• Etude sur le potentiel planétaire de l’aquaculture

Statement : « Tread the path »

La chanson « Tread the path » – « prends le chemin » – reflète l’esprit straight edge, mais de manière assez particulière, car la personne ayant monté le projet de « Statement » était straight edge avant de connaître le concept, tout en appartenant initialement à la mouvance anarcho-punk se tournant en partie vers les droits des animaux.

Statement participa ainsi, avec le groupe de musique punk américain « Vegan Reich », à populariser la démarche vegan straight edge considérée comme un ensemble de valeurs indissociablement liées. Suivra par la suite le groupe de musique « Earth Crisis », parallèlement bien entendu à toute une scène militante, activiste, combattant pour la libération animale.

Rappelons que nous sommes ici en 1990…

You’re so lame to depend on shit.
Do you not believe in yourself, doesn’t that fit?
You let yourself be controlled.
You’re in the fast lane going nowhere.
Tu es si faible pour dépendre de la merde.
Tu ne crois pas en toi, est-ce que cela ne te va pas ?
Tu te laisses contrôlé.
Tu es sur l’autoroute qui mène nulle part.

Sure life’s a bum, it doesn’t end there.
There are ways out, not through drugs.
You gotta believe in yourself, understand yourself.
Tread the path. Stay straight.
La vie est moche, mais cela ne s’arrête pas là.
Il y a des voies pour s’en sortir, pas par les drogues.
Tu as à croire en toi, à te comprendre.
Prends le chemin. Sois straight.

It’s not an easy life, we need a straight minds
– From police hassle, to right wing naziscum.
Be prepared, be straight.
See the enemy, not flying elephants.
Ce n’est pas une vie facile, nous avons besoin d’esprits clairs
– depuis les harcèlements policiers jusqu’aux ordures nazies de l’extrême-droite.
Sois préparé, sois straight.
Vois l’ennemi, pas des éléphants roses.

Statement : « The true path »

Ce qui est marquant dans l’approche « hardline » de 1990, c’est qu’elle part du principe que l’antagonisme avec l’exploitation animale est complet, qu’aucune négociation ne peut avoir lieu.

C’est une question de morale, mais également de réalisme puisque, à l’arrière-plan, il est considéré qu’il y a tout un système d’exploitation, de différentes oppressions liées à celui-ci, etc.

Il y a ici quelque chose de saisissant : le véganisme est considéré comme incontournable… en 1990, mais aujourd’hui encore, alors que c’est tellement facile, il y a des gens pour « faire des manières » !

You know what’s right, you’re not that dumb.
You understand cos it feels the same.
Inflicted on us or an animal, they scream too –
pain is pain.
Tu sais ce qui est juste, tu n’es pas si idiot.
Tu le comprends parce que c’est la même sensation.
Infligé à nous ou sur un animal, ils crient également –
la douleur est la douleur.

In the laboratory or the slaughterhouse,
they go through pain for human gain.
The blood is on your hands, you’re not clean
If you eat meat, milk, eggs or cheese.
Dans les laboratoires ou les abattoirs,
ils passent par la douleur pour le gain humain.
Le sang est sur tes mains, tu n’es pas clean
si tu manges de la viande, du lait, des œufs ou du fromage.

In the field the hunt takes place,
all dressed up and ready to kill.
Conservation is what they say.
One day well hang them, well get our way.
Dans le champ la chasse tient lieu
tous bien habillés et prêts à tuer.
La conservation est ce qu’ils prétendent.
Un jour nous les pendrons, nous trouverons notre voie.

I’ve been beaten by abusers of animals
and I’m not gonna sit back
and take it like passive shit with stubborn egos.
Animals don’t care how we save them,
would you?
J’ai été battu par des gens maltraitant les animaux
et je ne vais pas m’asseoir tranquillement
et le prendre comme des merdes passives avec des égos têtus.
Les animaux ne se préoccupent pas de comment on les sauve,
tu t’en préoccuperais, toi ?

Statement : « Beneath blood »

« Beneath blood » signifie en quelque sorte « sous le sang », « sous le signe du sang », le sang étant considéré comme étalé, comme l’arrière-plan d’une vie quotidienne marquée de l’exploitation animale.

On a ici très exactement le reflet de la morale « hardline » apparaissant au tout début des années 1990. L’idée est simple à comprendre : seule une infime minorité de gens a conscience de l’exploitation animale et assume le véganisme.

L’exploitation animale est banalisée, entièrement dominante, il n’existe aucune opposition concrète sur le plan culturel.

C’était, bien entendu, avant que n’émerge une sorte de réformisme proposant d’aménager ce qui, justement aux yeux des vegans straight edge qui apparaissent alors, est inacceptable, moralement à combattre de la manière la plus significative.

Le véganisme n’est pas ici une « tendance », ou bien une « mode » que l’on peut suivre à différents degrés. C’est une identité, allant de pair avec une mentalité de confrontation, d’engagement individuel total dans ce qui est considéré comme une bataille révolutionnaire.

Since time began animals have been enslaved
by fascist bigots of the master race.
Murdered, slaughtered, for many means.
Left rotting, dying, infected by disease.
Depuis le temps que les animaux ont été mis en esclavage
par des bigots fascistes de la race supérieure.
Assassinés, abattus, pour de nombreux buts.
Abandonné pourrissants, mourant, infectés par la maladie.

“They have no souls” say people of the cloth,
religious hypocrites forgiven of their sins.
But you who shouts there is no God
what is your reason for your barbaric behavior?
« Ils n’ont pas d’âmes » disent les gens du clergé,
hypocrites religieux oublieux de leurs péchés.
Mais toi qui crie qu’il n’y a pas de Dieu
Quelle est la raison pour ton comportement barbare?

From the dog in the stocks,
to the pig in the slaughterhouse,
to the calf deprived of its mother.
To the end of the hunted animal life…
Depuis les chiens dans les magasins,
jusqu’au cochon dans l’abattoir,
au veau privé de sa mère.
A la fin de la vie animale chassée…

Statement : « prepare for battle »

Nous en sommes en 1990 et l’anglais Patrick Poole, qui a 22 ans, lance le projet de groupe de musique « Statement ». C’est également lui qui se voit souvent attribuer l’origine de l’expression « vegan straight edge ».

Le mini-album sort alors sur le label « Hardline » de la mouvance du même nom, avec la couverture du vinyl en papier recyclé. Le symbole du groupe est résolument provocateur et aura un succès très clair dans la mouvance vegan straight edge naissant alors, témoignant de la ligne « engagée ».

Le titre de l’album est également très clair : « prepare for battle », « prépare-toi à la bataille ».

On remarquera cependant également le dos du vinyl, soulignant l’arrière-plan propre au mouvement anglais en faveur des animaux à l’époque, à savoir l’opposition décidée à la chasse.

Voici une photo de Patrick Poole, à l’époque et aujourd’hui.

Voici les paroles de la chanson éponyme, « prepare for battle ».

Pacifism views once held
no longer suit.
The World is a violent place,
oppressors everywhere –
from governments to racist nazishits,
to murdering animal abusers.
Les vues du pacifisme autrement soutenues
ne correspondent plus.
Le monde est un endroit violent,
les oppresseurs partout –
depuis les gouvernements jusqu’aux conneries racistes des nazis,
jusqu’aux gens maltraitant les animaux, les assassinant.

Fuck, I’m not gonna stand still
while innocents are being smashed.
I will use my hands or a weapon
to defend myself or animals.
I won’t be pushed by hunters in the field.
Merde, je ne vais pas rester silencieux
alors que des innocents sont brisés.
Je vais utiliser mes mains ou une arme
pour défendre moi-même ou les animaux.
Je ne vais pas être repoussé par les chasseurs dans les champs.

Pacifism views once held no longer suit.
For when I see the huntsmen fall,
for when I see the naziscum tumble,
for then I know to inflict pain
on the these oppressors of the innocents.
Death.
Les vues du pacifisme autrement soutenues
ne correspondent plus.
Pour quand je vois les chasseurs tomber,
pour quand je vois les ordures nazies renversées,
pour ce que je sais d’infliger la douleur
à ces oppresseurs des innocents.
La mort.

Sensibilités Straight Edge…

Le mouvement straight edge a connu plusieurs périodes de par sa liaison à la musique hardcore… périodes qui ont donné naissance à différentes sensibilités. Voici un petit aperçu général, que l’on peut bien entendu améliorer, mais qui est déjà pas mal parlant ! Etant Vegan Straight Edge, il est évident également que la figure vegan straight a le beau rôle…

Disons plus simplement qu’il s’agit d’une introduction des sensibilités que l’on peut rencontrer…

Le fan de hardcore des origines

Dans cette sensibilité (assez rare il faut dire), le straight edge n’est pas vraiment une identité. C’est ici un mode de vie positif faisant intégralement partie d’une scène à la fois hardcore et punk, et apprécié en tant que tel… par des gens pas forcément straight edge eux-mêmes!

Il y a une grande attention de portée aux premiers groupes américains de la fin des années 1970 et du début des années 1980 : ceux de Washington (Minor Threat, Government Issue, Teen Idles, State of Alert), de Boston (SSD, Negative FX) ou de Californie (Uniforme choice).

La figure de Ian McKaye, du groupe Minor Threat, est très respectée, et surtout son avis refusant que le terme de straight edge soit lié à des principes fixes, ou un mouvement. Ici, le straight edge, c’est une « bonne idée », pas forcément applicable, mais dans l’idéal…

Le coreux old school

Ici être straight edge est vue comme une attitude positive, bonne pour la santé et sympathique… et surtout personnelle. Il n’y a plus aucun lien culturel avec le punk et le principal centre d’intérêt est la musique.

Les techniques de danse hardcore sont particulièrement valorisées, et on considère grosso modo que le vrai hardcore est celui des années 1980, avec l’hégémonie de la vague des groupes straight edge de 1988, avec notamment les groupes Youth today et Gorilla Biscuits.

L’esprit est proche de la culture skater : bon enfant, anti-raciste, dans une démarche positive mais avec une méconnaissance assumée de la politique, la seule orientation valorisée étant le végétarisme. Le coreux old school dans sa version straight edge aime la musique et l’esprit, et selon lui… c’est déjà pas mal!

Le Vegan Straight Edge

Accordant une importance primordiale au véganisme, la sensibilité vegan straight edge est avant tout revendicative, et considère la musique comme une composante de sa culture, mais aussi comme un vecteur de ses idées (tout comme les groupes Earth Crisis, Refused…). Elle est ainsi (et se voit souvent) comme une posture punk réactualisée et avec un contenu idéal.

Trouvant finalement ainsi toujours quelque chose à redire (pas vegan / pas straight / pas contestataire / pas féministe, etc.) à la scène hardcore ou (uniquement) straight edge, cette sensibilité est très poreuse aux scènes alternatives (squatts, activisme vegan, écologie radicale, groupes anarchistes ou plus généralement d’extrême-gauche, scène « antifa »…).

Elle cultive donc sa particularité et sa démarche (vegan straight edge ? Vegan + Straight Edge ? Vegan Edge?), considérant qu’être vegan straight edge c’est plus construire un mouvement que réaliser une démarche individuelle…

Le mosheur

Le mosh est au hardcore ce que le pogo est au punk. Sauf qu’en plus d’être une danse purement individuelle, il y a en quelque sorte des figures imposées, demandant une souplesse certaine et présentant clairement un caractère violent.

Le straight edge se considère ici comme un simple élément de la communauté hardcore, dans l’esprit de sa version new yorkaise (dont les figures de proue sont les groupes Agnostic Front, Biohazard…) : du son lourd et très metal, beaucoup de muscles, et autant de tatouages. Il apprécie de ce fait tout autant le look des gangs latinos que le mode de vie hooligan européen ou l’attitude hip hop: ce qui compte c’est pour beaucoup la poussée d’adrénaline.

Le mosheur sait cependant qu’il est mal vu pour ses danses violentes et les poses virilistes, mais ne peut pas s’empêcher de céder à cette culture. Il oscille alors entre revendication assumée de sa mauvaise image et un mépris condescendant, et un esprit d’ouverture lui semblant finalement on ne peut plus conforme à l’esprit de la « communauté hardcore »…

L’ex-Hardline

Vegan straight edge issu de la culture des années 1990, l’ex-hardline conserve une sorte de nostalgie de l’époque où se profilait au sein du hardcore une culture hardline offensive et radicale, mettant à bas tout le système. Il raisonne directement en termes de mode de vie et est finalement un moraliste.

Très intellectuel il accorde une grande attention à ses envies de mettre en avant une attitude ferme et correcte. Mais très isolé voire déprimé, il a abandonné les rêves sociaux-révolutionnaires (chantés par des groupes comme Vegan Reich, Statement, Raid ou Purification) pour avoir une tendance certaine à se tourner vers certaines religions (Islam, bouddhisme, hindouisme, judaïsme).

L’ex-Hardline soutient donc une orientation alternative dans la scène hardcore, avec une grande ouverture au Do it Yourself, aux démarches de solidarité, au principe d’un retour « aux fondamentaux » du hardcore d’origine, etc. Un peu de spiritualité dans un monde de brutes!

Le raciste

Absent des concerts et de toute scène alternative où il sait qu’il se ferait rejeter brutalement, le raciste réduit l’attitude straight edge au respect de soi-même et de son corps, ce qu’il appelle la « santé. » Il pousse son raisonnement sectaire jusqu’au bout en s’imaginant faire partie d’une double élite : d’un côté une « race », une ethnie, etc. et de l’autre… les gens pensant comme lui, tant qu’à faire.

Prétendant refuser la « politique », le raciste ne cache pas pour autant sa fascination pour l’Allemagne nazie, au nom de sa quête d’une « communauté » idéale. C’est là son seul centre d’intérêt ; homophobe, anti-féministe et anti-américain, il ne connaît d’ailleurs rien à la culture historique straight edge, et elle ne l’intéresse pas.

Rejeté donc totalement par les scènes straight edge pour son nationalisme, le raciste tente alors de fédérer des gens comme lui, sous différents noms (hate edge, « hardline », hateline, etc.), mais toujours sous la seule bannière qui l’intéresse au fond: la violence, la violence et la violence (iconographie de pistolets, poings américains, anti-antifasciste, nationalisme, etc.).