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Le pourquoi des feux de forêts en Russie

Nous avions parlé de la bataille pour la forêt de Khimki, mais pas des incendies en Russie, parce que nous voulions attendre d’en savoir davantage.

Voici en fait le cheminement qui a abouti à ces incendies. Lors de l’implosion de l’URSS, les forestiers ont été livrés à eux-mêmes et ont commencé à vendre le bois qu’ils géraient.

En fait, dès 1990… les forêts russes étaient livrées à elles-mêmes, sauf en ce qui concerne l’exploitation.

Encore plus fort : dix ans après, en 2000… c’est carrément le ministère de l’environnement qui a été supprimé !

Puis, toujours dans la même logique totalement folle (mais cohérente en termes de profits), en 2004 c’est le ministère des ressources naturelles qui a avalé l’agence fédérale de la forêt qui restait.

Puis en 2006, le parlement a voté très rapidement une nouvelle loi, liquidant l’existence des 70 000 gardes-forestiers…

Que s’est-il alors passé ? En fait, chaque région est plus ou moins autonome et évidemment corrompue. Les potentats locaux, semi-capitalistes traditionnels semi-mafieux, ont commencé à taillader dans les forêts pour construire des lotissements ou bien y placer des industries.

La conséquence est facile à comprendre. Avec les températures anormalement élevées, autour de 35°-40° – pensons au réchauffement climatique -, avec les promoteurs payant des pyromanes (quelques uns ont été arrếtés… il y a de quoi donner naissance à un gigantesque incendie.

C’est ce à quoi on assiste. Il faut savoir par exemple que des villages entiers ont brûlé, 50 personnes sont mortes…

Qu’une base de l’aviation de la marine dans la région de Moscou a été anéantie par les flammes…

Qu’une centrale nucléaire est menacée : celle de Sarov dans la région de Nijni Novgorod (les matières fissiles et explosives ont été évacuées en urgence)…

Que la ville de Moscou est totalement enfumée…

Que 15 parcs nationaux sont la proie des flammes !

En tout, 200.000 hectares de forêts ont déjà brûlés !

Le nombre d’incendies est au total de… 589 !

Ajoutons à cela que l’été 2010 devrait battre tous les records de chaleur depuis l’ouverture des registres il y a 130 ans… Nous avions parlé de cela.

Voilà donc à quoi ressemble notre monde : le profit amène le chaos, et continue tout de même son entreprise de destruction, comme si de rien n’était.

Il serait ainsi ridicule de penser que la France est à l’abri car étant plus centralisé et plus riche : d’abord il ne s’agit pas que de la France mais du monde. Toute vue chauvine ou simplement nationale est ici honteuse.

Ensuite, c’est le même profit qui domine, même si de manière plus « moderne. »

Dans tous les cas, la bataille pour la libération de la Terre est une urgence!

Isère: un Center Parcs aux dépens de 200 hectares?!

Parmi les nombreux assassinats de notre planète, il y a les pseudos éco-tourisme. Un phénomène évidemment largement répandu en France – que l’on pense aux montagnes bétonnées pour que notamment les riches parisiens aillent skier.

Voilà pourquoi est hautement symbolique le projet de Center Parcs en Isère et l’opposition à ce projet, qui doit se généraliser!

Car ce projet, qui se situe dans la zone de Roybon, une commune d’un peu plus de 1.200 personnes, passe par la destruction de bois des Avenières. Gaïa doit perdre du terrain, au profit de la colonisation par le profit!

Center Parcs est en effet une entreprise organisant des “séjours” dans la nature, en fait une zone aménagée, avec par exemple, dans le projet en Isère, un lac artificiel chauffé à 29°C toute l’année…

Cette entreprise appartient à Pierre & Vacances, qui propose en tout 48 800 appartements et maisons (d’où le nom: “pierre” pour la pierre, la propriété, la location, et les “vacances”) et est le leader européen du secteur des résidences de tourisme.

Un mouvement d’opposition au projet s’est développé, son site étant: chambarans.unblog.fr.

Voici un article tiré de ce site et présentant la situation:

Center Parcs : la nature mise au service de la spéculation immobilière

Roybon, ses 1283 habitants, son bois communal des Avenières dans la forêt des Chambarans. Fin 2007, Marcel Bachasson, maire de Roybon annonce triomphalement l’installation d’un Center Parcs dans sa commune.

Sur 200 hectares, Pierre & Vacances construira plus de 1000 bungalows de 60 à 80 m2, une immense bulle chauffée toute l’année à 29°C avec piscine et équipements ludiques et un dôme où s’entasseront boutiques et restaurants, bref une ville de 5000 habitants au coeur du bois des Avenières. Des bombages et deux, trois banderoles « Non au Center Parcs » apparaissent rapidement au bord des routes.

Puis quelques opposants au Center Parcs distribuent des textes aux habitants de Roybon et environs, créent un blog(1) et questionnent en tout sens l’installation du parc de loisirs. Pourquoi un bois communal est-il privatisé pour l’intérêt de quelques-uns ? Que signifie passer des vacances dans un camp fermé ?

Pourquoi au nom du développement durable, soit-disant attentif à l’environnement, aseptise-t-on la nature ? Ces quelques opposants mettent sur leur blog une importante documentation trouvée sur internet, dans les journaux et bouquins où l’on apprend, entre autres, les dessous financiers du projet, soit comment l’argent public est utilisé pour des intérêts privés.

LES FINANCES PUBLIQUES VIENNENT À L’AIDE DE L’IMMOBILIER

Pierre & Vacances voulait installer son 5ème Center Parcs français dans la région Rhône-Alpes. Après hésitation, c’est finalement l’Isère qui est choisie. André Vallini président du Conseil général de l’Isère explique: « Nous étions en concurrence avec la Drôme et la Saône et Loire qui n’ont pas eu les moyens de subventionner la structures à notre hauteur ».

L’Isère a mis sur la table des négociations 15 millions d’euros, répartis entre la modernisation des réseaux d’eau et d’assainissement ce qui permettra au village vacances Center Parcs d’être raccordé (8 millions d’euros) et l’aide aux investisseurs en résidence de tourisme (7 millions d’euros). Cette dernière décision a provoqué des remous parmi les conseillers généraux isérois qui n’ont pas tous apprécié de soutenir des investisseurs fonciers privés.

Les conseillers généraux font l’impasse sur le financement d’un contournement routier qui devrait être construit spécialement pour la venue du Center Parcs. Le conseil municipal de Roybon a alors pris la maîtrise d’œuvre des travaux, pour la bagatelle de 4,5 millions d’euros, un investissement plutôt conséquent pour une petite commune.

D’autres collectivités publiques, comme la Communauté de Communes du Pays de Chambaran, mettent la main à la poche. La région Rhône-Alpes finance elle aussi ce projet.

Sept millions iront à l’insertion et la formation professionnelles de personnes peu qualifiées – soit en pratique pour des emplois aidés et des formations en cuisine et service -, à la maîtrise des impacts  environnementaux – pour mieux surfer sur la vague du développement durable et permettre la gestion des 1600 tonnes de déchets prévus, le soutien à la structuration de la filière bois -et oui, les bungalows du Center Parcs seront en bois!- et la promotion du tourisme local et régional. Après 40 ans de pratique, la société Pierre & Vacances sait comment soutirer les financements publics.

Il se murmure même dans les couloirs de l’Assemblée nationale que plusieurs amendements permettant la défiscalisation des biens immobiliers et autres déductions fiscales sont surnommés amendements Brémond, du nom du fondateur de Pierre & Vacances.

LES OFFRES D’EMPLOI À LA RESCOUSSE

L’attractivité du futur village vacances semble telle que les problèmes se dissolvent au fur et à mesure de leur apparition. Les ingénieurs découvrent que le bois est en zone humide au sol instable ? Pas grave, les bungalows pourraient être construits sur pilotis. Un grain d’exotisme cela ne fait pas de mal au marketing… Plus sérieusement, des mesures contraignantes devront être prises.

Enthousiaste, l’association écologique Frapna propose d’appliquer une méthodologie innovante, expérimentée en région PACA, pour garantir une définition et un contrôle de ces mesures contraignantes de façon optimale. C’est pas beau comme l’association marche main dans la main avec Center Parcs.

Espèrent-ils recueillir 200 000€ de Pierre & Vacances, comme leurs amis du WWF ?

Au-delà de la faisabilité des habitations de ce lotissement résidentiel, se pose le problème de l’utilisation de l’espace. Le bois des Avenières, où doit se construire le village, est communal. Les chasseurs qui y ont un droit de chasse pourraient s’énerver. Qu’à cela ne tienne, la mairie de Roybon leur trouve un nouveau terrain.

Et les terres vendues à Pierre & Vacances au prix du terrain agricole (30 centimes le m2) deviennent constructibles par la grâce d’une légère modification du PLU (plan local d’urbanisme) et du Schéma directeur. Mais cela ne semble rien pour la commune au vu des 700 emplois attendus. Pierre & Vacances ne choisit en effet pas son futur terrain commercial en fonction de la seule beauté des sites.

Il jette son dévolu sur des zones à fort taux de chômage, notamment les régions classées en Zones de revitalisation rurale, source d’avantages financiers, où il peut proposer comme une manne inespérée 700 emplois. Des jobs principalement dans le secteur du nettoyage, mais aussi des bars et points restauration, des activités de loisirs, encore une soixantaine dans l’administration et la sécurité, et une autre poignée dans les commerces et la maintenance.

Toutefois, les 700 emplois prévus correspondent en fait à 460 emplois équivalent temps plein, avec des propositions de CDI … à 9 heures par semaine. Ailleurs en France, des employés du Center Parcs et des « naufragés de la bulle »(2) manifestent et lancent des cris de détresse contre des salaires qui plafonnent sous le SMIC et des licenciements en cascade.

« Compression d’effectifs, toujours plus de rendement ! Nous faisons des bénéfices en France et pourtant Pierre & Vacances devenu 100 % actionnaire de Center Parcs est en train d’étouffer ce dernier et renvoie nos emplois en Hollande qui eux sont déficitaires. Certaines personnes concernées sont déjà fragilisées par leur vie personnelle et nous nous sentons isolés.

Faudra-t-il faire la Une des journaux avec « Premier suicide chez Center parcs » pour que cette course infernale, lancée par des financiers peu intéressés du sort de ces salariés qu’ils jettent à la rue avec des indemnités dérisoires, alors qu’eux seront grassement récompensés par une prime d’objectif atteint ? ».

Le président du Conseil général de l’Isère a d’ailleurs été interpellé par un syndicat au sujet des problèmes récurrents d’emplois dans cette usine à loisirs.

Mais, lui pense peut-être comme le président de Pierre & Vacances, Gérard Brémond, qu’en France « aujourd’hui, 20% du territoire hexagonal accueille 80% des touristes. Ce qui veut dire qu’il y a un or vert : l’intérieur du territoire offre des potentialités énormes.». Et ils ne vont pas se gêner pour l’exploiter.

(1) http://chambarans.unblog.fr
(2) Des salariés de Center Parcs visés par une procédure de licenciements économiques collectifs (certains ont plus de 20 ans d’ancienneté) ont écrit aux maires, à leur député et aux journaux locaux.