• Le droit des pigeons à boire, ainsi qu'à prendre des bains

Un an après la mort de Rémi Fraisse, l’absence de vérité

Il y a un an, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, Rémi Fraisse était tué lors d’affrontements avec les forces de l’ordre et désormais les choses sont très claires : l’Etat cache la vérité, comme il l’avait d’ailleurs immédiatement fait à l’époque.

Voici ce qu’explique Le Monde :

Le Monde a pu prendre connaissance du retour de commission rogatoire déposé en mars par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) sur le bureau de la juge Anissa Oumohand, chargée de l’instruction ouverte pour « violences par une personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». (…)

Reste le point central de l’argumentation des gendarmes : l’état de danger dans lequel ils se seraient trouvés, avec notamment de nombreux jets de cocktails Molotov. Mais là encore, les contradictions dominent.

Au sein du 4e peloton, celui du chef J., un gendarme n’a « pas vu de cocktail Molotov », un autre est « certain » d’en avoir vu, un troisième en a vu un, mais il a éclaté « à une dizaine de mètres » devant eux.

Lors de l’audition du responsable de la cellule image de l’escadron, chargé de filmer les événements, l’enquêteur s’étonne d’ailleurs : « Nous ne voyons pas de cocktails Molotov sur les vidéos. »

En réalité, il y a bien eu des jets de bouteilles enflammées, mais peu et loin des militaires. Les gendarmes sont bien protégés dans le carré de 30 mètres sur 30 mètres qu’ils sont chargés de garder. La « zone vie » du chantier est entourée d’un grillage de 1,80 m, et d’un fossé profond de 2 mètres et large de 1,50 m.

Malgré les efforts déployés, l’IGGN ne parvient pas à documenter les effets des « violences caractérisées » des opposants : le seul blessé, côté gendarme, s’est fait mal au genou en trébuchant tout seul lors d’une sortie…

On comprend que le président du conseil général du Tarn, le préfet et le commandant de gendarmerie aient refusé les demandes faites par la Ligue des Droits de l’Homme, pour l’établissement d’un rapport au sujet de la mort de Rémi Fraisse, qui vient justement d’être rendu public.

Ce que dit le rapport est clair : c’est l’Etat qui a posé le choix de la violence, de la casse. Voici ce que dit un résumé :

“A cet égard, ce que met en évidence le rapport est accablant. S’il n’est pas contestable qu’un petit groupe d’individus avait décidé de profiter des manifestations pour s’en prendre aux forces de l’ordre, tel n’était pas le cas de l’immense majorité des manifestants. Et les forces de l’ordre n’ont jamais été réellement en danger, et encore moins en risque de perdre le contrôle de la situation.

Qu’est-ce qui peut justifier, dans ces conditions, les violences, les insultes, les humiliations, la destruction de biens personnels, la complicité avec les milices locales constatées (parfois filmées) tout au long des événements et qui ne donneront jamais lieu à poursuites malgré les plaintes déposées ?

Qu’est-ce qui peut justifier, la seule nuit de la mort de Rémi Fraisse, l’usage de 703 grenades de toutes sortes et le tir de 74 balles en caoutchouc, dont on sait qu’elles peuvent avoir un effet létal ? Rien, si ce n’est les ordres reçus et le sentiment d’impunité généré par l’attitude des responsables politiques.

La suite de ces débordements d’Etat suit la même logique. Un homme est mort ? On tente d’abord de dissimuler, de nier parfois jusqu’à l‘évidence la réalité du drame ; et puis de justifier cette mort par la violence démesurée attribuée aux manifestants, victimes comprises.

Pour un peu, et même si tous ne l’ont pas dit sous cette forme, elle n’aurait eu que ce qu’elle méritait. Du Premier ministre et ses rodomontades agressives à l’Assemblée nationale, au ministre de l’Intérieur qui n’a su qu’en début de matinée et n’a donné que des consignes d’apaisement, au préfet, qui s’aligne sur son ministre aux hommes de terrain qui démentent leur ministre, c’est une sorte de sauve-qui-peut, de déni obtus face à une mort subitement trop lourde à assumer…

Cette fuite générale en dit long sur la valeur accordée à la vie brutalement interrompue de Rémi Fraisse. 48 heures après la mort de Rémi Fraisse, on attendait toujours un signe, ne serait-ce que de compassion, de la présidence de la République et du Premier ministre…

Malgré le mutisme systématique des autorités publiques qui ont refusé tout contact avec notre commission d’enquête (comme si c’était déchoir que de dialoguer avec
la société civile), ce rapport démonte la mécanique de camouflage destinée à exonérer les forces de l’ordre, comme les responsables politiques, de leur implication dans ce drame.”

Voici les liens : le rapport est  ici, les annexes du rapport ici, l’abstract qui résume ici.

“L’ordre” règne à Sivens

Circulez, y a rien à voir ! Par 43 voix contre 3, le Conseil général du département du Tarn a décidé hier de poursuivre le projet de barrage sur la zone de Sivens, maquillant ça derrière un redimensionnement (750 000 m3 au lieu du 1,5 million de m3), ainsi qu’un déplacement (de 50 ou 300 mètres, ce n’est pas précisé).

Au passage, le Conseil général a demandé à ce que « l’Etat procède sans délai à l’expulsion des occupants sans droit ni titre ».

Par conséquent, hier la quarantaine de personnes présentes sur la ZAD s’est faite expulsée de manière brutale par 300 gendarmes et deux hélicoptères, 250 CRS et la Cellule nationale d’aide à la mobilité (spécialisée dans les évacuations), 150 gendarmes restant sur la zone pour finir de tout démolir et pour bloquer la zone.

Une zone, rappelons le, encerclée depuis quelques jours par des agriculteurs, avec bien sûr l’appui des « forces de l’ordre ».

Alors, bien sûr, on peut dire que c’est typique des socialistes et que Ségolène Royal, ministre de l’écologie, a joué un rôle particulièrement nocif. C’est vrai. Et EELV cela n’a pas été mieux.

Seulement voilà, il est tout de même évident qu’en mettant en avant non pas la Nature, mais le style de vie punk dans les cabanes et la petite production, les zadistes ne risquaient pas de gagner l’opinion publique, opinion publique ne les intéressant par ailleurs pas du tout.

La même chose se déroule à Notre-Dame-des-Landes, avec le même mépris pour le reste de la société, et le même résultat à prévoir.

A Sivens, c’est d’autant plus terrible qu’un personne, Rémi Fraisse a été tuée, et que sa mort a provoqué, malgré la tentative de l’Etat de passer cela sous silence initialement, de fortes réactions.

L’Etat avait à ce moment-là totalement perdu la main sur la situation. Pourtant, encore une fois la Nature a été la grande oubliée. La mort de Rémi Fraisse a été unilatéralement assimilée à la violence policière en général, dans une petite révolte de la jeunesse qui n’aura duré qu’un temps extrêmement court, sans rien donner.

Le résultat a été que le grand syndicat agricole a pu rassembler la « France profonde » contre toute critique, que l’Etat a pu tranquillement reconquérir une hégémonie morale et institutionnelle, et que donc qu’un barrage va être construit, à moins d’un nouveau renversement qu’on voit très mal se produire dans la situation actuelle.

Surtout quand on voit le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Xavier Beulin pavoiser en parlant de triomphe du droit, de propriété, de respect des institutions, etc., se permettant même d’expliquer, malheureusement avec raison, que les zadistes proposaient un modèle de développement, sans défendre de cause environnementale par ailleurs.

Quelle victoire facile cela a été pour l’Etat ! Le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du TESTET semble d’ailleurs reconnaître aisément cela, et espère… que le conseil général change d’avis la prochaine fois !

« Nous espérons que la prochaine assemblée départementale, qui sera forcément différente de celle-ci, saura enfin écouter nos organisations, légitimées par les experts et la Commission européenne, sinon la « crise de Sivens » risque de durer malheureusement encore longtemps. »

Des mots ! Car en pratique c’est la défaite sur toute la ligne, et cela restera ainsi… à moins qu’on en revienne au cœur de la question : la défense de la Nature. A moins qu’on arrête de contourner la bataille pour l’opinion publique. A moins qu’on se donne les moyens de la continuité, du contenu et pas seulement de la forme. A moins de raisonner en termes d’utopie au lieu de jouer le sentimentalisme avec une nostalgie d’un passé idéalisé.

La planète est en train d’être assassinée, l’heure n’est certainement pas à l’apologie d’un refuge individualiste au moyen de la petite production. Les zones humides ne sont pas à défendre au nom de la “biodiversité”, mais pour leur réalité naturelle en elle-même!

Pour l’écologie ou “contre les violences policières”?

C’est à la fois un hold up et une démonstration d’hypocrisie. La mort de Rémi Fraisse n’a pas été le produit du hasard : il est évident que les forces de police et de gendarmerie mènent depuis des semaines une répression d’une très grande brutalité au Testet.

Mais cette mort relève d’une lutte, avec un contenu. Ce contenu est passé à la trappe, à un point tel que désormais il n’est plus parlé de Rémi Fraisse que pour parler de répression policière.

On met sa mort sur la même plan que celle des gens tués par la police lors d’arrestations ou de contrôles. C’est totalement déplacé, car il existe une grande différence entre un individu ayant fait le choix d’une lutte et celui qui est victime de l’arbitraire pur et simple. Il ne s’agit pas de la même réalité sociale.

Sauf qu’évidemment, l’écologie ne semble même pas exister pour la plupart des gens. Par conséquent, on fait disparaître la lutte écologique et on la remplace ici par une dénonciation de la brutalité policière, de la même manière qu’hier à Notre-Dame-des-Landes la défense de la nature a été troquée contre le projet de communauté d’individus menant une petite production tels des « pionniers » colonisant l’Amérique.

C’est allé tellement loin dans la liquidation de la dimension écologique qu’hier une vingtaine de lycées parisiens ont été bloqués, avec également une manifestation par la suite. Sauf que les lycéens l’avouent eux-mêmes : ils n’en ont rien à faire du contenu de la mort de Rémi Fraisse.

Ils plaquent leurs propres exigences, et surtout leurs envies de sécher les cours. Ce qu’on peut comprendre, les occasions ne sont pas forcément nombreuses surtout vu le contexte si sinistre. Pour autant, on ne peut pas cautionner que la jeunesse assume son hypocrisie, tout en se moquant de l’écologie.

Il y a là quelque chose de glauque. Car entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici d’une assimilation à une même cause de la lutte contre les violences policières et de l’écologie. Si c’était cela, ce serait peut-être critiquable, mais compréhensible.

On pourrait se demander quel est l’aspect principal, mais bon au moins il y a du contenu. Mais ce n’est pas cela : il s’agit ici d’une totale liquidation de la question écologiste. Au point qu’il n’est même pas tenté de faire semblant d’être un peu écologiste, non, rien… D’ailleurs, le mouvement inter lycées indépendant à l’origine du blocus ne s’en cache pas ; il a son propre agenda politique.


Voici un texte rendant-compte de ce vide complet sur le plan de l’écologie :

La décision des deux assemblées générales qui se sont tenues est de bloquer de nouveau les lycées demain et d’élargir cet appel à l’ensemble des lycées qui peuvent bloquer.

Ces blocus ont toujours pour but de mettre la pression à l’Etat pour que les violences policières s’arrêtent dans nos quartiers et dans nos luttes. Mais nous tenons à vous faire part de l’expulsion d’ici quelques jours d’un lycéen sans-papiers, ce qui fait donc une raison de plus. La répression institué par l’Etat et les forces de l’ordre contre les élèves sans-papiers rentre dans le cadre de la violence policière en général, car ce sont toujours les personnes les plus démunies qui sont touchées en premier.

Une manifestation aura lieu demain. Le rendez-vous est toujours à Nation pour 11h. Un autre rassemblement va avoir lieu pour 11h30 à Bastille pour soutenir l’élève sans-papiers. Il y aura, sans doute, une convergence qui va se faire. N’oubliez pas qu’un blocus sert à se mobiliser massivement pour manifester.

Un compte rendu de l’AG lycéenne qui n’est pas terminé sortira d’ici peu. Faîtes tourner par tous les moyens à votre disposition.

Donc voilà, c’est très simple, encore une fois l’écologie n’existe pas. Et il n’est même pas fait semblant.

Et la blague dans tout cela, c’est que ces blocus relèvent de l’idéologie de la consommation ; entre deux McDos et des posts sur facebook, on étale sa propre révolte.

Si encore, il y avait un appel à la révolution, mais même pas ! Voici comment se présente le mouvement inter lycées indépendant, qui ne veut même pas assumer d’être d’extrême-gauche.

Et on est censé dire bravo à ce zéro contenu ? On est censé applaudir n’importe quoi ? Non, ce qu’on est censé faire, c’est vouloir une jeunesse des grands idéaux, des grandes valeurs, une jeunesse qui lève le drapeau du changement complet, bref de la révolution.

Une jeunesse éperdue d’idéal, qui discute de la meilleure pratique du véganisme, qui donne un coup de main aux refuges, qui assume la libération animale comme un idéal concret.

Voilà ce en quoi on est en droit d’attendre, alors que la Nature se fait assassiner chaque jour davantage et que tout le monde le sait. Et cela devra se produire : d’ici quelques années, la fumisterie d’une telle fausse révolte sautera tellement aux yeux qu’elle fera honte.

“Affrontements stupides et stériles entres anarchistes et policiers à Nantes”

La manifestation contre les violences policières hier à Nantes est le grand thème de tous les médias, trop heureux de pouvoir ne plus parler de la mort de Rémi Fraisse et de faire disparaître la cause écologiste. Voici une évaluation de cela, faite par NALO à Nantes, qui nous semble tout à fait pertinente dans son approche.

Car encore une fois, où est passée l’écologie? C’est à croire qu’en France dès que la cause écologiste apparaît, elle est condamnée à disparaître, de par le mépris et l’indifférence qui prédominent… C’est inacceptable!

Affrontements stupides et stériles entres anarchistes et policiers à Nantes

Ce samedi après-midi a été marqué par des affrontements en ville entre des centaines d’individus et la police.

Tout cela a été bien mis en scène depuis le début de la semaine, avec la presse et les chaînes d’information en continue faisant monter la sauce en parlant de « guérilla ».

Le prétexte à cela est la mort du jeune écologiste Rémi Fraisse lors de l’opposition au barrage de Sivens. Il faut bien sûr parler de prétexte car ces gens qui manifestent se moquent bien de la défense de la nature. Aucun de leurs communiqués d’appel au défilé d’aujourd’hui à Nantes ne parlait d’écologie.

C’est à juste titre qu’aucune organisation ou association de défense de la nature ne s’est jointe à ce rassemblement qui n’est rien d’autre qu’une tentative de récupération.

Par ailleurs, on ne pourra pas s’empêcher de penser que la préfecture a délibérément laissé ces quelques centaines d’individus brûler des poubelles et lancer des cailloux dans le centre. Qui peut croire que l’État français n’est pas capable d’empêcher cela ?

Nous ne somme pas crédule, d’autant plus que la manifestation était officiellement « interdite ».

Afin d’être certain que ce mouvement sera impopulaire, la TAN a pour sa part décidé d’interrompre le trafic des trams et des bus dans le secteur. Les autorités aimeraient bien voir la population se mettre à dos les écologistes et les associations de défense de la nature.

L’enjeu est important, il s’agit d’empêcher toute pression populaire et démocratique contre les grands projets de destruction de l’environnement. On peut être certains que des entreprises comme Vinci ou des personnalités politiques comme Jean-Marc Ayrault ont du mal à supporter qu’on les empêche de bétonner en paix.

Les mises en scène d’affrontement d’aujourd’hui sont une véritable aubaine pour eux, afin de critiquer leurs opposants, de les ridiculiser.

Il ne s’agit pas pour notre part d’être absolument « pacifiste » ou « contre la violence ». Cela ne voudrait rien dire car la violence n’est pas une sorte de choix stratégique ou politique. C’est une réalité, brutale, dont la mort de Rémi Fraisse est une sinistre illustration.

Mais la violence, c’est aussi et surtout celle de cette société qui agresse et malmène continuellement la nature et les animaux.

Là est le cœur de la question, la grande actualité de notre époque. Défense sans compromis de la nature, défense ferme et déterminée des zones humides, si indispensables à la vie sur Terre : tels doivent être les mots d’ordre de la mobilisation !

Ce combat, nous le souhaitons populaire et massif, plein d’engagement et d’abnégation. Mais cela n’a rien à voir avec ces affrontements stupides et stériles entres anarchistes et policiers cette après-midi en ville.

Voici un petit exemple qui reflète bien l’approche des gens qui manifestaient aujourd’hui :

Cette fresque a été réalisé récemment par des graffiteurs sur des quais de Loire sur l’Île de Nantes. On y voit le prénom de Malik (certainement Malik Oussekine, assassiné par des policiers à moto en 1986), les prénoms de Zyed et Bouna (deux jeunes électrocutés à cause de la police en 2005), et donc le prénom de Rémi, mort fin octobre sur le chantier du barrage de Sivens, à cause d’une grenade des Gardes Mobiles.

L’image du policier en cochon et du « méchant financier » en rat est absolument odieuse. Pourquoi insulter ainsi les cochons et les rats ? Qu’on-t-ils à voir avec les policiers ou bien « la finance » ? Les cochons ne sont pas responsables des crimes de la police.

Malheureusement, c’est un grand classique, d’ailleurs une partie des gens au rassemblement de lundi dernier à la mémoire de Rémi Fraisse scandaient ce slogan stupide : « flics : porcs, assassins »

De la même manière, l’inscription en bas à droite de la fresque, « Pourquoi On Resterait Calmes ? » est en fait une référence à un titre du groupe de rap La Rumeur qui prend pour titre cet acronyme, “P.O.R.C.” (en réponse au Ministère de l’Intérieur et aux syndicats de police).

Ce mépris pour les animaux n’est pas une simple anecdote mais reflète une vision du monde bien particulière, qui n’a rien d’alternative. Finalement c’est la même vision du monde qu’ont les bétonneurs, les « capitalistes », ou les promoteurs de l’agro-business : le mépris de la nature et des animaux.

Par ailleurs, il faut savoir que cette fresque est revendiquée par des groupes « antifa », c’est à dire des gens qui mettent en l’avant l’antifascisme. Pourtant, c’est le b.a.-ba de savoir que c’est un classique de l’extrême-droite de représenter ses ennemis par des animaux. C’est par exemple une « tradition » pour les nazis de représenter les juifs par des pieuvres, des vers, des vautours, ou bien encore… des rats.

“J’ai vu deux patators, des frondes et des lance pierres”

Voici un autre témoignage de quelqu’un présent sur place dans la nuit où Rémi Fraisse a été tué. Il décrit le niveau de violence qui a eu lieu, et tente de formuler un point de vue global à ce sujet.

Je lis ça et là que les manifestants auraient utilisé des coktails molotov contre les forces de l’ordre dans la nuit de samedi à dimanche. Je n’en ai vu aucun.

Il est vrai que je n’ai pas vu la mort de Rémy mais il y avait charge des GM, volées de lacrymos et d’assourdissantes et j’étais tout occupé à relancer ou éteindre les lacrymos proches où à guetter les trajectoires pour me boucher les oreilles avant l’explosion (sinon ça fait mal!).Je n’ai rien jeté d’autre que ce qu’on m’a envoyé.

J’ai vu deux patators, des frondes et des lance pierres. J’ai vu voler des cailloux et des mottes de terre (assez dures, faut le dire, ce n’est pas un doux humus qu’ils ont laissés!), des fusées d’artifices (certaines ont mis le feu dans la zone défrichée des pentes où il y avait des GM déployés, une seule est allé dans le carré vide défendu par les flics), des fusées de détresses (deux tirées en direction de l’hélicoptère de la gendarmerie, pour le faire reculer, ce qui a marché) et même un feux d’artifice complet.

J’ai vu voler des bûches enflammées et des bouts de bois. Rien qui ne soit qu’assez inoffensif, approximatif ou imprécis, rien qui ne soit propulsé par autre chose que la simple force humaine ou qui ne soit que quelques milligrammes de poudre et d’oxydes colorants sans projectile d’impact.

Ayant passé la nuit de Dimanche à lundi avec ceux qui gardaient le “Dance Floor”, dont certains ont participé activement à la bagarre, j’ai aussi demandé s’il y avait eu coktails. Niet.Ceux là étaient sur zone depuis Septembre et en ont pris plein le gueule depuis plus d’un mois, seuls ou presque devant les GM et les engins de chantier. Ce ne sont pas des black-blocs extérieur.

Ils ont tout fait, action non violente, clown, médiation, barricades et caillassage. Toutes leurs stratégies se sont heurtées à une machine inexorable quelque soit la forme de l’opposition. Ils en ont gros sur la patate et c’est pas moi qui va le leur reprocher, comptez plus sur moi pour ce genre de débat stérile inutile et épuisant.

Face à la coercition et au cynisme de notre état, aucune stratégie ne peut prétendre s’imposer comme étant la seule valide. La non violence a prouvé mille fois sa non efficacité si elle est utilisée seule. Il y a des contextes où cela marche, d’autres pas du tout. Regardez l’histoire autrement qu’avec des grilles de lecture toutes faites, des grands récits et des fantasmes (Gandhi!).

Pour la violence c’est pareil et d’ailleurs les zadistes savent bien jusqu’où y aller. Ils sont nombreux à venir de NDDL, la procédure de la flicaille ils connaissent…Utiliser des armes létales entraîne une réplique proportionnée et on va au massacre que nul ne veut dans ce camp. On a des doutes vis à vis de l’autre, de plus en plus justifiés et il faut en tirer les conséquences (..dégage!).

J’ai croisé à Albi un gars qui m’avait tenu la veille tous les propos non violents du monde. Il avait un pavé à la main. La rage monte devant tant de provocations. Il en faut autant pour s’interposer, bras levés entre les flics et les violents que pour lancer des pavés.

Ce n’est pas exactement le même genre de courage cependant, l’un vient plus facilement aux jeunes taillés comme des baraques, mais chacun fait avec celui qu’il a ou pas, on a le droit d’avoir peur et il y a mille choses à faire ailleurs que sur le front.

Mais il faut aussi y être en nombre sinon les engins passent, les arbres tombent et sont rasés, la terre est chamboulée et “Carcénac” nous dit: “au point ou on en est pourquoi s’arrêter…”.

Autre chose, la parité…il n’y a plus les petites nanas à l’infirmerie et les gros pépères costauds valeureux au front. Il y a de tout partout et sans quota! La grille de lecture traditionnelle sur le machisme de la lutte en est un peu chamboulée, intégrez cela camarade-e-s.

Moi j’ai l’impression qu’ils sont de moins en moins nombreux à craindre leurs stupides lacrymos et leurs gros pétards et que tous, “violents” et “pacifistes” montent à l’assaut du “vieux monde” dont , à ce stade, ils n’ont plus peur et qu’ils sont juste déterminés à ne plus accepter.

“Les proches de Rémi Fraisse témoignent”

Les proches de Rémi Fraisse ont décidé de s’expliquer lors d’une seule interview, synthétisée en article par le site Reporterre. Impossible de ne pas éprouver, malheureusement, le sentiment que ce témoignage passe à côté de plein de choses.

Bien entendu les proches sont tristes, mais là on a l’impression d’avoir un hippie qui se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, avec un conte de fée qui se transforme en film d’horreur.

Il est vrai que les proches ont tout à fait raison de dire que la mort de Rémi Fraisse a été instrumentalisée dans tous les sens, de manière lamentable et grossière. Mais on est en France en 2014, un pays avec une longue histoire et une grande culture.

Personne ne peut découvrir de manière naïve que la police est brutale, les médias avides de sensationnel. On peut comprendre le choix de se préserver, soi-même et la dignité de Rémi Fraisse. Mais le prix à payer est que cela donne l’impression qu’il est mort pour rien, et pas pour des idées, des valeurs…

Les proches de Rémi Fraisse témoignent : « Il n’a pas mesuré ce qui l’attendait »

Ils n’ont voulu parler qu’à Reporterre et ne s’exprimeront plus dans les médias. Anna, l’amie de Rémi Fraisse, sa soeur Chloé, et des amis proches racontent dans ce texte qui était celui qu’ils aimaient, et ce qui s’est passé le soir du 25 octobre

– Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne), reportage

Trois jours après le drame du Testet, les proches de Rémi Fraisse ont demandé à Reporterre de transmettre ce qu’ils avaient à dire sur la mort de Rémi. Ce témoignage de son amie Anna, de sa soeur, et d’autres amis, a été publié avec leur accord plein et entier.

Dans ce texte, ils reviennent sur la personnalité du jeune homme, le déroulé des événements du 25 octobre où il se trouvait avec son amie, et les conséquences de cette nuit funeste.

Comme ils le précisent, cet entretien sera pour eux l’unique qu’ils accepteront de livrer sur l’affaire.

« Un type bienveillant, pacifiste et un peu grande gueule »

Nous connaissions Rémi depuis le collège. C’était vraiment quelqu’un de gentil et de doux. Il était très tolérant, sincère, honnête, mais un peu grande gueule. C’est clair qu’il n’hésitait pas à dire ce qu’il pensait, et il n’était pas du genre à se laisser embarquer sans raison par n’importe qui. Un type bienveillant, très apaisant. Il était extrêmement sociable et parvenait sans peine à se faire de nombreux amis où qu’il allait.

Rémi n’avait aucune implication dans des mouvements politiques organisés, sinon ses activités de botaniste dans l’association France Nature Environnement. Il participait à la protection de la nature dans la région toulousaine.

Après un BTS en gestion et protection de l’environnement, il travaillait durement comme intérimaire et avait plein de projets : un voyage en Amérique du Sud, la reprise d’une école mais surtout l’achat d’un terrain. Il souhaitait monter une exploitation de plantes médicinales, se renseignait auprès de professionnels. Il avait trouvé sa voie.

Rémi aimait la musique, jouait avec nous de la guitare, du blues, appréciait beaucoup le reggae. Il avait un jour récupéré un bout de bois mort et creusé lui-même un didgeridoo. Il aimait beaucoup faire des choses de ses mains, par lui-même.

« Il est venu à Sivens presque par hasard »

Rémi est venu à Sivens le samedi 25 octobre presque par hasard. Ce n’était pas un militant, encore moins un activiste. Mais il s’intéressait à la protection de l’environnement, se sentait concerné par ce combat. Comme il connaissait d’autres personnes qui y allaient, il a voulu s’y rendre aussi pour afficher un soutien pacifique.

Je suis arrivé avec lui vers 16 heures sur place [c’est Anna qui parle], on voyait déjà au loin la fumée, l’hélicoptère, on ne s’attendait pas du tout à ça. Mais des personnes nous ont rassurés en nous disant que tous ces événements se déroulaient de l’autre côté de la zone, à deux kilomètres. L’ambiance était étrange entre la fête joyeuse, les animations et discussions près des chapiteaux et de l’autre côté au loin les affrontements, les gaz lacrymogènes qui montaient dans le ciel et les bruits d’explosion.

Nous sommes restés du côté du chapiteau, Rémi a rencontré plein de gens, chantait des chansons, les messages inscrits un peu partout nous faisaient rire, il y avait un bon esprit. C’est là dedans que nous voyions notre place. Nous sommes restés à proximité toute la soirée, à faire la fête.

Vers deux heures moins le quart, dans la nuit, des amis sont allés plus loin voir ce qui se passait. À leurs dires, ça avait l’air impressionnant, on entendait encore les explosions fortes. Rémi a voulu y aller. Le temps de faire le trajet, nous sommes arrivés sur les lieux des affrontements.

Les flics tiraient en rafale. Le spectacle était très violent, l’ambiance très particulière, nous n’avions jamais vécu ça. Face à une telle scène d’incompréhension et d’injustice, Rémi ne pouvait que réagir d’une manière ou d’une autre. Il avait un peu bu dans la soirée, mais n’était pas ivre, il avait juste une bouteille de vin et des gâteaux apéritifs dans son sac à dos.

Je l’ai vu partir d’un coup en criant « Allez, faut y aller ! » Il a commencé à courir devant. Il n’avait rien pour se protéger, il n’a pas mesuré ce qui l’attendait. Les flics ont tiré en rafale, je me suis écarté pour me mettre à l’abri. Quand je me suis retournée, Rémi n’était plus là.

Ensuite, les gendarmes ont fait une sortie. On a commencé à le chercher, en allant même tout devant, sans succès. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. J’ai crié son nom dans le champ mais il ne répondait pas. J’ai passé la nuit dehors à le chercher puis à retrouver sa voiture. C’était un cauchemar. Pendant toute cette phase, j’ai perdu mon portable, un objet précieux car il contient nos dernières photos ensemble.

J’ai dormi quelques heures et dès le lever du soleil, j’ai recommencé à le chercher sur la zone des combats. Il n’y avait plus personne sur les lieux. J’ai juste rencontré une fille qui m’a accompagnée jusqu’à l’infirmerie où il n’était pas non plus. Peu après, quelqu’un a crié « Rémi Fraisse ! », il avait retrouvé son portefeuille, perdu en début de soirée. En retrouvant les amis à la voiture, j’ai découvert qu’ils ne savaient pas non plus où il était.

À 10 heures, j’ai donné son signalement au point d’accueil. Ça a beaucoup traîné. Je suis finalement tombé sur un de ses amis qui venait d’appeler les organisateurs. Ce sont eux qui m’ont appris que son corps avait été retrouvé inerte dans la nuit par les gendarmes. J’avais cru qu’il avait été embarqué. Je n’aurais jamais pu imaginer qu’il arriverait un tel événement.

« Nous ne souhaitons pas que sa mort soit instrumentalisée »

Tout a été beaucoup trop vite depuis sa mort. La famille a été contactée par téléphone pour l’identification. Elle n’a fait qu’une description verbale et nous avons transmis une photo d’identité qui a confirmé qu’il s’agissait bien de lui. Nous n’avons eu aucun droit en amont, on nous a dit d’attendre l’expertise légale.

À ce jour, aucun proche n’a pu avoir accès au corps. Nous avons appris le résultat de l’autopsie par les médias. C’est notamment ce manque d’information qui nous a décidé à porter deux plaintes, pour « homicide volontaire » et pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner », pour avoir accès au dossier.

Rémi était quelqu’un de foncièrement pacifiste. L’après-midi avant sa mort, il avait une nouvelle fois défendu cette attitude non violente dans une discussion avec des occupants de la zone.

Rémi est très vite devenu un instrument médiatique et politique. C’est à la fois désolant et révélateur d’une société qui à bien des égards marche sur la tête. Nous ne demandons pas l’arrêt du projet en son nom, mais il va de soi que ce barrage ne doit pas être construit. Il n’y a pas besoin d’être politisé pour se rendre compte qu’à Sivens se déroule une mobilisation citoyenne légitime, et la violence que certains utilisent là-bas beaucoup moins.

Nous témoignons ici afin qu’un tel drame ne se reproduise pas. Avec ce texte, nous voulons poser les choses une fois pour toute et pouvoir ensuite gérer ça entre nous aussi sereinement que possible.

Nous n’accepterons plus après la publication de cet article aucune sollicitation de la part d’aucun média. Que ceux-ci cessent le harcèlement autour de la famille et des proches, que toute la lumière soit faite sur les causes exactes de sa mort pour que nous puissions faire notre deuil en paix.

– Propos recueillis par Grégoire Souchay

NDLR : nous remercions sincèrement les personnes interrogées pour leur confiance et saluons celles et ceux qui ont permis de rendre cet entretien possible.

“Échos de la guerre en cours”

Il est désormais clair que Rémi Fraisse est mort des suites d’une attaque des gendarmes au moyen d’un type de grenade utilisé pour le “maintien de l’ordre”. Voici un récit de la nuit où s’est déroulé l’affrontement.

Sur le site Tant qu’il y a aura des bouilles, on trouve la liste des initiatives en soutien.

Si au départ il n’y a avait pas eu de prises de position, désormais tout le monde exprime son avis sur cette mort provoquée par la répression. Mais “bizarrement”, il est parlé du gouvernement surtout, notamment de la part des gens d’EELV pour se dédouaner. D’autres prennent comme thème la répression.

Mais la défense de la Nature, quant à elle, est comme passée à la trappe de nouveau…

Échos de la guerre en cours

Dans le brouillard ambiant on ne peut faire l’impasse sur quelques questions évacuées du débat public par les médias dominants et leur logique du spectacle permanent.

Le rassemblement prévu sur le site du projet de barrage était annoncé comme pacifique. Quelques jours avant, la préfecture faisait savoir qu’il n’y aurait pas de présence policière sur la zone pendant le weekend du 25 et 26 octobre.

Sur le site tantquilyauradesbouilles.wordpress.com le 22, on pouvait lire que «  La préfecture du Tarn se plie déjà à l’événement: le préfet s’est engagé à ce qu’aucun gendarme ne soit présent sur la zone durant le week-end. Ce rassemblement sera sans risque de violence ni répression. C’est le nombre et la détermination qui montreront notre force et amèneront la victoire. Venez nombreux.ses. avec bonne humeur ! »

Pour qui en doutait, ceux et celles qui sont venu.e.s sur la zone ce weekend-là ne se préparaient pas à la guérilla.

Mais alors que les premiers participants arrivent vendredi soir, la nuit s’illumine. Il reste un préfabriqué et un générateur sur la zone, au niveau du parking construit pour accueillir les machines du chantier. Ce soir-là, ils partent en fumée.

Qui pouvait sincèrement penser que le matériel laissé sur la ZAD resterait intact alors qu’un rassemblement contre le projet de barrage était annoncé depuis plus d’un mois? Qui viendra nous dire que les équipes du barrage ont eu le temps de tout retirer de la zone sauf ces deux éléments, juste assez peu coûteux pour ne pas représenter une perte trop importante mais suffisamment pour donner un vernis de légitimité au retour des forces de l’ordre sur zone?
Cet incendie marque le retour des flics sur la zone et donc des affrontements.

Le lendemain, la matinée se déroule dans une ambiance familiale et festive. Cela fait drôlement plaisir de voir toutes ces bouilles de mômes courir partout, des personnes de tous les âges se balader autour de la Métairie, elle qui fût si souvent cernée par les milices en armures bleu marine. Les conférences, les témoignages, la pièce de théâtre et la cantine à prix libre, le programme se déroule sous le soleil et avec le sourire.

L’accalmie prend fin vers 16h30. Les bleus sont de retour au niveau du parking, la tension monte . Le face à face se déroule entre le parking et la colline qui remonte vers les bois. S’en suit environ 4h d’affrontements, ou plutôt de guerre asymétrique. 200 personnes à la louche, cagoulées ou non, violentes ou pas, clowns activistes et pacifistes font face à des robots en armures, boucliers, casques, et armes diverses à la main.

Il parait qu’ils représentent l’ordre et la loi. Mais alors qu’est-ce qu’ils foutent là, à provoquer tout le monde? Que protègent-ils? Il n’y a plus rien à brûler ou à saboter. Pire, qui protègent-ils?

Visiblement personne. Par contre ils attaquent, manquant de faire cramer ce qu’il reste de forêt à Sivens avec leurs grenades incendiaires. Ils provoquent des incendies à plusieurs reprises, tirs tendus de lacrymos, puis les grenades assourdissantes, désencerclantes qui fusent de toutes parts. Ils visent au milieu des personnes présentes, « dans le tas ».

Plusieurs blessé.e.s sont évacué.e.s alors que ces cinglés en uniforme continuent de les canarder. Un homme en état de choc s’effondre à côté de moi, on le met sur le côté en évitant autant que possible les palets de gaz qui nous sont volontairement lancés dessus. L’équipe médic prend le relais.

Oui, on a lancé des pierres. Et peut-être que quelques-unes d’entre-elles ont frôlées leurs casques. Oui, on a envoyé des patates. Et alors quoi? C’est cela que l’on appelle le terrorisme? Nous on n’éborgne personne, et on assassine encore moins. Oui on est plusieurs à préférer rester cagoulé.e.s.

Mais c’est pour des raisons toutes simples et bien moins romanesques que ce qu’on peut laisser entendre. Le fichage est une réalité. Les robots auxquels nous faisons face sont équipés de cameras et nous filment en permanence. Ils cherchent le moindre prétexte pour faire tomber ceux qui les gênent sous la loi réservée aux terroristes. L’anonymat est un droit, et on le prend. Non, on n’a aucune envie de donner des armes supplémentaires à leur dictature. La cagoule et le choix de vêtements plutôt sombres permettent également, à l’image des zapatistes, de créer une foule unie et soudée, sans différence de sexe, de statut ou de couleur.

Et puis, de façon très pragmatique, pour continuer à respirer dans un nuage gaz lacrymogène il vaut mieux avoir quelque chose sur le nez. Voilà nos explications mais où sont les leurs? Pourquoi étaient-ils là le samedi après-midi alors que tout était calme et allait pour le mieux sur la zone? Pourquoi y avait-il plus de 40 camions de GM et une dizaine de fourgons de CRS?

Les affrontements de l’après-midi prennent fin quand, après une pause des deux côtés, les zadistes décident de partir d’eux-mêmes. On les laisse plantés là sur leur ligne stupide, sans adversaires. La soirée se déroule normalement jusqu’à 1h du matin. Sur le fameux parking il reste quelques fourgons et les bleus sont rassemblés autour. Ils ont deux grands projecteurs qui éblouissent les personnes venues voir ce qu’il se passe.

Au départ elles ne sont pas nombreuses mais suite aux premiers effets d’annonce des policiers (« Gendarmerie Nationale, dispersez-vous, nous allons avoir recours à la force! ») d’autres les rejoignent. L’ordre est donné dans les rangs zadistes de ne pas tirer les premiers. « On attend qu’ils commencent, on ne fait rien avant. ».

Les premiers palets de lacrymo déchirent la nuit suivis des premières pierres. Certaines parviennent jusqu’aux carrosseries des fourgons. Le gros de la masse des personnes présentes s’éloigne un peu des grilles du parking.

On y voit pas grand chose et plusieurs d’entre nous tombent dans les tranchées du chantier en courant pour échapper aux grenades. Quatre fusées d’artifice sont tirées, elles touchent le sol après avoir laissé un filament scintillant. Aucune d’entre-elles ne touche un véhicule et encore moins un flic. Par contre les grenades envoyées par le camp adverse passent très près, leurs explosions résonnent à travers la zone, ramenant le voile de la guerre sur l’ambiance festive.

J’ai quitté la zone du parking à 1h30 du matin. J’étais seule à ce moment-là. Sans binôme et fatiguée par la journée je ne me sentais plus de rester au front. J’ai passé le trajet du retour à la tente à me demander pourquoi ils étaient restés alors qu’à 20h tout était calme. Au milieu de ce face à face nocturne, j’avais peur de leurs armes et me sentais terriblement vulnérable dans mon pauvre pull à capuche.

Le lendemain matin au café on apprend la mort de Rémi. On est tous.te.s sonné.e.s, sous le choc. Puis viennent un mélange de tristesse et de rage et l’urgence d’une réponse.

Maintenant il reste beaucoup de questions. J’aimerai vraiment qu’on m’explique pourquoi il y avait des flics sur zone, surtout le samedi alors qu’il n’y avait plus rien à protéger. Personnellement je ne peux pas m’empêcher d’y voir le moyen de gâcher un weekend festif qui avait ramené du monde sur la zone du projet. Je ne peux pas croire que les promoteurs du barrage aient pu oublier ou ne pas avoir le temps de sortir l’Algeco et le générateur avant le rassemblement. Rémi semble être la victime d’une stratégie de pyromanes et de flics à qui cela fait bien longtemps qu’on a donné carte blanche sur cette zone.

C a m i l l e