• "Une amende forfaitaire en cas d’usage de stupéfiant"

Le débat aux USA sur le queer et la transsexualité

Il y a une semaine, le week-end dernier plus précisément, des écologistes radicaux de « Deep Green Resistance » (DGR) ont été attaqué par un groupe de « queers » lors d’un festival dans la ville américaine de Portland.

Rien de bien méchant à part des insultes et des livres abîmés au marker au départ, puis des quolibets et enfin des menaces de mort et d’agressions physiques, notamment contre des femmes militantes à DGR.

Naturellement, cela a amené des réactions de part et d’autres, car DGR est une organisation assez décriée pour de multiples raisons, même si finalement cela fait partie des questions qui concernent les gens aux Etats-Unis, dans la scène écologiste radicale.

Pour ceux et celles ne connaissant pas, DGR est une organisation écologiste radicale d’orientation primitiviste, mais hiérarchisée, et tentant de promouvoir une opinion publique en faveur d’un changement radical, pour ne pas dire violent.

L’une des principales personnes de DGR est Lierre Keith, très violemment anti-vegan; après l’avoir été elle-même, elle considère que le véganisme est anti-écologiste car exigeant une agriculture de masse: DGR est pour un retour à une très petite population de personnes pratiquant la chasse et la cueillette (bref, c’est du primitivisme).

Ce qui nous concerne directement ici, c’est par contre la question en arrière-plan. Les personnes du groupe queer ont en effet attaqué les gens de DGR en les accusant de « transphobie. »

En fait, il y a une énorme scission en train se créer aux Etats-Unis au sein du féminisme radical, et de ce fait dans l’écologie radicale.

D’un côté, il y a donc les queer qui rejettent le principe du « genre », les définitions d’homme et de femme. Contrairement à ce que beaucoup pensent en France, la théorie du « queer » ne remet pas en cause la manière d’être homme ou femme, mais le fait même d’être homme ou femme.

Il ne s’agit pas que d’une critique des manières d’être, comme nous (ou d’autres) pourrions le faire, mais d’une négation des définitions mêmes de la notion d’homme et de femme.

De l’autre côté, il y a ceux et celles s’opposant à la théorie du queer, pour deux raisons différentes :

a) il y a les « essentialistes », qui acceptent bien entendu la remise en cause des « traditions » du partriarcat, mais refusent de nier qu’il y ait des hommes et des femmes ;

b) il y a les féministes radicales qui considèrent que le transsexualisme est une démarche ultra-individualiste consistant finalement à « contourner » le patriarcat (un peu comme si une personne pauvre pourrait prétendre en fait être une personne riche coincée dans le corps d’une personne pauvre).

Comme on le voit, ce sont trois positions très différentes, fondées sur des visions du monde différentes, voire opposées ou même antagoniques.

Le queer est pour supprimer toute définition d’homme et de femme alors que le féminisme radical et l’essentialisme considèrent que les définitions existent et qu’il faut viser le patriarcat (et non « l’hétéro-normativité »).

On comprend que les positions finissent ici par être antagoniques, alors que la différence entre le féminisme radical et l’essentialisme est philosophique, ce sont des conceptions opposées mais pas antagoniques.

Il ne faut pas sous-estimer les conflits qu’il y a ici ; les féministes radicales et les queers mènent une bataille idéologique ultra-violente en ce moment.

Les féministes radicales (les « radfem ») considèrent qu’un transsexuel reste un homme et considèrent la théorie du queer comme violemment anti-féministe.

Les lesbiennes radicales, contrairement à ce qui s’est bien souvent passé en France par ailleurs, sont très violemment opposées au queer.

Inversement, les queers considèrent par contre les « radfem » comme transphobiques et réactionnaires.

Quel rapport avec l’écologie radicale ? Naturellement la question de la Nature elle-même. Il y a tout le débat sur la question de la libération de la Terre qui est en jeu.

Soit les personnes transsexuelles sont un produit « post-moderne » de l’ultra-libéralisme, car la Nature produit des êtres vivants « entiers », sans séparation entre le corps et l’esprit. C’est notre position, par exemple.

Soit les personnes transsexuelles sont une minorité naturelle, qui a toujours existé, par exemple dans les communautés indigènes de par le monde. C’est la position du collectif du journal d’Earth First ! aux États-Unis, par exemple.

Encore une fois, il ne faut pas sous-estimer les très violents conflits sur cette question, qui vont faire d’ailleurs que l’extrême-gauche américaine va forcément s’effondrer, ou plutôt est déjà en train de s’effondrer sur cette question.

Bien évidemment, ce débat se reportera en France. Mais expliquons ici notre point de vue en quelques points :

a) il est évident que le capitalisme impose par en haut des attitudes et des traditions selon qu’on soit un homme ou une femme. Qu’il faille remettre cela en cause est bien sûr une évidence.

Mais de notre expérience avec les gens prônant des conceptions du « queer », nous avons bien constaté qu’il y avait une négation complète de la Nature, comme si les corps flottaient au-dessus de la réalité matérielle, n’existant que dans les définitions de la société.

Plus des gens allaient dans les théories du queer, plus ils s’éloignaient du véganisme, et encore plus des animaux et de la reconnaissance de la Nature.

Précisons bien ici que nous ne parlons pas forcément de gens alternatifs se disant queer par refus des valeurs patriarcales, mais surtout de gens ayant étudié et assumé la philosophie queer telle qu’elle a été développée dans les facultés américaines.

Le « queer » n’est pas un mouvement pour la libération totale, c’est une idéologie universitaire qui se considère déjà comme absolue, qui a ses théoriciens et théoriciennes, et qui rejette la Nature au profit d’une définition uniquement sociale de la réalité.

b) Nous ne considérons pas que la prise de drogues soit utile, pourquoi trouverions-nous bien d’en prendre pour en plus dérégler son corps, sous prétexte qu’un psychiatre prétend qu’on s’est « trompé » de corps ?

Et comment pourrait-on se tromper de corps ?

Nous ne considérons donc pas qu’il soit « naturel » que des gens se mutilent ou prennent des hormones (dans la théorie, dès l’âge de 12 ans selon les exigences des partisans de la transsexualité comme étant naturelle).

C’est une théorie « post-moderne » qui nie la réalité corporelle au profit d’une psychologie qui serait indépendante du corps, ce qui nous semble totalement religieux.

C’est cela le reproche que nous faisons aux queers en France : ils ont trop lu Descartes et son « je pense donc je suis », « comme maître et possesseur de la nature. » La théorie du queer est fondamentalement opposée à la reconnaissance de Gaïa: c’est une conception totalement anthropocentrique.

Interview de Gabriel Kuhn, auteur de « Sober Living for the Revolution: Hardcore Punk, Straight Edge, and Radical Politics »

Voici une interview de Gabriel Kuhn, qui a publié un ouvrage sur le Straight Edge, ouvrage où il donne la parole à plusieurs acteurs et actrices de ce qu’on peut appeler la scène straight edge.

Il donne ici son point de vue au sujet de nombreuses questions, un point de vue progressiste bien entendu, mais différent du nôtre car nous tenons énormément aux définitions, et refusons de relativiser le mode de vie vegan straight edge (qui forme pour nous un tout indissociable).

Tu es le rédacteur de Sober Living for the Revolution: Hardcore Punk, Straight Edge, and Radical Politics [Une vie sobre pour la révolution: punk hardcore, straight edge et politiques radicales]. De quoi cet ouvrage parle-t-il?

A la base, cela consiste à retracer l’histoire des rapports entre straight edge et politiques radicales – par cela je veux dire des politiques progressistes, anti-autoritaires, égalitaires.

Le Straight edge est souvent associé au dogmatisme, au moralisme, à la satisfaction de soi, et au puritanisme. Malheureusement, certaines personnes se considérant straight edge ont donné raison à cela, même s’il y a eu une exagération grossière de l’ampleur de ces attitudes comme étant caractéristiques de la scène straight edge.

En même temps, il est vrai qu’il y a eu des sections largement « apolitiques » dans le mouvement, qui ont montré peu de résistance à ces tendances, ce qui leur a permis de fleurir et de malheureusement attirer une certaine attention.

Cependant, il y a également toujours eu des individus, des groupes, et des scènes entières – comme en Israel, au Portugal, ou en Suède – pour qui semblait très naturel l’union entre straight edge et politiques radicales; et c’est cette histoire que j’ai essayé de documenter dans cet ouvrage, en recueillant des interviews et des essais de différents artistes et activistes straight edge radicaux.


Comment en-es tu arrivé à ce thème? Es-tu straight edge toi-même?

Oui, je suis straight edge depuis plus de vingt ans.

Le straight edge signifie beaucoup pour moi. J’ai grandi dans une petite ville de l’ouest de l’Autriche, dans un environnement où les jeunes, les garçons en particulier, sont considérés comme devant commencer à boire quand ils ont treize ou quatorze ans.

J’étais le seul dans ma ville à rejeter cela, à part pour les jeunes de familles chrétiennes vraiment conservatrices, que je ne fréquentais pas non plus.

Il y avait ainsi un sens de l’isolement et j’ai constamment dû défendre mon choix de ne pas boire et, par la suite, de ne pas consommer d’autres drogues.

Découvrir le straight edge a été l’une des découvertes les plus excitantes de ma vie: non seulement cela signifiait qu’il y avait ailleurs d’autres jeunes comme moi – des jeunes dans la musique et la culture undergrounds, sans pour autant être intéressés par les drogues – mais cela signifiait aussi qu’il y avait un mouvement en tant que tel correspondant à mes choix et mes idées.

En d’autres termes, il y avait une collectivité avec lequel je pouvais m’identifier!

Le problème a été que, quand je me suis finalement rapproché au plus près des scènes straight edge – en 1994, quand j’ai déménagé aux USA – j’ai été terriblement déçu, parce que certaines politiques semblaient tellement déraillées.

Vous devez vous rappeler que c’est à cette époque que le mouvement hardline était vraiment fort, et qu’il y avait encore une domination masculine de la scène très prononcée.

A partir de cela j’ai eu un rapport hautement ambigu avec le straight edge: cela signifiait beaucoup pour moi, et je voulais en faire partie – pour autant je ne me sentais pas lié à beaucoup de tendances dans le mouvement.

Je pense que c’est cette ambiguïté qui m’a donné l’idée de ce livre: je voulais documenter les éléments de l’histoire straight edge avec lesquels je pouvais m’identifier; les éléments qui, pour moi, personnellement, font du straight edge la chose la plus inspirante et la plus belle.

Comment vois-tu l’évolution du mouvement straight edge?

Je pense que le straight edge s’est développé dans de multiples directions, ce qui est bien, même si je peux faire sans les éléments conservateurs.

Les dix dernières années en particulier ont amené une véritable diversité, dans le domaine musical aussi. Le straight edge n’est plus relié au style Youth Crew des années 1980, ou le metalcore des années 1990 – aujourd’hui il y a de nombreux concerts acoustiques straight edge, des groupes straight edge de Power Violence et tout ce qu’il y a entre les deux.

Il y a également différentes définitions du straight edge – les thèmes les plus controversés étant le véganisme, la sexualité, et la compréhension exacte des drogues – et il y a différentes adaptations politiques, allant de groupes straight edge anarchistes à des groupes néo-fascistes.

Comme je l’ai dit, je peux faire sans les éléments conservateurs, mais pour le reste la diversité est bonne, cela enrichit et stimule.

Nous pensons que le straight edge est une forme de désengagement, de refus des valeurs hégémoniques. Ainsi, c’est lié à l’engagement social, contre toute oppression, et donc ainsi au véganisme. Comment vois-tu cela et comment penses-tu que les straight edge voient cela?

J’apprécie la notion de désengagement. Je pense que cela décrit très bien l’une des dimensions politiques du straight edge.

Comme vous dites, il y a un rejet des valeurs et normes hégémoniques. Ainsi, si vous êtes opposés au système politique et économique qui produit ces valeurs et ces normes, être straight edge marque une opposition à cela.

Toutefois, la direction politique que cela prend n’est pas nécessairement clair de prime abord. Les fascistes rejettent le système actuel aussi, donc une simple attitude d’opposition n’est pas suffisante pour revendiquer le straight edge pour des politiques de gauche ou radicales.

Je ne pense pas qu’il y ait une connexion automatique entre le désengagement et l’engagement social ou la lutte contre l’oppression.

Quelque chose doit être ajouté pour permettre au straight edge d’aller dans ce sens: la conscience sociale et politique, un engagement pour un monde juste et égalitaire, l’empathie et l’affection.

Pour certains, le véganisme sera un choix évidemment à faire; d’autres peuvent peut-être faire d’autres choix concernant leur alimentation. Je ne pense pas que cela soit décisif en soi.

Ce qui est décisif est que l’on lutte pour un monde meilleur pour tous et que l’on s’engage dans un dialogique respectueux et de camaraderie avec les autres voulant la même chose.

Aucun individu n’a à lui tout seul les réponses concernant la question de savoir quelles formes exactes de comportement ou de conduite nous amènera à ce but – mais un effort commun nous guidera dans la bonne direction.

Et ce qui s’applique au véganisme s’applique au straight edge également: pour certains ce sera un élément important de ce périple, pour d’autres cela ne le sera pas. Certaines personnes peuvent considérer comme prioritaires d’autres formes de désengagement.

Après tout, le désengagement complet est difficilement possible dans un monde dominé par les États nations et le capital. Finalement, c’est la solidarité et le soutien mutuel qui compte. Pour nous, personnes straight edge, cela signifie prouver notre capacité à contribuer à cette lutte de manières positives et constructives.

C’est ainsi que je vois cela. Comment est-ce que les straight edge voient cela? Je ne suis pas certain. Je suppose que certains voient cela de manière similaire, mais il y a beaucoup de différentes manières de comprendre le straight edge, y compris ceux qui rejettent tout lien avec la politique. Comme je l’ai dit auparavant, il y a beaucoup de diversité.


Ces dernières années, certains mouvements d’extrême-droite, en particulier en Russie et en Allemagne, tentent d’intégrer la culture straight edge dans leurs modèles idéologiques. En France ces derniers mois, certains essaient de suivre ce modèle. Que peux-tu nous dire au sujet de cette tendance faisant du straight edge un social-darwinisme?

Dans sa définition de base, le straight edge n’a pas de contenu politique clair – il est seulement indiqué un refus des drogues. Les connotations politiques du straight edge viennent du contexte dans lequel il apparaît et des idées et notions auxquelles c’est relié.

Il est facile pour l’extrême-droite de prétendre au straight edge: tout ce qu’il suffit de faire est de transformer le straight edge en idéologie (plutôt qu’en choix personnel). Alors il est possible de prétendre être « meilleur », « plus avancé », ou « supérieur » que d’autres personnes.

C’est le premier pas vers le fascisme. Possiblement, le second pas est de relier ces sentiments à la notion de « santé. »

Si être straight edge peut certainement contribuer à la santé personnelle, une notion politique de « santé » est très dangereuse et a été utilisé par tous les mouvements fascistes – il suffit d’étudier leur langage, les fascistes ont toujours parlé de « maladie », de « plaies », ou bien de « pourriture » en faisant référence aux gens et aux communautés qu’ils voyaient comme inférieurs.

Le troisième moment, le troisième pas – et c’est là qu’on en arrive aux adaptations straight edge de type fasciste et néo-nazi de manière explicite – est quand on relie la notion de « santé » à celle de « race » ou de « nation » qu’il faudrait « défendre » ou « préserver » ou quoi que ce soit de ce genre.

Peut-être peut-on parler ici d’un danger d’extrême-droite en trois niveaux: 1. la satisfaction de soi (« je suis meilleur que toi »); 2. le social-darwinisme (« je suis en meilleure santé que toi et je te survivrai »); 3. le nationalisme / racisme catégorique (« nous sommes meilleurs que vous et nous devons maintenir notre pureté »).

Je pense que ce que nous avons vu ces dernières années en Russie et en Allemagne – et maintenant apparemment également en France, toutefois je ne sais pas grand chose à ce sujet – est la troisième étape, qui est articulé de plus en plus clairement.

Les deux premiers moments, pour être honnête, hantent le straight edge depuis longtemps.


Comment résister à ces développements?

Je pense qu’il y a peu d’intérêt à polémiquer sur ce que le straight edge doit “vraiment” être, ou bien à dénoncer les adaptations d’extrême-droite comme des « distorsions » du straight edge.

Les personnes d’extrême-droite qui sont straight edge ont clairement leurs propres définitions et il n’y a pas d’autorité supérieure pour décider ce qui est juste et ce qui est faux.

Finalement, nous nous épuiserions en nous jetant des définitions à la tête. Je pense qu’il est plus important de faire en sorte que nos idées soient aussi présentes que possibles dans la scène, et de faire en sorte qu’elles soient convaincantes pour les gens de la scène.

Nous gagnerons les jeunes en étant accueillant, plein de compassion, et compréhensif. Ce sont des valeurs fortes – tout ce qu’a l’autre camp, c’est la haine.

Oui, mais la haine est quelque chose de très important. Nous haïssons l’oppression et l’exploitation. Et, concernant les trois points dont tu parles plus haut, nous ne sommes pas d’accord avec le premier point. Car oui nous considérons que le mode de vie vegan straight edge est supérieur aux autres mode de vie.

Serais-tu d’accord pour dire que dans ta volonté de ne pas avoir de définitions précises et ta valorisation de la spontanéité, tu es favorable à une vision anarchiste ? Et comme quoi pour toi, Vegan et Straight Edge ne vont pas nécessairement de pair ?

Il est bien sûr important d’avoir des sentiments forts quant aux terribles conséquences de l’oppression et de l’exploitation. Si vous voulez appeler cela de la « haine », pas de souci. Mais ce que vous haïssez en ce cas c’est un système, et vous le haïssez parce que vous voulez que les gens – tous les gens, je pense – soient heureux.

Les gens à l’extrême-droite, de l’autre côté, haïssent les gens et c’est au centre de leur idéologie. Pour moi, il y a là une différence cruciale, c’est cela que je veux dire.

En ce qui concerne la supériorité du [mode de vie] vegan straight edge, je pense que cela dépend ce que vous entendez par là.

Si vous pensez que c’est la meilleure manière de contribuer à ce qu’il y ait le moins de cruauté possible dans vos vies personnelles, je ne vois pas de raison particulière de discuter de cela – même si j’aimerais souligner qu’être vegan straight edge ne suffit pas en soi pour ne pas être un trou du cul.

Comme je l’ai dit, si vous voulez réaliser un exemple vraiment convaincant en faveur d’un mode de vie « sans cruauté » ou « plein de compassion », l’éthique vegan straight edge doit être reliée à une conscience politique générale.

Par rapport à cela, la revendication comme quoi être vegan straight edge constitute un mode de vie supérieur peut poser des soucis si vous voulez réellement en faire une norme universelle.

Je veux dire par là, si nous allons à un village de pêcheurs au Sénégal et nous expliquons aux gens que leur mode de vie est inférieur au nôtre, alors notre éthique vegan straight edge peut facilement devenir cynique et insultante.

C’est pourquoi je n’aime pas parler du [mode de vie] vegan straight edge comme étant quelque chose de « supérieur. »

Je pense que le [mode de vie] vegan straight edge, en tant que pratique politique, donne beaucoup de sens dans certains contextes et dans certaines circonstances – mais nous ne devons jamais oublier que des milliards de gens ne partagent pas nos contextes et nos circonstances, et ainsi d’autres choses auront davantage de sens pour elles.

La vie est diverse, complexe et compliquée, et il n’est pas seulement important d’en avoir conscience, c’est aussi ce qui rend la vie excitante. Et c’est certainement une des raisons pour lesquelles je n’aime pas discuter des définitions.

Les définitions nous aident à aborder la complexité de la vie – il s’agit d’outils, mais qui ne contiennent pas de vérité. C’est pourquoi je pense qu’il est d’habitude oiseux de polémiquer à leur sujet.

On ne gagne pas le coeur des gens en définissant les choses – on les gagne en montrant l’exemple d’une vie plus joyeuse. Est-ce que cette pensée fait de moi un anarchiste ? Peut-être – si cela correspond à votre définition de l’anarchisme…

En ce qui concerne le rapport entre le véganisme et le straight edge, peut-être que cela aider à illustrer mon point de vue au sujet des définitions revenant à des outils : pour moi, les deux ne sont pas nécessairement connectés, parce que je définis le straight edge comme l’abstinence de drogues / d’intoxicants, et les gens peuvent s’abstenir de drogues / d’intoxicants sans être vegan.

Par conséquence, suivant la définition du straight edge que j’emploie, il n’y a pas de connexion nécessaire. Si vous avez une définition différence, votre conclusion est également possiblement une autre.

Cela peut être très amusant de discuter de ces choses, mais nous n’arriverons pas au point où l’un de nous a prouvé le caractère juste ou erroné d’un avis – et je ne pense pas non plus que cela compte.

Comment vois-tu le futur du mouvement straight edge?

Pour commencer, je suis convaincu qu’il va continuer. Il a survécu pendant trente ans, ce qui signifie qu’il a passé l’épreuve du temps. La plupart des jeunes straight edges n’étaient même pas nés quand Ian MacKaye a écrit la chanson « Straight Edge » en 1980. Les mouvements qui tiennent aussi longtemps assurent d’habitude une continuité.

Ce que le futur apportera? Encore plus de diversité, je pense – et j’espère encore plus d’expressions radicales. Je suis optimiste. Je pense qu’il existe à la fois un intérêt croissant pour la sobriété dans les cercles radicaux, et un intérêt continu pour les idées radicales parmi beaucoup de jeunes straight edge. C’est prometteur.


Quel est le meilleur moyen d’acheter le livre? Peux-tu nous parler de l’éditeur?

Le meilleur moyen d’acheter le livre est de le commander ou bien directement du site internet de PM Press (www.pmpress.org) ou bien depuis une librairie ou un distributeur indépendant. De cette manière, l’argent reste dans notre communauté et ira à d’importants projets politiques.

PM Press a été fondé il y a quelques années et a publié une remarquable série de livres, de DVD et de CD depuis le début de son existence, il y a peu de temps. On y retrouve quelques personnes impliquées qui ont de profondes racines dans la communauté punk hardcore, ce qui a certainement aidé à réunir des soutiens pour ce projet. Si vous voulez une meilleure idée des titres qu’ils publient, le meilleur est de parcourir leur site web.

Marketing de l’écologie et vivisection

Le phénomène de mode qui met en avant l’écologie prend des proportions assez hallucinantes, ce qui rend ce pseudo engagement lassant et insupportable. Tout et n’importe quoi se mélange au nom de « l’écologie. » Ce qui est honteux car l’engagement des marques se prétendant nouvellement « écolo » est inexistant et absolument pas crédible.

Les marques surfent sur cette nouvelle vague verte, le business qui en découle promet de larges bénéfices, le tout en se servant de l’urgence à sauver la Terre. L’effet de mode est tellement important qu’avec un rien, une simple apparence, on fait vendre des produits « respectueux » de l’environnement. Alors que ces produits ne le sont pas du tout !

Ainsi la marque de lessive Le Chat (groupe Henkel, qui pratique évidemment des vivisections) met en avant ses lessives de manière opportuniste et mensongère.

A l’aide de grandes tonalités vertes, on a droit au théâtral slogan « L’écologie c’est le moment d’en parler moins et d’en faire plus » avec des arguments (marketing) comme 100% des ingrédients d’origine végétale et tensio-actifs d’origine végétale.

Ceci étant, cette fameuse lessive « écolo » contient non seulement de l’huile de palme mais aussi plusieurs substances allergènes parfumantes telles que butylphenyl methylpropional, hexyl cinnamal, linalool, ainsi que des phosphonates, qui participent à l’eutrophisation des milieux aquatiques.

Mais la contagion est grande : comme le montre cet article, la marque de peinture Ripolin a également décidé de se mettre au vert et d’opter comme slogan « Ripolin. Plus de nature dans votre peinture ».

Or, les seules rares marques de peinture qui ne testent pas sur nos amiEs se trouvent en magasins bio et ont un eco-label. Idem pour les produits d’entretien.

Il est donc malheureusement évident que les grandes marques industrielles n’excluent pas les tests de vivisection pour certifier leurs produits dit « naturels ». Et ce, malgré le label « NF Environement » (reçu par Ripolin) qui distingue les produits dont l’impact sur l’environnement est réduit mais n’atteste pas d’une abscence totale de vivisection (comme le label de cosmétique BDIH).

Précisons bien que l’on ne peut prétendre respecter la Terre et tester des produits « respectueux » de l’environnement sur des animaux.

Les apparences et les beaux discours prennent le dessus, mais sachons voir clair et refusons cette manipulation qui tente de nous faire croire que des produits puissent être écologiques alors qu’ils restent issus de la torture animale.

Les apparences parfaites et « radicales » à propos de l’écologie se trouvent aussi dans le film « Solutions locales pour un désordre global » de la réalisatrice Coline Serreau, sorti ce jour dans les salles.

Le Nouvel Obs qualifie ce film de « Bio, radical et jubilatoire ».

Quant à la réalisatrice elle-même, elle déclare que « la nourriture humaine s’est toujours constitué sur 3 choses : le champ, la forêt, l’animal. »

Alors quand on a compris à quoi ressemble le militantisme écologique du moment, on comprend bien le sens du film : bio-bobo-écolo qui veut utiliser les animaux de manière « naturelle » et « respectueuse » (à savoir la viande bio par exemple).

Par ailleurs, la superficialité du combat écologique actuel ne semblerait se résumer qu’au refus de l’utilisation de pesticides et en la critique des grands groupes industriels qui dirigent tout, comme le montre ces quelques courts extraits d’interview des personnes ayant participé au film-documentaire.

Alors il est temps de stopper cette hypocrisie, les animaux et la terre n’ont pas besoin de double discours, ni de demi mesure, ni de personnes à moitié engagées. L’engagement pour l’écologie tient compte des animaux. L’engagement pour les animaux tient compte de l’écologie. Libération animale et libération de la Terre sont indissociables!