d’affrontements à Londres opposant médecins et étudiants en médecine d’un côté, syndicalistes, féministes et opposants aux tests sur les animaux de l’autre.

1926: Publication en Union Soviétique de l’ouvrage « Biosphère » de Vladimir Vernadsky.

1944: Fondation en Angleterre de la Vegan Society, naissance du mot « vegan. »

1964: Fondation en Angleterre de l’Association des Saboteurs de la Chasse.

1972: Fondation aux USA de Move, organisation afro-américaine écologiste radicale.

1972: La Chine populaire annonce que les communes populaires doivent pratiquer l’utilisation intégrale des matériaux afin d’éliminer les déchets en les revalorisant.

1974: en Inde, les femmes du mouvement Chipko protègent les arbres pour empêcher leur abattage.

1975: Parution aux USA de « La libération animale » de Peter Singer, ainsi que du roman « La gang de la clef à molette » d’Edward Abbey.

1976: Fondation en Angleterre du Front de Libération des animaux, structure décentralisée pratiquant des actions illégales.

1979: publication aux USA de « The Quest for Gaia » qui résume les thèses de James Lovelock et Lynn Margulis.

1980: Fondation aux USA de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), ainsi que d’Earth First!

1982: Fondation en Angleterre de l’Animal Rights Militia, structure décentralisée pratiquant des actions illégales.

1983: Sortie aux USA du film Koyaanisqatsi.

1988: Sortie de l’album « We’re Not in This Alone » du groupe Youth of Today, avec notamment la chanson « No more. »

1990: Sortie aux USA du maxi 45 tours du groupe punk « Vegan Reich » intitulé « Hardline » ; début du mouvement hardline, prônant un mode de vie vegan straight edge, le respect de toute vie et la violence pour défendre celle-ci.

1990: Fondation en Angleterre d’une section d’Earth First!

1993: Fondation en Angleterre du Justice Department, structure décentralisée pratiquant des actions illégales.

1993: Sortie de l’album « Firestorm » (avec notamment la chanson éponyme) du groupe Earth Crisis, expression de la culture nord-américaine vegan straight edge radical.

1995: Congrès du mouvement autonome allemand à Berlin. Tentative (qui échoue) de faire passer le mouvement du principe de la « triple oppression » (capitalisme, sexisme, racisme) à celui de « Unity of Oppression » (Unité des oppressions, en intégrant l’exploitation animale).

1996: Fondation aux USA du Front de Libération de la Terre, structure décentralisée pratiquant des actions illégales.

1996: aux USA Gary Francione critique Peter Singer, la ligne « welfariste » du mouvement pour les animaux et prône « l’abolitionnisme. »

1997: Sortie de l’album « The Shape of Punk to Come » du groupe Refused, expression de la vague vegan straight edge en Suède à partir de la ville d’Umeå.

1998: Quasi fin du mouvement hardline, les derniers groupes assument un « Islam révolutionnaire. »

1999: Un groupe marxiste (conseilliste) anglais publie « Beasts of Burden: Capitalism, Animals & Communism » et prône l’intégration au marxisme de la libération animale.

1999: Fondation en Angleterre de SHAC (Stop Huntingdon Animal Cruelty), campagne de harcèlement des personnes et sociétés liées au laboratoire Huntingdon Life Sciences.

2000: première publication aux USA de la revue Green Anarchy.

2002: à sa convocation par une commission du Congrès aux USA, Craig Rosebraugh porte-parole de l’office de presse de l’ELF refuse de répondre à 54 questions sur 56 et accuse le gouvernement US d’être « l’une des plus horribles organisations terroristes de l’histoire planétaire. »

2009: aux USA Steven Best critique Francione et prône la ligne de la libération animale et de la libération de la Terre, en alliance avec d’autres forces révolutionnaires.

Le mouvement Hardline

Nous avions parlé récemment de fachos tentant de s’approprier en France le terme de « hardline » et avions alors présenté de manière sommaire ce qu’était le mouvement hardline. En voici ici une présentation plus complète (également présente dans la catégorie culture de nos archives).

Avec le développement de la scène straight edge durant les années 1980, puis l’intégration du véganisme dans les principes, il y a eu un grand besoin au tout début des années 1990 d’englober tout cela dans un système de pensée cohérent.

L’une de ces tentatives a été la scène « Hardline », qui a en fait surtout consisté en une sensibilité plus qu’un courant organisé, même s’il existe des principes très stricts définissant le mode de vie Hardline. Ces principes ont été la source de très nombreuses polémiques, tant menées correctement que provoquées par des rumeurs sans fin concernant les Hardline.

Les principes Hardline proviennent d’un manifeste, publié parallèlement à un maxi de 4 chansons du groupe Vegan Reich, en 1990. Le choix provocateur du nom a grandement desservi les idées de ce groupe, qui se situe en fait dans la tradition punk provocatrice: il s’agit d’une réponse à l’attitude très négative que recevaient les vegans à ce moment là.

Au tout début des années 1990, les vegans subissaient un grand ostracisme, et cela même au sein d’une scène punk comme en Californie. Le choix du nom est une réponse provocatrice à la manière de les voir, sur un mode punk. Musicalement, il s’agit d’ailleurs de musique punk, influencé grandement toutefois par Iron Maiden et le heavy metal.

Le discours de Vegan Reich se situe donc dans la tradition contestataire et provocatrice de l’anarcho-punk européen, mais toutefois avec une perspective positive, visant la construction, typique de l’esprit straight edge californien. On retrouve ainsi la tentative de construire une ligne révolutionnaire radicale concernant la libération animale.

« La production de viande et de lait torture, tue, pour aucune raison vous répandez leur sang pour votre ego et votre goût.
Belsen, Auschwitz, Dachau, les similitudess sont effrayantes. Une mentalité de race dominante, la liberté pour ceux qui seraient supérieurs.
Votre société morale et civilisée est construite sur la brutalité et la cruauté.

Là où la normalité est folie et le fait d’être sain d’esprit une idéologie extrême,
comme la Résistance à l’Allemagne nazie, nous n’obéirons pas aux lois de la barbarie.

(…) Coupable de meurtre, vous ferez face à la nouvelle loi! »

(Chanson « The way it is« )

Le Hardline considère donc que la lutte armée est justifiée pour la défense des animaux, et même que cette défense doit s’élargir: la lutte est pour « la défense du futur de la terre et toutes les forme de vie, [et] tout est justifié contre tous ceux qui s’y opposent ».

Et cette lutte est vue comme forcément liée à la lutte contre toutes les autres formes d’oppression: Vegan Reich est un groupe d’extrême-gauche, issu de la scène punk californienne (certains membres du groupe « Fall out boy » viennent même de Vegan Reich).

Mais la situation fut vite intenable pour Vegan Reich, en raison des projections faites sur le groupe, dont la réputation traversa vite tous les USA et atteignit également l’Europe, provoquant incompréhension, scandale, annulation de concerts.

A cela s’ajouta trois problèmes essentiels: tout d’abord, au nom de la défense de toute vie, le hardline considérait que l’avortement était à éviter. Dans un pays comme les USA, cela fut vite assimilé à une position « prolife » typique de l’extrême-droite.

Ensuite, la vie étant naturelle, le hardline mit en avant le principe de « l’ordre naturel », et au nom de cela rejetait l’homosexualité. Cette position homophobe et l’ambiguïté concernant le droit à l’avortement fit qu’en Europe des groupes d’extrême-droite commencèrent à s’intéresser à Vegan Reich, qui se saborda alors.

Mais le hardline en tant que principe continua à se développer, avec une tentative d’organisation. Celle-ci se déroula au même moment que le développement de la scène krishnacore, lancée par des groupes comme Shelter et 108. Les personnes se définissant comme Hardline rejetaient foncièrement le krishnacore, en raison de leur végétarisme (au lieu du véganisme) et de leur rejet de la question social-révolutionnaire.

Le principal média des hardline était alors la revue « Vanguard » (Avant-Garde), lancée par le principal activiste et membre de Vegan Reich, Sean Muttaqi. Le slogan sur le numéro 1 de la revue était « On the frontline for Earth liberation » ( « Sur la ligne de front pour la libération de la Terre »).

Pourtant, les hardlines cherchaient eux aussi une manière de résoudre la question sociale, et une division eut alors lieu en leur sein, en 1998.

Après le départ de Sean Muttaqi en 1992, David Agranoff était devenu le principal « dirigeant » du mouvement et avait ancré le hardline dans l’activisme d’extrême-gauche, avec une participation à d’autres structures, comme Earth first, et sa tendance devint « Education For A Sustainable Future » (Education pour un futur durable), définitivement ancrée dans le camp progressiste.

L’autre tendance Hardline, la seule à conserver le nom à côté d’autres petits groupes, suivit Sean Muttaqi, alors de retour, après avoir été influencé par le mystique musulman Bawa Muhaiyaddeen, et s’être davantage tourné vers le Reggae et le Hip Hop.

Une partie de la scène Hardline s’orienta alors de manière idéaliste vers une sorte d’Islam interprété de manière anticapitaliste. Etre Hardline fut alors lié au fait de reconnaître un « ordre naturel » fondé par Allah, Dieu d’un Islam rejetant fondamentalement (selon eux) toute exploitation et toute oppression.

La revue « Vanguard » cessa alors d’exister, au profit d’Ahl-i Allah (« Le peuple d’Allah ») puis de Taliyah al-Mahdi. L’objectif était la pratique d’une sorte d’Islam vegan influencé par la culture rastafari. La scène Hardline explosa alors de nouveau, entre les partisans de l’affirmation uniquement de l’Islam, et des groupes éparpillés tentant de maintenir une identité Hardline (les Hardline chapters – chapitres hardline).

Le label Path of Perfection (voir leur interview ici) ne se définit plus que comme musulman, avec une grande influence de Malcolm X, tout en affirmant des valeurs d’extrême-gauche (lutte contre le racisme, l’impérialisme, l’oppression des femmes, l’exploitation des animaux, etc.).

Sean Muttaqi ne se définit pareillement plus que comme musulman, tout en étant en pratique toujours vegan et straight edge. S’il prône toujours la spiritualité musulmane, il est en accord avec la violence en faveur des animaux et ici aussi des valeurs progressistes (le refus de toute oppression et exploitation, et on notera qu’il réfute l’antisémitisme, prône la légalisation de la Marijuana, etc.).

Comme on le voit, la scène Hardline a toujours été un microcosme, et il y a eu énormément de fantasmes à son sujet. La méconnaissance au sujet de ses options politiques a longtemps permis à des gens de la scène straight edge de rejeter les vegans straight edge, comme quoi cela reviendrait au « Hardline », etc.

Être hardline serait ici être intolérant, brutal, sectaire, bizarre, dangereux, etc.

Alors qu’en réalité, la scène hardline est une particularité nord-américaine, et consiste en des vegan straight edge cherchant une option révolutionnaire, et qui ont été influencés par les mouvements sociaux-révolutionnaires afro-américains marqués par la spiritualité: Malcolm X, mais aussi MOVE (dont a fait partie Mumia Abu-Jamal).

Ceux et celles qui ont refusé cette option religieuse, ou plutôt mystique, faisant référence quant à eux / elles au Weather Underground, la guérilla anti-impérialiste des USA des années 1970.

Les fachos tentent l’OPA sur des valeurs inassumables pour eux / Hardline?

Un ami straight edge nous a parlé d’un forum francophone straight edge. Il vaut le coup d’oeil, même s’il faut noter qu’à l’opposé de nous, il n’associe pas obligatoirement veganisme et straight edgisme, et que sa philosophie consiste surtout en une « voie du milieu », une attitude mesurée, une distance par rapport aux choses, etc.

Bref, ce forum n’est pas pour la libération animale et la libération de la Terre, et se contente de parler de la culture straight edge telle qu’elle existait dans les années 1980.

En tout cas, ce n’est pas pour autant qu’il s’agirait de personnes naïves ou qui n’auraient rien à dire, loin de là. Ainsi lorsqu’un facho a tenté de faire de l’entrisme, c’est tout naturellement qu’il s’est fait refoulé (voir ici les pages du topic).

Le facho en question a adopté une tactique très « efficace »: se la jouer ni droite ni gauche ni centre, ne pas aborder les sujets qui fâchent (racisme…) tout en concentrant l’attention sur des idéaux (la « pureté », le refus des drogues). Sauf que, évidemment, le facho en question finit immanquablement par se lâcher sur l’homophobie, le sexisme, le mépris des gens en général et des personnes droguées en particulier…

De manière très révélatrice aussi, le facho qui fait un blog visible en ligne ici (le lien est anonymisé) met en avant des logos (comme « action hardlines autonomes ») « empruntés » à l’action antifasciste, comme aux « nationalistes autonomes » qui dans les pays d’Europe centrale justement volent les logos antifas pour… promouvoir le fascisme.

Dans l’idée, c’est un peu le même principe que le site espagnol PECTA (lien anonymisé), les « patriotes animalistes » (sic!).

Bien évidemment ces gens ne sont pas vegans; le véganisme est inassumable par les fafs, à part pour une toute petite poignée d’illuminés bien souvent « nationaux-révolutionnaires » (d’où d’ailleurs les tendances de ceux-ci, par opportunisme car un faf reste un faf, à prôner non pas la libération animale, mais une fédération animaliste, une plate-forme généraliste non radicale, etc.).

Summum du n’importe quoi, le facho en question se dit.. hardline! Ce qui est aberrant car le mouvement Hardline était une tendance des débuts de la scène vegan, et le facho en question n’est bien entendu pas vegan!

En fait il ne fait qu’utiliser à son compte le terme de « hardline »tout comme les fachos russes qui se prétendent « straight edge »!

Rappelons à ce titre ce qu’est ou plutôt ce qu’a été le mouvement hardline.

1. Il est issu des gens du groupe de musique « vegan reich » qui malgré son nom provocateur était plus ou moins d’extrême-gauche, et prônait l’hégémonie de la culture vegane par l’utilisation de la violence.

2. Ce groupe fondé en 1987, qui jouait une sorte de hardcore/metal à la iron maiden, a tenté d’élaborer un système de pensée pour justifier sa démarche. Il a alors assumé une sorte d’Islam plus ou moins mystique.

3. S’en est suivi une sorte de mouvement hardline, dont on peut trouver un historique ici en anglais. Plutôt qu’un mouvement il faudrait parler de sensibilité, car les hardlines n’ont jamais été vraiment nombreux, mais leur posture « radicale » en a fait un serpent de mer dans la scène vegan et straight edge.

4. Les valeurs du mouvement hardline étaient les suivantes: reconnaissance des « lois naturelles » comme étant celles données par Allah (soit une sorte d’islamisme mystique), refus de toute domination (capitalisme, spécisme, racisme, sexisme), mise en avant de la violence (jusqu’à la liquidation physique) comme stratégie. Avec deux points par contre ayant fait que le mouvement a été clairement refusé et a échoué: tout d’abord le refus absolu de l’avortement, ensuite celui tout aussi catégorique de l’homosexualité (dans les deux cas au nom de la nature).

Le label et distro « Path of Perfection » (voir notre interview ici), qui mixe positions d’extrême-gauche et Islam réinterprété, est en quelque sorte un courant post hardline.

Car les hardlines, en tant que mouvement, n’existent plus vraiment, à part quelques personnes et groupes (politiques ou de musique) que l’on retrouve sur Myspace. Les hardlines ne sont plus une actualité depuis longtemps! Sans doute au moins une quinzaine d’années!

Mais quand une personne straight edge ne veut pas assumer le veganisme et tout ce qui s’en suit quand on est vegan straight edge, elle dit: « je ne suis pas hardline. » Ainsi, aux yeux des straight edge refusant le veganisme, la Terre d’abord est un site « presque » Hardline. Ce qui ne veut rien dire, mais permet de « justifier » sa distanciation…

Interview de Path of Perfection

Le mouvement Hardline est un serpent de mer de la culture Vegan Straight Edge. Il s’agit en fait de gens qui ont quitté la scène Vegan Straight Edge durant les années 1990, pour créer leur propre mouvement, le Hardline tout d’abord, puis une nouvelle définition, le terme de Hardline n’étant plus vraiment assumé.

Ce qu’on appelle Hardline conserve les principes Vegan Straight Edge mais y associe deux élements: tout d’abord, la politique, avec une culture qui est celle de l’extrême-gauche américaine armée (Weather Underground, Black Liberation Army…).

Ensuite, la religion: l’Islam, dans une optique très… Gaïa; selon les partisans de ce style de vie puisque Dieu a créé chaque être vivant, alors il faut justement respecter chaque être vivant.

Evidemment, c’est ici en fait le chemin inverse qu’on a: ne trouvant pas d’idéologie adéquate, ce mouvement a pioché et synthétisé le tout. Ce qui donne parfois lieu à des bricolages: comment par exemple justifier les sacrifices d’animaux de l’Islam? La défense de toute vie innocente a également amené le mouvement hardline puis « post hardline » à s’opposer au droit des femmes à l’avortement, tout en prônant pourtant de l’autre côté une éthique anti-capitaliste, anti-raciste, anti-sexiste, anti-spéciste.

Voici donc une interview de Path of Perfection, qui est le principal label et la distro de ce mouvement, qui agrège des sympathisants principalement aux USA, en Amérique latine et en Russie.

L’interview est sans aucun doute un peu fastidieuse, en raison des tournures d’esprit très religieux. Mais le mouvement hardline est en tout cas la preuve d’une exigence: celle de lutter pour Gaïa!